True Detective

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shubby
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Re: True Detective

Post by shubby »

tenia wrote:"cé le mal koi". C'est de la caractérisation à 2 balles et, du coup, je trouve ça suffisamment facile pour le considérer comme une erreur d'écriture.
Je comprends. Mais le final étant bien bondieusard - Cohle, dans son lit d'hosto, c'est Jésus - la caractérisation chargée me parait adaptée.
La série aurait pu se terminer sur la fin de l'épisode 7. Elle aurait été frustrante, néanmoins l'essentiel était déjà dit. Cerise sur le gâteau : ce jouissif 8ème épisode :)

J'attends toujours mon méchant boursicoteur, qui pratiquerait de la magie noire pour booster ses chiffres. Souvent, les vrais méchants-vilains sont noyés dans la masse et maîtrisent à donf les apparences.
Les coréens avaient bien capté le truc avec leurs "Public enemy". Le Louis Koo d'Election 2 (HK) + le salopard du rital "Arrivederci Amore Ciao" valent aussi le détour dans le genre. Pas vu "Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon".
Mais j'aime bien le redneck itou. Il reste une valeur sûre - et manichéenne.
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tenia
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Re: True Detective

Post by tenia »

C'est le côté abusif de la chose plus que le redneck du bayou qui me gêne. Fallait-il le faire incestueux ? Le faire habiter dans un taudis genre "je suis méchant donc je ne me lave pas" ?
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Re: True Detective

Post by Aragorn Elessar »

tenia wrote: Le faire habiter dans un taudis genre "je suis méchant donc je ne me lave pas" ?
Il est psychotique, ça fait parti du tableau.
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Ôtez le mensonge vital à un homme moyen, vous lui ôtez le bonheur, du même élan.
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Re: True Detective

Post by Chdx »

tenia wrote:C'est le côté abusif de la chose plus que le redneck du bayou qui me gêne. Fallait-il le faire incestueux ? Le faire habiter dans un taudis genre "je suis méchant donc je ne me lave pas" ?
Aragorn Elessar wrote:Il est psychotique, ça fait parti du tableau.
Et, cerise sur le gâteau, il aime beaucoup Cary Grant...

:lol:
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Re: True Detective

Post by G.T.O »

Bon, bon, enfin vu et je n'ai pas trouvé cela terrible du tout.

Déjà, première déconvenue : la soi-disante originalité de la série. Que ce soit en termes d'idées et de traitement, cette série est d'un conventionnel ! Ni plus ni moins qu'un énième buddy-movie pas très bien joué ( Woody empâté et Matthew en plein cabotinage) et écrit, qui fonctionne sur un duo de contraires ( l'inspecteur conformiste VS l'inspecteur border-line). Ajouté à cela, une psychologie de comptoir rendant risible la moindre tentative d'épaisseur des personnages ( Ahhh, la trauma de Rost). Quant à l'enquête, elle est chiante à souhait, par excès de banalité. La procédure est archi-connue, les difficultés également, et les rebondissements facilement détectables.
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Re: True Detective

Post by pol gornek »

L'originalité de la série est son mode de narration. On n'a pas dit que c'était "révolutionnaire" ou "jamais vu" mais que cette narration morcelée était suffisamment rare à la tv pour être noté. Après, qu'il y ait eu un emballement, la série n'est pas responsable.

Philosophie de comptoir ?.. En quoi serait-ce un défaut ? La série ne vend jamais une profondeur philosophique puisqu'elle s'exprime uniquement par le biais d'un personnage dont on peut dire que l'équilibre mental n'est pas sa principale qualité. Qui plus est, c'est une philosophie qui s'est construite après un traumatisme (oui, c'est un traumatisme souvent utilisé mais qui fonctionne parce que perdre un enfant, c'est traumatisant), donc qui n'est pas la conclusion d'une construction personnelle mais une réaction à un événement particulier et la digestion lourde d'une consommation boulimique d'écritures variées (Ligotti principalement, pas la référence absolue en matière de profondeur philosophique).

