Bette Davis (1908-1989)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Vieux parasite
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by Vieux parasite »

zigfrid wrote:j'adore ce pseudo :D
le mien ?
comme je l'expliquais dans le topic de présentation, je l'ai choisi parce que j'ai passé des années à vous lire et à vous piquer toutes vos recommandations :mrgreen:
Cathy
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by Cathy »

zigfrid wrote:j'adore ce pseudo :D
(je m'excuse pour la platitude déconcertante de cette intervention,qui n'apporte rien, ne serait-ce qu'un quart de poil de goutte d'eau au moulin du topic) :o
:oops:
En plus il a un chouette avatar :fiou: :fiou: !
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zigfrid
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by zigfrid »

et le mien,il n'est pas chouette? :o
:fiou:
Vieux parasite
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by Vieux parasite »

zigfrid wrote:et le mien,il n'est pas chouette? :o
:fiou:
:uhuh:
Vieux parasite
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by Vieux parasite »

Cathy wrote: En plus il a un chouette avatar :fiou: :fiou: !
Je ne sais pas pourquoi, mais je l'adore ! :lol:
Trouble in paradise me l'a fait adopter, mais il peut aller un peu plus loin que ça, dans Holiday par exemple (mais moins jouissif, même si son rôle est un peu plus central et moteur dans l'économie du film)
Cathy
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by Cathy »

Vieux parasite wrote:
Cathy wrote: En plus il a un chouette avatar :fiou: :fiou: !
Je ne sais pas pourquoi, mais je l'adore ! :lol:
Trouble in paradise me l'a fait adopter, mais il peut aller un peu plus loin que ça, dans Holiday par exemple (mais moins jouissif, même si son rôle est un peu plus central et moteur dans l'économie du film)
j'ai un gros faible pour Edward Everett Horton, je l'aime beaucoup dans tous les Lubitsch mais aussi naturellement dans les Fred Astaire/Ginger Rogers où il est toujours le pivot comique indispensable !
Vieux parasite
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by Vieux parasite »

Cathy wrote:j'ai un gros faible pour Edward Everett Horton, je l'aime beaucoup dans tous les Lubitsch mais aussi naturellement dans les Fred Astaire/Ginger Rogers où il est toujours le pivot comique indispensable !
Voilà encore une bonne raison (j'aime tous les Minelli non musicaux que j'ai vu) pour me mettre un jour sérieusement aux comédies musicales - mais si j'apprécie Chantons sous la pluie, Un américain à Paris m'avait exaspéré par son esthétique de carton pâte et je n'ai pas laissé à Brigadoon ses chances, j'ai zappé rapidement
:oops: :oops: :oops:

encore un HS :mrgreen:
Cathy
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by Cathy »

Vieux parasite wrote:
Cathy wrote:j'ai un gros faible pour Edward Everett Horton, je l'aime beaucoup dans tous les Lubitsch mais aussi naturellement dans les Fred Astaire/Ginger Rogers où il est toujours le pivot comique indispensable !
Voilà encore une bonne raison (j'aime tous les Minelli non musicaux que j'ai vu) pour me mettre un jour sérieusement aux comédies musicales - mais si j'apprécie Chantons sous la pluie, Un américain à Paris m'avait exaspéré par son esthétique de carton pâte et je n'ai pas laissé à Brigadoon ses chances, j'ai zappé rapidement
:oops: :oops: :oops:

encore un HS :mrgreen:
Brigadoon est une comédie musicale qui ne plaît pas dès la première vision. Bien que grande fan de ce genre, je n'avais pas adhéré au film à la première vision, mais en le revoyant, j'ai adoré. Je ne parlerai pas d'Un américain à Paris que j'ai toujours adoré, mais bon je suis une inconditionnelle de Gershwin ! pour continuer dans le HS :fiou:
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Ann Harding
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Re: Bette Davis (1908-1989)

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The Catered Affair (Le repas de noce, 1956) de Richard Brooks avec Bette Davis, Ernest Borgnine, Debbie Reynolds et Barry Fitzgerald

Jane Hurley (D. Reynolds) annonce à ses parents qu'elle va se marier la semaine suivante. Elle ne veut faire aucun frais. Mais, Aggie Hurley (B. Davis), sa mère, insiste pour organiser un repas pour 100 invités au grand dam de son époux Tom (E. Borgnine)...

