| Erick
Maurel vous conseille
Shining
(1980) de Stanley Kubrick
Pour pouvoir se concentrer sur l’écriture de son nouveau
roman, Jack Torrance a besoin de solitude ; il accepte donc un travail
qui consiste à garder un hôtel isolé dans les Montagnes
Rocheuses et fermé durant cette la morte saison. Il s’y rend
avec son épouse et son petit garçon Danny. Ce dernier qui
possède un pouvoir extrasensoriel dénommé le "shining",
pressent assez vite un danger latent ; le directeur avait bien averti
la famille qu’un ancien gardien, devenu subitement fou, avait massacré
sa famille à coups de hache avant de se suicider... On connaît
l’aversion de Stephen King pour le film de Kubrick. L’adaptation
du livre est-elle ou non conforme au roman de l’écrivain
américain ? Qu’elle le soit ou non m’est de toute manière
totalement égal puisque le film en lui-même est une formidable
réussite. On se souvient pourtant avec peine qu’une grande
partie de la critique de l’époque avait été
très sévère envers le film, ne comprenant pas comment
un tel réalisateur avait pu sombrer dans la facilité au
point de tourner un film d’horreur, genre alors jugé avec
beaucoup de mépris. La perfection est pourtant une nouvelle fois
de mise, tout comme elle l’était dans nombre de précédents
opus du génial réalisateur américain. Ayant retenu
la leçon de Lewton et Tourneur, Kubrick arrive à installer
un profond malaise sans passer nécessairement par le gore ou les
effets de "sursaut" et, au contraire, réussit à
nous fait venir la chair de poule à l’aide d’images
toutes bêtes mais ô combien effrayantes telles ces deux jumelles
indissociables au regard vide, ces longs couloirs déserts filmés
à ras de terre et à la Steadycam... Si ce film d’épouvante
n’est pas nécessairement effrayant, l’angoisse et le
trouble sont bien présents tout du long. Le travail sur le son
est phénoménal, l’utilisation d’œuvres
contemporaines de compositeurs tels Ligeti, Penderecki ou Bartok est d’une
grande efficacité dans le maintien d’une ambiance torturée
et angoissante, celle de la Steadycam est à couper le souffle (la
fameuse séquence du labyrinthe entre autres) et comme de coutume,
la réalisation est à tomber par terre, rien n’étant
laissé au hasard (certains auront beau rétorquer ici en
citant l’ombre de l’hélicoptère lors de la séquence
générique, erreur technique ou non qui renforce à
mon avis le malaise), la direction d’acteur en faisant partie, magistrale
elle aussi, Nicholson cabotinant dans le bon sens du terme et Shelley
Duvall arrivant à être parfois exaspérante et excessive
pour stresser le spectateur encore plus. Shining aborde
dans le même temps les thèmes du couple, de l’enfermement
et du syndrome de la page blanche chez l’écrivain tout en
nous offrant un spectacle de toute première qualité. Et
Kubrick de prouver une nouvelle fois qu’il pouvait donner une œuvre
définitive par genre abordé !