Oui, la série est une série policière classique. En fait, l'enquête n'a pas vraiment d'importance, l'intérêt ne se joue pas là. C'est l'histoire d'un homme principalement (Rust), détruit et qui doit se reconstruire. C'est classique, soit - mais encore une fois, la série n'a jamais prétendue être révolutionnaire - mais (mon humble avis) très bien réalisé, orchestré et prenant dans le morcellement de son récit. Si la série réussit son coup, c'est de créer une attente, de l'envie de découvrir l'épisode suivant, l'envie de démêler les fils d'une enquête qu'on imagine complexe... mais qui ne le sera pas vraiment, finalement (c'est peut-être déceptif, je l'accorde).

Enfin je considère la série superbement mise en scène. Surtout dans sa représentation de la Louisianne, entre végétation envahissante et bâtiment abandonné. Un peu comme si Malick avait voulu faire du Roméro. Sans compter les prouesses du fameux plan séquence de l'épisode 4 et l'incroyable climax du dernier épisode.

EDIT : j'ajouterai que la série est pensée absolument comme un récit séquencé. Un visionnage marathon ne lui rend pas grâce.
Le public qui grandit devant la télé affine son regard, acquiert une compétence critique, une capacité à lire des formes compliquées. Il anticipe mieux les stéréotypes et finit par les refuser car il ne jouit plus d'aucune surprise ni curiosité, les deux moteurs de l'écoute.Il faut donc lui proposer des programmes d'un niveau esthétique plus ambitieux. La série télé s'est ainsi hissée, avec ses formes propres, au niveau de la littérature et du cinéma.
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tenia
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Re: True Detective

Post by tenia »

C'est beau, racé, et parfaitement rythmé en faisant sauter les habitudes des séries TV US : 8 episodes, un unique realisateur, une mise en scene et des acteurs cinematographiques.

Ca ne revolutionne rien en tant que tel mais sait utiliser une evolution pour aller au dessus du lot habituel.
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G.T.O
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Re: True Detective

Post by G.T.O »

pol gornek wrote:L'originalité de la série est son mode de narration. On n'a pas dit que c'était "révolutionnaire" ou "jamais vu" mais que cette narration morcelée était suffisamment rare à la tv pour être noté. Après, qu'il y ait eu un emballement, la série n'est pas responsable.

Philosophie de comptoir ?.. En quoi serait-ce un défaut ? La série ne vend jamais une profondeur philosophique puisqu'elle s'exprime uniquement par le biais d'un personnage dont on peut dire que l'équilibre mental n'est pas sa principale qualité. Qui plus est, c'est une philosophie qui s'est construite après un traumatisme (oui, c'est un traumatisme souvent utilisé mais qui fonctionne parce que perdre un enfant, c'est traumatisant), donc qui n'est pas la conclusion d'une construction personnelle mais une réaction à un événement particulier et la digestion lourde d'une consommation boulimique d'écritures variées (Ligotti principalement, pas la référence absolue en matière de profondeur philosophique).

Oui, la série est une série policière classique. En fait, l'enquête n'a pas vraiment d'importance, l'intérêt ne se joue pas là. C'est l'histoire d'un homme principalement (Rust), détruit et qui doit se reconstruire. C'est classique, soit - mais encore une fois, la série n'a jamais prétendue être révolutionnaire - mais (mon humble avis) très bien réalisé, orchestré et prenant dans le morcellement de son récit. Si la série réussit son coup, c'est de créer une attente, de l'envie de découvrir l'épisode suivant, l'envie de démêler les fils d'une enquête qu'on imagine complexe... mais qui ne le sera pas vraiment, finalement (c'est peut-être déceptif, je l'accorde).

Enfin je considère la série superbement mise en scène. Surtout dans sa représentation de la Louisianne, entre végétation envahissante et bâtiment abandonné. Un peu comme si Malick avait voulu faire du Roméro. Sans compter les prouesses du fameux plan séquence de l'épisode 4 et l'incroyable climax du dernier épisode.

