Le Virginien (1962-1971) Universal

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Jeremy Fox
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Re: Le Virginien

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Katherine Walsh

5.21- Without Mercy

Réalisation : Don McDougall
Scénario : Donn Mullally
Guests stars : James Gregory
Première diffusion 15/02/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7/10


Le Pitch : Stacey est amoureux de Kathy Young ; il doit cependant la rencontrer en cachette car Cal (James Gregory), le père de la jeune fille, voit cette relation d’un très mauvais œil, refusant que sa fille fréquente des garçons d’une classe sociale plus favorisée que la leur. Surpris en compagnie de Kathy, Stacey est maltraité par le patriarche des Young. Grainger tente d’aller raisonner son voisin, sans succès : estimant néanmoins légitime qu’un père refuse un prétendant pour sa fille, il décide d’envoyer Stacey loin d’ici le temps qu’il fasse le deuil de sa romance. Peu après Cal est retrouvé mort d'une balle dans le dos ; les soupçons se reportent sur Stacey…

Mon avis : Qualitativement parlant, la série semble enfin avoir retrouvé un bon rythme de croisière ; le fait que Don McDougall ait pris le relais et qu’il va réaliser un épisode sur deux jusqu’à la fin de ce dernier tiers de saison en alternance avec Abner Biberman nous rassérène un peu, nous faisant espérer qu’une moitié au moins sera satisfaisante, le réalisateur ne nous ayant quasiment jamais déçu jusqu'ici. Et croyez-le ou non, ne sachant pas qui en était le signataire, au regard de la mise en scène durant le prégénérique j’ai immédiatement pensé qu’il pouvait justement s’agir de Don McDougall derrière la caméra ; l’attention portée au découpage, aux cadrages et à l’éclairage (si l’on veut bien oublier cette vilaine ombre portée de la caméra en bas à gauche du cadre), l’ampleur des travellings, le fait de vouloir prendre son temps et de ne pas hésiter à s’appesantir dans une atmosphère assez bucolique, le fait aussi de refuser presque toutes transparences et stock-shots… tout était typique de cet homme qui s’avère toujours être la meilleure recrue de la série. Dès le départ nous voilà donc rassurés, ce qui se confirmera par la suite, le talent de directeur d’acteurs de McDougall étant lui aussi toujours intact, non seulement les différentes Guest Stars étant très convaincantes mais les trois comédiens interprétant les Grainger confirmant avoir enfin bien intégrés leurs personnages ; ce fut assez long et laborieux mais il semble désormais que Don Quine, Sara Lane et Charles Bickford aient définitivement pris leurs marques.

Une séquence prégénérique qui voit donc réunis le jeune Stacey et une blonde diaphane aussi touchante que ravissante interprétée par Katherine Walsh dont le talent n’aura pas eu le temps de s’épanouir, morte tragiquement à l’âge de 23 ans, assassinée en 1970 sans que son meurtre n’ait été élucidé. On la trouvait au générique de La Poursuite impitoyable de Arthur Penn et au vu de son délicieux visage ainsi que de son interprétation dans cet épisode du Virginien, il n’est pas interdit de penser qu’elle aurait pu avoir une carrière non négligeable. Nos deux tourtereaux passent de merveilleux moments ensemble mais pour cela ils doivent se cacher du père de la jeune fille qui ne supporte et n’approuve pas cette romance : il refuse que Kathy fréquente un homme de condition supérieure à la leur, aigri contre ceux qui ont réussi, jaloux plutôt puisque ce ne fut pas son cas. Ayant surpris Stacey en compagnie de Kathy, pour le punir il l’attrape au lasso et le traine derrière son cheval sur plusieurs centaines de mètres. John Grainger va demander des comptes à son voisin, plaidant la cause de son petit-fils en estimant que ce n’est pas une manière de traiter les gens ; quoiqu’il en soit, rentrant bredouille de son entretien avec l’inflexible Cal, il explique à Stacey que l'attitude de ce dernier est quand même légitime et qu’un père a le droit d’interdire à sa fille de fréquenter untel. Pour lui faire oublier la jeune fille et le faire se changer les idées, John trouve un prétexte pour envoyer Stacey réparer une cabane très loin de Shiloh. Mais Cal est retrouvé mort, dévalisé et une balle dans le dos.

Il est évident que les soupçons se reportent sur Stacey d’autant que l’argent que Cal transportait se retrouve dans la sacoche de son cheval et que tout le monde est au courant de son histoire d’amour ainsi que des rivalités l’ayant opposé au vieil homme. Ce dernier est superbement interprété par James Gregory qui aura eu le temps une demi-heure durant de nous faire montre de son talent ; le comédien était déjà excellent dans le 12ème épisode de la saison 1, 50 Days to Moose Jaw, et fut avant ça sur grand écran l’ennemi des 4 fils de Katie Elder d’Hathaway ; l’on se rappelle aussi son général Quaint dans A Distant Trumpet (La Charge de la 8ème brigade) de Raoul Walsh, superbe personnage s’amusant à réciter à tour de bras des extraits en latin des grands auteurs de l’Antiquité. Le frère de Cal qui tiendra un rôle d’égale importance dans le récit, c’est le non moins excellent Lonny Chapman. Des personnages tous intéressants, pas spécialement manichéens (Cal a tout pour être haïssable mais demeure attachant) et richement décrits grâce à la remarquable sûreté d’écriture de Donn Mullally, scénariste qui ne sera au générique que de six épisodes du Virginien mais qui aura marqué la série de son empreinte durant les deux premières saisons avec le magnifique Impasse (avec Eddie Albert), le curieux et réjouissant The Money Cage (avec Steve Forrest), le mémorable Siege (avec Philip Carey) - à cette date toujours l’un des plus grands épisodes de la série - et enfin The Invaders (avec Ed Begley) dont le scénario était un modèle d’intelligence et de rigueur. Son travail sur Le Virginien s’arrêtera malheureusement avec l’épisode qui nous concerne ici.

Je ne m’étendrais pas plus longuement sur l’intrigue plus proche du film policier que du western afin de ne pas trop en dévoiler. D’autant plus que, une fois n’est pas coutume puisque le plus souvent dans la série le spectateur est en avance sur les protagonistes, ayant comme dans Columbo assisté aux évènements, il n’a cette fois pas été témoin du meurtre et qu’il est dans la même ignorance des faits que celui qui se lance dans l’enquête, en l’occurrence un Ryker en belle forme. Une écriture rigoureuse, un récit policier bien mené, une interprétation de belle tenue, du suspense, du mystère, le gracile visage hypnotisant de Katherine Walsh, l’apparition de tous les protagonistes récurrents… on ne se plaindra pas de tous ces éléments qui rattrapent une résolution de l'intrigue un peu décevante basée sur des boites de conserves de tomates (sic !) Nous aurons en outre assisté à une jolie histoire, été témoin d’un odieux chantage, de la haine que pouvait avoir des fermiers modestes pour de grands éleveurs ainsi que d’une intéressante réflexion sur la place des jeunes filles au sein de la famille, plutôt progressiste puisque Elisabeth Grainger n’hésite pas à contrer son grand père sur ses idées un peu rétrogrades quant à l’autorité paternelle. Ces quatre derniers épisodes auront rivé le clou à ceux qui ne voient Le Virginien que comme une série familiale alors qu’elle se sera souvent révélée bien plus adulte que bien des westerns de la même époque.


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Re: Le Virginien

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Doug McClure & Susan Clark


5.22- Melanie

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Stephen Lord
Guests stars : Victor Jory & Susan Clark
Première diffusion 22/02/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 6.5/10

Le Pitch : Jim (Victor Jory), un riche homme d’affaires de Chicago, vient rendre visite à son vieil ami John Grainger. Il est accompagné de sa fille Melanie, jeune femme moderne et cultivée qui a voyagé un peu partout. Malgré leurs différences de classe sociale et d’éducation, elle et Trampas commencent à vivre une belle romance. Ils sont même sur le point de se marier et de s’acheter un terrain pour y construire leur ranch. Mais la jeune femme a un terrible secret qu’elle n’ose avouer à son prétendant. Grainger l’ayant appris, il n’en dira rien non plus à son employé mais sera soulagé par la tournure un peu triste que vont prendre les évènements…

Mon avis : Deux réalisateurs se partagent donc en alternance le dernier tiers de la saison 5 ; après Don McDougall, c’est donc à Abner Biberman de prendre le relais. Capable du meilleur (An Echo of Thunder ; The Modoc Kid) comme du pire (Yesterday’s Timepiece), Biberman nous offre ici une bonne cuvée, loin cependant d’égaler les deux titres précédemment cités qui pouvaient être considérés comme des sommets de la série. Concernant Melanie, il est important de demander aux amateurs purs et durs de westerns et d’action de passer leur chemin car il s’agit ici d’un pur mélodrame romantique auquel ils vont assister, sans aucunes fusillades, chevauchées ou la moindre bagarre ni coups de poing. L’épisode reposant sur un secret dévoilé au spectateur à la fin du premier tiers, ceux qui ne supportent pas les spoilers sont priés eux aussi de s’occuper d’une autre manière que par la lecture de cet avis qui peut difficilement en faire l’impasse, auquel cas contraire il n’y aurait pas grand-chose à dire du scénario, le fait de cacher cette ‘surprise’ au cours du pitch ayant déjà été assez difficile même si l’on aura bien compris qu’il s’agit d’une chose d’une profonde tristesse. Puisque nous sommes désormais entre personnes ne craignant pas d’être gênés par le fait de connaitre tous les tenants et aboutissants du récit, voyons ce qu’il en est !

Accompagné par Trampas, John Grainger attend à la gare la venue d’un vieil ami à lui, riche homme d’affaires de Chicago. Ce dernier arrive avec sa fille Mélanie qui intimide immédiatement Trampas par son élégance, sa sophistication et sa classe ; il s’agit d’une femme moderne, progressiste (elle est pour l’égalité des sexes et le vote des femmes), bien éduquée, cultivée et ayant voyagé dans les plus grandes capitales européennes. Après un malentendu vite oublié, Melanie prenant Trampas pour un commis en lui donnant un pourboire pour avoir porté ses valises, les deux qu’à priori tout sépare (condition sociale, éducation, culture, idées…) vont vivre une romance qui va les conduire jusqu’aux portes du mariage avec moult projets à la clé dont l'achat d’un terrain pour y construire un ranch, des enfants… Quant au père de la jeune femme, son ami Jim, Grainger trouve étrange qu’un businessman de l’Est comme lui veuille s’installer définitivement dans la région ; ce dernier lui donne comme excuse le bien être de sa fille qui à Chicago fréquentait des gens bien trop oisifs, voulant la voir désormais se frotter à la 'vraie vie' afin qu'elle puisse la prendre plus au sérieux. Mais étant témoin de l’histoire d’amour entre elle et le cow-boy de Shiloh, Jim se confie enfin et avoue à John la véritable raison de sa venue dans l’Ouest. Melanie est atteinte d’une maladie incurable : si elle était restée à Chicago elle n’en aurait plus eu que pour deux mois à vivre alors qu’au grand air sa vie pourrait être prolongée de quelques mois supplémentaires voire d’une ou deux années. Les deux vieux amis ne s’étant toujours pas complétement remis de leur état de veuvage prématuré, ils ne peuvent qu'éprouver une profonde empathie pour Trampas au vu de sa situation et le plaignent par avance si jamais cette romance devait se poursuivre.

La principale originalité et le culot du scénario de Stephen Lord est que ce secret ne sera jamais connu de Trampas, pas même à la fin après que Melanie ait coupé court à toute idée de mariage alors même que les préparatifs étaient bien avancées et que l’on fêtait même avec faste les fiançailles. En pleine soirée, elle annonce à tout le monde qu’elle change d’idées et qu’elle préfère retourner dans sa ville natale, ayant besoin de luxe et de peur de vite s’ennuyer en restant trop longtemps vivre dans le Wyoming. Un violent coup qui plombe l’ambiance festive et que reçoit Trampas en pleine face alors que nous l'avons vu amoureux fou durant tout l’épisode, celui-ci étant principalement constitué de séquences idylliques entre les deux amants ; amertume et totale incompréhension de sa part qui perdureront jusqu’à la dernière bouleversante image du départ de sa dulcinée. Alors qu’on pouvait légitimement le penser, rien de mièvre au cours de ce récit, l’intelligence des dialogues se faisant immédiatement jour au cours de la première sortie des deux futurs soupirants : alors qu’un froid existait entre eux suite à la méprise initiale du pourboire, Trampas essaie d’exprimer ainsi les intentions de la jeune femme à son encontre lorsqu’elle lui demande de sortir avec lui : "Wealthy, spoiled Eastern girl comes West, finds things kind of dull, stir up a little excitement, something to tell her friends about back in Chicago" ; sur quoi Melanie lui rétorque quant à celles de son 'accompagnateur' : "Hard working, hard-headed cowhand gets a little bored with pretty little girls in calico. Meets wealthy spoiled Eastern girl, stir up alittle excitement, something to tell the boys back in the bunkhouse." Un partout, la balle au centre et d'emblée une belle acuité dans les répliques !

