Mitchell Leisen (1898-1972)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Cathy
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

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les anneaux d'or, Golden Earrings (1947)

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A la veille de la seconde guerre mondiale, un officier anglais doit récupérer d'un allemand la formule d'un gaz chimique. Suite à son évasion, il rencontre une bohémienne qui le cache et l'aide dans sa mission

Mitchell Leisen surfe entre deux eaux avec ce film, film d'espionnage et comédie. Il est vrai qu'il est assez drôle et décalé de voir Marlene Dietrich en gitane brune aux anneaux d'or, notamment quand elle prend une cigarette et fait irresistiblement penser à Lady Marlene. Elle n'est pas crédible dans le rôle, mais qu'importe. Il est tout aussi drôle de voir Ray Milland camper un gitan d'opérette, quoique ce soit un déguisement. Le réalisateur retrouve son sens de la comédie dans la scène du poulailler, il se montre aussi à l'aise dans la bagarre qui oppose le chef gitan à cet officier anglais. Ce n'est certes pas un chef d'oeuvre, mais Mitchell Leisen a le sens du rythme et de la narration et on suit avec plaisir les pérégrinations des deux compères à travers l'Allemagne, un peu comme un film d'aventures "exotiques".
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Profondo Rosso
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Re: Notez les films naphtas - Juin 2010

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L'Aventure d'une nuit (Remember the night) de Mitchell Leisen (1940)

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Juste avant Noël, Lee Leander, voleuse à la tire, est arrêtée pour avoir tenté de voler un bracelet dans la vitrine d’un magasin de bijoux. La jeune femme se retrouve au tribunal où il est décidé de reporter son jugement à la fin des fêtes de fin d’année. Navré de la voir passer Noël en prison, le procureur John Sargent organise sa mise en liberté sous caution et décide de l’emmener dans sa famille à la campagne passer les fêtes.

Un film porté par un couple Barbara Stanwick/Fred McMurray, on pense immédiatement au mythique "Assurance sur la mort". "Remember The Night" réalisé pourtant 4 ans plus tôt montrait déjà l'alchimie étincelante entre les deux acteurs. On peut d'ailleurs imaginer que Wilder ait vu le film de Leisen lorsqu'il réunit à nouveau les deux acteurs, tant "Assurance sur la mort" semble donner un versant sombre du profil des personnages qu'ils incarnent dans "Remember the night". Barbara Stanwick est donc au départ la "mauvaises fille", kleptomane adepte du vol de bijou. Quand à Fred McMurray, il incarne le "bon gars" archétype de l'américain Monsieur tout le monde (mais qui distille dans la scène de procès ce côté arrogant et sûr de lui qui fera merveille chez Wilder autant dans "Assurance sur la mort" que "La Garçonnière" d'ailleurs) propre sur lui. Toutes ces façades vacillent où sont transcendées progressivement par le scénario remarquablement équilibré de Preston Sturges. Le tout début du film annonce d'ailleurs ses futures réalisation avec cette ouverture fulgurante ou Barbara Stanwick dérobe un bijou avant d'être rapidement arrêtée, ainsi qu'une scène de procès hilarante et hautes en couleurs. Un petit miracle se produit en suite jusqu'à la fin du film puisque une fois le pitch lancé (le procureur et son accusée cohabitant le soir de noël) l'intrigue suit les chemins sentimentaux les plus balisés avec un grâce confondante.
Le grand mérite rvient à la performance fabuleuse de Barbara Stanwick, totalement aux antipodes de ces personnages gouailleur, séducteur et plein d'assurance. Là on découvre que la voleuse a grandi dans un environnement familial détestable lors d'une entrevue glaciale avec sa mère. Dès lors son visage émerveillé lorsqu'elle a droit à toutes les attentions chez McMurray est des plus touchants, tout comme le rapprochement progressif durant le trajet en voiture avec lui qui évite l'antagonisme et l'excès de la screwball comedy pour donner dans un ton plus intimiste et posé. Les vignettes heureuses s'enchaînent donc, chant de noël, cadeaux, bal de nouvel an, sans que l'on ressente le cliché grâce à la justesse du ton et le brio des acteurs. Leisen offre par ailleurs un film formellement splendide, tout l'épisode où les amoureux traversent le Canada est magnifique (et trop court) tel ce jeu d'ombre lorsqu'il longe à pied le dessus des chutes du Niagara. Autre bonne surprise, une belle fin mélancolique qui évite la pourtant chouette pirouette destiné à amener un happy end plus classique. Très étonnante conclusion, qui n'en rend le film que plus marquant et touchant finalement. Peut être le plus beau rôle de Barbara Stanwick. 5/6 Merci à Cathy de me l'avoir fait découvrir ! :wink:
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