EDIT : j'ajouterai que la série est pensée absolument comme un récit séquencé. Un visionnage marathon ne lui rend pas grâce.

Originalité du mode narratif, parlons-en. La construction en flash-back est peut être nouveau à la TV; ça l'est, en revanche, beaucoup moins au cinéma. C'est archi, archi connu comme procédé. D'autant plus qu'ici, il ne se casse la binette le père Nic. Chaque aspect de la déposition des personnages est souvent accompagné d'une illustration associée. Outre le fait qu'elle n'apporte rien, elle gêne l'immersion et alourdisse, considérablement, le rythme de la série.


Je ne parlais pas de philo de comptoir mais de "psychologie de comptoir". Je reproche à la série la qualité de son écriture. La caractérisation, la qualité du trait, le déroulement de l'enquête, tout cela reste très grossier. Ou du moins très commun. Le mode diffère peu d'une série B lambda. Pas de quoi de se réveiller la nuit. J'ai l'impression qu'on pardonne à la série des facilités qu'on ne pardonne plus au cinéma, sous prétexte que la série est le frère honteux du cinéma. Quant à évoquer un croisement entre Malick et Romero pour vanter les mérites de la mise en scène, permets-moi d'être un peu plus mesuré. La mise en scène reste hyper fonctionnelle totalement soumise au récit. Elle délivre de l'information. Rien de plus. Il suffit pas de balancer deux ou trois plans aériens pour faire du Malick ou bien encore mettre deux trucs vaguement fantastiques pour faire du Romero. Parfois, on sent qu'elle tente de donner de la hauteur au récit, avec ces petites transitions, mais elle est vite ramenée à son rôle.
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Re: True Detective

Post by Nimrod »

Je ne vois pas bien pourquoi une série devrait tout révolutionner pour valoir le coup d'oeil. Si on avait le même critère d'exigence pour le cinéma, ça fait belle lurette que nous ne mettrions plus les pieds dans une salle.

Quant aux séries "frère honteux du cinéma", je trouve incroyable de lire encore ce genre de choses en 2014.
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Re: True Detective

Post by G.T.O »

Nimrod wrote:Je ne vois pas bien pourquoi une série devrait tout révolutionner pour valoir le coup d'oeil. Si on avait le même critère d'exigence pour le cinéma, ça fait belle lurette que nous ne mettrions plus les pieds dans une salle.

Quant aux séries "frère honteux du cinéma", je trouve incroyable de lire encore ce genre de choses en 2014.

Désolé, Nimrod, mais je crois que tu fais complètement fausse route. Qui parle de "révolutionner" ? Certainement pas moi. J'ai, simplement, relativisé la prétendue originalité de la série, en expliquant, notamment, en quoi l'écriture et le traitement me paraissait conventionnel. Il y a eu, je crois, un petit glissement de sens.

Quant à l'expression "frère honteux du cinéma", j'ai le sentiment que tu n'as pas compris ce que je cherchais à dire.
Je n'insinue pas que la série soit le frère honteux du cinéma. J'affirme simplement que l'argument selon lequel il ne faut pas avoir des attentes trop hautes parce que justement c'est une série et non du cinéma, est un argument irrecevable. "C'est pas terrible mais contentons-nous de ça" . C'est non seulement faux et injuste pour le format série. Il suffit de voir The Wire et bien d'autres encore, pour venir démentir ce pseudo constat fataliste. En un mot, je fais plutôt ici l'éloge de la série et ce, en rappelant qu'on doit en attendre plus que certaines propositions telles que True Detective. :wink:
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Re: True Detective

Post by pol gornek »

G.T.O wrote:Originalité du mode narratif, parlons-en. La construction en flash-back est peut être nouveau à la TV; ça l'est, en revanche, beaucoup moins au cinéma. C'est archi, archi connu comme procédé. D'autant plus qu'ici, il ne se casse la binette le père Nic. Chaque aspect de la déposition des personnages est souvent accompagné d'une illustration associée. Outre le fait qu'elle n'apporte rien, elle gêne l'immersion et alourdisse, considérablement, le rythme de la série.