Un épisode à la fois léger et grave sans la moindre scène d’action. Certains pourront le regretter mais devront néanmoins s’incliner devant la qualité de l’interprétation, que ce soit celle de Doug McClure, celle de sa partenaire Susan Clark qui entamait ici une jolie mais discrète carrière de comédienne ensuite très appréciée par les amateurs du cinéma américain de la fin des années 60 (Coogan's Bluff ; Madigan ; Tell him Willie Boy...) et de la première moitié des années 70 (The Midnight Man ; Night Moves...), celle de Charles Bickford qui nous fait oublier depuis trois épisodes ses difficiles débuts dans la série, et enfin celle du toujours excellent Victor Jory (déjà parfait dans le pourtant moyen The Return of Golden Tom). Enfin il est plaisant de voir que malgré le peu de liant entre chaque épisode l’auteur Stephen Lord se soit souvenu des débuts de Trampas et ait fait allusion à ce dont nous avions été témoins au cours de précédents épisodes tels Ride a Dark Trail. Tout aussi touchant d’apercevoir le sincère sourire du Virginien lorsqu’il est témoin du réel bonheur de Trampas. Une histoire très émouvante que devraient apprécier les amateurs de mélodrames et de belles histoires d’amour.


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Re: Le Virginien

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Jill Donohue



5.23- Doctor Pat

Réalisation : Don McDougall
Scénario : True Boardman
Guests stars : Jill Donohue, Mari Blanchard & Don 'Red' Barry
Première diffusion 01/03/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7/10

Le Pitch : Surchargé mais souhaitant pouvoir prendre des congés avec son épouse, le docteur de Medicine Bow attend au train l’arrivée de Pat, un collaborateur que lui envoie l’un de ses anciens professeurs. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il s’aperçoit qu’il s’agit en fait de Patricia (Jill Donohue). Il se demande si une femme médecin sera acceptée par les habitants pleins de préjugés ; et effectivement Patricia a bien du mal à se faire une clientèle malgré le soutien du Virginien qui est tombé sous son charme. Un drame survenu suite à une opération va même l’amener à comparaitre devant un tribunal… sauf qu’on ne la retrouve plus…

Mon avis : Délicatesse de ton, douceur des portraits féminins et des séquences bucoliques, grande attention portée aux détails et aux visages, cadrages parfaitement maitrisés, rythme expressément posé, scènes étirées pour renforcer le suspense (ici l’opération), parfaite direction d’acteurs et refus d’utiliser, dans la mesure du possible, stock-shots et autres transparences… nous sommes bien en présence d’un épisode réalisé par Don McDougall. Ce dernier semble même avoir ajouté une signature à ses participations à la série depuis le précédent épisode, Without Mercy, celui de l’ombre portée de la caméra : cette fois c’est lors d’un beau travelling alors que Jill Donohue traverse la rue principale de Medicine Bow ; non seulement l’on aperçoit l’ombre de la caméra mais aussi celle du cadreur et du chariot. Évidemment que nous lui pardonnerons aisément cette petite négligence tellement le réalisateur continue par ailleurs à nous combler de bonheur à chaque fois qu’il se met aux manettes d’un épisode. Doctor Pat ne démérite donc pas même si un petit problème d’écriture l’empêche d’atteindre les sommets. Il s’agit de l’association dans ce même scénario de deux intrigues que tout semble séparer, qui perdurent en parallèle quasiment jusqu’au terme de l’épisode mais qui finiront néanmoins par se ‘rencontrer’ ; ce ne serait pas un problème, bien au contraire, sauf que l’une est tellement plus puissante et passionnante que l’autre qu’un petit déséquilibre s'opère entre les deux qui empêche l’ensemble de sembler totalement satisfaisant.

La première piste dramatique - et la plus importante - est celle de l’arrivée à Medicine Bow de l’assistant du Dr Spalding qui s’avère être... une femme ; les préjugés étant bien ancrés parmi la population, la question est de savoir si elle va être acceptée en tant que docteur par les habitants. La seconde, qui tend plus vers l’intrigue policière, met en scène un couple dont la doctoresse avait fait connaissance lors du voyage en train qui l’a conduite dans le Wyoming ; un homme et une femme assez louche mais dont le mystère reste entier quant à leurs intentions concernant leur venue à Medicine Bow. Hormis le fait que Patricia et ces deux protagonistes aient voyagé ensemble, rien ne les lient, et ce jusqu’à la fin de la première heure. Nous n’évoquerons rien de ce rapprochement des deux intrigues parallèles qui va faire prendre à l’épisode un virage encore plus dramatique alors même qu'il avait déjà amorcé un tournant de gravité suite à la mort d’un des patients opéré par la 'Medicine-Woman'. Avant ça, nous aurons assisté à un épisode très intéressant sur les à priori et idées préconçues concernant la capacité des femmes à exercer la médecine et surtout à une idylle totalement platonique – pas même le moindre baiser - entre le Virginien et cette femme remarquable à tous points de vue, aussi belle et élégante que tolérante et intelligente. La comédienne d’origine suédoise Jill Donohue que l’on aura plaisir à revoir dans deux épisodes de la saison suivante fut mariée dans les années 80 à Stacy Keach : au vu de son talent et de son étonnante beauté (rehaussée par des costumes magnifiques), il est bien dommage que sa carrière n’ait pas été plus glorieuse. Quoiqu’il en soit, Le Virginien aura eu le mérite de nous faire découvrir de multiples actrices de talent ainsi que de nous octroyer de nombreux splendides portraits féminins ; Doctor Pat en fait partie.

Vu les qualités intellectuelles, humaines et plastiques de Patricia, Il n'est pas très difficile de se mettre dans la peau du Virginien subjugué par cette femme ravissante ; il aura encore raté une occasion de trouver chaussure à son pied. A ce propos le final de cet épisode est l’un des plus beaux et poignants auquel il nous aura été donné d’assister, la doctoresse préférant ne pas rester à Medicine Bow auquel cas son travail serait passé au second plan au profit de sa romance avec le contremaitre de Shiloh, "ayant encore tant de choses à apprendre et à accomplir avant que de se mettre en couple". Le Virginien lui dit néanmoins de revenir si un jour l’envie lui en dit ("The Door is Always Open") ; sur quoi elle accepte sa proposition mais comme déjà tant d’autres femmes au préalable ; notre héros restera probablement célibataire jusqu’à la fin des 9 saisons. Sinon nous avons aussi le plaisir de faire ici plus ample connaissance avec le Dr Spalding (sympathique Jon Bryant) et son épouse, femme assez ouverte d’esprit qui ne conçoit aucune jalousie quant au fait que son mari ait pour assistante une si jolie femme (il s’agit même d’un sujet de plaisanterie qui devient récurrent au sein du couple) et qui le pousse même à la garder malgré les réticences de ses concitoyens. Certains des plus acharnés viennent cependant faire honorable en public lorsqu’ils sont témoins des véritables dons et talents de la femme médecin qui sait se faire très empathique et qui finit par emporter l'adhésion de certains... dans un premier temps. A propos de doctoresse qui ne s’en laisse pas conter et qui possède au moins autant d'aptitudes que ses congénères masculins, il y eut dans le genre Greer Garson dans Strange Lady in Town (Une Etrangère dans la Ville) de Mervyn LeRoy ; autant dire que l’épisode du Virginien vole cent coudées au-dessus, à tous les niveaux. Il n’est ainsi pas inutile de rappeler que même à l’époque la télévision pouvait parfois damer le pied au cinéma sur certains sujets.

Ajouter à tout ceci un magnifique thème musical ; des situations très crédibles (le bonheur du couple Spalding de pouvoir enfin partir en vacances en amoureux...) ; des notations documentaires intéressantes sur la médecine de l’époque (le masque à chloroforme, les médicaments préconisés…) ; des Guest star si ce n’est prestigieuse, au moins connues des amateurs de western hollywoodien, avec, pour interpréter le couple d’escrocs très humains, Don ‘Red’ Barry (Sept hommes à abattre - Seven Men from now de Budd Boetticher ; L’homme aux colts d’or - Warlock d’Edward Dmytryk…) et Mari Blanchard (Seul contre tous - Rails into Laramie de Jesse Hibbs ; Le Nettoyeur - Destry de George Marshall…) dans son avant dernier rôle ; et surtout un discours de tolérance et de ‘haro sur les préjugés’ qui fait bien plaisir à entendre, que tient le Virginien lors du procès de la jeune doctoresse suite à la mort d’un de ses patients alors qu’elle l’opérait en urgence : "Before she testifies there's something I'd like to say. I don't know what you may have heard here today, what you have already in your minds, but I can tell you this. I was there when, Dr. O'Neill made the decision to operate on Mrs. Anderson. She knew the risk she was taking, and she took it. The easy way would have been to let her patient die in agony. And now I want to ask you a question. Would this hearing, ever had been held, if Pat O'Neill weren't a woman? Doc Spalding has lost patients, every doctor has. So, just lets all of us, be sure exactly what it is that's on trial here today. Is it the facts, or our prejudices?" Le progressisme adulte et jamais mièvre de la série est toujours de la partie et c’est tant mieux ! Une très émouvante réussite de True Boardman à l’écriture après le touchant Sue Ann avec Patty Duke.


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Re: Le Virginien

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James Daly


5.24- Nightmare at Fort Killman

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : John & Ward Hawkins
Guests stars : James Daly
Première diffusion 08/03/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7.5/10

Le Pitch : Stacey se rend à San Francisco pour le compte de son grand-père. Ce dernier apprend quelques jours plus tard qu’il n’est jamais arrivé à destination où l'attendait le Virginien. En effet, par un tragique concours de circonstances, il a été kidnappé par un soldat qui l’a amené de force au Fort Killman où le sergent Trapp (James Daly) lui faire vivre un véritable enfer ; il est impossible pour Stacey de faire entendre raison aux officiers quant à sa véritable identité et au fait qu’il ne fait pas partie de l’armée des Etats-Unis. Une situation kafkaïenne et totalement cauchemardesque pour Stacey à qui l’on fait comprendre qu’il finira sa vie dans cette garnison…

Mon avis : A ce stade il faut noter une surprenante fin de parcours concernant cette saison 5 qui, après nous avoir soufflé le chaud et froid pendant toute sa première moitié, nous surprend désormais presque à chaque fois, comme pour se faire pardonner de la médiocrité de tant de précédents épisodes. Nightmare at Fort Killman s'avère être non seulement un virulent pamphlet envers la discipline dans l'armée et les règlements militaires mais également un épisode paranoïaque et kafkaïen qui porte remarquablement bien son titre puisque ce qu’il se passe pour le pauvre Stacey Grainger se révèle bel et bien cauchemardesque. La mise en scène de Abner Biberman et le scénario des duettistes John & Ward Hawkins aident formidablement bien à nous mettre dans une atmosphère anxiogène assez étouffante ; rarement nous aurons eu si peur pour un personnage récurent de la série grâce aussi aux comédiens qui font admirablement bien leur travail avec à leur tête un inquiétant James Daly dans le rôle du Sergent Joe Trapp. Au début le spectateur a un peu de mal à comprendre tous les tenants et aboutissants de cette histoire à priori expressément obscure et au sein de laquelle les points sombres paraissent vraiment peu crédibles ; mais cette étrangeté participe aussi de ce cauchemar et il n’est finalement pas plus mal ne pas avoir saisi dans leur ensemble les motivations de ces officiers pour le moins aussi sadiques que menaçants. Mais revenons-en au point de départ…

Stacey doit se rendre à San Francisco pour le compte de son grand-père. En attendant le train, il laisse sa valise au chef de gare le temps d’aller faire un tour en ville ; valise qui aura de l'importance pour le dénouement de l'intrigue. Le lendemain voilà qu’il se réveille vêtu d’une tunique bleue dans un chariot qui pénètre au sein d’un fort de l'armée américaine. Il a été assommé et amené jusqu’ici par un soldat (Johnny Seven) qui semble-t-il aurait gagné son ticket de sortie de l’armée en échange d’une mission que lui aurait confiée son sergent (James Daly), ramener à la garnison une nouvelle recrue prénommée Thorne. On ne saura jamais vraiment clairement qui était cet homme qu’a malencontreusement remplacé Stanley ni ne comprendrons l’exact chantage qui a abouti à cette situation à la fois ubuesque et kafkaïenne pour le petit fils du propriétaire de Shiloh. Quoiqu’il en soit, avec sur lui des papiers signés comme quoi il s’est engagé, Stacey doit désormais se prénommer Thorne, doit rester tranquille, n’a pas le droit à la parole pour justifier sa véritable identité et semble vouloir être mis à l'écart de leur hiérarchie par ces deux militaires qui pensent donc que le meilleur moyen pour qu’on l’oublie est qu’il reste enfermé dans un cachot. Mais pour se faire dans les règles, le jeune homme doit se révolter et commettre un acte qui justifierait cette décision. Des conditions de détention inhumaines, un harcèlement physique - dont la construction et reconstruction d’un mur en pierre d’un endroit à un autre et au pas de course - et psychologique – on l’empêche de s’endormir - qui vont conduire à l’inévitable : Stacey finit par frapper son supérieur (même si l'on sait que Stacey est tombé dans le piège, on jubile quand même à ce moment là tellement nous aurions eu envie qu'il le fasse depuis un certain temps) ; le frais émoulu Capitaine (Les Crane) ne pourra donc que suivre les conseils du Sergent, le faire emprisonner.

