Pascal arrive à seize ans à Rouen. Il se consacre aux mathématiques et invente la première machine à calculer. Il découvre la physique et se met en tête de démontrer la possibilité du vide. A la mort de son père, il hérite et découvre les joies de la vie de salon. Se répugnant lui-même pour cette existence, il traverse une crise existentielle et mystique.

Blaise Pascal

Réalisé
par Roberto Rossellini
Avec Pierre Arditi, Rita Forzano, Giuseppe Addobbati, Christian De Sica, Livio Galassi, Bruno Cattaneo, Bepy Mannaiuolo , Marco Bonetti, Teresa Ricci, Christian Aleny, Bernard Rigal, Melù Valente, Lucio Rama
Scénario : Roberto Rossellini, Luciano Scaffa,
Renzo Rossellini et Marcella Mariani
Dialogues : Jean-Dominique de la Rochefoucauld
Musique : Mario Nascimbene
Photographie : Mario Fioretti
Direction artistique : Franco Velchi
Montage : Iolanda Benvenuti

Une production Roberto Rossellini
pour Orrizzonte 2000 / RAI / ORTF
Italie - 129 mn - 1971 / 1972

Tournage: du 16 août à septembre 1971.
Diffusé pour la première sur RAI Uno le mardi 16 et le mercredi 17 mai 1972.

DEUXIEME PARTIE :
BLAISE PASCAL

 

Première étape du parcours proposé dans le coffret, Blaise Pascal est le film de toutes les surprises. On ne peut qu’être étonné face à l’harmonie absolue qui règne pendant deux heures entre la méthode radicale de Roberto Rossellini et son sujet. Le cinéaste veut réaliser moins une biographie qu’une monographie. Seules les idées du philosophe mathématicien devraient compter. Or, le siècle des Lumières s’illumine, l’Humanité toute entière s’éclaire d’un jour nouveau. Des quatre films de ce coffret, Blaise Pascal est le plus beau sans doute parce qu’il aborde de front une idée abstraite, un conflit intime profond.

Si ce téléfilm, fidèle au projet encyclopédique, contient des tableaux d’époque, une reconstitution parfois minutieuse des machineries inouïes inventées par l’homme de science, on sent une tension formidable pénétrer la matière historique. Tension d’une pensée prodigieuse en marche, renforcée tout du long par les sonorités musicales de Mario Nascimbene. Le musicien s’essayait avec Rossellini à une texture électronique obsédante. Après avoir trouvé la gloire à Hollywood (c’est à lui que l’on doit par exemple les marches triomphales des Vikings de Richard Fleischer et qui renforcent l’aspect euphorisant de ce chef-d’œuvre du film d'aventure), le musicien trouve auprès du cinéaste la possibilité d’explorer d’autres directions des thèmes musicaux. Les séquences sont ainsi répétées de manière obsédante comme des boucles. Elles sont envahies d’un long souffle délétère qui fait baigner le film dans une matière mortifère, pénétrante et irréelle. Le motif sonore souligne la violence d’une pensée en feu, d’une réflexion intense qui est en train de tuer le corps de Pascal à petit feu. (1)

Cette tension extraordinaire laisse l’homme pris en étau entre la vie terrestre et la vie immortelle à laquelle il s’accroche. Elle est toute entière présente entre sa Foi et ses aspirations scientistes. Tout se déroule comme si Pascal voulait user de sa vie pour l’étudier et en jouir tandis que la mort est sans cesse présente dans ses pensées. Pascal est toujours partagé entre ce qu’il doit faire et ce à quoi il ne peut résister. Il y a ainsi un conflit qui se noue en lui-même entre son désir d’être un savant juste et son goût pour les salons, les mondanités et le jeu. Pascal est rappelé à sa condition terrestre, à sa petitesse d’homme pris entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Cela, Rossellini le montre avec une économie de moyens économiques et dramatiques qui laisse pantois.

Le cinéaste savait de quoi il traitait en s’attaquant à Pascal : lui-même a toujours été partagé entre sa Foi chrétienne et son matérialisme. Dans ces quatre films, Rossellini tranche en faveur d’un humanisme qui a toujours été présent dans chacun de ses films. Pascal a beau étudier, expérimenter, mesurer la pression de l’air, fabriquer une calculatrice, faire oeuvre de moraliste génial ; on ne peut que compatir à la longue marche douloureuse d’un homme miné par des migraines terrifiantes. Si Rossellini hésitait à l’origine à filmer ce philosophe dont il se sentait éloigné, c’est en apprenant de quels maux il souffrait en permanence, qu’il se rapprocha instantanément de lui. Il se produit à l’écran comme un miracle : une rencontre inattendue entre deux pensées.

Pascal aimait parfois à discourir. Il fait la connaissance de Descartes à qui il avoue son admiration. Mais il lui fait part aussi de ses doutes quant au cogito et sur la question du point d’appui inébranlable à partir duquel on peut envisager la possibilité de bâtir une science nouvelle. Cette rencontre historique (2) indique encore la nature d’une nouvelle tension présente dans le jeune homme : une incapacité à se reposer, Pascal est toujours en lutte contre quelque chose, incapable d’harmoniser toutes ses pensées et aspirations.

