Howard Hawks (1896-1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

User avatar
Alexandre Angel
Une couille cache l'autre
Posts: 9823
Joined: 18 Mar 14, 08:41

Re: Howard Hawks (1896-1977)

Post by Alexandre Angel »

El Dadal wrote: 14 Apr 21, 17:25 Je ressens beaucoup plus et l'ironie et la modernité (surtout dans la mise en scène) dans La griffe du passé, par exemple.
Ça fait très longtemps que je ne l'ai vu et tu me fais penser que je dois me le repasser.
Mais dans mon souvenir, je ne crois pas que l'ironie soit dans le style (elle est peut-être dans l'ambiance, dans les dialogues).
Mais bon, comme dit, je vais le revoir. De toutes façons, c'est un grand film noir, je crois.
User avatar
Loup Solitaire
Stagiaire
Posts: 27
Joined: 6 Jul 20, 19:23

Re: Howard Hawks (1896-1977)

Post by Loup Solitaire »

Excellent film, un des grands rôles de Mitchum.
« Better a life like a falling star, brief and bright across the dark, than the long, long waiting of the immortals, loveless and cheerlessly wise » - The Broken Sword - Poul Anderson
« Que sommes nous, tous autant que nous sommes, sinon des spectres disparaissant dans la nuit ?» - Le Crépuscule du Dieu Gris - R.E. Howard
DearHunter

Re: Howard Hawks (1896-1977)

Post by DearHunter »

La Griffe Du Passé n'est QUE 1 ou 2 positions en dessous du Grand Sommeil pour moi, c'est dire. Un film parfait.
User avatar
Profondo Rosso
Howard Hughes
Posts: 16400
Joined: 13 Apr 06, 14:56

Re: Howard Hawks (1896-1977)

Post by Profondo Rosso »

Train de luxe (1934)

Image

Dans le train Twentieth Century Limited reliant Chicago à New York, Oscar Jaffe, un producteur de théâtre imbu de sa personne, dont les dernières productions ont fait des fours, retrouve Lily Garland, une actrice qu'il a lancée quelques années auparavant et qu'elle a quitté pour Hollywood, ne supportant pas sa jalousie et son égocentrisme. Il rêve de remonter un spectacle avec elle, mais elle ne veut plus travailler avec lui.

Twentieth Century est avec New York-Miami de Frank Capra sorti cette même année 1934 un des films fondateurs de la screwball comedy. Il s'agit de l'adaptation de la pièce éponyme de Ben Hecht et Charles MacArthur jouée à Broadway en 1932. Cette dernière était inspirée Napoleon of Broadway, pièce avortée de Charles Bruce Millholland qui y narrait son expérience douloureuse auprès du producteur de théâtre David Belasco connu pour son excentricité. Cet arrière-plan au vitriol sur le monde du théâtre se marie ici à un récit à la Pygmalion dévoyé, et qui se joue d'ailleurs autant en coulisse que dans l'histoire elle-même. En 1926, Carole Lombard âgée de 17 ans végète dans des petites productions où elle tient des seconds rôles, et arrondit ses fins de mois en tant que danseuse dans des boites de nuit comme le Cocoannut Grove. C'est là qu'un John Barrymore déjà star établie croise sa route et décèle son potentiel dramatique et lui arrange un essai à la Fox qui va s'avérer satisfaisant. Carole Lombard signe un contrat avec le studio et doit donner la réplique à Lionel Barrymore dans le film Tempest (1928). Malheureusement l'actrice victime d'un incident de voiture est pour un temps défigurée et ne retrouvera de sa superbe qu'après un passage par la chirurgie esthétique. Fox rompt le contrat et Carole Lombard retournera pour quelques années à l'anonymat et une période de vache maigre. Quelques années plus tard elle est sous contrat à la Columbia qui ne sait trop que faire d'elle jusqu'à ce que Howard Hawks l'impose pour le premier rôle féminin de Twentieth Century.