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Hop, des avis issus de découverte sur le cable

La vie facile ( Easy Living - 1937 )
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Je l'avais raté à la cinémathèque et je n'avais pas encore acheté le zone 1 ( avec STF ), j'ai donc été ravi de sa diffusion sur TCM dans un cycle dédié à Leisen.
Et oh joie ! c'est un de ses meilleurs films ! :)

C'est une comédie très fraiche qui bénéficie d'un scénario génial de Preston Sturges dont la mécanique huilée à la perfection offre un spectacle jubilatoire. On retrouve donc la logique d'enchainement du futur réalisateur de Hail the conquering hero où un postulat de départ très simple ( une fille sans argent se retrouve avec un manteau de fourrure ) permet aux situations de se suivre avec une évidence imparable allant toujours plus loin dans la surenchère. Cette variation fantaisiste de Cendrillon est aussi l'occasion de prouver la suprématie de Sturges avec des dialogues toujours autant virtuoses et remarquables qui annoncent la richesse verbale et sonore de ses films à venir.

Il ne faut pourtant pas croire que Leisen ne s'est que contenté de mettre en scène un scénario, il y apporte une classe et une sophistication qui culminent dans la découverte de l'appartement que va occupée malgré elle Jean Arthur. On sent que cet ancien décorateur apporte un soin maniaque à mettre en valeur le raffinement des lieux que traversent l'héroïne et qui est un peu le point central de l'histoire. Son romantisme transcende aussi sur le papier quelques scènes délicates comme celle où Arthur et Milland dorment les uns à coté des autres et que leurs visages se touchent sans qu'ils s'en rendent compte.
A l'inverse, il est moins à l'aise dans le burlesque comme l'atteste la scène laborieuse et trop longue de la bataille qui dégénère dans l'espèce de restaurant automatique.


Les acteurs sont eux fabuleux avec un trio Jean Arthur - Ray Milland - Edward Arnold qui décrochent autant de rire que de sourires affectueux. Ils incarnent à merveille le coté conte de fée et l'aspect glamour de cette production qui dégage un petit parfum d'euphorie désuète au charme magique.

Un must ! :D


La duchesse des bas-fonds ( Kitty - 1945 )

Moyennement emballé par cette sorte de relecture du Pygmalion.
Cette fois, c'est Ray Milland aristocrate fauché qui décide de donner une éducation à Paulette Goddard pour en faire une courtisane prisée par les puissants et riches ( et ainsi se refaire une santé financière ).
Malgré le soin fabuleux accordé à la reconstitution, la richesse visuelle ou la qualité des acteurs, je n'ai pas réussi à accrocher aux personnages et aux situations. Je crois que je commence vraiment à saturer de ce genre d'histoire en costumes avec les femmes qui utilisent leurs charmes pour se faire une place dans la société. Evidement, le cas est différent puisque c'est la femme qui est poussée malgré-elle a trouver un rang social élevé. Mais bon, la structure reste identique.
Et puis contrairement à beaucoup d'autres Mitchell Leisen, je n'ai pas trouvé une mise en scène fine et subtile ou des dialogues savoureux. Il y a même des choix scénarisiques que je trouve douteux comme cette femme de chambre qu'on suicide sans scrupule pour faire accélérer l'histoire. J'avoue que ça m'a fait sortir du film et j'ai vraiment eut du mal à rattraper le wagon de tête.
Enfin malgré une fin délicieusement immorale ( qui a du donner des cheveux blancs à la censure ), je trouve que le film n'est tant irrévérencieux que ça.

Du travail bien fait en somme mais dont la sophistication voulue a peut-être fait oublier l'essentiel aux auteurs : l'âme.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
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Ann Harding
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

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No Time for Love (1943) avec Claudette Colbert, Fred MacMurray et Richard Haydn

Katherine Grant (C. Colbert) travaille comme photographe dans un magazine. On l'envoie faire un reportage sur le chantier d'un tunnel où elle recontre James Ryan (F. MacMurray) un simple ouvrier...