"Out here he's gotta follow regulations. He's gotta go by the book. You let him get you in there, you belong to him. He owns you. He can fix it so you never get out." Voici Stacey perdu comme le lui fait comprendre son compagnon de galère ; puisque le récit contient également une petite histoire d’amitié entre Stacey et une autre forte tête, un jeune noir interprété par Don Mitchell ; son destin sera tragique et sera à l'origine d'une séquence assez émouvante. En plus de cette infernale machination et de ce cauchemar éveillé, nous serons les témoins d’une intéressante réflexion sur la hiérarchie militaire, le népotisme et les règlements de l’armée, le commandant du fort prenant dans un premier temps ombrage derrière les conseils de son sergent qui a déjà pas mal bourlingué et a qui passé une partie de sa vie au sein de l’armée. Mais ce dernier est un sacré manipulateur – en plus d’être un maître chanteur - et il parvient à aveugler son supérieur qui est le fils de son précédent commandant, ce dernier ayant avant de mourir expliqué à son fils la haute estime dans laquelle il tenait le Sergent [... et là je me rends compte en me relisant que je pourrais vous avoir perdu faute aussi à la complexité, à la densité et à la richesse de l'épisode ; je vous invite donc à aller le visionner...] Alors que Stacey aura réussi à fuir cet enfer, accusé de meurtre il sera forcé d’y retourner à la demande de son grand-père qui veut que justice se fasse dans les règles ; autant dire que le jeune homme va craindre ce retour sur les lieux de l'horreur. Nous pourrions penser au vu de cette histoire que les comédiens en feraient des tonnes et que leurs personnages seraient décrits tout d’un bloc : il n’en est heureusement rien, d’où une apparence totalement crédible malgré une histoire aussi hallucinée.

Mauvais traitements, passages à tabac, torture psychologique, meurtres crapuleux, racisme, démence… rien n’est épargné au spectateur qui, à l'instar de Stacey, ressort un peu groggy d'être tombé sur un épisode aussi sombre et aussi virulent contre l’armée même si celle-ci sortira in fine la tête haute, le personnage du capitaine se révélant non seulement peu rancunier mais également plein de bon sens et capable de pardonner. Un épisode certes bavard mais aussi sombre, brutal et au suspense vraiment très stressant montrant les conséquences désastreuses des agissements d’un haut gradé. Des officiers psychopathes, on en aura vu quelques-uns au cinéma ; mais l’interprétation assez bluffante de James Daly fait de son sergent Trapp l’un des plus inquiétants. Don Quine continue de son côté à prouver qu’il avait à présent bien compris son personnage et il se révèle à nouveau bien plus convaincant qu’en début de saison. Bonne prestation également dans le rôle du jeune Capitaine de Les Crane, le chanceux époux à la ville de la sublime Tina Louise. Concernant l’écriture, la réalisation et l’interprétation, rien à redire ; autant dire que nous tenons là l’un des excellents épisodes de la série, l'un de ceux qui font le plus froid dans le dos.


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Re: Le Virginien

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John Lupton


5.25- Bitter Harvest

Réalisation : Don McDougall
Scénario : Andy Lewis
Guests stars : John Lupton, Russell Conway & Larry Pennell
Première diffusion 15/03/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7.5/10


Le Pitch : Suite à une annonce parue dans le journal de Medicine Bow, le Virginien se rend à Winton acheter de l'avoine à Frank Adams (John Lupton). Il découvre une famille au bord de la pauvreté, poussée vers la sortie par leur voisin, un gros rancher qui souhaite leur racheter leur lopin de terre ; en effet s'y trouve l’unique point d’eau de la région sans lequel il risque d’être ruiné à son tour, son bétail ne pouvant plus s’y désaltérer. Mais l’épouse de Frank a refusé l’offre par fierté, croyant qu'ils pourront à force de travail se sortir de leur difficile condition. Le Virginien va servir de médiateur entre les deux ennemis, les risques que le sang coule s'avérant grandissants…

Mon avis : Cette fin de saison 5 ressemble de plus en plus à un challenge d'excellence entre Abner Biberman et Don McDougall ; et comme rien ne pouvait advenir de mieux pour relancer la série sur de solides rails, nous nous en réjouissons puisque durant les 9 derniers épisodes, les deux réalisateurs se succèdent chacun leur tour derrière la caméra. Après l’étonnant et stressant Nightmare at Fort Killman mis en scène par Biberman, McDougall nous octroie une histoire beaucoup plus classique mais tout aussi passionnante grâce avant tout à une direction d’acteurs toujours aussi juste, à la beauté de sa mise en scène toute en douceur et sobriété ainsi qu’à un scénario superbement bien écrit, Andy Lewis nous livrant ici son travail le plus satisfaisant sur les quatre épisodes qu’il a signé jusque-là. Il s’agit ici ni plus ni moins que d’un récit contant les traditionnels conflits entre cultivateurs et éleveurs, le thème certainement le plus usité du western. D’un côté la famille Adams qui s’est installée tout à fait légalement sur un terrain qui lui a été octroyé par le gouvernement afin de le cultiver : la terre est aride mais la parcelle détient le seul point d’eau d’importance aux environs ; de l’autre Tom Hadley, gros rancher avec sous lui tout un tas d’employés. Tout irait pour le mieux entre voisins si les fermiers n’avaient pas décidé de clôturer leur terrain et ainsi interdire tout accès à la source pour le bétail de l’éleveur.

Le cultivateur est certes dans son bon droit, mais par le fait de s’être accaparé le seul point d’eau alentour, il en prive ceux qui en profitaient depuis des années au risque de faire mourir leurs bêtes. De plus, tous les experts estimant la terre difficilement cultivable, les deux adversaires pourraient être ruinés en même temps, pas plus le bétail que les plantations ne pouvant s’épanouir si l’on en restait à cette situation. Frank ayant bien compris l’impasse où il se trouve était prêt à vendre son terrain à Hadley sauf que son épouse qui se plait en ce lieu ne veut pas en entendre parler, voulant garder son indépendance et sa liberté, pensant pouvoir arriver à subsister à force de travail et de courage, soutenue par son frère qui s’avère être une forte tête et qui ne souhaite pas se faire dicter la loi par un gros propriétaire. Ce dernier est un ami de John Grainger ; le Virginien en allant lui rendre visite après avoir signé un marché avec les Adams se retrouve pris entre deux feux : en effet l’éleveur accepte difficilement que le régisseur de Shiloh ait acheté de l’avoine au fermier qui grâce à cette vente pourra repartir pour une année de culture et du coup refusera de vendre dans l'immédiat ; quant aux Adams ils pensent avoir été trahis par leur acheteur d’autant que rien n’a vraiment été signé par écrit, s’angoissant de voir le deal annulé. Le Virginien se rend compte de la difficulté de la situation et de l’entêtement inutile des fermiers à vouloir cultiver ce lopin mais ne pense aucunement renier sa parole quant à l’achat des céréales ; travaillant dans la même branche, il se prend aussi d’une sorte d’empathie pour le rancher qui risque de perdre tout ce qu’il a créé depuis des années ; tiraillé entre chaque camp, il va se retrouver en mauvaise posture, finissant par devoir servir de médiateur afin que les rivalités ne s’enveniment de trop et n'en viennent à faire couler le sang.

L’on arrivera peut-être à comprendre au vu de ces explications à quelle point la situation parait inextricable tout autant pour les deux adversaires que pour notre héros qui a du mal à voir comment démêler cet imbroglio. Tous les épisodes ayant jusqu’ici conté une histoire de conflits entre éleveurs et fermiers ont donné des résultats captivants malgré l’aspect de prime abord assez exigeant et austère de leurs récits ; vous aurez compris qu’il en va de même pour Bitter Harvest qui porte remarquablement bien son titre même si tout se terminera par un très joli happy-end mettant une fois de plus en avant la médiation et la non-violence alors qu’une bataille rangée et une fusillade nourrie et sanglante était sur le point d’être déclenchées. Car entre temps tout s’était encore plus corsé par l’incendie de la grange des Adams avec toutes les récoltes qu’elle contenait, ainsi que, suite à ça, la prise la main dans le sac du fils Adams voulant se venger, sur le point de mettre à son tour le feu au domaine du rancher, avant même qu’il ait été prouvé que l’incendie de la grange ait été de nature criminelle. Don McDougall est définitivement le réalisateur de la série dont le travail s’avère le plus cinématographique : il prend son temps pour installer son intrigue, s’appesantit sur des images de chevauchées ne manquant pas de lyrisme, sur des gestes du quotidien qui rendent encore plus crédibles l’ensemble (le Virginien humectant les naseaux de sa monture après une course harassante…), ainsi que sur des détails documentaires très intéressants - surtout puisque peu vus à l'écran - comme la réservation d’un wagon pour transporter l’avoine... Quant aux respectables valeurs portées par le récit d’Andy Lewis, elles ne manquent ni de panache ni d'humanité : il faut avoir vu l’intendant de Shiloh, plus déterminé que jamais, se jeter tête la première dans la bagarre, non pas parce qu’il a choisi son camp mais pour équilibrer les forces en présence, ou encore essayer de convaincre avec patience et détermination qu’il ne reviendra jamais sur une parole donnée quelles que soient les circonstances.

Quant au final que je ne raconterais pas, il n’est certes pas forcément vraisemblable mais se révèle être un véritable message de courage, de sagesse et d’intelligence diplomatique, la négociation devant toujours primer sur la violence. Tous ces protagonistes richement écrits – aucun manichéisme de part et d’autres - sont interprétés avec grand talent par un James Drury en grande forme, la ravissante Whitney Blake qui n’est pas sans ressemblance avec la non moins talentueuse Maggie Gyllenhal, John Lupton dans la peau de son époux – il était également inoubliable dans Fort Bravo dans le rôle du déserteur poète qui revendique le droit ne pas être un héros et celui d’avoir peur, ainsi que dans un épisode précédent de la série, A Gallows for Sam Horn déjà réalisé par McDougall -, Russ Conway - comédien ayant souvent tourné pour George Sherman - dans le rôle du rancher, Gregg Palmer – une multitude de seconds rôles dans les westerns Universal - dans celui de son régisseur ou encore Larry Pennell dans le rôle du beau-frère du fermier. Un excellent épisode tout autant au niveau de l’écriture que de la réalisation et de l’interprétation. Une période un peu bénie pour la série en ce début d’année 67.


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Robert Fuller & Doug McClure


5.26- A Welcoming Town

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Sy Salkowitz, Norman Jolley & William Talman
Guests stars : Robert Fuller & Carole Wells
Première diffusion 22/03/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 6.5/10

Le Pitch : Trampas vient faire sa visite annuelle à Ida et son fils Joe, famille dans laquelle il a été accueilli durant une année alors qu’il était enfant. Mais ce jour-là il trouve une maison vide et déserte ; rencontrant Judy Atkins, une des filles du voisin le plus proche et une amie de Joe, elle lui apprend qu’Ida est partie vivre en ville depuis que son fils a été tué alors qu’il était poursuivi pour viol. Connaissant parfaitement le caractère de Joe, Trampas ne veut pas croire à cette accusation et va mener son enquête pour savoir ce qui s’est réellement passé ; il va se heurter à la famille Atkins et notamment au beau-frère de Judy (Robert Fuller)…

Mon avis : Après son kafkaïen et cauchemardesque Nightmare at Fort Killman, Abner Biberman en revient à une histoire un peu plus classique, une enquête en milieu westernien ; enquête menée par Trampas, seul protagoniste de la série à officier ici. Sans atteindre des sommets faute à un scénario qui manque un peu de surprises sur la longueur et qui se traine un peu sur la fin, encore une réussite de ce dernier tiers de saison 5 signée pourtant par l’un des moins bons scénaristes de la série. Mais Sy Salkowitz a heureusement eu ici la chance d’avoir pour point de départ une histoire très bien écrite par Norman Jolley & William Talman, le duo d’auteurs déjà à l’origine de ce western unique, atypique et sacrément savoureux qu’était Joe Dakota de Richard Bartlett avec un Jock Mahoney inoubliable. En voici l'argument : alors qu’il était enfant et alors que son père s’en était allé à l’aventure, Trampas avait été recueillie une année durant à la campagne par la famille d’Ida ; il fut ainsi grand camarade de jeu avec son fils Joe qui avait alors à peu près son âge. Depuis, très régulièrement, Trampas leur rend visite. Quelle n’est pas la surprise du cowboy de Shiloh lorsqu’il trouve ce jour-ci la maison vide et déserte ! Une belle blonde qui rêvassait au bord de l’étang du terrain et qui n’est autre que l’une des deux filles du voisin le plus proche, lui explique que la vieille femme habite désormais en ville depuis que son fils a été abattu alors qu’il était poursuivi pour viol. Un vrai coup sur la tête pour Trampas !

Connaissant parfaitement la gentillesse de Joe qui était incapable de faire de mal à une mouche, il ne peut pas croire une seule seconde qu’il ait pu commettre un viol. Il décide d’élucider ce mystère pour faire sortir la vérité et ainsi blanchir la mémoire de son ami d’enfance. Il commence à avoir des soupçons quant à une probable affaire 'pas très catholique' lorsqu’il apprend que les voisins de Joe, déjà très réticents à lui parler du drame, possèdent désormais la mine d'or du 'violeur' qui à l’époque ne donnait pas grand-chose mais qui depuis qu’ils lui ont acheté semble rapporter énormément. Les voisins, il s’agit de la famille Atkins dont fait partie la belle blonde rencontrée par Trampas en tout début d’épisode. C’est d’ailleurs elle la fameuse victime du soi-disant viol, son père ayant mené le posse mis en place pour poursuivre et rattraper le coupable ; l’arrestation de ce dernier s’est soldé par sa mort mais les responsables s'en sont dédouanés en partie en faisant prévaloir la légitime défense. La famille Atkins est composée de Judy et de sa sœur Cathy, de leur père et du mari de la seconde ; rarement nous avions encore pu être témoin au cours de la série d’un amour aussi fusionnel entre deux personnages, ici les deux époux sans arrêt collés. On pourrait croire de prime abord que la description de ce couple fortement amoureux est totalement gratuite et n’a aucune incidence ni importance ; c’est sans compter sur l’intelligence des auteurs qui ont tout prévu… sauf que je ne vous dévoilerais pas le final de l’intrigue !