Ce film de Richard Brooks a toujours attiré ma curiosité à cause de sa distribution et de l'auteur du scénario Paddy Chayefsky, qui a écrit des petites merveilles comme The Americanization of Emily (1964, H. Hiller). J'ai enfin pu satisfaire ma curiosité grace au DVD Warner Archive qui offre une superbe copie remasterisée (le directeur de la photo étant le grand John Alton). Chayefsky s'attache à la famille Hurley, des irlandais qui vivent dans la partie populaire du Bronx. C'est un film terriblement social dans le contexte de la MGM. Mais, pour une fois, il n'est pas trop fait de concession au glamour. Bette Davis, en tête, joue une mère de famille mal attifée qui passe sa journée dans la cuisine et à ronchonner avec son frère alcoolique (ce bon vieux Barry Fitzgerald qui était l'irlandais type à cette époque) et son mari, chauffeur de taxi (un Ernest Borgnine tout en retenue). A partir d'un sujet déjà traité par Vincente Minnelli dans The Father of the Bride (1950), Brooks réalise un film nettement plus sombre et proche du 'néo-réalisme'. Si la mère de Jane Hurley désire tant organiser un beau mariage avec robe blanche, myriade d'invités, etc., c'est qu'elle en a été elle-même privée. Elle rumine un certain ressentiment contre son mari après des décennies d'économies et de vie difficile. Leur petit appartement est surpeuplé avec l'oncle Jack qui dort sur le canapé du salon et le fils qui est lui aussi installé dans le salon. Seule la fille Jane a sa chambre. De son côté, Tom travaille sans compter en tant que chauffeur employé par une société de taxi. Il économise depuis des années pour arriver à s'acheter à crédit un taxi avec un collègue et se mettre à son compte. Mais, ce beau rêve risque d'être remis en question par les folles dépenses d'Aggie. Le film se déroule presque entièrement à l'intérieur de l'appartement de la famille Hurley. On sent bien l'origine dramatique télévisée du film. Le jeu des acteurs évite tout excès et reste naturaliste. Mais, c'est bel et bien Bette Davis qui domine de la tête et des épaules en femme vieillie avant l'âge qui est terrifiée à l'idée de se retrouver seule avec son mari après le départ des enfants. Elle prend un accent du Bronx et endosse le personnage comme si elle avait passé toute sa vie dans ce quartier. Debbie Reynolds, que je trouve parfois irritante, est ici très simple et sans chichi. Un film qui peut presque paraître terne dans cette description d'une tranche de vie du Bronx, mais qui finalement laisse un souvenir attendri.
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Re: Bette Davis (1908-1989)

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Le seigneur de l'aventure, The Virgin queen (1955) - Henry Koster

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Evocation de Sir Walter Raleigh, favori de la Reine Elisabeth.

Henry Koster réalise ici un film sur fond historique, mais l'histoire est revue par Hollywood. Certes on garde quelques éléments, comme le mariage secret avec une des demoiselles d'honneur de la reine, la fameuse scène du manteau étendu par terre sous les pieds de la reine, pour qu'elle ne se mouille pas les pieds est conservée. Mais le film est surtout le prétexte à une belle reconstitution des costumes et décors de l'époque, et surtout, surtout à un numéro d'actrice de la part de Bette Davis. Celle-ci réalise ici une fois encore une de ses prestations liées à son mythe. Elle avait déjà joué le même rôle dans la Vie Privée d'Elisabeth d'Angleterre 16 ans plus tôt, mais elle est ici impériale avec cette reine très proche de la reine de coeur d'Alice au pays des merveilles, hurlant, vociférant, se tenant les hanches comme une poissarde, mais avec une dignité royale. On se demande pourquoi le titre français a été axé sur le personnage masculin alors qu'on retient surtout la prestation de l'actrice et que le film est un portrait féroce de cette reine vieillissante, n'hésitant pas à s'enlaidir et à oser le fameux numéro du retrait de coiffe pour montrer un crane à moitié chauve, grand moment du film. Richard Todd est un séduisant Raleigh tout comme Joan Collins est une aguciheuse demoiselle d'honneur, mais bien que leurs rôles soient importants on ne retient que la prestation de l'actrice qui vampirise tout. Il y a aussi Herbert Marshall à la voix si chaude et comme d'habitude parfait en Lord Leicester. Alors certes, ce n'est pas un film historique, mais quel plaisir à voir ce numéro d'actrice que nous sert l'unique Bette Davis !
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by Music Man »

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L’ENNUI ET SA DIVERSION L’EROTISME (la Noia) de Damiano Damiani - ITALIE - 1963
Avec Horst BUCHHOLZ, Catherine SPAAK, Bette DAVIS, Isa MIRANDA et Georges WILSON

Dino est un riche jeune homme qui a cru tromper son ennui en se lançant dans la peinture, mais il réalise qu'il n'est pas inspiré et n'éprouve aucune passion. Alors qu'il est sur le point d'y renoncer en cohabitant avec sa riche maman, il fait la connaissance de Cecilia, jeune modèle aussi séduisant qu'égoïste et en tombe amoureux…