Parmi toutes les comédies de Leisen que j'ai pu voir, celle-ci est un peu moins convaincante. La faute probablement à un scénario qui n'a pas tout à fait les ressorts comiques voulus. Claude Binyon n'est pas Preston Sturges. Ceci dit Claudette Colbert fait preuve de son abattage habituel. Mais c'est le personnage de Fred MacMurray qui est le moins bien défini passant sans transition du foreur anonyme à l'inventeur d'une machine pour aider au forage. Leur interaction est toujours aussi bonne, mais, on sent qu'il n'y a pas la liberté et la fantaisie de The Gilded Lily (1935, W. Ruggles), par exemple. Et la fin reste très conventionnelle avec le retour de la femme active au foyer. Dans les rôles secondaires, Richard Haydn est un pianiste mondain fort amusant (et plus jeune que d'habitude dans les films). Bonne petite comédie, mais largement inférieure à Easy Living, Midnight ou Hands Across the Table.
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Cathy
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Cathy »

Kitty, la Duchesse des bas-fonds (1945)

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Une jeune voleuse des bas fonds de Londres est remarqué par Thomas Gainsborough alors qu'elle est en train de lui voler la boucle en or de son soulier. Il fait son portrait qui attire tous les regards notamment celui d'un vieux duc. Un jeune noble qui a été renvoyé des Affaires étrangères à cause de lui décide de métamorphoser Kitty en jeune femme du monde et de la faire épouser au duc afin de se venger de lui.

Mitchell Leisen tourne un film à part dans sa carrière avec cette saga romanesque sur fond historique. Ici la grande histoire rencontre la petite à travers le personnage de Thomas Gainsborough, peintre du XVIIIème siècle qui va changer le cours de la vie d'une jeune voleuse des bas fonds londoniens. La reconstitution est assez impressionnante, notamment avec la reproduction grandeur nature du fameux tableau des expositions, montrant toutes ces toiles entassées les unes au-dessus des autres sans réelle visibilité mais aussi avec les costumes, les intérieurs.
Le film se divise en deux parties, une qui fait penser à Pygmalion ou My Fair Lady avec l'apprentissage des manières à cette fille des rues, notamment la scène du thé, ou les scènes où Kitty se "lâche" verbalement pour le plus grand plaisir des nobles et du Prince de Galles ! Mais il y a aussi ces histoires typiques des romans romanesques, les amours contrariées. Ici la vie de l'héroïne est tout de même assez sordide, entre sa vie dans la rue, et ses mariages sans amour, uniquement pour sauver l'homme qu'elle aime et qui une fois encore comme dans ce style de fresque est détestable. Une fois encore, on se demande qu'est-ce qui pousse ces jeunes femmes à tomber toujours amoureuse de ceux qu'elles ne méritent pas !
Il y a aussi cette maîtrise de la caméra, avec la grande scène de la naissance du 10ème duc d'Armbruster et ce long travelling qui voit les domestiques aller avertir le père de la naissance de son enfant, et le long travelling qui voit l'arrivée du père dans l'antichambre de Kitty. En tout cas, c'est un admirable plan séquence auquel nous avons droit aussi à ce moment-là !
Le film repose sur l'interprétation de Paulette Goddard, qui excelle aussi bien en fille des rues, à l'accent cockney ou la Lady parvenue. Ray Milland est dans ses rôles de "jeune" premier, qui commence toutefois à devenir quelque peu antipathique. Reginald Owen est impeccable en vieux duc amateur de Porto. Bref nous sommes dans une très belle adaptation d'un roman fort peu connu. Et le noir et blanc ne nuit aucunement à ce style de grandes épopées que l'on a plus l'habitude de voir dans un technicolor flamboyant.
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Profondo Rosso
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Profondo Rosso »

Bien tentant ça ! Il existe une édition dvd ?
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Cathy
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Cathy »

Profondo Rosso wrote:Bien tentant ça ! Il existe une édition dvd ?
Non le film est régulièrement diffusé sur TCM, ces derniers temps !
Joe Wilson
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Joe Wilson »