Quoiqu’il en soit, cette relation est peu banale dans le genre et surtout très agréable d'en être témoins d’autant que les deux mariés sont formidablement bien interprétés par Carole Wells (ravissante) et Robert Fuller (Incident at Phantom Hill – Sans Foi ni Loi de Earl Bellamy) qui forment un couple non seulement très crédible mais également sacrément enviable. Au sein du casting nous apprécierons également Jocelyn Brando dans le rôle de la mère du jeune homme accusé de viol ou encore Frank Overton (Posse from Hell – Les Cavaliers de l’enfer de Herbert Coleman avec Audie Murphy) dans celui du patriarche Atkins, voire même Phillip Pine dans le rôle du shérif intraitable. La première qualité de cet épisode réside dans l’écriture de tous ces personnages qui tiennent chacun une place presque d’égale importance au cours de l’intrigue ; pas un n’est sacrifié, pas plus les deux sœurs que le père, le gendre ou d’autres seconds rôles tels le shérif ou le vendeur de chapeaux, savoureux Russell Thorson dont ce n’est d’ailleurs pas la première participation à la série. Et comme les comédiens s’avèrent tous très bien dirigés, l'ensemble fonctionne à merveille ; dommage que Linda Day George, l’actrice qui tient le rôle de Judy, la femme violée, soit un peu en deçà de ses partenaires, sans quoi l’épisode aurait récolté une note plus haute s’il n’avait pas non plus abusé de trop de Matte-Paintings et de décors studios un peu trop voyants comme le lieu où se rencontrent Trampas et Lucy au bord d’un étang qui fait aussi factice que les alentours.

Bonne interprétation d’ensemble, réalisation toute à fait honorable et scénario très correctement écrit au cours duquel nous aurons pu piocher quelques très réjouissantes séquences comme ce prologue très amusant où l’on comprend immédiatement toute l’ironie qui se cache dans le titre de l’épisode, Trampas se voyant dès son arrivée en ville très mal accueilli par un marchand de chapeaux qui ne veut se lever de son siège que s’il est certain de conclure une affaire. A signaler également une scène teigneuse et fort rude pour l’époque, celle du passage à tabac d’un Trampas roué de coups, violence sèche qui me surprend toujours, surtout lorsque l’on sait que beaucoup parlent au sujet du Virginien de série familiale ; d’autant plus ici que le thème principal abordé est le viol et surtout lorsque l’on apprend in fine ce qu’il s’est réellement passé, la vérité s’avérant toute aussi horrible que poignante (et finalement pourquoi pas pardonnable d’un certain côté où l’on se place). Je vous laisse désormais dans cette expectative en espérant que le relais passé à Don McDougall sera au moins aussi satisfaisant. En attendant, encore un épisode qui se termine sur un twist très léger et pas désagréable surtout après avoir côtoyé les zones d’ombres de la nature humaine.


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Doug McClure & Valera Noland



5.27- The Girl on the Pinto


Réalisation : Don McDougall
Scénario : Theodore Apstein & Seeleg Lester
Guests stars : R.G. Armstrong & Warren Stevens
Première diffusion 29/03/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 5/10


Le Pitch : Trampas est attirée par une jeune femme qui monte un beau cheval Pinto. En la rencontrant dans les rues de Medicine Bow il apprend qu’il s’agit d’Amanda, la fille des nouveaux voisins de Shiloh, les Harley. Il l’invite à être sa cavalière au prochain bal mais elle refuse. Ses parents adoptifs aimeraient qu’Amanda soit moins réservée et qu’elle se socialise sans trop y croire, une tragédie lui étant arrivée dans sa jeunesse l’ayant complètement inhibée. Un certain Richard Pierce (Warren Stevens) arrive en ville qui semble être très surpris puis grandement intéressé lorsqu’il apprend que des Harley viennent de s’installer dans les parages…

Mon avis : Et c’est donc au meilleur réalisateur de la série de nous décevoir en premier lors de son challenge avec Abner Biberman durant ce dernier tiers de saison ; car rappelons-le pour ceux qui ne lisent pas cette rétrospective dans son intégralité, les 9 derniers épisodes de la saison 5 ont tous été réalisés par ces deux hommes à tour de rôle. Non pas que The Girl on the Pinto soit ennuyeux ou mauvais mais guère passionnant non plus, faute en incombant principalement à un scénario assez mal écrit, pas très bien construit et mélodramatique à haute dose. [Supposition] McDougall ne semble tellement pas croire à l’histoire qu’on lui a demandé de filmer qu’il parait se ficher un peu de la tenue de son épisode, me faisant mentir lorsque je disais récemment qu’il était quasiment le seul de tous les réalisateurs de la série à ne pas s’accommoder de transparences et de vilains décors de studios, paradoxalement celui utilisé à foison pour simuler le devant de la maison et de la grange des Harvey étant peut-être celui faisant le plus cheap et factice de toute la série. Certes un détail mais qui confirmerait l’hypothèse du manque de conviction qu’avait Don McDougall pour mettre en scène une intrigue qui lui avait peut-être été imposée et qui ne lui plaisait guère, surtout au vu du point d’honneur qu’il semblait s’être fixé précédemment et à la méticulosité de ses réalisations antérieures.

Arrêtons de conjecturer pour lui trouver des excuses et allons plus avant dans les faits. Mais avant de décrire brièvement ce qui se passe au sein de ce récit, arrêtons-nous sur un sujet déjà abordé mais que The Girl on the Pinto est là aussi pour nous rappeler ; contrairement aux séries actuelles, il faut absolument prendre les épisodes du Virginien indépendamment les uns des autres auquel cas contraire des déceptions pourraient survenir faute au manque de continuité de l'ensemble. En l’occurrence c’est encore plus flagrant, l’épisode finissant sur une romance se mettant sérieusement en place entre Trampas et Amanda tout en sachant très bien que nous ne reverrons plus jamais cette dernière au sein de la série : on me rétorquera qu’il aurait pu s’agir d’une brève histoire d’amour… mais quand même ! Habituellement les scénaristes font en sorte que l’aubade prenne fin d’une manière ou d’une autre ; ici il n’en est rien. Rien de grave ceci dit à partir du moment où l’on s’est mis en tête que chaque épisode pouvait être vu comme une fiction à part. Mais le principal problème de cet épisode est qu'abstraction faite de l'ensemble de la série, il a également du mal à nous proposer une bonne fluidité interne, deux ou trois intrigues allant bien évidemment se rejoindre in fine mais s’imbriquant assez mal au sein d’un récit bancal et moyennement bien construit. Il s’agit principalement de l’histoire d’Amanda, jeune fille rétive qu’il est difficile d’approcher tellement elle se renferme à la moindre allusion qui semble lui déplaire. On apprendra plus tard de la part de ses parents adoptifs qu’elle pense n’être pas normale et avoir hérité de son père – un dangereux bandit – le goût des armes et du sang depuis qu’elle a accidentellement tué un garçon de 10 ans avec un fusil, l’enfant même du couple qui l’avait recueilli alors qu’elle avait à peine trois ans à la mort de sa mère. Et du coup, pensant être sous l'emprise d'une malédiction, elle craint de se mélanger aux autres.

Postulat hautement mélodramatique guère assoupli par le scénario à 4 mains de Seeleg Lester & Theodore Apstein, les deux auteurs ayant beaucoup de mal à nous rendre leur histoire crédible surtout lorsqu’ils lui ajoutent celle d’un transport de lingots d’or par le train ainsi que celle de la préparation d’un gros coup par des bandits dont le chef se révèle n’être pas moins que… le père d’Amanda et dont l’un des complices – personnage totalement bâclé – s’improvise photographe. Trop peu de rigueur et par contre trop de hasards et de coïncidences pour nous faire croire à ce scénario et nous attacher à ses différents protagonistes. Heureusement Don McDougall n’a rien perdu de ses talents de directeur d’acteurs et grâce à cette qualité primordiale l’épisode se suit néanmoins sans trop d’ennui. Il faut dire que les comédiens sont bien choisis et nous croisons ainsi la route de R.G. Armstrong, l’inoubliable Joshua Knudsen, le puritain répressif tenant sous sa coupe stricte et sévère sa fille Elsa interprétée par Mariette Hartley dans le chef d’œuvre de Sam Peckinpah qu’est Coups de feu fans la Sierra (Ride the High Country) et qui joue ici le père adoptif d'Amanda ; dans le rôle du père biologique, Warren Stevens que l’on avait vu dans des films aussi réussis que Bas les masques (Deadline USA) de Richard Brooks, La Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Contessa) de Joseph Mankiewicz ou encore Planète interdite (Forbidden Planet) de Fred McLeod Wilcox et qui nous livrait un an plus tôt une prestation mémorable dans la peau d’un tenancier de saloon dans La Parole est au colt (Gunpoint) de Earl Bellamy où il avait pour partenaire Audie Murphy ; Valora Noland qui, dans le rôle très difficile du personnage d’Amanda, ne s’en sort pas trop mal…

Un épisode bavard et un peu lourd par son côté psychologique trop appuyé, un va et vient d'une situation à l’autre sans véritable liant, de multiples pistes qui s’imbriquent sans trop d’harmonie, un ton d’ensemble un peu trop mélodramatique, un scénario moyennement captivant et une esthétique un peu étriquée... mais la qualité de l’interprétation, le mystère autour de la jeune fille entretenu dès le début et durant une bonne demi-heure, le suspense bien construit durant la séquence du bal, un Doug McClure convaincant ainsi que l’efficacité des rares séquences mouvementées (le hold-up de la banque notamment) font que l’épisode se suit malgré ses défauts non sans déplaisir grâce surtout à une touchante romance se développant entre Trampas et Amanda.


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Re: Le Virginien

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Myrna Loy



5.28- Lady of the House

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Leslie Stevens
Guests stars : Myrna Loy
Première diffusion 05/04/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 3.5/10

Le Pitch : Mrs Miles (Myrna Loy) avait tout perdu à la fin de la Guerre de Sécession, son époux tué au cours des combats ainsi que sa grande demeure brûlée par les troupes de l’Union. Grainger vient de demander à cette veuve d’un de ses meilleurs amis de venir vivre à Shiloh ; non seulement elle sera maitresse de maison mais se chargera également de la bonne éducation de ses petits-enfants. Le Virginien n’apprécie guère ce changement mais l’accepte néanmoins ; quant à Elizabeth et Stacey, ils ont beaucoup de mal à se faire à cette nouvelle arrivante qui prend un peu trop de place à leurs goûts et qui semble vouloir les embourgeoiser…

Mon avis : Le scénario de cet avant dernier épisode de la cinquième saison du Virginien est signé par Leslie Stevens, le réalisateur d’un petit film culte du début des années 60, Propriété privée (Private Property), mais aussi celui qui avait déjà écrit l’histoire d’un précédent épisode de cette même saison, le superbe The Modoc Kid avec Harrison Ford parmi les Guest stars. Malheureusement il n’en va pas de même pour Lady of the House malgré en invitée principale l’une des grandes comédiennes des années 30 et 40, Myrna Loy, surtout connue pour son rôle de Nora Charles aux côtés de William Powell dans la sympathique série de films à succès de la Metro Goldwin Mayer, The Thin Man (l’introuvable) ; elle fut également la mère de la famille très nombreuse de Cheaper by Dozen (Treize à la douzaine) et sa suite, deux comédies très populaires du milieu des années 50. Ceux qui ne jurent que par les westerns peuvent d’ores et déjà passer leur chemin puisque cet épisode ne possède hormis le décor aucun éléments constitutifs du genre d’autant qu'en plus il ne se déroule quasiment qu’à l’intérieur de la maison des Grainger sans aucune séquences mouvementées. Au cours du récit sont abordés rapidement la Guerre de Sécession et ses drames qui ont certes des répercussions sur l’avancée de l'intrigue mais sinon l’on assiste avant tout à un mélodrame familial guère captivant au cours duquel on aura failli perdre les deux petits enfants du patron de Shiloh, sur le point de quitter les lieux faute à cette nouvelle arrivante d'un abord pas très facile.

En effet le vieux John, en mémoire de son meilleur ami tué lors de la Guerre Civile et peut être se croyant un peu coupable de sa mort, a demandé à sa veuve de venir s’installer à Shiloh pour non seulement faire office de maitresse de maison mais également pour s’occuper de l’éducation de Stacey et Elizabeth, leur apprendre les bonnes manières. Il est fait discrètement mention que John fut son amant avant qu’elle n’épouse son mari et que durant la Guerre de Sécession les deux amis étaient dans des camps opposés, ce qui aura de l’importance pour le dénouement de cette histoire de mainmise d’une étrangère sur le foyer Grainger. Mrs Miles semble avoir en tête d’en faire une maison bourgeoise régie par les règles de la bienséance alors que Le Virginien qui lui est très hostile pense seulement qu’elle cherche à se faire épouser de son patron, n’ayant guère apprécié de se voir restreindre les visites dans les lieux où auparavant il pouvait circuler à sa guise, étant désormais relégué à la seule cuisine, car Mrs Miles n’est pas vraiment d’accord pour voir les ‘ouvriers’ se mélanger aux patrons. De plus elle veut transformer Elisabeth en une parfaite ménagère et Stacey en un véritable gentleman sachant bien s’habiller et connaitre les danses de salon, ce qui n’est du goût ni de l’une ni de l’autre. Aux travers quelques détails et comportements étranges, l’on se rend vite compte que la nouvelle arrivante a d’autres plans en tête qui paraissent un peu plus inquiétants, nous rappelant en quelque sorte la Mrs Danvers de Rebecca ; on la trouve devant son miroir en train de parler de quelques préparatifs pas très 'catholiques' ou encore en pleurs dans le couloir en pleine nuit, à priori effrayée par des remontées du passé lorsque les soldats de l’Union avaient mis le feu à sa demeure du Maryland.

