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Un groupe d'anciens camarades, ex-soldats de la Révolution reconvertis dans la Tchéka, est chargé d'assurer la protection d'un train à destination de Moscou. À son bord, 500 000 roubles or pour sauver la Russie de la famine. Des bandits attaquent le convoi et s'emparent du trésor. La Tchéka recherche les traîtres...
Loin des agitations de Moscou, une équipe de cinéma tourne Esclave de l'amour, un mélodrame mettant en vedette Olga Voznesenskaïa, idole de son temps. Ce petit monde surmonte comme il peut les difficultés inhérentes à la vie de plateau, avant d'être peu à peu rattrapé par la guerre civile...
Courtisée et courtisane, la veuve d'un général réunit ses amis, voisins et créanciers dans sa datcha, le temps d'un week-end ensoleillé. Derrière les jeux innocents et l'apparente insouciance de cette communauté vont peu à peu se dévoiler de pathétiques mensonges et des amours déçues...
Moscou, fin des années 50. De passage en ville, Sacha retrouve par hasard l'immeuble où, dix-sept ans plus tôt, il a connu et aimé Tamara. Jusqu'à ce que la guerre les sépare. Le temps de cinq soirs, les deux êtres vont tenter de se ré-apprivoiser et faire à nouveau face à des sentiments qu'ils croyaient oubliés depuis des années... |
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Responsable du cinéma d'État - industrie nationalisée
depuis 1920 - la Mosfilm met à disposition du jeune réalisateur
un stock de pellicule couleur Kodak, dont la qualité est
supérieure au Sovcolor généralement de mise.
La quantité fournie se révèle néanmoins
insuffisante, et il devra tourner le métrage restant en noir
et blanc. Mikhalkov va cependant parvenir à transformer cette
contrainte technique en volonté esthétique, et il
persistera sur ses films suivants à jouer avec les différentes
possibilités de teintes.
Le montage énigmatique du prologue ne sera jamais vraiment
approfondi, demeurant ainsi à l'état de rêve
inaccessible. Il nous est offert comme l'incarnation d'un passé
mythique, des souvenirs heureux et chéris d'une bande d'amis.
La nostalgie est un élément fondamental dans l'œuvre
de Mikhalkov. Ici, elle définit d'entrée de jeu les
protagonistes. C'est comme s'ils étaient restés bloqués
à cette époque et que toute leur vie désormais
avançait au ralenti. La caméra s'attardera
Inclassable, Le Nôtre parmi les autres
s'apparente aussi à une enquête policière bien
menée, avec son lot de manipulations, de témoins assassinés,
d'agents doubles et de faux coupables. Tandis que Dimitri et Nikolaï
mènent leurs interrogatoires à l'arrière, Lemké
et Chilov ont rejoint les bandits dans l'espoir de mettre la main
sur le magot. C'est d'autant plus palpitant
Le cinéaste n'a donc pas profité d'un sujet qui s'y prêtait pourtant idéalement pour glorifier un système, un régime. Derrière les uniformes, il y a des hommes, et chacun aura droit à ses moments d'héroïsme et à ses instants de faiblesse. Et c'est ainsi que Nikita Mikhalkov transcende le simple film d'aventures et nous offre un spectacle que l'on n'espérait pas aussi attachant. Attendu au tournant, cette première œuvre est particulièrement bien accueillie et confirme sa renommée. Il ne cessera plus dès lors de tourner.
Ce nouveau projet est né de manière singulière, des cendres d'un film intitulé Nechaïannye radosti (Les Joies improbables), coécrit par Andrei Konchalovski et laissé inachevé en 1972, suite à des divergences entre la production et le réalisateur Rustam Khamdamov. Sollicité deux ans plus tard pour reprendre le tournage avec le maigre budget restant (300 000 roubles), Mikhalkov accepte la commande. Par respect pour son confrère et désireux de réaliser une œuvre personnelle, il refusera cependant d'utiliser le matériau déjà tourné, ce qui ne l'empêchera pas par la suite d'être accusé d'avoir volontairement évincé Khamdamov. Le scénario est entièrement réécrit avec la collaboration d'Adabachian. Le film sera tourné en six semaines à Odessa et en Crimée. Il est intéressant de noter que Pavel Lebechev mettra au point à cette occasion un procédé pour améliorer la sensibilité du Sovcolor dont ils disposent, certaines scènes baignant dans la lumière tandis que d'autres osent d'audacieux clairs-obscurs.
En dehors des costumes conservés par la production, l'actrice
Elena Soloveï est la seule rescapée du tournage initial.