Cinécinéma Frisson : Lundi 16
octobre à 20.45 et autres diffusions
Ronny Chester vous conseille
Les Mariés de l'An Deux (1971) de Jean-Paul Rappeneau
Le
nombre d'éloges qui ont été adressés à
Jean-Paul Rappeneau est aussi rare que la quantité de films qu'il
a réalisés. Cette modeste tribune me permettra, en toute
modestie, de remettre quelques pendules à l'heure. On pourrait
rétorquer : « Et Cyrano ? »
ou « Et les quelques rediffusions télévisuelles
de certains films ? » Certes. Mais compte tenu de la réussite
artistique de ses œuvres, de l'intelligence de ses scénarios
et de sons sens inné du mouvement et de la grâce, il nous
est toutefois permis d'estimer que le travail de Jean-Paul Rappeneau n'est
pas reconnu à sa juste valeur. De La
Vie de château à Bon voyage,
le cinéaste / scénariste a ce don rare de mêler harmonieusement
la grande histoire et la petite, afin de confectionner des chevauchées
romanesques où l'humour et les sentiments les plus nobles le disputent
à l'aventure. Dans l'émoustillant et raffiné Mariés
de l'An Deux, Rappeneau organise un ballet enthousiasmant autour
des péripéties de Jean-Paul Belmondo, tout d'allant et de
fraîcheur, qui revient dans la France du XVIIIe siècle après
s'être échappé en Amérique, et qui se retrouve
en plein chaos entre royalistes et révolutionnaires au temps de
la Terreur alors qu'il n'a pour seul but que d'obtenir son divorce avec
sa première épouse et amie d'enfance, la jolie et pétillante
Charlotte (interprétée par la capricieuse et virevoltante
Marlène Jobert) avant de repartir aussitôt pour le Nouveau
Continent. Mais souvent le cœur a ses raisons que la raison ignore,
et Nicolas Philibert (Belmondo), plutôt mû par l'action que
la réflexion, n'en a pas fini de courir... comme tous les hommes
ne cessent de courir après l'indépendante, irrésolue
et énergique Charlotte. Jean-Paul Rappeneau possède une
vision aussi juste qu'ironique et savoureuse de cette période trouble,
et cette fable picaresque que constitue ces Mariés de l'an
Deux est une joie aussi bien pour l'esprit que le coeur. Comme
dans La Vie de
château, Le Hussard sur le toit et
plus récemment Bon voyage, l'acuité de
l'observation historique et l'attention aux détails apportent au
sens du spectacle du réalisateur ces touches de culture et de savoir
qui fait également la valeur de ses grandes productions populaires
au sens noble du terme. Les Mariés de l'An Deux
est rythmé, festif, romanesque, malin, piquant, drôle, magnifiquement
dialogué - au scénario, on retrouve aux côtés
de Rappeneau : Jean-Claude Carrière, Maurice Clavel et Daniel Boulanger,
excusez du peu -, et bien sûr très beau sur le plan formel
(la photographie est signée Claude Renoir). Et la distribution
? Autour de notre Bébel national évoluent Marlène
Jobert, Pierre Brasseur, Laura Antonelli, Charles Denner, Michel Auclair,
Julien Guiomar, Sami Frey, Paul Crauchet, Sim, Vernon Dobtcheff et même
Patrick Deweare dans une courte apparition ! N'en jetez plus !
Direct 8 : Jeudi 9 octobre à 20.40

Festen (1998) de Thomas Vinterberg
Une famille nombreuse se réunit pour célébrer les
60 ans du patriarche dans la grande demeure familiale. Sont également
conviés les amis et les proches. La fête promet d’être
gaie et chaleureuse. Mais au fur et à mesure du récit, les
membres de la famille s’avèrent être une belle bande
de névrosés. Jusqu’à l’apparition de
Christian, le fils prodigue, qui ne s’est toujours pas remis du
suicide récent de sa sœur cadette et qui s’apprête
à révéler son propre traumatisme d’enfance
à l’assemblée. S’il ne fallait sauver qu’un
film "Dogme" (cette pose arty mi-pamphlétaire mi-potache
qui n’aura fait rire que Lars Von Trier et lui-même), ce serait
bien Festen, film tant miraculeux que profondément
venimeux et dérangeant. Scénariste et réalisateur,
Thomas Vinterberg se livre à un vrai jeu de massacre en faisant
sortir du placard les secrets terribles d’une famille propre en
apparence. La mise en scène caméra à l’épaule,
nerveuse et heurtée, imprègne un sentiment constant de tension
et de malaise jusqu’à la révélation finale.
Vinterberg illustre avec talent ce besoin vital d’exorciser ses
démons intérieurs car, au sortir de ce grand et cruel déballage,
la famille sort étrangement plus soudée qu’auparavant
(si l’on fait exception du père qui paie cher ses actes du
passé) et le film trouve une sérénité bienvenue,
même si le choc pour le spectateur se prolonge bien au-delà
de la vision du film.
TPS Star : Jeudi 9 octobre à 20.50 et
autres diffusions
Olivier Bitoun vous conseille
L’Ennemi intime (2007) de Florent Emilio Siri
L’Ennemi intime est un projet sur lequel Florent
Emilio Siri a travaillé pendant plus de cinq ans, commençant
à préparer le film avant de partir tourner Otage
aux Etats-Unis. On ne voit que peu de jeunes réalisateurs prêts
à passer autant d'années sur un film. Même si le sujet
de la guerre d'Algérie, pan douloureux et occulté de notre
histoire, a poussé Siri à s'investir complètement
dans ce projet, ce quatrième long métrage prouve un fois
de plus qu'il est l'un des réalisateurs les plus intègres,
passionnés et travailleurs à l'heure actuelle en France.