Après une heure de séquences qui nous la montre essayer de régenter et transformer la maison Grainger, on comprend qu’elle est presque parvenue à ses fins puisqu’elle est sur le point de se retrouver seule avec John, les deux petits enfants de ce dernier ayant décidé de refuser plus avant son autorité et d’aller trouver leur indépendance ailleurs, à San Francisco pour Stacey, dans une institution de jeunes filles à Boston pour Elisabeth. Mais bien évidemment tout rentrera dans l’ordre et les Grainger resteront réunis. Contrairement à ce que l’on aurait pu croire à la lecture du pitch, la principale qualité de cet épisode provient du fait que le personnage de Myrna Loy est suffisamment intelligemment écrit pour qu’il ne nous fasse pas l'impression d'être tout noir et haïssable, Mrs Miles parvenant toujours à mettre de l’eau dans son vin afin de ne pas paraitre trop despotique, l’interprétation de Myrna Loy aidant grandement à effacer ce manichéisme attendu qui aurait rendu l’épisode encore moins passionnant qu’il ne l’est déjà, l'actrice parvenant même parfois à nous rendre son personnage non dénué de sensibilité. Car hormis la prestation de la comédienne, rien qui ne retiendra vraiment notre attention si ce n’est l’interprétation de James Drury qui est le seul à nous convaincre ici parmi les comédiens récurrents de la série, ses confrontations avec Myrna Loy étant ce que l’on peut trouver de plus satisfaisant dans cet épisode sinon bien étiré et ennuyeux qu’Abner Biberman ne parvient pas vraiment à ranimer, cloitré qu'il est dans ce fade huis-clos.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent dans The lady of the House, languissant mélodrame familial et psychanalytique qui non seulement laissera sur la faim les amateurs de westerns mais qui n’en convaincra surement pas beaucoup d’autres hormis peut-être les admirateurs de Myrna Loy, la morale de l’histoire n’étant pas spécialement – une fois n’est pas coutume - des plus progressistes, les ranchers et cowboys estimant qu’ils n’ont pas nécessairement besoin de culture ni d’éducation. On retiendra aussi peut-être les quelques incursions amusantes de L.Q. Jones ici bien sous employé ainsi que la franchise et l’aplomb du Virginien qui ne se démonte jamais face à cette femme dictatoriale… mais c’est bien tout. Espérons que le dernier épisode de la saison réalisé par Don McDougall fera terminer celle-ci sur une note positive si l’on ne veut pas perdre les fans en route ! A signaler que Leslie Stevens, après avoir été celui de la mémorable Au-delà du réel (The Outer Limits), deviendra producteur exécutif de la dernière saison de la série, lorsque celle-ci changera de titre pour prendre celui de The Men from Shiloh.


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Andrew Prine



5.29- The Strange Quest of Claire Bingham

Réalisation : Don McDougall
Scénario : True Boardman & Joseph Hoffman
Guests stars : Andrew Prine
Première diffusion 12/04/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 4.5/10


Le Pitch : Après le hold-up d’une diligence, l’un des membres du gang, Chuck Larson (Andrew Prine), est arrêté par Ryker et Le Virginien. Peu de temps après arrive en ville Claire Bingham, une infirmière qui pense que le bandit emprisonné n’est autre que son frère, séparé d’elle alors qu’ils étaient tout jeunes et qu’elle recherche depuis. Celui-ci ne valide pas cette histoire mais le jour où il réussit à s’évader, il est gravement blessé et, ayant besoin d’être soigné, il décide néanmoins de profiter de la croyance de Claire pour la faire venir à son chevet ; elle lui apprend alors qu’ils sont tous deux héritiers de leur oncle pour une somme de 10.000 dollars…

Mon avis : Malgré les espoirs grandissants nés avec cinq ou six épisodes consécutifs de grande qualité au début de son dernier tiers, la cinquième saison du Virginien se sera malheureusement terminée comme elle avait débuté, assez médiocrement, ses trois derniers épisodes n’ayant guère été ni très réussis ni forcément captivants. Contrairement aux saisons précédentes, celle-ci se termine au 29ème épisode au lieu des 30 habituels, The Strange Quest of Claire Bingham n’ayant d’ailleurs pas grand-chose d’étrange contrairement à ce que nous laisse envisager son titre ; la recherche d’un frère par sa sœur est une quête tout à fait compréhensible même si les deux personnes n’ont pas eu le temps de se connaitre, séparés très tôt dès l’enfance. Après un prologue rafraichissant où l'on assiste à une séquence du Virginien chez le coiffeur, l’on aura donc très vite compris où allait principalement nous embarquer le récit : souhaitant retrouver son frère depuis de nombreuses années et après de multiples recherches, Claire pense enfin pouvoir mettre un terme à ses investigations et prendre dans ses bras le frère perdu le jour où elle apprend dans un journal de Kansas City qu’un jeune homme a été fait prisonnier dans le Wyoming suite au hold-up d'une diligence par sa bande ; j’avoue que le détail qui fait croire ça à la jeune femme m’échappe, l’ayant déjà oublié une semaine après le visionnage de l'épisode tellement l’intrigue ne m’a guère passionnée.

Joseph Hoffman fut déjà scénariste du médiocre Dead-Eye Dick, l’épisode un peu bêta réalisé par Ida Lupino, celui dans lequel une New-yorkaise se faisant tout un monde romantique de la vie au Far-West s'amourache du Virginien le jour où il 'la sauve' de la ruade d'un cheval, se collant ensuite à son 'héros' comme ce n'est pas permis. Son histoire un peu plus sérieuse pour The Strange Quest of Claire Bingham adaptée par True Boardman a également du mal à nous tenir en haleine. Il faut dire que – une fois n’est pas coutume – Don McDougall ne parvient pas vraiment à nous rendre les protagonistes de ce récit intéressants faute en incombant principalement au manque de talent dramatique des deux principaux comédiens, que ce soit Andrew Prine – fade déjà à deux reprises au cours de la série, un peu plus probant dans l’épisode The Brothers – et plus encore l’interprète du rôle-titre, Sandra Smith. Ceci étant, que ce soit la quête de Claire Bingham ou encore la romance qu’elle entame avec Ryker, toutes deux s’avèrent peu convaincantes, même l'excellent Clu Gulager ne parvenant pas à nous faire raccrocher à l'ensemble, ayant l’impression ici qu’il ne croit plus trop à son rôle. C’est d’autant plus dommage que la réalisation de McDougall nous fait oublier son précédent faux pas sur The Girl on the Pinto, la mise en scène s’avérant en l'occurrence assez léchée avec notamment une très grande attention apportée aux éclairages, les séquences nocturnes en studio étant plus sombres et réalistes que dans la plupart des précédents épisodes.

Même si plus que moyen, un épisode pas foncièrement mauvais pour autant : l’on retiendra donc également quelques bonnes séquences mouvementées comme la course poursuite se terminant par l’arrestation du hors-la-loi, l’évasion de prison de ce dernier, Ryker se faisant mettre KO par les complices de ce dernier, ou enfin le final qui ne manque pas de suspense : alors qu'ils se séparent pour quelques jours en laissant le blessé se reposer de ses blessures, l’un des membres de la bande ayant compris que Chuck allait leur faire faux bond et ne pas les rejoindre, il revient discrètement sur ses pas en espérant s’approprier les 5000 dollars d'héritage que le faux frère allait réussir à empocher de la main même de la femme à qui il a fait croire qu’elle était réellement sa sœur : vous suivez toujours ?! Sandra Smith – que l’on a pu voir dans moult séries TV de l’époque, de Mannix à L’homme de fer en passant par Hawaii Police d’état, Columbo, Bonanza, Star Trek ou Les Mystères de l’Ouest - et Andrew Prine auraient été remplacés par des comédiens chevronnés, l’épisode aurait vraiment très bien pu aboutir à un résultat satisfaisant d’autant que l’attirance de Ryker pour Claire semblait elle aussi avoir du potentiel. Malheureusement les acteurs qu’a dû diriger Don McDougall manquaient trop de charisme et de charme pour arriver à nous envoûter.

De cette saison 5 moins satisfaisante que les quatre précédentes, faute en incombant en premier lieu à l’arrivée des Grainger, les nouveaux propriétaires de Shiloh, et surtout aux comédiens qui les incarnent (Charles Bickford, Sara Lane et Don Quine qui se sont néanmoins révélés bien meilleurs sur la fin), nous retiendrons cependant quelques grands épisodes comme An Echo of Thunder avec John Anderson, High Stakes avec Jack "McGarrett" Lord, The Girl on the Glass Mountain avec Tom Tryon, The Modoc Kid avec John Saxon et le jeune Harrison Ford, le stressant et kafkaïen Nightmare at Fort Killman ou encore le très beau Bitter Harvest avec John Lupton. Sur 29 épisodes ça ne fait pas beaucoup mais c’est toujours ça à prendre d’autant que ces six là sont dans l’ensemble assez remarquables. Croisons cependant les doigts pour que la saison 6 remonte le niveau d’un cran, car avoir à visionner au moins plus de la moitié d’épisodes médiocres sur une seule saison auraient très bien pu en lasser plus d’un !



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Jeremy Fox
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Charles Bronson




6.01- The Reckoning (L'homme qui nous a donné)

Réalisation : Charles S. Dubin
Scénario : Ed Waters
Guest stars : Charles Bronson & Dick Foran
Première diffusion 13/09/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 4/10


Le Pitch : John Grainger accompagné par son régisseur arrive dans une petite ville du Texas pour affaires ; il a emmené Elizabeth avec lui pour lui faire voir du pays et afin qu'elle prenne un peu de bon temps. Un bandit qui se trouve sur place remarque le Virginien et part vite de l’autre côté de la frontière prévenir Harge Talbot (Charles Bronson), son chef ; ce dernier le recherche depuis de nombreuses années, persuadé qu’il s'agit du traître qui les a dénoncé alors qu’ils allaient cambrioler une banque, ce fiasco s’étant soldé en plus par la mort de son frère bien aimé. Il a pour idée de se venger et va dans un premier temps faire enlever Elizabeth…

Mon avis : Nous avions terminé la saison précédente sans grand enthousiasme ; malheureusement cette sixième ne démarre guère mieux malgré la participation de Bernard Herrmann à la musique ainsi que sa prestigieuse Guest Star qu’est pour la seconde fois Charles Bronson. Le comédien qui allait vraiment faire décoller sa carrière deux ans plus tard avec le rôle de l’homme à l’harmonica dans Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone avait déjà participé à la série, dans Nobility of Kings durant la saison 4. Avant le Leone, Bronson commençait néanmoins déjà doucement mais sûrement à avoir ses fans grâce principalement à John Sturges (Les Sept Mercenaires ; La Grande Évasion), et venait même deux ans plus tôt de se voir attribuer par Vincente Minnelli un très beau personnage dans son superbe et méconnu Le Chevalier des Sables (The Sandpiper). Ici encore Bronson reste charismatique et son interprétation est tout à fait honorable à défaut d’être mémorable ; tout comme dans Nobility of Kings il est tout autant crédible lorsqu’il se fait inquiétant que lorsqu’il retrouve son sang-froid, son calme, et qu’une part d’humanité semble vouloir prendre le dessus. Il campe ici le rôle de Harge, le chef d’un gang qui se terre au Mexique depuis que le cambriolage d’une banque a foiré voici sept années, son frère bien aimé s’étant fait tuer lors de ce hold-up raté faute à un 'donneur' les ayant dénoncés à la police. Cette 'balance', Harge est persuadé qu’il s’agit du Virginien.

En effet à cette époque ils travaillaient comme cow-boys dans la même équipe et Harge avait alors proposé au Virginien de faire partie du coup. Le futur régisseur de Shiloh avait refusé. Mais étant le seul à l’exception des autres membres du gang à connaitre l’existence de ce cambriolage, il va de soi que Harge l'a toujours cru coupable de cette trahison. Pourtant par loyauté le Virginien n’avait averti personne ; le final de l’épisode, quitte à faire grincer quelques dents, poursuivra cette indulgente éthique. Une piste dramatique passionnante que celle de cette probité peut-être mal placée pour certains mais néanmoins grandement humaine et tolérante que l’auteur Ed Waters ne parviendra pas à enrichir, l’ensemble de son scénario peinant à nous captiver, gros point faible de cet épisode sinon assez efficacement réalisé. Car oui Charles S. Dubin semble vouloir redonner un peu d’ampleur à la série à la manière d’un Don McDougall en prenant son temps à filmer de belles chevauchées sans transparences et à travers des paysages non seulement très agréables à l'oeil mais qui également se renouvellent un peu par rapport à ceux habituels que l’on commençait à connaitre un peu trop par cœur. Quant au style musical de Bernard Herrmann, il ne faut pas plus de deux notes successives pour le reconnaitre ; seulement le compositeur commençait sérieusement à tourner en rond et si ses morceaux mouvementés possèdent toujours autant de puissance lyrique, ses autres thèmes deviennent vite rébarbatifs et lassants, toujours construit sur le même mode du ‘tournoiement’ justement.