Easy Living

Pour une découverte, ce fut un régal. J'avais apprécié La baronne de minuit, on est ici encore un ton au-dessus. La virtuosité débridée de Preston Sturges au scénario fait merveille de bout en bout...relançant le rythme jusqu'à l'épuisement, avec une euphorie spontanée. Et il se permet de cerner les contours d'une représentation sociale, d'évoquer les excès d'un dérèglement économique, en laissant l'impression que tout coule de source.
La mise en scène de Leisen, par sa délicatesse et sa subtilité, offre un très beau contrepoint à l'exubérance étincelante de Sturges. Elle apporte une sensibilité fine, des instants de relâchement au sein d'une explosivité permanente, Easy Living trouvant ainsi un équilibre souvent miraculeux.
Certes, quelques séquences en rajoutent autour d'une tonalité burlesque et confuse (à l'image, en effet, de la bagarre dans le restaurant), alors que Leisen parvient à mieux utiliser le slapstick par petites touches, avec discrétion. Mais ce reproche est peu de choses par rapport au vertige enthousiaste qui naît de l'ensemble.
Du côté de l'interprétation, Jean Arthur livre une prestation d'une belle justesse : elle s'intègre idéalement à une mécanique en marche, sans en rajouter. Ray Milland est plus effacé, insiste sur une naiveté et une fausse candeur, mais il parvient justement ainsi à cerner son personnage. Face à eux, Edward Morgan se régale, et les seconds rôles trouvent presque tous un terrain d'expression. Mention spéciale à Luis Alberni, irrésistible en tenancier d'hôtel : la découverte, avec les yeux de Jean Arthur, de l'"Hotel Louis", est un morceau de bravoure à elle seule.
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Père Jules »

Vu hier La baronne de minuit et adoré ce film pas forcément très loin d'un Lubitsch. Il en émane un bonheur constant, on est comme touché par la grâce. Des répliques franchement tordantes (comme ce coup de fil de Budapest d'une petite fille parlant à son "Dada"). Le couple star est parfait. La mise en scène des plus réussies. Non vraiment, enchanté :mrgreen:
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by allen john »

Murder at the Vanities (1934)

Le propos de ce film n'a pas grand chose d'obscur. A quelques mois seulement de la grande normalisation, du retour à l'ordre représenté par le renforcement par le Breen Office du code de production, jusqu'alors gentiment ignoré par tous les studios, la Paramount s'offre un dernier tour de chauffe, un baroud d'honneur... Inspiré peut-être par les débordements d'un DeMille, qui y restera de sa fondation jusqu'en 1923, avant d'y revenir en 1931, le studio est sans doute le plus déluré des majors, comme en témoignent un certain nombre de films de cette époque "pré-code" (Blonde venus, Sign of the cross, Search for beauty...) qui font exploser les limites du bon goût en matière de représentation de la sexualité. pas grand chose de salace pourtant dans le thème de Murder at the Vanities; au contraire, il s'agit plutôt pour le studio de jouer avec les contraintes et les limites formelle de la représentation d'un spectacle, bref, de tenter de faire concurrence à la Warner et à Busby Berkeley.

La forme, donc.

Un metteur en scène qui fut un ancien décorateur et costumier (Pour DeMille, en l'occurence), c'est probablement idéal pour un film comme celui-ci. Les vanities, c'est d'abord un spectacle de revuequi prend prétexte d'un certain nombre de chansons et numéros pour exposer de maintes façons le corps féminin de dizaines de danseuses... le film suit donc la revue pendant 90 minutes, alternant les scènes de comédie policière rehaussée d'interludes et de dialogues de comédie (Victor McLaglen mène l'enquête et Joack Oakie est responsable du show), et les scènes de spectacle, toutes entières dédiées à un dénudage systématique, à peine contenu par quelques occasionnels grammes de mousseline.

...Les formes donc.

L'histoire tient sur un timbre poste: un ténor, l'insupportable Carl Brisson, qu'on aime mieux en muet dans les films d'Hitchcock de 1927 à 1929, a un lourd secret, et on le fait chanter. Du coup, les cadavres de jolies filles s'amoncellent en coulisses du spectacle.