Le film naît d’abord de la rencontre entreBenoît Magimel
et Patrick Rotman, journaliste et historien hanté par cette période
de l’histoire française à laquelle il a consacré
un documentaire magistral pour la télévision en 2001, documentaire
qui donne par ailleurs son nom au film. Pour Rotman, qui signe le scénario,
la fiction est le prolongement naturel de son travail d’enquête,
de cette investigation longue, approfondie qui l’a amené
pendant des années à recueillir un nombre considérable
de témoignages et d’histoires. Florent Emilio Siri, cinéphile
passionné, souhaite de son côté renouer avec un cinéma
populaire ambitieux,
capable d’aborder des sujets délicats et complexes sans laisser
la forme se faire écraser par le sujet. Epaulés par un Benoît
Magimel très investi dans le projet, Rotman et Siri ont le désir
évident d’embrasser dans son entier les enjeux de la guerre
d’indépendance algérienne : enjeux historiques, politiques,
médiatiques, moraux, intimes. Ils veulent montrer la complexité
de la guerre, les dilemmes qu’elle engendre, la violence qui appelle
la violence, la façon dont on en vient à torturer, à
massacrer des populations civiles, à combattre ceux auprès
de qui on avait auparavant combattu. Parler de l’impossible retour
à la vie civile, des images qui hantent, de la perte des repères,
du besoin de retourner au front lorsque l’on s'en éloigne.
Mais cette volonté de ne rien laisser dans l’ombre pousse
les auteurs à trouver un équivalent fictionnel à
chaque élément de la somme documentaire accumulée
par Patrick Rotman, ce qui a pour effet d’étouffer par moments
le film et d’en amoindrir la pure force évocatrice et émotionnelle.
L’Ennemi intime est dans son développement
parfois trop didactique, trop volontariste dans son désir d’explorer
tous les prolongements du conflit. Ainsi certains personnages peinent
à acquérir une dimension qui dépasse leur statut
de simple fonction démonstrative. Si c’est déjà
un peu le cas du personnage principal (le lieutenant Terrien, joué
par Magimel, figure classique du jeune militaire idéaliste qui
va petit à petit remiser sa morale au placard et plonger dans l’horreur),
c’est surtout celui de quelques seconds rôles dont, exemplairement,
celui du commandant incarné par Aurélien Recoing, acteur
pourtant brillant, qui ne peut que surjouer un rôle purement fonctionnel.
Fellag, très juste et touchant, se retrouve dans le même
cas de figure. A l’opposé, Marc Barbé et Albert Dupontel
(dans le rôle du Sergent Dougnac, face sombre du jeune Terrien)
sont superbes, habités par leurs personnages qui sont, eux, réellement
ambigus. Rotman, par crainte certainement de décontenancer le public,
donne en outre une trop grande place aux dialogues. Certains échanges
entre les personnages appuient inutilement les enjeux du film alors que
ceux-ci n’auraient dû passer que par les actes des personnages
et la mise en scène. Car Siri est l’un des plus prodigieux
metteur en scène de sa génération, et L’Ennemi
intime regorge de passages d’une force symbolique rare.
Jouant sur la beauté paradoxale de ses images, il signe quelques
moments d’anthologie : une scène d’ouverture ahurissante,
la traversée silencieuse d’un village, une troupe qui chemine
sur le flanc d’une vallée dévastée par le napalm...
Si tout le film ne possède pas l’ampleur de ces scènes,
on retrouve cette façon de penser la mise en scène comme
force symbolique qui fait si souvent défaut aux réalisateurs
actuels. L’Ennemi intime est un film à grand
spectacle et, chose rare dans le paysage du cinéma français,
un film de guerre dans la grande tradition du genre (Platoon,
Voyage au bout de l’enfer). C’est aussi est
avant tout un film à hauteur d’hommes. S’il ne parvient
pas toujours à soutenir le grand écart entre ces deux aspects,
s’il montre une trop grande déférence pour le travail
de Rotman, Siri fait preuve d’une exigence, d’une audace,
d’une intégrité et d’un talent qui forcent le
respect. L’Ennemi intime, malgré ses défauts,
est un film passionnant et bouleversant, la preuve que l’on peut
faire du cinéma populaire intelligent et profond.