Nous ne ferons pas plus longuement la fine bouche en ce qui concerne la forme qui se révèle néanmoins tout à fait satisfaisante. Non là où le bât blesse avant tout comme nous l’avons déjà dit, c’est au niveau de l’écriture. Ce n’est pas le suspense qui manque à partir du moment où le Virginien est kidnappé par les hommes à la solde de Charles Bronson d’autant que ces derniers sont des bêtes cruelles et sans scrupules… sauf qu’ils sont dépeints à la hache, sans vraiment de nuances, n’attendant qu’une seule chose, que leur patron leur donne l’ordre d’abattre notre héros ; pas plus de richesse dans la palette du personnage féminin, celui de la femme de Charles Bronson interprété par Miriam Colon (La Vengeance aux deux visages de Marlon Brando ; L’homme de la Sierra de Sidney J. Furie), protagoniste fade, sans aucun charisme et à vrai dire un peu nunuche, les auteurs du Virginien ne nous ayant pas vraiment habitués à autant de facilités jusqu’à présent. Le chef de la bande - Bronson - n’est guère mieux loti dans l’ensemble, pas plus que l’hôte des Grainger ou le shérif que campent Dick Foran et Kenneth Tobey, sympathiques mais assez ternes eux aussi. On ressent surtout aux travers les faiblesses de l’interprétation un manque de conviction de l’ensemble ; car comment s’intéresser au fait qu’Elizabeth, emprisonnée dans le repaire des hors-la-loi, soit chargée d’aider l’épouse du Bad Guy à accoucher tandis que Le Virginien doit se démener à essayer de défaire ses liens pour s’évader de la grange où il est enfermé durant presque toute la durée de l'épisode. Pour une reprise, ce n’est pas très motivant pour le spectateur qui sait pourtant très bien que les épisodes, indépendants les uns des autres, peuvent faire souffler successivement le chaud et le froid.

Nous aurons cependant eu quelques occasions de nous réjouir durant cette fiction médiocre mais plutôt bien réalisée et photographiée, notamment lors des séances de chevauchées assez enlevées en début et fin d’épisode, et nous aurons été très agréablement surpris par un final optimiste auquel nous n'étions pas préparé et qui prouve une fois de plus le caractère de grande probité de notre Virginien. De Charles S. Dubin (véritable réalisateur de cet épisode et non Abner Biberman comme indiqué dans imdb), plutôt que de ce The Reckoning ou encore du mélodramatique et larmoyant Letter of the Law, nous nous souviendrons de son remarquable The Laramie Road avec Harold J. Stone et Leslie Nielsen avec pour thème principal le lynchage. Pour la petite histoire, il faut savoir que The Reckoning ainsi que l'épisode réalisé par Samuel Fuller dans la première saison avec Lee Marvin en Guest Star (pas vraiment ce qu’à fait de mieux le réalisateur) ont été réunis je ne sais pas comment pour en faire un film sorti en salles sous le titre Il était une fois deux salopards (The Meanest Men in the West) qui vient de sortir chez Elephant Films. Aux dires de certains il serait totalement ridicule dans sa construction, ce qui n’est guère surprenant d'autant qu'il a été monté à partir d’éléments au départ on ne peut plus disparates.



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Re: Le Virginien

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Darren McGavin & Doug McClure



6.02- The Deadly Past (La liste)

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Phyllis & Robert White
Guest stars : Darren McGavin
Première diffusion 20/09/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7.5/10


Le Pitch : Trampas a reçu trois lettres consécutives contenant une liste de sept noms dont le sien ; il ne connait aucune des personnes citées sauf qu’à chaque fois un nom est barré avec la mention R.I.P. Stacey qui reconnait l’un des noms donne un indice à Trampas pour le retrouver. Voulant savoir de quoi il en retourne et angoissé d’être sous la menace d’un inconnu, Trampas part enquêter dans une ville voisine et rend visite à la veuve d’un conducteur de diligence, le dernier nom à avoir été "rayé de la liste". Il arrive dans ce lieu accompagné d’un de ses ‘compagnons de liste’ rencontré en chemin, un tueur à gages (Darren McGavin)…

Mon avis : La saison précédente avait vraiment mis du temps à décoller ; la sixième nous avait fait craindre la même chose mais The Deadly Past vient immédiatement nous rassurer après un premier épisode très décevant. Exit le Virginien, ici c’est au tour de Trampas de se retrouver en solo dans un de ces remarquables épisodes où il quitte seul la région pour une raison ou une autre, des épisodes en principes plus sombres que la moyenne et qui se sont quasiment tous révélés comme faisant partie des meilleurs de la série. The Deadly Past ne déroge pas à la règle, superbe whodunit à la manière d’Agatha Christie ; et pourtant c’est peu de dire que ces derniers ne sont en général pas trop ma tasse de thé. Mais ici le couple de scénariste Phyllis et Robert White nous délivre un scénario constamment captivant, Abner Biberman ficelant le tout aux petits oignons et ayant parfaitement bien choisi son casting. Mais avant d’en reparler, revenons-en à ce postulat de départ très intrigant. L’épisode débute de manière habituelle, sur un ton assez léger, Stacey venant distribuer le courrier aux cow-boys de Shiloh, plaisantant Trampas en reniflant l’enveloppe lui étant destinée, essayant de deviner le parfum utilisé par sa X ième conquête féminine. Mais Trampas lui explique de quoi il en retourne et c’est évidemment bien plus grave que ce que Stacey imagine…

Il s’agit de la troisième lettre anonyme sur le même modèle : elle contient une liste de sept noms dont le sien, à chacune des nouvelles lettres un nom est rayé avec la mention "Rest in Peace" et la date à laquelle la personne a été tuée. Il va de soi que Trampas ne voulant plus subir cette pression et cette angoisse perpétuelle, il préfère désormais aller de l’avant pour essayer de savoir qui est l’auteur de ces missives et de ces crimes qui précèdent leur envoi. Stacey connaissant l’un des noms, celui du dernier assassiné, un conducteur de diligence, Trampas se rend dans la petite ville où il vivait auprès de sa femme. Malgré l’aide proposée par Stacey, Trampas décide de régler seul cette dangereuse affaire. Le voilà donc parti loin de Shiloh et dès lors le spectateur n’aura de cesse de s’inquiéter pour le sort de notre sympathique héros, s’attendant à chaque coin de rue et à chaque rencontre à ce qu’il se fasse dessouder ; bien évidemment le suspense est éventé par le fait que l’on sache pertinemment que Trampas ne peut pas mourir vu qu’il sera au rendez-vous de la série jusqu’au dernier épisode ; néanmoins l’efficacité du scénario fait que nous ne sommes jamais vraiment tranquille pour lui et que l'on se passionne pour cette enquête inhabituelle ; et cela dès la première confrontation nocturne de Trampas avec un homme qui va s’avérer être lui aussi dans la même situation, à savoir faire partie de la fameuse liste mortelle.

On apprend bien vite qu’il s’agit d’un violent ‘gunman’ dès lors qu’une de ses victimes, un modeste fermier délogé par un rancher sans scrupules, aura cherché à s’en venger cette même nuit pleine de surprises. Quoiqu’il en soit Trampas s’en accommode et poursuit sa quête avec son nouvel allié dont on comprend très peu de temps après qu’il est l’ex-mari d’une des autres personnes listées, jolie blonde qui est désormais l’épouse du shérif de la ville où ils se rendent enquêter sur la mort du conducteur de diligence. Après de nombreuses réflexions, il s’avère que le seul point commun qui unit les sept noms de la liste soit une petite ville nommée Wicksville où ils se sont tous rendus un jour. Il faut donc qu'ils y retournent puisque si c'est dans ce lieu que tout a commencé, la solution du mystère doit s'y trouver. Comme vous aurez pu vous en rendre compte à la lecture de cette description, beaucoup de mystère, pas mal de suspense et énormément de retournements de situations au cours de cette intrigue superbement bien écrite. Le postulat est intrigant, le récit ne se relâche jamais même si comme l'on pouvait s'en douter la résolution n’est pas à la hauteur de ce qui a précédé ; n’essayez même pas de vous transformer en Sherlock Holmes, il y a très peu de chances pour que vous réussissiez à résoudre l’énigme avant que le fin mot de l’histoire nous soit dévoilé au sein d’un flashback dans un hôtel ; flashback d'ailleurs une foi n'est pas coutume assez bien fait, Biberman nous octroyant de jolis plans, des éclairages jouant avec efficacité sur les ombres ainsi que de beaux mouvements de caméra ; il en sera d'ailleurs ainsi tout du long, même l’utilisation des décors nocturnes en studio s’avérant satisfaisante, le spectateur oubliant vite le côté factice de l’ensemble captivé qu'il est par une histoire bien servie par la mise en scène.

Quant au casting, il finit de faire de cet épisode l’un des plus réussis de la série : outre Doug McClure toujours excellent lorsqu’il se retrouve seul protagoniste récurrent, il faut noter les très belles prestations de Darren McGavin - déjà mémorable dans The Intruders (saison 2) dans le rôle de l’intelligent chef de gang avec comme homme de main un tout jeune David Carradine inquiétant à souhait - ici dans la peau du ‘gunman’ ; de la jolie Mary-Robin Redd dont on se souviendra longtemps de la gifle retentissante qu’elle administre à son ex-époux ; de Linden Chiles interprétant son shérif de mari qui fait ici sa quatrième et dernière apparition dans la série, déjà parfait dans An Echo of Thunder dans la saison 5 également réalisé par Biberman ; et enfin de Bing Russell, un habitué de la série, ici dans le rôle du principal suspect. Une fiction solidement écrite - en profitant même pour aborder en sous-main des thématiques très westerniennes comme celle des expropriations des petits fermiers par de gros ranchers -, superbement jouée et rondement menée qui devrait plaire au plus grand nombre – notamment aux friands de mystères policiers - y compris à ceux qui ne sont pas spécialement attirés par le western. Pour information, sachez que cet épisode fait partie de ceux diffusés sur la 2ème chaine de l’ORTF, plus précisément en deuxième partie de soirée le samedi 30 juin 1973. Maintenant nous attendons au moins aussi bien de Don McDougall qui prend le flambeau dès l'épisode suivant.


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Joan Collins




6.03- The Lady from Wichita (Une Dame de Wichita)

Réalisation : Don McDougall
Scénario : True Boardman
Guest stars : Joan Collins
Première diffusion 27/09/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7.5/10

Le Pitch
: Un rancher voisin de Shiloh décède et laisse ses terres et sa fortune en héritage à une mystérieuse Lorna (Joan Collins) dont personne ici n’a jamais entendu parler. Il s’agit d’une femme de Wichita qui arrive à Medicine Bow avec sa ‘tante’. Ce qu’elles s’efforcent bien de cacher aux habitants de cette petite ville tranquille c’est qu’elles étaient au Kansas tenancières d’un saloon qu’elles ont vendu pour venir toucher cette somme colossale avec dans l’idée de s’en servir pour ouvrir une autre maison à San Francisco. Sauf que Trampas tombe sous le charme de Lorna et que cette dernière n’est pas insensible aux égards de la population…

Mon avis : Que plaisir juste après le captivant The Deadly Past de tomber à nouveau sur une superbe réussite mais dans un ton totalement opposé, très léger cette fois sans que ça ne sombre une seule seconde dans la gaudriole ; The Lady from Wichita nous fait un peu penser au 4ème épisode de la série, l’attachant et amusant The Big Deal de Earl Bellamy au cours duquel se pavanait un mémorable Ricardo Montalban. Comme à cette époque-là de ma découverte de la série, j'avoue avoir éprouvé une petite appréhension avant de visionner ce Lady from Wichita surtout après les déconvenues durant la saison précédente des épisodes à l’atmosphère frivole - adjectif néanmoins aucunement péjoratif de mon point de vue - ; ayant lu comme quoi il s’agissait d’un épisode s’apparentant à une comédie, j’ai craint à nouveau de tomber soit sur une pantalonnade un peu lourde soit sur un épisode un peu naïf voire mièvre, d’autant plus lorsque l’on sait que cette fiction narre le récit de deux tenancières de saloon allant au contact des habitants de Medicine Bow retrouver une certaine ‘respectabilité’, avec tout ce que cela pourrait faire sous-entendre de moralisme bon teint. Mais j’aurais dû ne pas m'effrayer pour si peu car l'épisode s’avère tout à fait harmonieux dans le mélange des genres, la légèreté des trois premiers quarts allant bifurquer ensuite vers plus de gravité sans que cela ne détonne ni ne tourne au mélodrame. Le ton reste constamment juste d’autant que la direction d’acteurs s’avère parfaite avec notamment deux Guest-Stars féminines absolument adorables de charme et de malices.