Première adaptation du célèbre roman d’Alberto Moravia, l’Ennui est une œuvre respectueuse et fort bien mise en scène qui fut pourtant très critiquée lors de sa sortie. Inévitablement, il était compliqué de faire ressortir les raisons exactes des angoisses et l’insatisfaction du personnage principal. Le cinéaste a donc du mal à nous exposer les raisons de son manque d’inspiration, de son mal de vivre et les raisons pour lesquelles, il devient un esclave d’amour, ensorcelé par une jeune et jolie fille aussi amorale que vide. Néanmoins, le résultat est très soigné, impeccablement filmé et prenant.
Le film est dominé par l’interprétation de Catherine Spaak, brillante dans son rôle de jeune fille dépravée, cupide, égoïste et insensible, irradiant d’une troublante sensualité. On se souvient évidemment de la scène marquante où son amant couvre son corps nu de billets de banques. Dans le rôle principal si difficile, je n’ai pas toujours senti Horst Buchholz tout à fait à l’aise. Il fournit toutefois globalement une bonne prestation, son jeu sensible collant souvent bien avec le caractère torturé du personnage.
Le rôle de Bette Davis, en mère fortunée et possessive n’est sans doute pas le plus intéressant de sa carrière, ceux d’Isa Miranda et Georges Wilson étant bien plus intéressants voire poignants.
Je n’ai pas vu le remake de Cedric Kahn avec Charles Berling qui prend quelques libertés avec l’œuvre originale (le personnage de la maman-Bette Davis disparaît) mais seraient néanmoins dans le fond plus fidèle à la pensée de l’auteur.
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bruce randylan
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by bruce randylan »

Le roi de la chaussure / the working man (John G. Adolfi - 1933)

Le gérant d'un des géants de la fabrication de chaussure apprend la mort de son rivale (et ancien ami). Le hasard lui fait croiser (anonymement) la route des 2 héritiers de l'empire de son ancien ennemi. Très mal dirigé, l'entreprise se dirige vers la faillite. Il décide donc de devenir le tuteur des 2 jeunes adultes et de remettre la société sur de bons rails, quitte à mettre en danger sa propre entreprise.

Petit (voire gros) coup de cœur pour cette comédie terriblement attachante qui fonctionne grandement grâce à George Arliss dans le rôle principal. Il est un peu le croisement entre la malice et la tendresse d'un Rex Harrisson et la bagout cinglant et tranchant d'un Samuel Fuller (machouillage de cigare inclus). Il porte vraiment le film sur ces épaules avec un talent et un timing réjouissant qu'il interprète le roi de la finance sarcastique ou le personnage de pêcheur maladroit et timide qu'il joue devant les enfants de son rival.
Celà dit la mise en scène est également au diapason adoptant tour à tour un style plus nerveux ou au contraire de jolie touche d'émotions (tout en pudeur) comme lors des évocations de la femme qui aurait pu être son épouse.
Il en résulte un film très frais, au scénario truculent (c'est presque Yolimbo en screwball comedy).

Je connaissais absolument pas le réalisateur John G. Adolfi qui signe ici son avant-dernier titre avant de décéder la même année à 52 ans. Je suis désormais très curieux d'en découvrir d'autres car j'ai trouvé sa mise en scène fluide avec un équilibre parfait entre les différents registres pour une narration parfaitement dosé, sans temps mort mais sans précipitation non plus.
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bruce randylan
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by bruce randylan »

La mariée du dimanche / June Bride (Bretaigne Windust - 1948)

Un journaliste sur le déclin est forcé d'intégrer l'équipe d'un magasine féminin dont la rédactrice n'est autre que son ancienne fiancée qu'il a abandonné à quelques jours de la cérémonie. Leur première collaboration les conduits dans un petit village typique de l'Amérique provinciale pour un reportage sur le mariage de deux familles modèles.

