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Réalisé et écrit par
Terrence Malick
Avec Richard Gere, Brooke Adams, Sam
Shepard, Linda Manz
Musique Ennio Morricone
Photographie Nestor Almendros
Un film Paramount
USA - 90 minutes - 1978
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90
Minutes
Zone 2
Format cinéma respecté
: 1.85.1 (transfert anamorphique)
Langues : anglais (dolby digital 5.1),
français, italien, espagnol (mono)
Sous-titres : anglais, croate, français,
grec, hébreu, italien, portugais, slovène, espagnol
Chapitrage et menu fixes |


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Chroniqués
par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour
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Chicago, 1916. Bill (Richard Gere) travaille dans
une usine qu’il doit précipitamment quitter après
un combat à mort avec un des ouvriers. Il s’embarque
avec sa fiancée Abby (Brooke Adams) et sa sœur
Linda (Linda Manz) dans un train pour le Texas où il
va trouver du travail dans une très importante plantation
de blé. Là, le propriétaire (Sam Sheppard)
ne restera pas indifférent à Abby et Bill, qui
a toujours fait passer cette dernière pour sa sœur
afin de ne pas attirer l’attention, ne s’opposera
pas à cette rencontre, opportunité financière
inespérée. Un étrange ménage à
trois s’établit…
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Réalisé quatre années après
Badlands
(1974), tout à la fois coup d’essai et coup
de maître, Days of heaven (1978) est le film
qui fit entrer son auteur dans la légende de son
vivant. Il est la raison essentielle qui incita les acteurs
hollywoodiens du star system à vouloir tourner à
tout prix avec Malick pour sa troisième et dernière
œuvre à ce jour, La ligne rouge (1998).
Le délai de quatre puis de vingt années séparant
ces trois films laisse songeur : nous avons de toute évidence
affaire à un homme qui ne vit pas de son art mais
à un esthète qui ne tourne que pour laisser
une empreinte, un message fondamental.
Le propos du cinéaste n’a au fond jamais véritablement
évolué et seule la manière a acquis
densité et profondeur. Badlands raconte
l’histoire de deux amants aux prises avec les difficultés
économiques et devenant hors la loi, mais déjà
le film apparaît avant tout comme un prétexte
pour impressionner sur pellicule des visions splendides
du monde qui voit les hommes s’agiter. Days of
heaven reprend à son compte quelques outils
déjà employés dans cette première
œuvre, particulièrement l’abondance des
gros plans d’animaux et l’usage d’une
voix off assurant la narration sur un ton nonchalant, voire
indifférent. Si la voix-off peut apparaître
quelque peu systématique, ces images récurrentes
de faune ne sont pas non plus exemptes d’une certaine
lourdeur : à trop vouloir exprimer la beauté
des créations naturelles dans chacune de ses manifestations,
l’auteur n’échappe pas à une certaine
intellectualisation dénuée de véritable
raison d’être.
Aussi le mérite
de Days of heaven par rapport à son prédécesseur
vient d’ailleurs, de l’ampleur accrue des visions
proposées qui se dilatent jusqu’à embrasser
l’univers tout entier. C’est sur cet aspect
que nous insisterons.
Dans les moissons du ciel le style de Malick semble
avoir trouvé un juste équilibre entre le mouvement
et le repos. Arrivées à la plantation, nous
voyons Linda Manz et une fermière flâner à
travers les champs, la caméra à l’épaule
les suivants consciencieusement au cours de leurs déambulations.
Malick veille à conserver une distance entre la caméra
et les acteurs afin de créer une image possédant
au minimum trois dimensions, les personnages constituant
un intermédiaire entre les plants de blé et
le ciel pommelé se profilant au loin. Cet usage quasi-constant
de la profondeur de champ donne tout au long du métrage
une richesse constante à l’image a priori la
plus banale et la plus fugitive : Richard Gere face à
la machine crachant sa vapeur et dont le couvercle battant
laisse découvrir puis cache le ciel au loin. Quelques
secondes tout au plus, mais aussi fugaces soient-ils, ces
instants s’ajoutent à de nombreux autres pour
écrire le poème de la nature. C’est
par l’accumulation constante de ces beautés
que le spectacle prend toute sa dimension.
Les plans fixes de très grand ensemble sont davantage
saisissants : la majesté des panoramas appartient
à ce que le cinéma a livré de plus
émouvant, tel ce paysage déchiré en
deux par un ciel occupant les trois quarts du champ (le
sol semble être véritablement le lit du ciel)
et dont la noirceur chargée de pluie gagne progressivement
le restant du décor d’un bleu immaculé,
encore préservé de la tempête.