Canal + Décalé : Samedi 3 octobre
à 20.50 et autres diffusions
Volver
(2006) de Pedro Almodovar
Sole (Lola Duenas) et Raimunda (Penélope Cruz) ont perdu leurs
parents dans un tragique incendie. Un jour leur mère, Irène
(Carmen Maura), ressurgit d’entre les morts et s’invite dans
la vie de Sole. Au même moment, Raimunda nettoie le carrelage de
sa cuisine où gît le corps assassiné de son mari.
Volver signifie « revenir » en espagnol, et c’est
effectivement un film qui tourne autour de la figure du retour : une mère
décédée, des histoires qui refont surface, des secrets
enfouis qui sont déterrés. Almodovar quitte Madrid pour
venir filmer sa région natale, La Mancha. Il retrouve Carmen Maura,
son actrice fétiche des débuts avec qui il n’avait
pas tourné depuis dix-huit ans et, après deux films «
masculins », signe à nouveau un film de femmes. Tout fait
donc retour : les personnages et le cinéaste reviennent ensemble
dans leur ville natale, vers l’enfance, vers la figure maternelle,
vers la chaleur de son amour. Le film se nourrit des souvenirs d’enfance
du cinéaste, souvenirs d’un monde rural où l’on
cohabitait naturellement avec les disparus, ce dont rend admirablement
compte Volver, film où mort et vie coexistent
naturellement : la présence d’un fantôme ne surprend
guère, un décès annonce une résurrection,
et le scénario dans son ensemble ne cesse de jouer sur la possible
permutation de ces deux états. Almodovar se rappelle d’un
monde essentiellement féminin, de la vitalité de ces épouses,
de ces veuves, qui affrontaient l’adversité et les drames
en riant. Volver est donc un film de femmes et Almodovar,
malgré l’omniprésence de la mort, des crimes (le titre
fait d’ailleurs aussi penser à revolver), des remords, des
tragédies, des incestes et des adultères, signe un film
léger, drôle, coloré et tendre. Volver
est aussi une belle réflexion sur la transmission, magnifique portrait
de trois générations de femmes qui sont étroitement
imbriquées, qui répètent les mêmes gestes,
qui vivent des drames qui se répondent, se complètent. Interprété
à la perfection, peuplé de personnages magnifiques (Agustina
la solitaire, Paula la tante dévouée...), toujours aussi
précisément construit (Pedro Almodovar a le sens du suspense,
de l’imbrication des séquences, des révélations
retardées qui maintiennent le spectateur en éveil), Volver
est un vrai plaisir qui nous mène du rire au larme avec une facilité
déconcertante.
CinéCinéma Emotion : Dimanche
4 octobre à 14.45 et autres diffusions
L’Aventure intérieure (Innerspace,
1987) de Joe Dante
Tuck
Pendleton (Dennis Quaid), un pilote de l’armée, est miniaturisé
dans le cadre d’une expérience militaro-industrielle. Il
se retrouve injecté par erreur dans l’oreille interne de
Jack Putter (Martin Short), un employé de super marché qui
débarque comme un chien dans un jeu de quille dans une sombre histoire
mettant en jeu plusieurs camps antagonistes dont il devient la cible privilégiée.
Après l’échec critique et public d’Explorers,
l’un de ses films les plus personnels, Joe Dante revient en force
(toujours grâce au soutien de Steven Spielberg) avec cet Innerspace
réjouissant, film qui, par sa manière d’imbriquer
plusieurs genres, trouble les règles établies et d’une
certaine façon rue dans les brancards du conformisme des studios.