Film de la tension, au sens plein et littéral, Blaise Pascal est l’une des plus belles œuvres de Roberto Rossellini. Pour incarner le grand théoricien du vide, Rossellini choisit Pierre Arditi dont c’est le premier rôle à l’écran. Rossellini affirma avoir choisi l’acteur qui lui ressemblait le plus. En bonus, dans un intéressant entretien, l’acteur fétiche d'Alain Resnais voit différemment les choses. Il pense que Rossellini avait sympathisé avec son très jeune fils. Le cinéaste aurait préféré donner du travail à un jeune père de famille désoeuvré.

Le film culmine vers son extraordinaire final, théâtre de toutes les tensions. Le physicien, alité, fiévreux, cherche par tous les moyens à recevoir les sacrements. Son corps porte les stigmates d’une tension spirituelle intense et qui fut aussi celle de toute l’Europe occidentale au XVIIème siècle : le conflit intime de tout un chacun pris entre le risque de s’appartenir à soi même et d’échapper à Dieu et à la vie immortelle. En filmant la mort de Pascal, Rossellini veut montrer la victoire d’un esprit sur la chair. D’un strict point de vue historiographique, Blaise Pascal est le premier film où Rossellini systématise sa méthode du plan-séquence idéal.


(1) Pascal est mort prématurément à l’âge de 39 ans en 1662.
(2) Leur rencontre eut effectivement lieu.




Image :
De nouveaux masters restaurés sont présentés dans leur format plein écran respecté. La qualité générale est impressionnante malgré quelques griffures pendant les génériques, notamment celui de Blaise Pascal. Les couleurs sont magnifiques, rendant parfaitement bien les différents contrastes entre les habits des personnages et le décor qui sert de toile de fond. On a très souvent l’impression de voir s’animer des tableaux vivants de la Renaissance italienne et nordique. Augustin d’Hippone est de tous les films présentés celui dont les images paraissent les plus ternes.

Son : Le mixage est satisfaisant avec un vrai équilibre entre les voix doublées, les sonorités étranges de Nascimbene et les bruits d’ambiance, en particulier le bruit des pas qui renforcent parfois le caractère fantomatique de l’œuvre. Il y a très peu de grésillements dans l’ensemble. La version française est semblable à toutes les autres versions des autres films : il y a un vrai problème de raccord au niveau du doublage. Mais Rossellini aurait paraît-il cherché cet effet pour déshumaniser d’une certaine manière ses personnages et mieux faire entendre leurs discours. À deux reprises, dans L’Âge de Cosmes de Médicis en particulier et dans Descartes, les voix baissent soudainement durant quelques secondes et sont étouffées. Carlotta n’a sans doute rien pu y faire tant l’éditeur nous offre une fois de plus un objet rare d’une qualité exceptionnelle.
Carlotta
129 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage fixe et sonore
Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Français DD 2.0 Mono
Sous titres : aucun



La version présentée sur ce coffret est celle du doublage français qui avait été assuré par le dialoguiste du film : Jean-Dominique de La Rochefoucauld. Elle était conservée à l’INA et n’avait jamais été diffusée. Le film est préfacé par Aurore Renault qui exprime notamment son admiration pour ce film et à quel point il fut suivi lors de sa première diffusion sur la RAI le mardi 16 mai 1972.

Premier film :
Entretien de 24 minutes avec Pierre Arditi. Alain Bergala interroge le comédien sur les conditions de sa rencontre avec Rossellini. Il lui demande aussi comment l’acteur pouvait essayer de conserver un peu de son jeu malgré la volonté du cinéaste de toujours vouloir casser les méthodes d’interprétation.

 

Les coulisses de Blaise Pascal de Claudio Bondi (1972 - Couleurs et noir et blanc - 31 mm) : la vraie perle des bonus de ce coffret. Un reportage sur le tournage du film ponctué d’entretiens, toujours passionnants, avec le volubile Roberto.

----------------------------------------

LIRE LA PREMIERE PARTIE DE L'ENCYCLOPEDIE HISTORIQUE DE ROSSELLINI

LIRE LA TROISIEME PARTIE DE L'ENCYCLOPEDIE HISTORIQUE DE ROSSELLINI

LIRE LA QUATRIEME PARTIE DE L'ENCYCLOPEDIE HISTORIQUE DE ROSSELLINI

LIRE LA CINQUIEME PARTIE DE L'ENCYCLOPEDIE HISTORIQUE DE ROSSELLINI

En savoir plus
La fiche Imdb du film
Les autres films de Roberto Rossellini chroniqués par Classik
Augustin d'Hippone
La Prise du pouvoir par Louis XIV
Frédéric Mercier

© Dvdclassik.com - Octobre 2009 - laredaction@dvdclassik.com