Elle deviendra pour quelques temps l'égérie du réalisateur,
incarnant de fragiles figures de femmes dans ses films suivants.
Son rôle s'inspire ici de Vera Kholodnaïa, star du muet
ayant réellement existé et qui était le sujet
du scénario d'origine. Mais Mikhalkov
Victor nous a d'abord été présenté comme opérateur du film, mais ce n'est qu'une couverture pour dissimuler ses activités bolcheviques. Il mène en plus un douloureux combat intérieur entre son engagement politique et son amour pour Olga. C'est typique du cinéaste que de mettre en scène des personnages tiraillés par des élans contradictoires et qui rechignent à écouter leur cœur, au risque de se détruire. Mikhalkov ne cesse de cadrer ses personnages à travers des fenêtres, devant des affiches, des peintures, des portraits, autant de cadres qui à la fois les enferment et ouvrent sur un possible ailleurs. Olga est une star au comportement fantasque qui vit au-dessus du monde. Elle ignore superbement la réalité, préoccupée uniquement de ses amours, se souciant à peine de ses enfants. Elle ne connaît que l'idolâtrie des spectateurs auxquels elle cède facilement, étouffant vite ses rares élans d'humanisme.
Le film bascule dès lors que Mikhalkov introduit d'authentiques images d'archives montrant les conséquences de la "Terreur blanche", exactions commises à cette époque par l'armée, arrestations et exécutions sommaires, population contrainte à l'exode. C'est cette réalité brute, incontestable, qui va enfin impressionner Olga, elle qui jouait le rôle d'une aveugle, ignorante des mensonges et des manipulations de son époux. Il est d'ailleurs significatif qu'à la suite de la projection de ces images, Mikhalkov continue à filmer les réactions de ses personnages en noir et blanc, comme si cette cruelle réalité déteignait encore quelque temps sur leur regard (et le nôtre, puisqu'à cet instant nous partageons le même rôle de spectateurs). Mais s'il dénonce les crimes de l'armée, il évite ici encore de verser dans la surenchère patriotique. Même si les dernières répliques d'Olga (« Vous êtes des animaux ») ont été imposées par la production pour rendre plus explicite le message, le discours politique est aux abonnés absents. Seuls les actes comptent et les Bolcheviques du film luttent d'abord contre la tyrannie. C'est surtout le destin des personnages qui intéresse le metteur en scène. De star égoïste, Olga est devenue femme émouvante. Face au miroir, elle révèle sa vraie sensibilité et cesse de jouer. Seule et miraculeusement intouchable, elle s'engage littéralement sur les rails d'une autre existence. Elle voit enfin la violence qui a peu à peu gagné son monde, mais demeure incapable de la comprendre, refuse de la comprendre. Elle conserve jusqu'au bout le même regard halluciné et lointain. En cela elle apparaît peut-être finalement plus humaine que jamais.
Œuvre d'une grande richesse, véritable montagne russe d'émotions, Esclave de l'amour connaîtra à juste titre un grand succès et obtiendra de nombreuses distinctions dans des festivals.
Mikhalkov persiste dans le film en costumes avec cette adaptation attendue de Tchekhov, un auteur qu'il était appelé à rencontrer. Plus précisément, il adapte avec Alexandre Adabachian Ce fou de Platonov, une pièce de jeunesse écrite en 1878, et y ajoute des éléments tirés de trois nouvelles. Ce sera un long travail d'écriture, aboutissant à un film qu'on peut considérer comme l’une des plus fidèles retranscriptions de l'univers du dramaturge. Partition inachevée pour piano mécanique est tourné pour un budget relativement serré, entièrement en décors naturels, dans un ancien hôtel particulier de Poutchino (au Sud de Moscou). Adabachian fait également office ici de chef décorateur. Mikhalkov ne triche pas avec l'origine théâtrale de son matériau et respecte l'unité de lieu. Sa caméra explore méticuleusement chaque recoin de la maison, confinant sa troupe dans différents espaces, créant des oppositions fructueuses entre intérieur et extérieur. On retrouve ici pleinement exploité son art de la profondeur de champ, les personnages s'inscrivant et se déplaçant toujours avec précision dans le cadre plus ou moins large des décors. Et la photographie de Lebechev capte miraculeusement les mouvements de la Nature, qu'il s'agisse de la douce chaleur du soleil ou de l'humidité de la rosée matinale.