L’Aventure intérieure reprend le concept
du célèbre Voyage fantastique de Richard
Fleischer : un personnage miniaturisé se retrouve à l’intérieur
d’un corps humain qui devient dès lors un grand espace inédit,
aussi merveilleux que dangereux, aussi étrange et hallucinant que
les confins de la galaxie, espace des possibles bien plus souvent exploité
au cinéma que notre corps si trivial. Joe Dante mène son
double récit (à l’aventure intérieure de Pendleton
miniaturisé se joint un récit rocambolesque d’espionnage
industriel qui met en danger Putter, son hôte innocent) de main
de maître. Si les scènes extérieures semblent bien
fades visuellement en comparaison des merveilleuses visions intérieures,
le cinéaste parvient à placer ses scènes d’actions
débridées et ses dialogues savoureux de façon à
ce que chaque sortie du corps ne nous fasse pas simplement attendre une
prochaine plongée dans ses méandres. Même si les effets
spéciaux sont magnifiques, Joe Dante évite constamment à
Innerspace de n’être qu’une démonstration
de force, un film multipliant les prouesses visuelles. Il est évident
que l’enjeu d’Innerspace n’est pas
d’en mettre plein les mirettes, mais bien de raconter l’histoire
de deux hommes qui apprennent à se connaître et, ce faisant,
à se découvrir eux-mêmes. L’exploration du corps
humain est une façon pour Dante de montrer à quel point
on vit en s’ignorant, à quel point les mystères et
les étranges beautés que l’on trimballe dans nos carcasses
nous sont inconnus. Et ce faisant, comment on vit non seulement en ignorant
les autres, mais en s’ignorant soi même. La façon dont
Pendleton découvre le corps de son hôte en même temps
que son âme (il dialogue directement avec Putter, principe qui donne
de savoureuses scènes de comédie), et ainsi se découvre
lui-même, est l’une des belles idées de ce film. Soit
l’éternelle question du corps et de l’esprit, de leur
séparation immatérielle et de leur imbrication totale (le
film joue beaucoup sur les angoisses de Putter l’hypocondriaque
et sur les effets biologiques de sa somatisation). Film d’action,
d’espionnage et de science-fiction, Innerspace
devient aussi une véritable screwball comedy lorsque apparaît
le personnage Meg Ryan. Ce mélange détonnant, absolument
maîtrisé par Joe Dante, permet aux personnages de traverser
toutes les palettes d’émotions : la peur, le rire, l’amour,
la jalousie... émotions vécues aussi bien mentalement que
physiquement. Innerspace, grand film sur la complexité
et la beauté du grand mystère de la nature et de la conscience
? Certainement... mais c’est avant tout une comédie d’aventure
exceptionnelle, on est chez Joe Dante que diable !
Sci Fi : Vendredi 10 octobre à 20.45
et autres diffusions
Détour
mortel (Wrong Turn, 2003) de Rob Schmidt
Six jeunes touristes s’égarent dans les profondeurs de la
Virginie. Bien sûr, du fond des bois, surgissent trois croquemitaines
qui vont s’acharner sur le groupe d’adolescents. Le scénario
de Détour mortel est d’une banalité
confondante : l’Amérique la plus profonde, de jeunes automobilistes
qui ont pris un raccourci qu’ils n’auraient jamais du emprunter,
une famille de dégénérés consanguins, des
meurtres à la hache, du cannibalisme... rien que de très
classique donc dans ce survival qui respecte un à un les codes
du genre. A aucun moment Rob Schmidt ne s’écarte de l’imagerie
de ce sous-genre horrifique popularisé par Tobe Hooper et Wes Craven.
A première vue donc, Détour mortel fait
partie de cette vague de productions lancées à la suite
du succès de Scream, qui marquent le retour en
force du cinéma d’horreur sur les écrans américains,
retour chapeauté et encadré par le les grands studios. Une
différence cependant : contrairement à ses contemporains,
nulle ironie, nul second degré, nul clin d’œil complice
à l’adresse du spectateur ne viennent perturber cette plongée
en enfer. Rob Schmidt reprend le genre à ses origines, ne place
pas parmi les victimes la sempiternelle figure de l’ado "geek"
connaissant sur le bout des doigts les codes du survival, ne se fait jamais
plus malin que son sujet. Il réalise son film comme s’il
s’adressait à un spectateur qui n’aurait jamais vu
un survival, alors que les films post-Scream ne cessent
d’utiliser les connaissances du spectateur pour l’amuser à
défaut de leur procurer des frissons. Dans le même temps,
il parvient à effrayer les adeptes du genre avec des scènes
pourtant déjà vues et revues. Une tentative de montrer que
le cinéma d’horreur peut parvenir à repartir de zéro,
une envie de contredire Wes Craven qui, avec Scream,
entendait démontrer que l’on ne pouvait plus réaliser
un film de genre sans prendre en compte le savoir du spectateur. Il faut
du cran pour réaliser aujourd’hui un film qui fait fi de
décennies de séries B et Z ayant épuisé le
filon lancé avec Massacre
à la tronçonneuse et Délivrance.