La construction en flash-back n'est pas nouveau à la tv. Ce qui différencie True Dectective de son utilisation, c'est l'appréciation du temps qui en est fait. L'intéressant dans la série, c'est de voir la progression de l'enquête et par extension, celle de deux hommes à différentes périodes. Chose possible par l'exploitation du flash-back - on peut émettre des réserves sur les interrogatoires comme moteur des flash-backs mais le jeu sur la notion de vérité n'aurait pas eu la même saveur -> les images nous montrent la réalité, pas l'histoire racontée par les deux hommes.
Je ne parlais pas de philo de comptoir mais de "psychologie de comptoir". Je reproche à la série la qualité de son écriture. La caractérisation, la qualité du trait, le déroulement de l'enquête, tout cela reste très grossier. Ou du moins très commun.
Mes excuses concernant "la psychologie", j'ai mal lu.

Le personnage de Marty est très schématique. Typique mal alpha. Il sert de contrepoint à l'électron libre "Rusty", sa présence est plus "technique" qu'autre chose. Mais il a son intérêt. Rusty est un personnage autrement plus intéressant, classique dans son point de départ, néanmoins rudement bien écrit et c'est sa progression qui m'importe. Il a une trajectoire fascinante, peut-être "déjà vu" (mais aujourd'hui, qui ne l'est pas ?) mais son installation sur la durée permet de l'exploiter à son maximum.
Le mode diffère peu d'une série B lambda. Pas de quoi de se réveiller la nuit. J'ai l'impression qu'on pardonne à la série des facilités qu'on ne pardonne plus au cinéma, sous prétexte que la série est le frère honteux du cinéma. Quant à évoquer un croisement entre Malick et Romero pour vanter les mérites de la mise en scène, permets-moi d'être un peu plus mesuré. La mise en scène reste hyper fonctionnelle totalement soumise au récit. Elle délivre de l'information. Rien de plus. Il suffit pas de balancer deux ou trois plans aériens pour faire du Malick ou bien encore mettre deux trucs vaguement fantastiques pour faire du Romero. Parfois, on sent qu'elle tente de donner de la hauteur au récit, avec ces petites transitions, mais elle est vite ramenée à son rôle.
La réalisation n'est plus moteur du récit quand elle installe une ambiance. Sa représentation de la Louisiane en paysage dépeuplé, la multiplication de ses plans sur des bâtiments abandonnés montre une nature qui reprend ses droits face à une humanité en perdition. Des thèmes que l'on retrouvera par la suite dans l'écriture (Rusty). Si je rapproche Romero et Malick pour Fukunaga, bien aidé par le travail de Adam Arkapaw, c'est dans l'ambiance qui se dégage de sa réalisation. Il ne fait pas "comme...", son geste est à la confluence des deux réalisateurs, à un niveau symbolique.

Enfin quand la réalisation, moteur du récit, se permet un plan séquence impressionnant (gestion de l'espace, lisibilité, mouvements...), je veux bien que l'on m'en donne plus souvent. C'est peut-être démonstratif (quel plan séquence aussi long ne l'est pas ?) mais cela montre de l'ambition dans le geste. Moteur du récit, quand on voit l'attaque dans le cinquième épisode, le réalisateur démontre de belles qualités dans sa représentation de l'action (dans un autre genre que précédemment), enfin la dimension fantastique dans son dernier épisode dépasse le cadre de la simple réalisation moteur puisque c'est elle - et pas le récit, qui impose cette dimension. Il n'y a pas que les hallucinations auditives de Rusty qui joue sur cet effet mais toute la direction artistique (formidable décors).
Le public qui grandit devant la télé affine son regard, acquiert une compétence critique, une capacité à lire des formes compliquées. Il anticipe mieux les stéréotypes et finit par les refuser car il ne jouit plus d'aucune surprise ni curiosité, les deux moteurs de l'écoute.Il faut donc lui proposer des programmes d'un niveau esthétique plus ambitieux. La série télé s'est ainsi hissée, avec ses formes propres, au niveau de la littérature et du cinéma.
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Re: Re : True Detective

Post by tenia »

Oui enfin une serie, et meme un film, traversant 3 époques de façon parfaitement fluide, c'est pas non plus ultra courant.