Le film nous invite à une partie de campagne douce-amère qui annonce sans équivoque l'atmosphère bucolique de Soleil trompeur (1994). On peut imaginer sans difficulté que Mikhalkov a lui-même vécu des moments semblables dans la datcha familiale. La petite société réunie dans cet environnement nous est présentée apparemment libre de toute contrainte, ayant tout pour profiter du bonheur présent, pour se réjouir des joies simples de l'existence, entre légers marivaudages et annonce de mariage. Mais c'est une société d'hypocrites et peu à peu le vernis se craquelle. Les domestiques sont présents comme des figures classiques du théâtre. Leur relation difficile avec leurs maîtres révèle l'absurdité de leur comportement, de ces ordres donnés pareils à des caprices d'enfants. Ce huis clos champêtre confronte une quinzaine de personnages qui vont se retrouver malgré eux face à leur destin, questionnés sur les choix qu'ils ont faits et appelés à les justifier. Et de vieilles blessures de se réveiller.
Mikhalkov observe et nous fait partager ces tourments intérieurs avec une sensibilité et une tendresse dénuées de jugement ou de manichéisme. Sa mise en scène s'attarde sur les regards, seule manifestation du lien profond et silencieux qui existe entre les personnages. Le moindre champ/contrechamp semble ainsi chargé du poids de l'émotion, de la pleine vérité des êtres. Chaque personnage a sa chance pour exister à nos yeux. Le cinéaste témoigne à nouveau de ses efforts de compréhension de l'âme humaine, ne tranchant jamais, peignant des personnalités complexes qui peuvent facilement trouver un écho profond en nous. C'est dans ces instants de sincérité que la musique d'Artemiev émerge discrètement, puisant à la source du souvenir. Souvenir d'une jeunesse plus belle, encore pleine d'idéaux. Mikhalkov donne un caractère merveilleux à ces moments de vérité tragique en les plaçant sous la lueur d'une cigarette ou d'un feu d'artifice.
Au-delà de ces destins individuels, c'est évidemment
le portrait de toute une classe sociale qui est fait. Aristocratie
sur le déclin, sauvée seulement par la comédie
des apparences mais en réalité ruinée, défendant
sans conviction des valeurs dépassées. Les personnages
ont fui leur passé, tiré un trait sur leurs convictions
d'autrefois, et s'accrochent désespérément
à un
L'ambiance de cette campagne russe, la multitude de personnages aussi amusants qu'émouvants, la subtilité dont fait preuve le réalisateur pour évoquer l'amertume d'un amour perdu, tout concourt à faire de Partition inachevée pour piano mécanique une œuvre qui nous touche avec une force inattendue, et dont le secret de fabrication nous échappe. À ce stade, la reconnaissance de Nikita Mikhalkov a dépassé celle d'Andrei son frère, qui va bientôt poursuivre sa carrière à Hollywood. Ses films gagnent une audience de plus en plus internationale. Il reviendra à Tchekhov dix ans plus tard pour ce qui sera un encore un grand succès critique et public, Les Yeux noirs.
En 1979, Mikhalkov s'est lancé dans l'adaptation d'un autre
classique de la littérature russe : Oblomov,
d'après le roman d'Ivan Gontcharov. Il s'agit d'une ambitieuse
production qui sera tournée en deux parties, l'une en été,
l'autre en hiver. Dans l'intervalle, afin d'être sûr
de conserver les mêmes techniciens au moment de la reprise,
Mikhalkov prévoit de réaliser un autre film. Le pari
est risqué et impose de nombreuses contraintes : budget modeste,
tournage limité à 25 jours, entièrement
Intimiste, le film reconstitue la vie d'un appartement communautaire. C'est l'occasion de tracer de petits portraits tantôt drôles, tantôt touchants (l'embarras du couple de petits vieux qui s'incruste pour regarder la télé). Le pittoresque dissimule cependant mal la réelle détresse des êtres vivant sous ce régime. Personne ne viendra regretter ce temps-là. Dominée par l'inconfort, l'existence n'est en effet guère riante. Pannes d'électricité et de chauffage font partie d'un quotidien avec lequel on s'accommode. On vit avec ses voisins, on partage la cuisine et le téléphone, il y a toujours du passage dans les parties communes, aucune intimité n'est possible. Même dans la séquence où Tamara se rend chez un ami de Sacha (interprété par Adabachian), il faut que le téléphone sonne et qu'on assiste à une conversation privée. Sans risquer la critique sociale qui le mettrait à mal avec les autorités, Mikhalkov présente l'air de rien des faits qui accusent, véritable réquisitoire contre le régime qui a mené la société à cet état. On n'espère plus un avenir meilleur et des lendemains qui chantent. Le tournage en studio renforce cette impression d'artificialité, de non vie. Comparé aux précédents films, Cinq soirées détone par l'absence de la famille, des amis, de ces figures hautes en couleurs qui savaient malgré le drame nous remplir de chaleur. Mikhalkov peint ici une société qui n'avance plus, sans vie, littéralement privée de couleurs. Porté par un regard douloureux sur le passé, le film nous confronte à un présent dépeuplé, nous fait ressentir la nostalgie non d'une époque mais des sentiments, de ce qui fut et de ce qui aurait pu être. Jeune, on se promet un avenir éternel, et puis la réalité - la guerre - nous rattrape, et on tourne le dos à ses idéaux d'autrefois. Et pourtant, les personnages s'accrochent encore à un espoir. Sacha n'a pas oublié son amour de jeunesse, et le hasard des retrouvailles est pour lui une nouvelle chance qu'il veut saisir.