Il faut surtout du talent, et indéniablement Rob Schmidt en a.
Le film est une mécanique implacable, portée par une mise
en scène classique qui s’interdit les effets de styles, soutenue
par de superbes maquillages signés du vétéran Stan
Winston (The Thing, Predator…)
et des effets spéciaux simples et efficaces. Les personnages, stéréotypés
mais pas caricaturaux, évitent les clichés psychologiques
habituels et s’expriment d’abord par leurs actions, ce qui
évite au film de dérouler ce blabla interminable qui la
plupart du temps fait office de bouche trou entre deux scènes de
tensions. S’il n’est certes pas un jalon dans l'histoire du
cinéma de genre, Détour mortel est au moins
un film vivifiant : il prouve qu’avec une peu d’intelligence
et un véritable sens de la mise en scène, on peut redonner
une virginité à un genre à priori exsangue.
CinéCinéma Premier : Vendredi
10 octobre à 22.35 et autres diffusions
Franck Suzanne vous conseille
Zodiac (2007) de David Fincher
Quoiqu’il tourne, David Fincher garde la réputation d’un
clippeur certes doué, mais vain, et au pire inconséquent
et irresponsable. Peu importe que des œuvres telles que Seven
ou Fight Club soient des classiques instantanés
ayant largement
contribué à redéfinir le cinéma de leur époque.
Peu importe qu’il ait réalisé, dans la douleur, le
meilleur épisode de l’une des franchises les plus populaires.
Peu importe que même un film en grande partie raté comme
The Game s’ouvre sur une série de scènes
quasi muettes d’une maîtrise rare. Pour un large public, David
Fincher n’est guère plus qu’un technicien. Zodiac
sera-t-il l’occasion de dissiper ce malentendu ? Alors qu’au
vu de son sujet, beaucoup attendaient un « Seven 2
», Fincher prend le contre-pied et livre une œuvre qui a beaucoup
plus de points communs avec Les Hommes du Président
- comme dans le film de Pakula, l’essentiel de l’action montre
des conversations téléphoniques. L’enquête n’est
pas le véritable moteur du film, et elle est d’autant plus
frustrante qu’elle n’a jamais été menée
complètement à bout, essentiellement à cause de la
mort du principal suspect. Ce qui fascine Fincher, c’est l’obsession,
celle qui dirige l’existence de ses personnages ; ces derniers sont
bien au-delà de la notion de conscience professionnelle : découvrir
qui se cache derrière le Zodiaque devient vite leur but unique,
délaissant famille et travail. Une quête que Fincher filme
avec sobriété - seuls une plongée sur le Golden Gate
Bridge et un ou deux plans truqués viennent rappeler qu’il
est aussi le réalisateur de Panic Room. Mais sa
mise en scène n’en reste pas moins élaborée,
que ce soit dans des scènes de meurtre anti-spectaculaires ou dans
les séquences d’interrogatoire. Et surtout, David Fincher
parvient, parmi ses scènes d’épluchage d’archives,
à faire naître l’angoisse d’un simple contre-champ.
Quant à la virtuosité technique, entièrement dévouée
au récit, elle toujours présente, quoique quasi invisible
- cf. les décors numériques indécelables. Comme Munich
de Steven Spielberg, et quelques autres exemples récents, Zodiac
rappelle les plus grandes heures du cinéma américain des
années 70.