Maintenant, au delà de toute considération novatrice, j'ai surtout trouvé une efficacité et une qualité de traitement qui fait mouche à 1 ou 2 petzouilles près. Pas un truc qui dépasse, une belle efficacité dans le rythme etc etc.

C'est ultra fluide et je n'ai que très rarement bouffé de trucs aussi efficaces, encore moins ces derniers temps.
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G.T.O
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Re: True Detective

Post by G.T.O »

pol gornek wrote: La construction en flash-back n'est pas nouveau à la tv. Ce qui différencie True Detective de son utilisation, c'est l'appréciation du temps qui en est fait. L'intéressant dans la série, c'est de voir la progression de l'enquête et par extension, celle de deux hommes à différentes périodes. Chose possible par l'exploitation du flash-back - on peut émettre des réserves sur les interrogatoires comme moteur des flash-backs mais le jeu sur la notion de vérité n'aurait pas eu la même saveur -> les images nous montrent la réalité, pas l'histoire racontée par les deux hommes.
Appréciation du temps, mouais...c'est quand même le lot de toute série, non ? Les personnages qui évoluent dans le temps, traversent des crises...etc. Ce n'est pas propre à True Detective. Comme d'autres procédés, celui du flash-back est à utiliser avec parcimonie. L'usage intensif que la série en fait est contre-productif car il atténue la fluidité d'une évolution au profit d'une suite d'épisodes marquants. L'histoire ne laisse jamais vivre ses personnages. Leur trajectoire est sans cesse stoppée, commentée par les intéressés eux mêmes, statuée, comme pour faciliter le jugement des spectateurs. D'où, la présence, je pense, de ces incessants allers-retours synonymes ici de changement de braquet. Comme annonce d'un thème nouveau.
Outre leur facilité, ils témoignent de la fragilité de la construction. C'est une trouvaille ayant pour but de relancer artificiellement l'intérêt de l'intrigue, de délimiter un changement thématique, et de donner de la clarté aux enjeux. La mise en scène est incapable d'amorcer elle-même un changement thématique, sans un "passage au stand" de la déposition-témoignage. La démarche est trop programmatique pour vraiment surprendre. Le truc est si bien rôdé que l'on pourrait presque parodier le truc, à la manière des Inconnus avec Ushuaia : et maintenant séquence émotion, séquence frisson..

Mes excuses concernant "la psychologie", j'ai mal lu.

Le personnage de Marty est très schématique. Typique mal alpha. Il sert de contrepoint à l'électron libre "Rusty", sa présence est plus "technique" qu'autre chose. Mais il a son intérêt. Rusty est un personnage autrement plus intéressant, classique dans son point de départ, néanmoins rudement bien écrit et c'est sa progression qui m'importe. Il a une trajectoire fascinante, peut-être "déjà vu" (mais aujourd'hui, qui ne l'est pas ?) mais son installation sur la durée permet de l'exploiter à son maximum.
Sa progression, bah, écoute, je n'ai pas été convaincu par cet énième personnage d'illuminé que nous joue en permanence Matthew McConaughey. Là encore, c'est extrêmement attendu. La série ne cache rien de la nature ambiguë du personnage. Dès le premier épisode, tout est clair. Aucune surprise donc, et aussi peu de plaisir pris à voir évoluer Rusty, car le personnage reste trop cliché et animé de manière clichesque, par l'expert en la matière qui en fait des caisses : Mr Conaughey.

