La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Max Schreck
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La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Max Schreck »

J'ai fait une recherche et je n'ai curieusement trouvé aucun topic spécifiquement consacré à ce film (si un topic a existé alors il a disparu), donc j'ouvre celui-ci.


Je suis pas du genre me sentir honteux de mes lacunes cinématographiques, mais il y a comme ça quelques films que je ne m'excuse pas de ne toujours pas avoir vus. Et bien sûr, ce Wild bunch en faisait partie.

Une oeuvre tout simplement gigantesque, et d'une ambition assez inattendue. Davantage qu'un western crépusculaire, j'y vois un grand film d'aventures, une vision complétement démystificatrice de l'Ouest où le spectateur perd complétement ses repères. C'est sans équivoque, on n'aura droit ici qu'à des bad guys, certains possédant encore une vraie classe (William Holden, Robert Ryan, Borgnine, fascinants), tandis que d'autres sont d'une violence et d'une bêtise proprement irrécupérable (les chasseurs de primes/vautours).

Je ne sais pas si le rapprochement est légitime, mais j'y ai ressenti une influence assez marquée du western italien et du cinéma de Leone en particulier (et je me demande du coup si Il était une fois la révolution n'a pas bénéficié en retour de cette influence). Le côté sales gueules des personnages, la localisation au Mexique, la façon qu'a la mise en scène de fétichiser certains gestes, certaines attitudes, le travail sur la temporalité des scènes (il y a une gestion du rythme absolument époustouflante dans ce film).

J'en ressors avec des images de scènes, de plans, de répliques, qui resteront ancrées longtemps en ma mémoire. J'entend encore ces énormes éclats de rire qui parcourent le récit.
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Dans la mise en scène en tout cas, je ne vois pas d'influence du western italien. Il y a un côté romantique nihiliste chez Peckinpah que j'ai du mal à trouver dans le western transalpin.
Max Schreck
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Post by Max Schreck »

Jeremy Fox wrote:Dans la mise en scène en tout cas, je ne vois pas d'influence du western italien. Il y a un côté romantique nihiliste chez Peckinpah que j'ai du mal à trouver dans le western transalpin.
En y réflechissant bien, je finis par me dire que c'est surtout à Il était une fois la révolution que j'ai pensé (film qui correspond justement bien à ces notions de romantisme et nihilisme). Donc l'influence, s'il y en a, serait plutôt dans l'autre sens puisque le Leone est posterieur.

Par rapport à la mise en scène, c'est surtout tout ce jeu sur la lenteur de certaines scènes, qui fait que l'action et la violence surgissent avec une brutalité décuplée, et puis aussi, comme je le disais, l'importance accordée à certains regards (surtout entre Holden et Borgnine) et gestes (la précision du vol du train). De même le générique avec ces arrêts sur image qui se colorent (effet qu'on retrouvera dans celui de Cross of iron). Et puis bien sûr, tout ce qui concerne la révolution mexicaine. The Wild bunch est au fond très politisé, on y prône sans cesse la révolte contre l'ordre et la loi. C'est même assez étonnant de voir de telles idées gauchistes aussi librement et explicitement exprimées.

De toutes façons, c'est juste une impression personnelle. Ces rapprochements se sont suggérés à moi de façon presque inconsciente. Il n'y a pas de conséquences à tirer.


Et puis, j'oubliais de dire que j'ai bien apprécié le fait de trouver Warren Oates, acteur bien rare mais qui me botte bien.
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Max Schreck wrote:
Jeremy Fox wrote:Dans la mise en scène en tout cas, je ne vois pas d'influence du western italien. Il y a un côté romantique nihiliste chez Peckinpah que j'ai du mal à trouver dans le western transalpin.
En y réflechissant bien, je finis par me dire que c'est surtout à Il était une fois la révolution que j'ai pensé (film qui correspond justement bien à ces notions de romantisme et nihilisme). Donc l'influence, s'il y en a, serait plutôt dans l'autre sens puisque le Leone est posterieur.
:idea:

C'est peut-être d'ailleurs pour cette raison que Il était une fois la révolution est en train de devenir mon Leone préféré.
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Jack Griffin
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Post by Jack Griffin »

Ce n'est pas mon Peckinpah préféré mais je me suis promis de le revoir plus attentivement. Fin mémorable.
Max Schreck
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Post by Max Schreck »

Jeremy Fox wrote:C'est peut-être d'ailleurs pour cette raison que Il était une fois la révolution est en train de devenir mon Leone préféré.
En ce qui me concerne, c'est mon Leone préféré.

Sinon, j'ai aussi oublié de parler de la très grande splendeur plastique du film de Peckinpah. La composition des plans en scope est belle sur tout le film, tant dans les paysages que les intérieurs. J'étais même très content de la qualité de mon enregistrement VHS.