Une très agréable comédie (romantique) qui bénéficie d'un excellent capitale sympathie grâce au charme de ses acteurs jusqu'au second rôles qui s'amusent volontiers de l'aspect naïf et niais de leurs personnages (notamment la plus jeune fille de la famille).
Bien sûr l'humour n'est pas forcément très subtile (la scène de beuverie avec le père et son alcool maison) et le scénario reste pleinement prévisible dans les grandes lignes sans pour autant alterner la bonne-humeur et le plaisir pris devant cette comédie modeste mais mise en scène avec talent par Windust qui tente aussi souvent que possible d'agrémenter les poncifs du genre par des situations décalées bien vus et originales.
4 séquences sortent ainsi du lot : dans la première le duo formé par Bette Davis et Robert Montgomery passent leurs temps à éteindre et rallumer les (nombreuses) lumières du salon en espérant (ou non) créer une atmosphère plus romantique. Plus tard, ils doivent masquer leur preuves d'amour devant une femme de ménage qui n'est pas dupe de leurs attitudes. Enfin vers la fin, leur face à face tendus se déroulent dans une pièce entièrement vide (si ce n'est une petite table avec une machine à écrire) dans un découpage où l'espace traduit le gouffre qui commence à naître entre eux.
Et puis il y aussi une scène charmante où Montgomery séduit grossièrement une jeune femme pour rendre jaloux l'élu de son cœur, gauche au possible.
Dans les meilleurs moment, on peut penser aux trouvailles de Lubitsch pour dynamiser et rendre plus savoureuse des scènes vues et revues qui seraient bien fade chez tant d'autres réalisateurs.

Du coup, je regrette que la cinémathèque n'a pas pu projeté une autre réalisation de Bretaigne Windust, Winter Meeting, comme prévu dans cette rétrospective Davis.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by bruce randylan »

Au coeur de la tempête / Storm center (Daniel Taradash - 1958)

Dans une petite américaine, le conseil municipal s'inquiète de voir un livre de propagande communiste dans la bibliothèque de la ville. La directrice de la ville n'est absolument pas acquise aux thèses défendus dans l'ouvrage en question mais tient à le conserver par intégrité intellectuelle et démocratique. L'affaire fait bientôt des remous parmi la population et la rumeur en fait une réelle communiste, ce qui conduit à son renvoie.

Unique réalisation du scénariste progressiste Daniel Taradash
Une histoire en or mais gâchée par un traitement grossier et mélodramatique qui devient rapidement insupportable dans la sous-intrigue avec l'enfant féru de littérature qui prend le départ de Bette Davis de la bibliothèque comme un trahison personnelle et, manipulé par son père, développe une haine farouche envers les livres. Le gosse est une tête à claque incroyable et les discussions entre ses parents sont par moments affligeants de "films à thèses" pour les nuls d'une lourdeur écrasante. Mine de rien, ça occupe 60% de l'histoire et devient le coeur de la seconde moitié du film qui annihile en partie un scénario vraiment courageux pour l'époque (tout en prenant vraiment ses distances avec le communisme).
Car le film est vraiment une attaque en règle contre la chasse aux sorcière hystériques et paranoïaques de McCarthy. Il démontre intelligemment comment les esprits s'enflamment stupidement et déforme très facilement les faits pour leur faire dire tout et n'importe quoi. Le film va même un peu plus loin en faisant du conseiller à la base du scandale un carriériste hypocrite qui se sert de l'affaire pour se mettre en avant en utilisant des bouc-émissaire qu'il sait pourtant innocent, surfant sur des psychoses populistes.

Il y a de belles joutes verbales entre le conseil municipal embarrassé par l'affaire et une Bette Davis, défenseuse des valeurs démocratiques qui refuse le premier compromis qui ouvrirait une brèche vers une censure généralisée ("si, je dis oui pour ce livre, qu'est-ce qui me dit que vous ne me demanderez pas la semaine prochaine d'en supprimer un autre ? Et pourquoi n'avez-vous rien dit à propos de Mein kampft ?" Ce qui ne donne lieu qu'à une réponse silencieuse lourde de sens). On pense à Voltaire et sa position "je suis pas du tout d'accord avec vos idées, mais je me battrais jusqu'à la mort pour que vous puissiez les écrire".
Dommage que le film ne soit pas seulement centré sur Davis car on trouve quelques jolis moments bien plus touchants comme quand Bette Davis affronte les regards dans le restaurant tenu par un ami (un de seul à prendre sa défense) ; la conversion dans un pub où le maire évoque son mari décédé face à des clients haineux et aveugles ou encore quand Davis craque en faisant ses cartons en expliquant qu'elle n'a plus de sens à sa vie.