Il faut dire que Abner Biberman est l’un des réalisateurs les plus chevronnés de la série avec son comparse Don McDougall, alors que True Boardman commence sérieusement à se faire le spécialiste des histoires - légères ou graves - à tendance féministes. C’est lui qui avait déjà récemment écrit Doctor Pat sur la femme-médecin ayant du mal à se faire accepter dans la prude communauté de Medicine Bow. Ici, ce sont deux femmes de Wichita, Lorna et Belle, qui y tiennent une maison de jeu ; la plus jeune hérite d’une fortune et des biens d’un gros rancher du Wyoming qui vient de décéder. Énormément d'étonnement ici et là puisqu’à Medicine Bow jamais personne n’a entendu parler de cette dame alors qu’encore plus surprenant, Lorna ne sait pas qui peut bien être son donateur ! Quoiqu’il en soit, elle ne va pas cracher sur une telle aubaine et la voilà partie avec son associée pour récupérer l'argent de son bienfaiteur inconnu. Elles se font évidemment passer pour des femmes très honorables qui connaissaient le mort afin de ne pas trop se faire remarquer et d'éviter trop de questionnements. Elles ont dans l’idée de récupérer la somme qui résulterait de la vente de la propriété afin d’aller ouvrir un saloon de luxe à San Francisco. Mais après un long voyage depuis le Kansas, à peine arrivée sur place, Lorna, la plus jeune, commence à se prendre au jeu d’un changement de vie dès qu’elle découvre le domaine et la maison dont elle est désormais propriétaire. De plus elle tombe sous le charme de la région et de ses habitants qui ne manquent pas d’attentions à son égard.

Le régisseur du domaine lui apprend néanmoins que ne se sentant pas travailler pour une femme, il démissionne ; son voisin John Grainger a alors dans l’idée de lui prêter Trampas pour lui enseigner le métier d’éleveur le temps qu’elle trouve un nouvel intendant. Comme vous l’aurez deviné, Trampas accepte avec grand plaisir d’autant qu’il compte bien se faire une nouvelle petite amie de sa ravissante patronne aux manières cependant parfois incompréhensibles de la part d’une soi-disant "grande dame". L’on comprendra certainement sans difficultés le ton de comédie de cet épisode et les quiproquos qui peuvent découler du fait que deux femmes "de mauvaise vie" se fassent passer pour des dames très respectables, s'obligeant à se rendre à l'église, se faisant inviter par les membres de sociétés de coutures, par les vieilles dames de l’orphelinat et celles des œuvres de charité… Même si ce changement ne plait guère à Rose qui insiste auprès de Lorna pour vendre et se rendre à San Francisco, la jeune femme voit au contraire l’occasion de pouvoir changer de vie… jusqu’au jour fatal où l’un de ses anciens ‘clients’ arrive à Medicine Bow et décide de la faire chanter sous peine de révéler aux habitants sa véritable identité… Je n’en dirais pas plus sauf que le final n’est absolument pas moralisateur mais au contraire sacrément délicieux, le secret des deux femmes quant à leurs précédentes activités n’en ayant peut-être pas été un pour tout le monde et la partie plus sombre ne sombrant néanmoins à aucun moment dans une noirceur qui n’aurait pas eu lieu d’être et qui aurait semblé peu crédible.

Quelques savoureuses apparitions de Ryker et Stacey – ce dernier se désespérant de ne pas être à la place de Trampas auprès de Lorna - mais sinon un deuxième épisode consécutif avec le seul Doug McClure en acteur principal parmi les protagonistes récurrents de la série. Et il s’avère à nouveau très convaincant, tout autant que la ravissante Joan Collins – que l’on ne présente plus -, la piquante Rose Marie qui aurait méritée d’être plus connue malgré une carrière assez prolifique débutée à 10 ans, ainsi que Harry Lauter parfait en maître-chanteur. Ajoutez à tout ceci un excellent thème musical, d'amples panoramiques sur de beaux paysages, une réalisation très professionnelle... et vous aurez un épisode de très grande qualité que, comme le précédent, même ceux qui n’ont que peu d’affinités avec le western devraient pouvoir grandement apprécier. Les aficionados pourront en revanche être déçus par le manque d’action, de tension et de suspense. A l'actif du progressisme de la série, l'on appréciera une communauté de Medicine Bow prête à accepter et à se lier d’amitié avec les femmes pécheresses fustigées par leur révérend qui lui aussi saura reconnaitre in fine le grand cœur de ces deux femmes. Certes un sujet pas tout neuf basé sur les quiproquos qui naissent par la dichotomie entre la position sociale annoncée et réelle de deux protagonistes mais beaucoup d’humour et jamais de lourdeurs pour un épisode extrêmement plaisant, très bien écrit, très bien réalisé et très bien interprété, agréable moment de détente et véritable bouffée de fraicheur en partie due à une Joan Collins aussi jolie que pleine de vitalité.


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Tom Tryon



6.04- Star Crossed (L'homme de l'Oklahoma)

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Don Tait
Guest stars : Tom Tryon
Première diffusion 04/10/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 6/10

Le Pitch : Alors que Ryker croit reconnaitre un vieil ami en la personne d’un fermier arrivant pour s’installer à Medicine Bow, ce dernier, Cliff Darrow (Tom Tryon), lui dit qu’il doit faire erreur, trop d’oreilles indiscrètes l’entourant à son avis. Mais lorsqu’ils se retrouvent tous deux seuls, l’étranger demande à Ryker de ne pas dévoiler sa véritable identité. En effet, recherché par la police, il s’est enfui et a changé de nom afin de ne pas être retrouvé. Un cruel dilemme pour Ryker qui ne sait pas quoi faire : être loyal à son ami au risque de perdre son poste ou le livrer à la justice pour le plus grand malheur de son épouse et de son fils adoptif ?

Mon avis : Alors que ce Star Crossed est globalement très fortement apprécié par une majorité - remarquablement bien noté sur imdb par exemple - je dois avouer avoir éprouvé une certaine déception malgré son niveau certes très honorable et sa belle histoire d’amitié. Mais j’attendais mieux d’un des rares récents épisodes à mettre Clu Gulager sur le devant de la scène et surtout au vu de la passionnante thématique mise en avant, celle de la loyauté à un ami, qui aurait du nous émouvoir plus intensément. La faute de cette relative fadeur d’ensemble incombe à mon humble avis à une écriture manquant de mordant de la part du scénariste Don Tait ainsi qu’à une direction d’acteurs d'Abner Biberman ici un peu relâchée, ce récit ayant pourtant tous les atouts pour qu'il ait été susceptible de nous bouleverser s’il était tombé entre les mains de l’autre réalisateur clé de la série, Don McDougall. Don Tait - qui travaillera dans les années 70 principalement pour les studios Disney et ses films non animés - manque en effet un peu de conviction comme c’était déjà le cas pour ses deux précédentes participations au Virginien, Two Men Named Laredo et Ride to Delphi, deux épisodes pourtant eux aussi grandement appréciés par les amateurs de la série ; donc qui sait si vous ne serez pas vous aussi dans ce cas de figure. La scène d’introduction met cependant d’emblée mal à l’aise, les auteurs semblant avoir oublié que la série avait débuté par un épisode impitoyable à l’encontre de la peine de mort, ici Ryker, le Virginien et Stacey se montrant au contraire grandement satisfait d’une pendaison venant d’avoir lieu. Mais passons !

Puis Ryker est étonné de voir arriver en ville un homme qu’il croit reconnaitre, Cliff Darrow, ex-compagnon d’aventures et de coups pas spécialement glorieux. Heureux de cette rencontre, il va le saluer mais ce dernier lui dit qu’il y a méprise, de ne pas s’appeler ainsi mais Andrew Hiller. Il est accompagné de son épouse, de son beau-fils, un jeune garçon de 8 ans, et il vient de s’installer en tant que fermier aux alentours de Medicine Bow. Mais personne n'est dupe et, se retrouvant tous les deux seuls, ils peuvent enfin parler tranquillement : Darrow supplie son ami d’oublier son passé ; car s’il cache son identité c’est parce qu’il est recherché par la police pour un soi-disant simple cambriolage et qu’il ne veut pas que la femme qu’il vient d’épouser, veuve depuis peu, découvre que son ancienne vie été faite de menus larcins puisqu’il a désormais définitivement décidé de se ranger. Un cruel dilemme pour Ryker ; en tant qu’homme de loi devrait-il dénoncer son ami ou bien par loyauté et convaincu de sa bonne foi en voyant que Darrow est revenu sur la bonne pente doit-il fermer les yeux et occulter le fait qu’il soit recherché ? En son âme et conscience, il prend la décision de ne rien dévoiler et même de lui apporter son aide pour démarrer dans sa nouvelle vie, profitant de ses moments libres pour lui donner un coup de main pour son installation ; ce qui rend le shérif un peu curieux. Pas de chance pour Darrow, Le Virginien a recruté voilà peu un homme qui le reconnait lui aussi et qui n’a pas les scrupules de Ryker. Il se rend chez le shérif pour consulter les avis de recherches, bien décidé à empocher la récompense s’il y en a une. Et effectivement Darrow est recherché… pour meurtre. Avant de tenter sa chance auprès du shérif, il essaie de faire chanter Darrow espérant en tirer encore plus. Mais le maître-chanteur, chassé peu de temps avant de Shiloh pour fainéantise, est retrouvé mort, Darrow volatilisé. Le shérif qui sait désormais tout de ce dernier commence par destituer son adjoint, estimant que tout ce qui vient de se produire de tragique est avant tout dû à son silence, le fait d’avoir caché un meurtrier n'étant pas pardonnable pour un homme de loi.

Ryker qui n’admet pas avoir été trahi par son ami part à sa poursuite, l'appréhende sans grandes difficultés et le ramène en ville afin qu’il y soit jugé. Sauf qu'il ne s'attendait pas à ce que Darrow soit condamné à être pendu après avoir plaidé coupable pour le crime qui lui était imputé, s'étant vu acculé et poussé dans ses derniers retranchements par un homme qui avait l'intention de l'essorer et de révéler son passé à sa nouvelle famille ! Nous ne vous dévoilerons pas le dénouement et son coup de théâtre final moyennement convaincant, mais au vu de cette description du récit, on comprend l’énorme potentiel émotionnel qu’il y avait, les questionnements moraux que cela allaient impliquer, la détresse de tous les personnages, aussi bien le condamné que sa femme, son fils et Ryker qui se voit ainsi responsable de la mort prochaine d’un de ses meilleurs amis. L’ensemble se suit sans ennui et avec beaucoup de plaisir mais sans grande passion non plus faute à des comédiens qui soit paraissent moins convaincus qu’à l’habitude (Tom Tryon, bien plus mémorables à l’intérieur de la série dans The Man from the Sea ainsi que dans The Girl on the Glass Mountain ; idem pour Lisabeth Hush dans le formidable The Payment) soit que leur jeu semble moins tenu d’ordinaire comme c’est le cas pour Clu Gulager qui nous avait habitué à un peu plus de finesse même si son travail est loin ici d’être mauvais. Il faut dire aussi que les personnages, aussi attachants soient-ils, manquent un peu d'épaisseur et l’on ne peut que constater la fadeur de ceux tenus par Brian Nash (l’enfant) ou Kiel Martin (le maitre-chanteur) ; ce manque de rigueur dans la direction d’acteurs et cette faiblesse dans l’écriture empêchent l’épisode de se hisser aux sommets pourtant prometteurs sur le papier.

Ma déception étant validée, il serait dommage d’en rester sur une note médiocre d’autant que ce ne serait absolument pas mérité. Nous aurons eu notamment l’occasion d’une intéressante réflexion sur le métier de shérif au travers les discussions passionnantes entre le shérif et son adjoint, les deux étant d’accord sur la difficulté de leur profession surtout lorsqu’il s’agit de faire appliquer des lois qu'ils désapprouvent ou de devoir faire profil bas face à des jugements pour lesquels ils sont en total désaccord. Nous retiendrons également une belle histoire d’amitié avec beaucoup de jolies scènes durant la première partie lorsque Ryker vient apporter son aide à la famille Darrow lors de son emménagement, la mise en place des barrières pour délimiter leur terrain et le regroupement des premières têtes de bétail du nouveau modeste cheptel. Et nous ne pourrons enfin qu'approuver les auteurs - comme ça a d'ailleurs souvent été le cas tout au long de la série - par le fait de vouloir une fois de plus accorder une deuxième chance à chacun, la plupart des êtres humains étant capable de repartir sur de bonnes bases malgré un mauvais départ dans la vie. Un épisode qui devrait plaire à une majorité même s'il manque un peu d'ampleur à mon humble avis.



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Jeremy Fox
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Re: Le Virginien

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Tom Bell



6.05- Johnny Moon (Johnny Moon)

Réalisation : Abner Biberman
Scénario : Stanford Whitmore
Guest stars : Tom Bell & Ben Johnson
Première diffusion 11/10/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 6/10


Le Pitch : Un groupe mené par Joe Hogan (Ben Johnson) tire sur un homme seul qui semblait les gêner, un certain Johnny Moon (Tom Bell). Laissé pour mort, il est retrouvé par le Virginien qui le conduit à Shiloh afin qu’il y soit soigné. Johnny Moon est d’origine anglaise et faisait partie de la police montée canadienne avant de la déserter pour partir à la poursuite de ‘braconniers’ qui avaient également tués deux indiens de ses amis. Un détective privé est à sa recherche, missionné par l’armée canadienne. Un choix cornélien pour le Virginien : doit-il aider son nouvel ami dans sa mission vengeresse ou doit-il le livrer aux autorités ?