TPS Star : Dimanche 5 octobre à 20.50
et autres diffusions
François-Olivier Lefèvre
vous conseille
Le
Sauvage (1975) de Jean-Paul Rappeneau
Martin est un Français exilé au Vénézuela,
plus précisément sur une île déserte dont il
cultive la terre. La précision est de taille, car Martin est un
rustre, un solitaire. Il n'aime pas la compagnie des hommes et ne se réjouit
que des plaisirs que lui procure la nature. Mais il faut vivre, alors
Martin se rend régulièrement à Caracas où
il vend ses produits. Lors d'une de ses pérégrinations,
il rencontre la séduisante Nelly en fuite du domicile conjugale...
Cette rencontre, c'est celle de l'eau et du feu. Tout oppose les deux
personnages et pourtant ils ne vont plus se quitter... Mais au fait qui
est ce sauvage ? C'est Yves Montand, notre Dean Martin français,
qui oppose ici sa "coolitude" à la folie furieuse de
Catherine Deneuve. Le duo est littéralement explosif et n’a
absolument rien à envier à celui que formait la Reine Catherine
avec Philippe Noiret en 1966 dans La
Vie de château, le premier long métrage de Jean-Paul
Rappeneau. Neuf années séparent les deux tournages, neuf
années pendant lesquelles le cinéaste n’a tourné
qu’un seul film Lorsqu’il décide de mettre en scène
Le Sauvage, Rappeneau retrouve Catherine Deneuve avec
qui il va encore une fois signer une comédie pétaradante,
exotique et terriblement drôle. En 1966, lorsqu’il fait tourner
Deneuve aux côtés de Philippe Noiret (La
Vie de château donc ), Rappeneau invente un personnage
féminin qui deviendra récurrent dans son œuvre : une
jeune femme indépendante, espiègle et débordante
d’énergie. Autour d’elle, les hommes ne cessent de
s'agiter et tentent désespérément de la séduire.
Ce thème du trio amoureux associé à celui de l’incompréhension
de la psychologie féminine par le héros masculin est encore
une fois au cœur du Sauvage. Toutefois, il serait
réducteur de penser que Rappeneau se contente de refaire son premier
film. Ici, la mise en forme change : abandon du noir et blanc, tournage
en Amérique du Sud et grosse équipe technique sont autant
d’éléments qui donnent son identité au Sauvage.
Et Rappeneau impose sa griffe dans une production au large budget : vitesse
des mouvements de caméra, alchimie musique / image, et rythme effréné
!! On remarquera également la précision d’écriture
du scénario où tous les éléments présents
dans une scène sont exploités à 100 % (le fameux
"milking" des comédies américaines dont Rappeneau
est si friand). A l'instar de ses autres films, Le Sauvage
prend la forme d'une "screwball comedy" moderne. Il y a ici
un parfum de Hawks tendance "bébé", une truculence
à la Lubitsch, ou alors simplement une espèce de nostalgie
de l'âge d'or hollywoodien. Encore bravo Monsieur Rappeneau ! Ah
j'oubliais, on vous attend désespérément sur grand
écran...
Paris Première : Dimanche 5 octobre à
20.50
Révélations (1999) de Michael Mann
Réalisé entre Heat et Ali,
Révélations s’inscrit dans une lignée
de chefs-d’oeuvre implacables réalisés par l’un
des plus grands formalistes de notre époque, Michael Mann. En 1996,
le cinéaste s’empare de "l’affaire Wigand",
scandale de santé publique retentissant aux Etats-Unis : Jeffrey
Wigand, employé d’une grande compagnie de tabac américaine,
avait alors révélé les pratiques secrètes
de fabrication des cigarettes destinées à augmenter la dépendance
des consommateurs. Le procès se solda par des milliards de dommages
et intérêts et une "surmédiatisation" du
personnage de Wigand. Michael Mann décide donc de brosser le portrait
de cet homme ordinaire, partagé entre sa volonté de dénoncer
le mensonge et celle de se taire afin d’assurer sa sécurité.