Même si on a vraiment envie d'aimer le film et de le défendre, on sort avec un sentiment trop mitigé d'autant que la mise en scène et la photographie font très téléfilm et que la direction d'acteurs est bien trop rigide. Si seulement le Samuel Fuller de Park Row avait pu mettre ça en scène... quel film ça aurait donné !
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Re: Bette Davis (1908-1989)

Post by Profondo Rosso »

Une femme cherche son destin d’Irving Rapper (1942)

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Dominée par une mère possessive, riche puritaine de Boston, Charlotte Vale est une jeune femme disgracieuse et renfermée sur elle-même. Dépressive, elle est soignée par le docteur Jaquith, célèbre psychiatre. Soutenue par son docteur et sa belle-sœur Lisa, Charlotte décide, après accord de sa mère, de suivre une analyse en maison de repos. Trois mois plus tard, Charlotte s’est métamorphosée en une femme élégante et séduisante. Pour parachever sa transformation et sa guérison, le docteur Jaquith et Lisa lui organisent une croisière en Amérique du Sud. Au cours du voyage, elle fait la connaissance de Jerry Durance, un voyageur solitaire, marié à une femme qui prétexte une mauvaise santé afin d’éviter que son mari la quitte.

Now, Voyager constitue une sorte d'apogée du règne de Bette Davis à la Warner, un mélodrame et Woman's Picture poignant et juste. Le film adapte un roman d’Olive Higgins Prouty et constitue la première production indépendante d'Hal Wallis pour la Warner. Le producteur hésite au départ entre Irene Dunne, Norma Shearer, et Ginger Rogers pour incarner l'héroïne, jusqu'à ce que Bette Davis jette son dévolu sur le rôle. On ne lui refuse rien au sein du studio à l'époque et elle obtiendra gain de cause après avoir milité avec force. A l'époque Bette Davis est fortement impliquée dans l'effort de guerre et est des plus actives pour collecter des fonds, cet engagement jouant aussi dans le choix de ses rôles avec cette série de grands mélodrames destinés à distraires les femmes esseulées dont les époux étaient au front. Captivée par le rôle, son investissement dans Now Voyager va même plus loin, supervisant autant les éléments (comme la garde-robe) qui concerne son personnage que le casting de ses partenaires et leur look. Elle façonnera ainsi l'allure modeste de Paul Henreid après des premiers essais où elle trouvait les choix pour son look trop tapageur.

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Charlotte (Bette Davis) est une vieille fille brimée par une mère abusive dont le mal-être rejaillit sur son allure craintive et négligée (Bette Davis ayant eu la main lourde avec robe de godiche, lunettes à double foyer et sourcils proéminent). Le docteur Jaquith (Claude Rains) en charge de soigner sa dépression va lui redonner confiance au sein de sa clinique, l'embellie mentale se reflétant sur son physique et pour parachever la thérapie elle fera un voyage seule en Amérique du Sud. La rencontre avec Jerry Durrance (Paul Heinreid) va faire de la vieille fille une femme accomplie et amoureuse au cours du périple, même s'il est marié. Le début du film fait un peu peur avec l'accoutrement grossier de Bette Davis mais dès que le voyage en Amérique du Sud se lance, la magie ne s'interrompra plus. Irving Rapper procède par de constant effet de miroir pour exprimer l'état d'esprit tourmenté de Charlotte et son rapport au regard des autres. Cela fonctionnera par le dialogue (les remarques moqueuses de la nièce qui enfonce Charlotte plus bas que terre dans un champ contre champ humiliant) ou la narration avec un flashback douloureux où un premier amour lui est arraché par sa mère.

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Cela s'exprime aussi visuellement avec ces mouvements de caméra dévoilant le conscient (le panoramique où elle regarde son visage élégant et métamorphosé dans le reflet d'une vitre) et l'inconscient avec les nuits agitées de Charlotte aspirant à autre chose là aussi passant par un panoramique allant de son lit à la fenêtre. La plus belle manifestation de ce thème fonctionnera bien sûr par la romance avec Jerry dont les regards aimant contribuent à l'épanouissement de Charlotte, Bette Davis au-delà de la transformation physique s'illuminant littéralement par cet amour naissant. L'attitude gauche, le regard fuyant et les airs gênés source d'humiliation au départ prennent un tour très touchant car s'estompant pour traduire l'assurance croissante par les sentiments. On a ainsi de très belles séquences romantiques superbement filmées comme cette nuit brésilienne toute en tendresse contenue ou cette scène mythique (et maintes fois copiées comme plus tard dans La Colline de l'adieu d'Henry King) où Jerry Allume deux cigarettes pour en donner une à Charlotte.

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La dernière partie montrera Charlotte désormais suffisamment forte pour tenir tête à sa mère (Gladys Cooper génialement détestable et acariâtre), mener sa vie avec indépendance et exprimer un amour interdit et impossible en étant capable à son tour d'aider une âme en détresse. Irving Rapper amène ce glissement avec un lyrisme ténu, sans dramatisation outrancière (voir le sobre décès de la mère) et tenant son récit au rythme de l'âme désormais apaisée de Charlotte notamment ponctué par un final superbe et tout en délicatesse. 5/6

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