Notons néanmoins qu’à la dimension esthétique
pure de ces images s’ajoute une dimension éminemment
dramatique. Lorsque le mentor de Sam Shepard découvre
la présence de sauterelles dans le blé, c’est
par un simple panoramique que la caméra quitte le
morceau de terrain incriminé et se redresse afin
de filmer la maison familiale se profilant au loin. La vision
est saisissante : filmés à ras (en très
légère plongée toutefois), le regard
glisse sur des champs s’étendant sur des centaines
de mètres, se balançant calmement au gré
du vent, avant que la perspective nous fasse découvrir
dans l’extrême arrière plan une minuscule
maison impitoyablement désignée par la ligne
de fuite. Car c’est bien de tragédie dont il
est question ici : Malick nous livre certes une de ses compositions
les plus abouties mais, a de toute évidence conçue
celle-ci afin qu’elle remplisse son rôle dramatique,
à savoir annoncer la double tragédie que constituera
l’invasion des sauterelles pour Sam Shepard (ruine
de l’entreprise mais aussi moment voyant le dévoilement
aux yeux du fermier de la véritable nature du lien
unissant sa femme à Bill) et à plus long terme
pour Richard Gere.
A cette science de l’utilisation du cinémascope
dans la composition des plans, s’ajoute la manière
dont la lumière a été capturée
afin de donner vie à ces derniers.
N’oublions pas que Days of heaven a d’abord
consisté en une révolution technique qui fut
accueillie comme l’équivalent du Barry
Lyndon de Kubrick. Le travail de John Alcott pour ce
dernier a en effet régulièrement été
comparé avec celui de Nestor Almendros, qui avait
déjà travaillé sur l’Enfant sauvage
de Truffaut et devait ultérieurement devenir un collaborateur
privilégié de l’œuvre de Rohmer
(il est néanmoins également l’auteur
de la photo de Kramer contre Kramer ou du Lagon
bleu). Les deux œuvres se caractérisent
par la volonté de renouer avec une lumière
naturelle, qui doit être corrompue le moins possible
par des sources d’éclairage artificiel afin
de préserver la qualité unique de l’éclairage
du jour. Techniquement cela se traduit par l’usage
d’objectifs particulièrement sensibles et au
renoncement à tout filtre : nombre de scènes
ont ainsi été filmées au moment où
le soleil donnait son dernier rayon (travaux dans les champs
notamment). Le résultat est prodigieux : les personnages
ne bénéficient plus d’éclairage
attitré et se présentent davantage comme des
formes délicatement ombrées qui se détachent
sur fond de coucher de soleil plutôt que comme des
individualités. Le film nous livre véritablement
les contre-jours les plus accomplies que l’on ait
pu voir sur un écran (innombrables plans des fermiers
occupés aux travaux des champs).
Notons néanmoins qu’environ la moitié
du métrage a été assurée par
le chef opérateur Haskell Wexler, Almendros ayant
été contraint de quitter le tournage se prolongeant,
en raison d’autres engagements : il ne s’agit
cependant pas de nier les mérites d’Almendros
dont le travail a bien été repris par un opérateur
s’étant plié à l’esthétique
du film.
Au travail de composition des images s’adjoint la
manière dont celles-ci ont été rassemblées.
La liberté narrative du film transparaît en
effet remarquablement dans son montage, qui est loin de
répondre aux strictes lois d’une narration
claire et concise. Au contraire le cinéaste procède
davantage par associations d’idées, rassemblant
ses images dans une optique symbolique. Un exemple frappant
est la séquence voyant le retour de Richard Gere
à la plantation, vers le milieu du métrage
: il s’approche de la maison familiale et la caméra
semble épouser son point de vue : la maison est successivement
vue sous trois angles différents, soit l’impression
du regard inquisiteur de celui voulant s’assurer d’une
présence humaine dans l’habitation. En même
temps chacun de ces plans dépasse son cadre strictement
fonctionnel et démontre une volonté de s’approprier
l’objet s’offrant au regard en le regardant
de plusieurs points de vue successifs. Lorsque Richard Gere
a retrouvé sa fiancée et sourit à sa
rencontre, une conversation est sur le point de s’engager
et le spectateur est en droit de penser que la caméra
va durant quelques instants se contenter d’enregistrer
les échanges des protagonistes afin de faire avancer
le récit. Il n’en est pourtant rien. Sorti
de nulle part et sans raison apparente, un gros plan d’une
plante d’intérieur, virevoltant au gré
des caprices du vent traversant la demeure, s’insère
au beau milieu des retrouvailles. L’effet est singulier
: on ressent fortement ce plan comme se situant dans la
continuité de ses prédécesseurs scrutant
la maison sous trois angles différents. La volonté
de Malick est patente : il ne veut jamais perdre de vue
son tableau de très grand ensemble et refuse de se
perdre dans l’anecdote (la conversation) au détriment
du monde inaltérable dans lequel s’inscrit
l’anecdote. Le cours de choses ne saurait s’interrompre
par la seule volonté humaine.