La réalisation n'est plus moteur du récit quand elle installe une ambiance. Sa représentation de la Louisiane en paysage dépeuplé, la multiplication de ses plans sur des bâtiments abandonnés montre une nature qui reprend ses droits face à une humanité en perdition. Des thèmes que l'on retrouvera par la suite dans l'écriture (Rusty). Si je rapproche Romero et Malick pour Fukunaga, bien aidé par le travail de Adam Arkapaw, c'est dans l'ambiance qui se dégage de sa réalisation. Il ne fait pas "comme...", son geste est à la confluence des deux réalisateurs, à un niveau symbolique.
Ce que tu dis pourrait être vrai si ladite mise en scène était principalement occupée à créer une ambiance. Or, ce n'est pas le cas; et lorsque c'est le cas, c'est relativement sporadique et annexe à l'enquête. L'ambiance est surtout circonscrite à l'intérieur de plans servant à poser le décor ou tenir lieu de transition entre deux scènes. La mise en scène de True detective est un écrin à l'écriture. Elle reste avant tout informative. Elle carbure à l'efficacité narrative.

Quant à ta dernière phrase, je ne pas sûr de bien la comprendre. Faut que tu m'expliques.

Enfin quand la réalisation, moteur du récit, se permet un plan séquence impressionnant (gestion de l'espace, lisibilité, mouvements...), je veux bien que l'on m'en donne plus souvent. C'est peut-être démonstratif (quel plan séquence aussi long ne l'est pas ?) mais cela montre de l'ambition dans le geste. Moteur du récit, quand on voit l'attaque dans le cinquième épisode, le réalisateur démontre de belles qualités dans sa représentation de l'action (dans un autre genre que précédemment), enfin la dimension fantastique dans son dernier épisode dépasse le cadre de la simple réalisation moteur puisque c'est elle - et pas le récit, qui impose cette dimension. Il n'y a pas que les hallucinations auditives de Rusty qui joue sur cet effet mais toute la direction artistique (formidable décors).
C'est pareil. Tout cela reste gentiment illustratif. Les éléments fantastiques sont plus posés par le scénario que par la mise en scène. Les décors sont ceux du Sud des Etats-Unis, terre du vaudou, et, possèdent, inévitablement, cette dimension mystérieuse, inquiétante, gothique, déglinguée. Là encore, cette ambiance fantastique ne découle pas de la mise en scène mais du lieu même.
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Re: True Detective

Post by Chdx »

Résumé des dernières news:

Colin Farrell ( :) ), Vince Vaughn ( :x ) devant et Justin "Fast & Furious 3,5 et 6" Lin ( :evil: ) derrière la caméra pour les 2 premiers épisodes de la saison 2.
Sedlab0hne
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Re: True Detective

Post by Sedlab0hne »

Chdx wrote:Résumé des dernières news:

Colin Farrell ( :) ), Vince Vaughn ( :x ) devant et Justin "Fast & Furious 3,5 et 6" Lin ( :evil: ) derrière la caméra pour les 2 premiers épisodes de la saison 2.
Vous pouvez rajouter Rachel McAdams et Taylor Kitsch.

Sinon, enfin vu cette première saison. D'autres résument leur sentiment fort mieux que moi, je me contenterai simplement d'affirmer qu'elle est excellente, juste le coup de la peinture qui me semble un poil tiré par les cheveux. Bien aimé les références à la littérature lovecraftienne (en l’occurrence Robert W. Chambers). Par contre, les discours de Cohle lors face caméra relèvent soit de l'hommage, soit du plagiat, tout dépend du point de vue duquel on se place :

http://lovecraftzine.com/2014/08/04/did ... nd-others/

PS : le plan séquence de 6 minutes à la fin de l'épisode 4 est maitrisé de bout en bout et constitue pour moi l'un des points culminants de la série, en opposition totale avec son rythme intrinsèquement posé. Pur moment d'adrénaline.