Musicalement, l'intérêt principal reste l'apparition durant deux minutes magiques de l'orchestre de Duke Ellington pour un Ebony Rhapsody hélas vite gâché. sinon, Leisen s'acquitte de sa mission principale en luxueux plans qui lentement nous dévoilent toutes les filles de la troupe; ça bouge juste ce qu'il faut pour briser la monotonie... Pour le reste, le film est plus l'objet de curiosité, témoin d'une époque comme aucune autre dans le cinéma Américain. Quant à Busby berkeley, il n'avait aucun souci à se faire.

http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 10504.html
Lord Henry
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Lord Henry »

Je repropose ici mon commentaire sur Captain Carey, U.S.A.:
Lord Henry wrote:Image

Démobilisé, le capitaine Webster Carey revient au village italien d'Orta où lui et ses hommes ont combattu les nazis au côté des partisans locaux. Il entreprend de démasquer le traître qui a causé son arrestation et l'exécution de Maria, la femme qu'il aimait.

Par-delà les mérites de son scénario et de l'interprétation, l'attrait principal du Dénonciateur (1950) réside dans la mise en scène. Chez Mitchell Leisen, l'élégance est un fil tendu dont on soupçonne que la moindre brise suffirait à le rompre, et, sans doute, lui faut-il se défier de céder à l'affèterie. En esthète, il jalonne son intrigue de motifs visuels - un tableau et le paysage qu'il représente, un alignement de pieds nus suspendus dans les airs – et d'effets sonores - les mélodies interprétées par un accordéoniste aveugle – qui marient la valeur décorative à l'efficacité dramatique.
Dans les éclairages contrastés du film noir, Webster Carey poursuit une vérité dont le visage change à chaque détour de son enquête. Au bout du chemin, il y perdra de ses certitudes, mais il y gagnera un avenir.
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Joe Wilson
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Joe Wilson »

Par la porte d'or

Très beau film, malgré quelques baisses de rythme et des seconds rôles un peu transparents. Les rapports houleux entre Wilder et Leisen ne représentent qu'une toile de fond, tant à l'écran ne subsistent que l'élégance, la sobriété et la délicatesse de la mise en scène, exploitant à merveille la force du sujet et la finesse du récit.
Le thème de l'immigration est évoqué à la fois avec gravité et légèreté, usant de symboles et d'illusions affectives pour cerner une réalité complexe et mouvante.
Si Paulette Godard est impeccable, l'interprétation de Charles Boyer et Olivia de Havilland emportent encore davantage l'adhésion. Boyer est superbe dans sa manière de suggérer et d'esquisser le double-jeu de personnage, entre manipulation et sincérité maladroite...Olivia de Havilland parvient de son côté à incarner un idéal crédible de fidélité, pour qui la figure du couple illumine des rêves oubliés par la solitude.
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Profondo Rosso
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Profondo Rosso »

La Baronne de Minuit (1939)

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Une jeune femme débarque à Paris par le train venant de Monte Carlo. Elle ne possède pas le moindre bagage, n'a pas d'argent et est seulement vêtue d'une robe de soirée. Un chauffeur de taxi du nom de Tibor Czerny, accepte de l'aider. Mais la jeune femme lui fausse rapidement compagnie pour entrer clandestinement dans une soirée mondaine. Sur le point d'être expulsée, elle se fait passer pour la baronne Czerny. Les circonstances l'entraînent à conserver cette identité... mais à minuit, le carrosse de Cendrillon pourrait redevenir citrouille.

Mitchell Leisen signe un petit bijou avec ce Midnight où le cynisme le plus intéressé se dispute au romantisme le plus sincère dans un parfait équilibre. Pour ce faire, l'excellent scénario signé Billy Wilder et Charles Brackett pervertit le conte de Cendrillon en en donnant un grinçant et lucide tour contemporain. Notre Cendrillon est donc ici une jeune noceuse en quête de fortune qui débarque sans le sous à Paris après avoir tout perdu au jeu à Monte Carlo. La belle-mère bienfaitrice sera un richissime aristocrate (John Barrymore) qui trouve en elle l'occasion de la rapprocher de l'amant de sa femme qui fait donc office de prince charmant pas au courant de la vraie condition de celle dont il est tombé sous le charme. Pourtant la solution se trouve sans doute avec le seul élément perturbateur à la construction du conte, le gentil taxi Tibor Czerny (Don Ameche) qui a secouru et aimé Eve Peabody (Claudette Colbert) alors qu'elle n'était rien.