(par contre un peu dégouté de constater que juste avant le film se trouvait un makingof que j'avais effacé pour... Pour une pognée de dollars ! j'en conserve juste le générique de fin).
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Flol
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Post by Flol »

Enorme film. Pourtant je ne l'ai vu qu'une fois, et dans des conditions assez médiocres...je n'ose donc imaginer la claque que ça doit être de le découvrir dans des conditions optimales ! :shock:
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Je l'ai découvert au Grand Rex et pourtant je l'ai plus apprécié ensuite à la revoyure à la télé :shock:
O'Malley
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Post by O'Malley »

Max Schreck wrote: The Wild bunch est au fond très politisé, on y prône sans cesse la révolte contre l'ordre et la loi. C'est même assez étonnant de voir de telles idées gauchistes aussi librement et explicitement exprimées.
Politisé et gauchiste, je trouve pas tant que ça puisqu'il n'y a aucun progressisme dans sa révolte, aucune ambition de se tourner vers un avenir meilleur...et si à la fin, les survivants se tournent vers la révolution mexicaine (si je me souviens bien), c juste par goût de l'action, ni par révolte, ni par idéologie...
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Roy Neary
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Post by Roy Neary »

O'Malley wrote:Politisé et gauchiste, je trouve pas tant que ça puisqu'il n'y a aucun progressisme dans sa révolte, aucune ambition de se tourner vers un avenir meilleur...et si à la fin, les survivants se tournent vers la révolution mexicaine (si je me souviens bien), c juste par goût de l'action, ni par révolte, ni par idéologie...
Je le pense aussi. Plus on avance dans le film, plus on sombre dans la noirceur et l'absence d'engagement moral. Les personnages refusent toute ingérence extérieure en matière d'idéologie. Seul le sentiment de loyauté les unit jusqu'à la tombe.
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Max Schreck
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Post by Max Schreck »

Roy Neary wrote:
O'Malley wrote:Politisé et gauchiste, je trouve pas tant que ça puisqu'il n'y a aucun progressisme dans sa révolte, aucune ambition de se tourner vers un avenir meilleur...et si à la fin, les survivants se tournent vers la révolution mexicaine (si je me souviens bien), c juste par goût de l'action, ni par révolte, ni par idéologie...
Je le pense aussi. Plus on avance dans le film, plus on sombre dans la noirceur et l'absence d'engagement moral. Les personnages refusent toute ingérence extérieure en matière d'idéologie. Seul le sentiment de loyauté les unit jusqu'à la tombe.
A vrai dire, je crois que j'en ai eu une vision assez encombrée par un certain western italien de Leone à Sollima (désolé, je ne voudrais pas donner l'impression d'y insister outre mesure, mais je ne cesse d'y revenir dans ma lecture de l'oeuvre). Quand je voix ce personnage de general mexicain pourri, entouré de sa cour formée entre autres de conseillers venus d'Allemagne, ça synthétise un peu la figure du dictateur fasciste oppresseur de la masse paysanne qui espère recouvrer sa terre en s'engageant dans la lutte. L'autre ordure du film est le représentant des intérêts du chemin de fer, donc des intérêts économiques du pays, qui engage Robert Ryan et les chasseurs de prime, quel qu'en soit le coût. Ses actions sont d'ailleurs contestées par la population elle-même, victime des dommages collatéraux lors du coup monté du début. Peckinpah ne nous cache pas son dégoût pour cette racaille.

Je ne pense pas, loin de là, que cela soit exprimé par l'état d'esprit de la bande à William Holden, effectivement loin de tout ça, ne semblant vivre que dans le présent (Borgnine dira être plus que satisfait de sa situation). Ils n'ont pas pour ambition de changer le monde, mais refusent de vivre selon les lois que la société a établi. Seul le personnage d'Angel incarne cette position révolutionnaire à proprement parler.

Encore une fois, en prolongeant la discussion sur ce sujet, je ne voudrait surtout pas donner à croire que cet aspect est fondamental (il n'y a rien de pire que de prêter des intentions à un film). Je voulais juste expliciter ce point. :wink:
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JamesCicero
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Post by JamesCicero »

Effectivement à propos de l'ami Sam c'est de nihilisme romantique, comme dit monsieur Fox, qu'il convient de parler et non pas de démythologisation de l'Ouest qui concerne bien plus le cinéma de son grand antagoniste John Ford.

La violence "au ralenti" de Peckinpah dit suffisamment l'effroi ressenti par cet artiste devant la violence, ou son équivalent métaphysique le mal, qu'il trouve sans rimes ni raisons et qui pour lui de toutes façons ne peut finalement qu'avoir le dernier mot en ce monde.