Le présent est malheureusement rempli de mensonges. Il
faut mentir pour exister. Sacha se présente ainsi d'abord
à Tamara comme un homme ayant réussi sa carrière,
ingénieur en chef d'une importante usine, en mission à
Moscou pour quelques jours. Son allure, son chapeau et son manteau
suffisent à faire illusion. Prudent, il se camoufle aux yeux
de Tamara, prend ses aises face à elle, entame la conversation
en faisant mine de ne l'avoir jamais interrompue. Tamara apparaît,
elle, dans toute sa triste vérité du moment, en peignoir
et avec des bigoudis sur la tête. Demeurée au même
stade, elle continue à louer sa chambre. Elle n'est pas dans
la comédie et assume son statut de contremaître, prenant
autant à cœur le moral de ses ouvrières que la
productivité de son usine. Elle a accepté sa condition
et s'efforce de s'en montrer la plus digne, citant Marx, s'accrochant
à des principes dépassés qui seuls lui permettent
de tenir encore debout. Ni l'un ni l'autre n'ont réglé
leurs problèmes passés. Les deux ont cessé
de vivre. |
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![]() Réunis dans un coffret en forme de livre, aussi élégant que pratique, ces quatre films représentent l'intégralité des longs métrages réalisés par Mikhalkov durant la décennie 1970. Chaque titre a bénéficié d'une restauration récente. Certains étant rarement diffusés voire inédits en France, c'est une formidable opportunité que nous offre Potemkine pour (re)découvrir dans les meilleures conditions la chronologie d'une œuvre, et l'affirmation d'une écriture personnelle. Un second volume tout aussi recommandable rassemble les films des années 1980 : Quelques jours de la vie d'Oblomov, La Parentèle et Sans témoins Image : Tous les films sont au format 1.33 respecté. Malgré la qualité variable des pellicules utilisées sur ces premiers longs métrages, les copies transférées ici sont irréprochables. Le défi était de rendre fidèlement les intentions du réalisateur et la photographie souvent audacieuse de Pavel Lebechev. Le résultat est tout simplement inespéré. Seul Le Nôtre parmi les autres apparaît davantage marqué par le temps (la présence de points blancs), mais l'image est stable et le travail sur les couleurs et les différentes teintes est respecté. Son : Versions originales uniquement. Mono clair et sans parasites. On notera des effets métalliques un peu artificiels sur certains bruitages du Nôtre parmi les autres (eau, moteur), peut-être intentionnels. Les bandes-son des films de Mikhalkov sont toujours surprenantes. Les dialogues y sont roi, mais la musique participe souvent avec une force inattendue à l'émotion du récit. Cela fonctionne ici parfaitement. |
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Travail soigné sur tous les plans par l'éditeur, le coffret
s'accompagne d'un livret de 16 pages contenant photos,
affiches, fiches techniques et notes biographiques. Sur chaque DVD et
à propos de chacun des films, on trouvera une analyse
de Pierre Murat (entre 10 et 25 min). Le critique de Télérama,
grand connaisseur de l'œuvre du cinéaste russe, parle autant
du fond que de la forme et son commentaire complète judicieusement
le visionnage des films. À cela s'ajoutent d'autres suppléments
bienvenus :
Entretien avec Nikita Mikhalkov (14'22) : Le cinéaste
se livre à un précieux regard rétrospectif sur
ses débuts de metteur en scène et en particulier sur le
tournage de Cinq soirées, expliquant pourquoi
ce film est resté aujourd'hui encore cher à son cœur
(supplément disponible sur le DVD de Cinq soirées). |
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