Un exemple au moins aussi probant est constitué par
le moment où Richard Gere emmène Brooke Adams
dans la rivière : ils s’y allongent tous deux
et Gere jette négligemment un verre dans le cours
d’eau, ce qui passe tout d’abord pour un simple
détail sans raison d’être particulière.
Pourtant, quelques instants après, les protagonistes
abandonnent la rivière et la séquence est
clôturée par un plan du verre enfoui dans l’eau.
Alors que la conscience des protagonistes du film est déjà
occupée à d’autres pensées, le
narrateur n’hésite pas à imposer au
spectateur un objet dont la réalité est toujours
contemporaine et se suffit à elle-même pour
faire l’objet d’une représentation. La
vision est insolite, le verre semblant sorti tout droit
d’une nature morte du XVIIème siècle
hollandais mais le caractère sous-marin du plan ajoute
une dimension onirique et poignante à la chose. Là
encore Malick nous surprend par son sens poétique
qu’il sait traduire à travers un sens du montage
très sur et parfaitement mis au service d’une
narration refusant de s’attarder sur les sentiers
battus.
La musique poursuit la même tache : ses interventions
(apparitions comme disparitions) sont totalement imprévisibles
car, ne répétant aucunement l’action,
elle n’a pour dessein que de souligner la poésie
de l’œuvre et son usage est par conséquent
aussi capricieux que l’apparition d’un verre
renversé au fond de l’eau sur l’écran.
Ennio Morricone livre ici une partition remplie d’affects,
chargée de couvrir ce qui est montré à
l’écran d’un voile de douleur lancinante
et indéfinissable, comme si cette qualité
allait forcément de pair avec la beauté du
monde. Cette remarque vaut surtout pour les thèmes
originaux du compositeur car le leitmotiv du film, entendu
dès l’ouverture lorsque sont présentées
les photographies d’époque, n’est autre
qu’Aquarium, une des pièces composant le Carnaval
des animaux de Camille Saint-Saëns.
La cohérence esthétique de l’ensemble
de l’œuvre n’a pas empêché
la critique qui s’est adressée en particulier
au manque de psychologie des personnages. Le reproche ne
porte pas à conséquence, la richesse psychologique
n’étant pas un critère consubstantiel
au cinéma au grand dam des vieilles écoles
de pensée : on ne songerait à faire tel reproche
à Kubrick. Malick inverse également le rapport
facile entre personnages et univers formel dans lequel ils
évoluent, le second étant habituellement le
serviteur du premier. Dans son film les personnages sont
animés d’hésitations, de volontés
partiellement réalisées et ne peuvent prétendre
au même intérêt que le monde parfait
dans lequel ils évoluent. L’interprétation
est très uniforme, et contrairement à ce que
l’on a pu écrire, la jeune Linda Manz ne tranche
nullement avec ses partenaires adultes mais se trouve bien
dans le même registre de la distanciation, de la demi-teinte.
C’est comme si les interprètes se devaient
de corroborer ce que cadre et lumière se chargent
déjà d’énoncer. Mis en joue et
face à la mort, Richard Gere lance un regard, sans
doute son dernier, de côté pour échapper
à la réalité qui l’occupe mais
aussi pour contempler une dernière fois les trésors
inexprimables qu’il va perdre. Nous retrouvons l’idée
de la séquence voyant le retour de Bill qui explore
la maison du regard : les plans sont tout à la fois
subjectifs (interrogation du regard du personnage) et objectifs
car participant de la volonté du réalisateur
de s’approprier le monde sous tous ses aspects.
De même la conjoncture du film (grandes évolutions
technologiques des années 1910 et leurs conséquences
sociales) ne possède aucune dimension idéologique.
Le film débute par une série de clichés
photographiques montrant la vie quotidienne des gens qui
n’ont rien : regards simples d’ouvriers, cordes
à linge ralliant les immeubles entre eux et s’étendant
à perte de vue dans les rues…
Aucune révolte n’émane de ces images,
dont tout militantisme est absent : souci sociologique de
planter son décor plutôt que de susciter la
révolte, ce que le reste de l’œuvre ne
fera que confirmer. A aucun moment Malick ne se posera en
continuateur du propos du Ford des Raisins de la colère.
En définitive nous avons bien affaire au travail
d’un des grands formalistes du XXème Siècle,
usant de sa connaissance de l’image pour auréoler
tout ce qu’il montre d’un vernis de beauté
majestueuse et crépusculaire.
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