Il y a chez Sam Peckinpah une vision tragiquement sacrificielle de l'existence qui quoi qu'on dise nous replonge au plus profond des mythes les plus archaïques, où l'idée de bien disparaît tout simplement au profit d'un processus de destruction permanent qui parait seul vivant.

Personnellement j'ai toujours trouvé IRREELLES les scènes de violence filmées au ralenti dans ses films comme si le cinéaste voulait pour appuyer sa démonstration d'une vie vouée au seul mal que l'on ne puisse pas voir autre chose que ce qu'il veut coûte que coûte nous montrer. Il faut comparer par exemple deux oeuvres quasiment jumelles dans leur sujet que sont Major Dundee et The Horse Soldiers de John Ford pour s'apercevoir quel sens différent John Ford (mais pas seulement dans ce film) attribue à la violence ou au mal que Sam Peckinpah veut croire, lui, définitifs et "la mère de toutes bonnes choses" pour citer un penseur de l'antiquité.

Pour le dire rapidement on peut filmer la violence sans la dé-réaliser à ce point et lui retirer toute "crédibilité" comme finit par le faire Sam Peckinpah. En conclusion, Sam ne croyait pas plus au bien qu'au mal, et ce n'est pas pour rien si dans ce topic le western italo-italien de Sergio Leone plus qu'aucun autre (celui d'Anthony Mann par exemple plus près d'une démythification "vraie" de la violence comme l'est celui de Ford) lui est sensiblement analogue. Mêmes tics d'écriture, mêmes insistance à appuyer lourdement les jeux des regards entre les personnages, et si le cinéaste italien par pur atavisme ne peut pas s'empêcher de verser in fine dans la pure bouffonnerie dans ses séquences de duels, Peckinpah lui se sera abstenu d'y verser par puritanisme certainement, mais la philosophie est la même.
Verdi
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Post by Verdi »

Roy Neary wrote:
O'Malley wrote:Politisé et gauchiste, je trouve pas tant que ça puisqu'il n'y a aucun progressisme dans sa révolte, aucune ambition de se tourner vers un avenir meilleur...et si à la fin, les survivants se tournent vers la révolution mexicaine (si je me souviens bien), c juste par goût de l'action, ni par révolte, ni par idéologie...
Je le pense aussi. Plus on avance dans le film, plus on sombre dans la noirceur et l'absence d'engagement moral. Les personnages refusent toute ingérence extérieure en matière d'idéologie. Seul le sentiment de loyauté les unit jusqu'à la tombe.
Voici une citation du grand Peckinpah : « Je crois que la plupart de mes films tournent autour des perdants, des solitaires, des inadaptés, des individus qui cherchent quelque chose de plus que la sécurité. Mes personnages sont battus d’avance, ce qui est l’un des éléments primordiaux de la vraie tragédie. Ils ont pris depuis longtemps des accommodements avec la mort et la défaite, alors il ne leur reste plus une illusion, aussi représentent-ils l’aventure désintéressée, celle dont on ne tire aucun profit sinon la pure satisfaction de vivre encore. »
"L'art et les systèmes sont contradictoires, et ceux qui adhèrent à des idées préconçues se trompent, car ils sacrifient leur imagination et leur talent." Giuseppe Verdi
Verdi
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Post by Verdi »

Voici une citation de Bigelow au sujet de THE WILD BUNCH : « Comme Goya dans sa série Des désastres de la guerre employait la gravure pour dévoiler les aspects les plus sombres de la nature humaine, Peckinpah grave l’écran, l’inonde de sang pour éclairer son sujet. Soudain une violence sensuelle avait fait voler en éclats le palais des miroirs. C’était une somme de tout ce qui avait précédé et un jalon posé pour tout ce qui a suivi. Avec THE WILD BUNCH j’ai vu qu’il était possible d’intégrer dans un même texte le viscéral, le cathartique, le sensuel, l’intellect et la réflexion. Ce film parle de cinéma autant qu’il raconte une histoire. »
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O'Malley
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Post by O'Malley »

Par contre, pour répondre au message de Cicero, je ne pense pas que Peckinpah ait la violence en horreur (du moins individuellle) puisuqe l'une des multiples idées qui ressort du très controversé Chiens de paille (mais finalement de tous ses films )est que celle-ci est nécessaire pour l'individu de s'affirmer afin de lutter contre un environnement hostile. Par contre, dans Croix de fer, il montre son dégoût de la violence collective c'ead la guerre.

Pour revenir au contenu politique des films de Peckinpah, si ses films jusquà Guet Apens sont avant tout nihiliste (et surtout La horde sauvage ou son point de vue est celui de la bande de Holden), il me semble tout de même qu'il penche vers le gauchisme à partir de Pat Garrett et Billy le Kid (tendance libertaire) et Le convoi (tendance social).