Les bases de l'histoire oscillent donc entre ce côté Pygmalion ou pré Une étoile est née avec une Carole Lombard débutante qui fait face à celui qui lui mit le pied à l'étrier, John Barrymore. Howard Hawks joue habilement de ce passif, notamment dans les premières scènes où Mildred Plotka (Carole Lombard) est littéralement façonnée dans son jeu et sa manière d'être par le producteur de théâtre Oscar Jaffe (John Barrymore). Jaffe manie à merveille la caresse et le fouet pour guider les pas de sa protégée rebaptisée pour la scène Lily Garland, alternant attitude faussement doucereuse et colère noire pour l'amener où il le souhaite. C'est littéral quand il guide ses déplacements scéniques à la craie, implicite quand il lui invente un autre moi avec ce nom de scène, et loufoque quand pour lui tirer un cri de douleur il lui pique les fesses de façon impromptue avec une épingle. Cette attitude rustre sort la jeune actrice timide de ses gonds et en fait finalement le personnage et la diva que Jaffe a vu en elle. Sur le plateau Carole Lombard sans doute intimidée ne convainc pas les producteurs et John Barrymore jusqu'à ce que le rusé Howard Hawks la prenne à part et lui demande quelle serait sa réaction si un des hommes sur le plateau parlait d'elle de manière désinvolte derrière son dos. La réponse ne se fait pas attendre, I would kick him in the ball et Hawks ment à bon escient à Carole Lombard en lui disant que John Barrymore s'est exprimé en ces termes à son sujet. Dès lors Carole Lombard furieuse n'aura plus aucune appréhension à répondre du tac au tac à Barrymore lors de leur confrontation dans le film. Quelques années plus tard mise au courant de la supercherie, ce I would kick him in the ball deviendra source de plaisanterie entre elle et Hawks.

Dans le film cela fonctionne merveilleusement bien lorsque une fois devenue star Lily Garland souffre de la jalousie étouffante de Jaffe. Ce postulat au lieu de tirer vers le drame va plutôt se déplacer vers une hystérie jubilatoire. Oscar Jaffe est un manipulateur né qui use de stratagème sur scène et dans leur couple pour soumettre Lily qui désormais n'est plus dupe. La rupture est inévitable et tandis que Lily devient une vedette de cinéma, Jaffe sans sa muse vogue d'échec en échec. Un concours de circonstances les place des années après dans le même train où ils vont peut-être pouvoir se réconcilier et retravailler ensemble. Howard Hawks joue de l'espace vertical du train comme d'une scène, un théâtre de vaudeville fait d'allées et venues furibondes où les personnages se heurtent, s'invectivent, se dissimulent où s'impose à l'autre dans la plus grande hystérie. Les portes de compartiments de wagons claquent, les hurlements fusent et autour de notre couple naviguent des acolytes plus azimutés les uns que les autres. Il y a d'abord le duo d'employés de Jaffe, Oliver Webb (Walter Connolly) sorte de punching-ball soumis aux rages insensée de son patron, et à l'inverse le bien trop détendu O'Malley (Roscoe Karns) prenant tous les drames en cours à la rigolade et désamorçant la tension avec une rasade de whisky bien sentie. Il y a également les intrus de ce périple en train avec Mathew J. Clark (Etienne Girardot) sorte d'anguille semant la zizanie avec ses tares contradictoires : multiplier les chèques sans provisions et coller des prospectus évangéliste dans tout le train. Il reste également des traces de quelques piques corrosives de Ben Hecht et Charles MacArthur, notamment envers les Passion Play, forme de théâtre religieuse et empesée dont les personnages se moque quand on se risque à leur proposer de jouer dans l'une d'entre elles. L'atout principal reste cependant l'alchimie entre Carole Lombard et John Barrymore, couple qui ne peut se rapprocher que dans l'outrance, l'hystérie et les réactions théâtrales.

Chaque échange, amoureux comme vindicatif ne fait que dans les cris d'orfraies, les postures maniérées et les roulements d'yeux intempestifs. Carole Lombard déploie tout son potentiel comique en passionaria constamment dans la démesure émotionnelle et John Barrymore est un histrion toujours en représentation, entre rage noire et auto-persuasion sur son propre génie. On aurait peut-être aimé ne serait-ce qu'une scène sentimentale à cœur ouvert sans hystérie, mais Howard Hawks semble assumer que c'est la seule manière de s'aimer pour son couple - Carole Lombard qui conserve comme une précieuse relique l'aiguille qui lui arracha son premier cri d'actrice. C'est un prémices de toute les grandes screwball comedy à venir du réalisateur (L'Impossible monsieur bébé (1938), La Dame du vendredi (1940)) et cela prépare aussi à toutes les prestations entre glamour et exagération cartoonesque de Carole Lombard, de Mon homme Godfrey (1936) à To be or not to be (1942). Ereintant mais terriblement drôle. 5/6

Image