La construction du film est une merveille de fluidité et d'astuces pour nouer les quiproquos les plus inextricables et la description de ces nantis est diablement féroce. Adultères, manipulation et calomnies sont les mots d'ordre de ce petit monde avec notamment un Rex O'Malley parfait en petite fouine sournoise et Mary Astor excellente en amante éconduite revancharde. Leisen parvient pourtant à donner un tour finalement très tendre à cet univers peu accueillant. Toutes les actions des personnages même les plus discutables sont finalement guidées par un sentiment pur tel John Barrymore (irrésistible de légèreté) cherchant à reconquérir son épouse ou même le très creux roi du champagne joué par Francis Lederer réellement amoureux de Claudette Colbert. Cette dernière en apparence froidement intéressée donne sans forcer de belles nuances à Eve dont le passé difficile (et la croyance au bonheur par le milieu nanti) se dévoile au fil de quelques dialogues savamment distillés. Les échanges avec Don Ameche font mouche à chaque fois que ce soit dans le registre romantique (le rapprochement dans un Paris nocturne au début où chacun est sincère), celui plus outrancier comme le final au tribunal ou un mémorable pétage de plomb d’Ameche ne distinguant plus le vrai du faux. Ironiquement c'est lui la figure la plus pure qui va se prendre à douter au bonheur qui lui tend les bras avant que tout se résolve dans un final farfelu et toujours aussi inventif.

Le rythme file à toute allure avec un Leisen s'attardant à peine à décrire ce Paris des beaux quartiers qui l'intéresse moins que les biens plus drôles scènes dans les milieux populaires des taxis. Claudette Colbert, espiègle, séduisante et attachante (ce moment où elle essaie de résister à ses sentiments pour Ameche...) offre encore un grand numéro, même à minuit la magie qu'elle dégage n'est pas près de s'évaporer. 5/6
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Cathy
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Cathy »

Les nuits ensorcelées, Lady in the Dark (1948)

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La rédactrice en chef d'une revue féminine souffre d'une psychose dont elle ne comprend la cause. Elle suit donc une psychothérapie et fait le point sur sa vie et les hommes qui la partagent, son amant, homme marié, un acteur et le directeur artistique de sa revue.

Mitchell Leisen surfe ici sur la mode qui emballe Hollywood, à savoir la psychanalyse et adapte pour l'écran la pièce musicale éponyme de Kurt Weill dont il ne garde que trois morceaux servant à l'illustration des rêves. Nous ne sommes pas dans une pure comédie musicale bien que considérée comme telle (elle fait d'ailleurs partie des 100 films choisis par Patrick Brion pour son livre). Les intermèdes musicaux rejoignent quelque peu ceux que Minnelli utilisent pour Yolanda and the Thief ou Ziegfeld Follies, à savoir ce même type d'esthétique de studio, ces décors stylisés, ces costumes délirants, et surtout il utilise toute la palette du technicolor pour servir les rêves, une dominante bleue dans le premier, or et blanc pour le second, enfin rose pour le dernier qui évoque le milieu du cirque et permet à Ginger Rogers de chanter la fameuse Saga de Jenny. Ce qui est remarquable dans le film, c'est surtout l'usage de ce technicolor et cette maîtrise dans le passage du monde réel au monde onirique. La comédie est portée par Ginger Rogers en jeune femme peu féminine, maîtresse d'un homme marié (curieux d'ailleurs que le Code Hayes ait laissé passer cette évocation), et qui ne vit que pour sa revue. La curiosité du film est aussi de voir Ray Milland chanter et danser, on le sent toutefois plus à l'aise dans le cynique séducteur. Misha Auer apporte sa touche d'extravagance. Si les numéros musicaux sont très beaux esthétiquement, et que dire de la fameuse dernière robe plus que sexy qu'arborre l'héroïne dans son dernier rêve, le film est une charmante comédie, à la musique guère mémorable !
Music Man
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Re: Mitchell Leisen (1898-1972)

Post by Music Man »

Si je me souviens bien, pas mal de compositions de Kurt Weill n'ont pas été utilisées pour cette version filmée.