C’est tout ce dilemme et cette réflexion morale qui occupent
le récit avec, en toile de fond, les divers événements
qui mèneront au procès. Dans cet exercice, Michael Mann
est un orfèvre et nous livre un film d’une précision
visuelle et narrative chirurgicale, porté par un duo de comédiens
au sommet de leur art. Al Pacino tient le rôle de Lowell Bergmann,
journaliste qui poussa Wigand au bout de sa réflexion : dirigé
avec rigueur par Mann, il évite toute forme de cabotinage et livre
une performance sobre tout en préservant son légendaire
charisme. Russell Crowe tient le rôle principal : avec un jeu tout
en intériorité, il atteint ici une perfection dans son art
qu’il ne retrouvera que sous la houlette de Peter Weir (Master
and Commander, 2004). Au final, Révélations
s’affirme comme une œuvre passionnante, non seulement parce
qu’il s’empare d’un sujet de société brûlant
mais surtout parce qu’il met son héros (et par extension
le spectateur) face au dilemme de l’existence, celui que Hunter
S. Thompson résumait ainsi : Qui est le plus heureux, l’homme
qui aura bravé les tempêtes de la vie et vécu ou celui
qui sera resté en sécurité sur la berge et ce sera
contenté d’exister ?
Paris Première : Lundi 6 octobre à
20.50
LES CONSEILS DES COLLABORATEURS
ET DES LECTEURS
Jordan White vous conseille
Stick
It (2006) de Jessica Bendinger
A 15 ans, Haley Graham, une gymnaste prometteuse, a décidé
de renoncer au sport. Deux ans plus tard, devenue une adolescente difficile,
Haley donne du fil à retordre à son père, qui l'élève
seul et tente de la maintenir dans le droit chemin. Après une cascade
un peu plus spectaculaire que les autres, la jeune fille est conduite
devant un juge pour enfants, qui la contraint à intégrer
la Vickerman Gymnastics Academy. L'établissement est dirigé
par le redoutable Burt Vickerman, entraîneur et ex-champion de gymnastique.
Le caractère rebelle de Haley finit par lui attirer des ennuis...
Stick It n'est pas un film destiné aux seuls fanas
de la gymnastique et aux performances qui s'y prêtent. L'histoire
peut sembler à priori bateau, mais elle a le mérite de démarrer
sur les chapeaux de roue grâce à l'énergie de la réalisation,
qui fait craindre une resucée sans originalité du style
MTV, avec sa tripotée d'émissions à concept (Dismissed,
Punk'd). Rotation de caméra, zoom façon satellite
(qui rappelle un peu Ennemi d'Etat), montage hyper dynamique,
couleurs saturées tout en imposant une patte personnelle. Après
cet enchaînement de plans, le film se pose sans que l'animosité
initiale au sujet et qui porte le personnage principal féminin
ne soit oubliée. Haley va devoir s'imposer dans un groupe de filles
qu'elle déteste par principe. Mais une équipe de pros ça
évolue en se serrant les coudes pas en jouant perso (une des plus
belles démonstrations de ce principe que le sport français
nous ait donné est le triomphe des handballeurs aux récents
JO de Pékin), ce qu'elle va finir par comprendre et assimiler.
Et ce avec les encouragements d'un prof lucide et motivant (très
bon Jeff Bridges). De compétitions en joutes verbales (les amateurs
auront droit à une séquence chorégraphiée
en plongée totale du plus bel effet), l'héroïne prend
de la hauteur et de la carrure, se montre de plus en plus disponible et
fait tout pour amener son équipe à la victoire. Stick
It a le mérite de ne pas abandonner ses personnages en
cours de route ; le traitement est équitable, juste et bien vu.
La révélation est bien entendu Missy Peregrym, bêcheuse
sur les bords au début, peu ouverte, indépendante farouche
qui montre pas à pas un visage de plus en plus épanoui.
L'évolution de son personnage correspond à celui d'un groupe
entier. Un élément manque et tout s'écroule. La jeune
actrice canadienne est stupéfiante et marque durablement. Elle
marque ici ses débuts au cinéma sur grand écran de
la plus belle des manières. C'est réalisé par Jessica
Bendinger qui a écrit des épisodes de Sex and
the City, ce qui explique en partie la réussite du
ton et la légèreté de ce dernier qui évite
l'écueil du film à message asséné à
coup de burin. Avec la même équipe que celle d'American
Girls. De la dérision, de la bonhommie, de la fraîcheur
et de la vigueur à revendre. Stick It est la comédie
pépite du début d'année 2007.
Canal + Décalé : Lundi 6 Octobre
à 20.50 et autres diffusions
Tableau des Notations pour
les films diffusés à la télé !
Cliquez sur le tableau noir pour parvenir à la page du tableau
:

|