Mon avis : Johnny Moon est un anglais très extraverti aux idéaux surprenants et à la philosophie ma foi assez curieuse pour l’époque, pensant avant tout à la sauvegarde de la nature et des animaux, capable d’en venir aux poings pour une corneille abattue, de faire sortir un scorpion de dessous une manche de pantalon en l'appelant comme s'il s'agissait d'un chaton - à la plus grande frayeur d'un Virginien ayant senti ses dernières heures venir ! Furieux de voir un groupe de chasseurs utiliser des méthodes légales mais qu’il trouve pour sa part scandaleuses et cruelles - à savoir tuer une bête dont la carcasse sera ensuite empoisonnée afin que cet appât fasse un massacre parmi le groupe de loups qui viendrait s’en repaitre - il déserte la police montée canadienne pour partir à leur poursuite et leur faire payer non seulement leurs méfaits animaliers mais également le meurtre de deux indiens qui pour les autorités n’ont guère plus d’importance que les loups décimés. On comprend à la lecture de ce pitch que l’argument initial de cet épisode est assez original pour l’époque, à forte tendance environnemental et écologique avant l’heure. L’acteur britannique Tom Bell est vraiment réjouissant dans le rôle-titre, très volubile sans jamais être agaçant pour autant. Les amateurs de la série seront étonnés de voir l’habituellement plutôt sobre et réservé Virginien nous octroyer plusieurs rires fortement tonitruants à l’écoute des histoires de cet homme qu’il a sauvé et qu’il aurait bien voulu garder à Shiloh dans son équipe ; comme si James Drury s’était lâché et s'esclaffait véritablement aux saillies de son convive.

Autre motif de surprise, après Bernard Herrmann s’étant invité sur quelques épisodes pour en signer la musique, c’est au tour du non moins talentueux Leonard Rosenman (La Fureur de vivre – Rebel without a Cause de Nicholas Ray ; La Gloire et la peur – Pork Chop Hill de Lewis Milestone ; Le Voyage Fantastique – Fantastic Voyage de Richard Fleischer…) de se faire reconnaitre dès les premières mesures de sa partition ; impossible de cacher son identité au vu de l’orchestration et du style qu’il déploie d’emblée sur un superbe et ample panoramique de presque 360°. S’étant à priori plu à cet exercice, il reviendra officier sur cinq autres épisodes. On appréciera également la mise en scène de Abner Biberman nous offrant quelques excellentes scènes d’action, notamment la première séquence du guet-apens au cours de laquelle Johnny Moon est laissé pour mort - une fois n'est pas coutume mais les noms des principaux participants à l'épisode arrivent immédiatement et non pas après un long prologue - jusqu’au final pétaradant voyant notre intrépide anglais essayer presque à lui seul de décimer la bande des ‘tueurs de loups’. Réalisation non sans efficacité, histoire assez curieuse et bien aérée se déroulant souvent en extérieurs dans des paysages rocailleux où se cachent nos ignobles ‘braconniers’ ; chef de ce groupe impeccablement interprété par le toujours aussi charismatique Ben Johnson (qui fut toujours parfait, que ce soit chez John Ford ou Sam Peckinpah) ; protagoniste principal très attachant… dommage que le scénariste Stanford Whitmore nous délivre un scénario qui manque de rigueur et de finesse car autrement tous les éléments étaient là pour accoucher d’un grand épisode.

Johnny Moon - l’épisode comme le protagoniste d’ailleurs – s’avère également un peu trop bavard, certaines séquences se révèlent être étirées plus que de raison, faisant parfois poindre l’ennui. On comprendra néanmoins qu’avec un tel personnage les auteurs aient voulu lui donner toute latitude pour s’exprimer d’autant que ses idées s’avèrent aussi surprenantes qu’admirables, surtout face à la rudesse de l’époque et de ses hommes. Nous trouvons également une réflexion passionnante sur la différence entre ce qui est légal et ce qui est juste, les actes légiférés pouvant s’avérer dans les faits profondément arbitraires et discutables quant à la morale ; le Virginien au départ assez sceptique en vient plus ou moins à comprendre ce mode de raisonnement à tel point qu'il décide d'accompagner Johnny pour accomplir l'acte illégal qu'il s'est mis en tête, mettre fin aux agissements cruels du groupe conduit par Ben Johnson. L’on est également témoin d’un double poursuite, celle donc des "chasseurs criminels" par Johnny Moon, celui-ci étant dans le même temps poursuivi par un détective privé missionné par l’armée canadienne pour le ramener afin d’être mis sur le banc des accusés et jugé pour désertion. Bref, un programme assez chargé… peut-être un peu trop pour que l’ensemble soit globalement satisfaisant sur tous les points, chacune des pistes dramatiques n’ayant pas le temps d’être enrichie correctement.

Un épisode tout à fait honorable et très curieux mais pas aussi réussi qu'on l'aurait souhaité. Ceci étant dit, nous nous souviendrons sans doute longtemps de l’image de ce grand dégingandé en plein milieu d’un paysage désertique, sortant de derrière son rocher revêtu de sa tunique écarlate de la police montée canadienne, se montrant à découvert avec un courage déraisonnable et n’éprouvant aucune peur alors qu’il frôle la mort à chaque coup de fusil de ses ennemis acharnés. Histoire très intéressante que cette expédition vengeresse pour laquelle un déserteur de l’armée canadienne entraine un Virginien un peu dépassé par les évènements et déconcerté par le tempérament de son ‘invité’ (impossible d’oublier la séquence du scorpion déjà évoquée en début de texte) ; manque donc juste un peu de rigueur dans l’écriture et de rythme dans l'ensemble mais sinon Johnny Moon devrait plaire à une majorité de téléspectateurs.


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Jeremy Fox
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Re: Le Virginien

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David Hartman



6.06- The Masquerade (Shérif pour rire)

Réalisation : Don McDougall
Scénario : Norman Katkov
Guest stars : Lloyd Nolan & David Hartman
Première diffusion 18/10/1967 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7.5/10


Le Pitch : L’employé de banque George Foster (David Hartman) reçoit un courrier qui lui apprend l’arrivée prochaine de son père (Lloyd Nolan), un ancien célèbre shérif ; voyageant en train, il doit en profiter pour venir saluer son fils durant une brève halte de 2 heures à Medicine Bow. Afin de ne pas le décevoir, George a toujours fait croire à son père qu’il exerçait le même métier que lui ; pour que cette mascarade continue, tous les habitants acceptent de se plier au jeu durant ce bref laps de temps… sauf que la voie ferrée ayant été endommagée, le père devra demeurer trois jours complets sur place. George est complètement désemparé…

Mon avis : Si l’on s’en tient au seul titre français, il est fort à craindre que la plupart de ceux qui sont allergiques aux comédies westerniennes feront demi-tour sans même jeter un œil à cet épisode certes léger et non dénué d’humour mais à cent lieues d’une comédie lourdingue à laquelle on pouvait s’attendre. Outre en l’occurrence le scénariste Norman Katkov, nous ne remercierons jamais assez le réalisateur Don McDougall sans qui la série n’aurait jamais été aussi attachante, nous ayant jusqu’à présent offert un sans-faute au travers tout un tas de très bons épisodes, que leur ton soit dramatique ou non. Il en signera 42 au total et aura également participé à quasiment toutes les séries cultes des années 60 et 70, dans le domaine du western et autres. Et encore une fois il nous gratifie ici d’une fiction tout à fait savoureuse, dans la lignée et du niveau de sa première incursion dans cette sixième saison, le réjouissant The Lady from Wichita avec Joan Collins en Guest Star. Le thème principal de The Masquerade ressemble un peu à ceux de ces westerns du style Destry Rides Again (Femme ou démon) dans lesquels le personnage du shérif est un homme qui n’en a à priori absolument pas la carrure, souvent un Tenderfoot timoré ou (et) naïf n’ayant jamais fait de mal à une mouche. Et comme c’est déjà le cas dans cet exemple cité, la réussite est au rendez-vous sans que jamais l’ensemble ne sombre ni dans la gaudriole ni la vulgarité attendues.

Il faut dire aussi que David Hartman – la même année aux côtés de Doris Day dans The Ballad of Josie de Andrew V. McLaglen - s’avère un choix absolument parfait pour ce rôle d’un modeste employé de banque devant se faire passer quelques jours pour le shérif d’une petite ville le temps que son père qui vient rapidement lui rendre visite puisse continuer à en être fier ; en effet George lui a toujours fait croire avoir suivi la même voie que lui, à savoir faire respecter la loi et l’ordre. L’épisode débute par une séquence au cours de laquelle notre sympathique antihéros sort de chez la belle Laura qui vit seule avec son fils d’une dizaine d’années. Ca fait plusieurs mois - "one year, eight months, and two weeks" plus exactement - qu’il s’y rend toutes les samedis soirs avec l’espoir sans cesse renouvelé qu’il aura enfin le courage de lui demander sa main. Laura n’est pas dupe de la cour qu’il lui fait mais aime le laisser mijoter d’autant que son veuvage lui pèse encore ; quant au fils de cette dernière, il s’avère posséder un caractère bien trempé voire parfois irrespectueux qui par contraste rend celui de George encore plus faible : une délicieuse entrée en matière, déjà constamment juste dans l’écriture des protagonistes. Et effectivement George ne sera jamais un personnage moqué par les auteurs, seul Trampas s’en amusera mais avec bienveillance, profitant de la situation, lors de séquences assez cocasses, pour inventer des actes héroïques à ce shérif malgré lui. Le problème de George est qu’il ne sait donc pas comment cacher à son père qu’il est en fait un modeste employé de banque. Après que le Virginien ait tenté de lui faire comprendre qu’il s’agissait d’un métier tout à fait honorable et dont il ne devrait pas avoir honte, comprenant que George ne voudrait néanmoins pas déroger et l’avouer à son paternel, il décide avec Ryker et la complicité de tous les habitants de mettre en place cette ‘mascarade’ d’autant que ce ne doit être que pour à peine deux heures ; mais voilà que l’on annonce le déraillement d’un train et son dommage collatéral qui fait que la circulation ne pourra pas reprendre avant trois jours.

Cette gentille tartuferie devra ainsi durer bien plus longtemps, ce qui n’est pas pour arranger le banquier pour qui son employé modèle est devenu indispensable. Très belle idée que celle de ce patron conciliant, acceptant de se prêter au jeu lui aussi en laissant George aller exercer son faux métier la journée et en lui confiant la clé de la banque pour qu’il vienne mettre à jour en cachette quelques dossiers dès qu’il en aurait le temps ; une marque de confiance et de grand respect que George apprécie, ce qui ne l’empêche pas d’avoir ensuite du mal à exercer ses deux fonctions par manque de sommeil… surtout lorsqu’au moment d’enfin pouvoir se coucher, il est réveillé à la minute même où il plongeait dans les bras de Morphée par sa ‘fiancée’ qui vient lui dire que son fils vient de fuguer. Image drôle et cocasse suivie par celle toute aussi savoureuse où il part à la recherche du jeune garçon et où il manque de peu de tomber de cheval à chaque pas tellement il est fatigué. Même si les auteurs parviennent à éviter tous les pièges inhérents à ce genre de pitch, à savoir ne pas nous octroyer une farce pas drôle basée sur l’humiliation du pauvre bougre qui se voit du jour au lendemain parachuté dans une position qui lui est inconfortable, le récit est ponctué d’humour et de séquences réjouissantes comme celle du premier verre de whisky ingurgité cul-sec par le pied-tendre, la séance de tir alors qu’il n’a jamais tenu une arme… mais encore une fois sans que jamais l’ensemble ne paraisse exagéré. Connaissant le talent, la délicatesse, l’intelligence et le tact de Don McDougall, j’imagine qu’il doit avoir sa part dans le fait que The Masquerade reste tout du long une comédie si ce n’est spirituelle, en tout cas hautement divertissante et plus qu’honorable par son humanité et sa tendresse, le seul reproche qu'on pourrait lui faire est qu'elle se rapproche par son écriture parfois un peu trop d’un film à sketchs.

On se souviendra longtemps du coup de théâtre final totalement inattendu, des relations entre George et son père (toujours superbe Lloyd Nolan : La Légion des damnés de King Vidor ; Le Lys de Brooklyn de Elia Kazan ; La Dernière Chasse de Richard brooks ; Susan Slade de Delmer Daves…), celles non moins attachantes entre George et Laura (charmante Diana Muldaur, l’héroïne de la série Vivre Libre mais aussi à l’affiche de films comme L’Autre de Robert Mulligan ou Un Silencieux au bout du canon de John Sturges) ainsi que de nombreuses scènes en extérieurs vraiment très bien réalisées y compris les séquences d’actions mouvementées de la fin, notre apprenti shérif se trouvant dans l'obligation d'arrêter un gang de hors-la-loi. Très content d'avoir appris que David Hartman allait la saison suivante intégrer la série dans un rôle récurrent en espérant que sa prestation sera au moins aussi mémorable que dans cet épisode. A noter aussi qu’après Bernard Herrmann et Leonard Rosenman, c’est au tout de Dave Grusin de tenir la baguette avec une partition qui fait facilement son bout de chemin dans notre tête. Espérons une saison qui se maintiendra à ce niveau, tout autant dans la gravité que dans la légèreté ; au niveau de cet hymne à l’entraide et à la fraternité, à l’estime de soi et à l’acceptation de son tempérament et de ses désirs même si ces derniers pourraient n’être vus que comme bien modestes. Une très jolie histoire jamais mièvre ! “When a sheriff goes after outlaws he's just doing his job, but when a bank clerk does he's brave, foolish maybe, but brave”.



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