La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Philip Marlowe
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Post by Philip Marlowe »

Sergius Karamzin II wrote:Hormis la séquence d'ouverture et la séquence finale, je m'ennuie vraiment pendant le film. Rien à faire. Très peu de plaisir pour moi.
+1 même si ma vision date et que donc il faudrait que je retente.
Droudrou
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Re: La Horde sauvage

Post by Droudrou »

Pour ma part, La Horde Sauvage est un film très difficile, beaucoup plus complexe qu'on ne pourrait le croire.

C'est un pléonasme, mais il y a la façon dont on le regarde. Les images sont là et on se forge une vision du film sur les images. Ensuite, derrière les mêmes images, il y a les symboles et on se forge une autre vision du film sur ces symboles. C'est pourquoi les avis peuvent diverger autant.

Ce film est, en plus, une expression de la société américaine à une période charnière. A la fin du film, il n'y a plus de place pour ces personnages qui s'en vont pour affronter leur destin et la mort et j'ai toujours regretté que le chant qui ponctue le générique ne soit traduit en français pour en comprendre, à mon sens, toute la dérision.

Quand je parle également période charnière, j'entends ce cadre qui a permis le développement de toutes ces ligues qui régentent ou ont régenté la vie quotidienne de l'Amérique (des Etats Unis !). Il est très spécifique des premières scènes du film tandis que Pike et ses hommes arrivent et que Thornton dirige le Get-apens. Il y a tous ces moyens mécaniques qui sont entrés dans le quotidien : les chevaux sont remplacés par des chevaux vapeur ou des automobiles et les armes automatiques sont là pour rythmer les ballets de la mort.

Il y aurait beaucoup à discerter sur ce film qui est un très grand film de Peckimpah !
Last edited by Pacaya on 8 Mar 08, 11:15, edited 3 times in total.
takezo
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Re: The Wild bunch/La Horde sauvage (1969), Peckinpah

Post by takezo »

Entretien réalisé en 1969 pour la revue CINEMA 69.
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majorsenta
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Re: La Horde sauvage (Sam Peckinpah 1969)

Post by majorsenta »

Merci Beaucoup pour le lien ...
Il est plutot amusant de penser que la fascination de Peckinpah pour l'ouest , vient peut être d'histoires que lui racontaient ses grands-parents .
Histoires qu'ils ont sans doute inventés ...la grand mère de Peckinpah et Calamity Jane...son grand père qui passait trop de temps avec elle !
takezo
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Re: La Horde sauvage (Sam Peckinpah 1969)

Post by takezo »

majorsenta wrote:Merci Beaucoup pour le lien ...
Il est plutot amusant de penser que la fascination de Peckinpah pour l'ouest , vient peut être d'histoires que lui racontaient ses grands-parents .
Histoires qu'ils ont sans doute inventés ...la grand mère de Peckinpah et Calamity Jane...son grand père qui passait trop de temps avec elle !
Qui sait ?

Sinon, sur Les Professionnels de Brooks :
Peckinpah wrote:On a évoqué LES PROFESSIONNELS, de Brooks, à propos de THE WILD BUNCH : je déteste ce film ! Car Brooks triche continuellement avec les faits, avec les personnages, il flatte les **goGts du public en montrant des héros positifs alors que ce genre de "professionnels" étalent des salopards. Je comprends qu’après l’échec total de LORD JIM, Brooks ait eu besoin de se remonter, de faire de l’argent, et il a effectivement réalisé un film où tout est fait pour rapporter de l’argent, mais cela n’est pas digne de l’auteur de BLACKBOARD JUNGLE (GRAINE DE VIOLENCE) et d’ELMER GANTRY (LE CHARLATAN). Max Evans, qui est un de mes amis et sans aucun doute le meilleur écrivain de western actuel, est parti au milieu de la projection en disant : "Comment peut-on écrire des choses aussi dégueulasses... C’est du Walt Disney !" Oui, pour moi, ce western relève de toute une mythologie Hollywoodienne que je vomis...
J'aime précisément ce film pour ce qu'il lui reproche. Le spectacle pour le spectacle (Et avec Cardinale quel spectacle !) et la brochette d'acteurs. Mais c'est sans doute parce que je suis simple spectateur facile à contenter et lui, un artiste exigeant.

Et je le rejoins pleinement là-dessus à propos de Delmer Daves :
Peckinpah wrote:Par contre, je trouve JUBAL (L’HOMME DE NULLE PART) et THE HANGING TREE (LA COLLINE DES POTENCES) extraordinaires
.

Surtout le deuxième pour ma part, que je considère comme un réel chef-d'oeuvre.
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Jeremy Fox
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Re: La Horde sauvage (Sam Peckinpah 1969)

Post by Jeremy Fox »

takezo wrote:
Et je le rejoins pleinement là-dessus à propos de Delmer Daves :
Peckinpah wrote:Par contre, je trouve JUBAL (L’HOMME DE NULLE PART) et THE HANGING TREE (LA COLLINE DES POTENCES) extraordinaires
.

Surtout le deuxième pour ma part, que je considère comme un réel chef-d'oeuvre.
Ca ne m'étonne pas tant que ça. Je conçois tout à fait que Peckinpah apprécie Delmer Daves ; le romantisme, la sensibilité à fleur de peau et la tendresse qui pointent parfois le bout de leur nez derrière le nihilisme apparent de Peckinpah semblent justement tout droit sorti des westerns de Daves. Quant à moi, si The Hanging Tree ne m'a jamais entièrement convaincu malgré son originalité de ton certaine, il n'en va pas de même pour Jubal qui mérite selon moi d'être reconsidéré à l'égal de ses deux autres chefs-d'oeuvre que sont 3h10 pour Yuma et The Last Wagon
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Re: La Horde sauvage (Sam Peckinpah 1969)

Post by homerwell »

Jeremy Fox wrote: Jubal qui mérite selon moi d'être reconsidéré à l'égal de ses deux autres chefs-d'oeuvre que sont 3h10 pour Yuma et The Last Wagon
C'est peut-être un point de vu très personnel, pourtant il n'en atteint pas les qualités ne serait ce que sur le plan pictural, après la vision de 3h10 pour Yuma ou de The Last Wagon, on a de splendides images qui restent encrées en tête et ce n'est pas le cas pour Jubal. Cela suffit à mes yeux pour ne pas classer tous ces films dans la même catégorie.
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Jeremy Fox
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Re: La Horde sauvage (Sam Peckinpah 1969)

Post by Jeremy Fox »

homerwell wrote:
Jeremy Fox wrote: Jubal qui mérite selon moi d'être reconsidéré à l'égal de ses deux autres chefs-d'oeuvre que sont 3h10 pour Yuma et The Last Wagon
C'est peut-être un point de vu très personnel, pourtant il n'en atteint pas les qualités ne serait ce que sur le plan pictural,
A première vue oui mais encore faudrait-il disposer d'une copie correcte pour pouvoir en être certain (car des séquences en extérieurs comme les rendez-vous de Felicia Farr et Glenn Ford dans la forêt semblent être superbes esthétiquement parlant), des copies du genre de celles des westerns de Peckinpah sortis chez Warner pour en revenir au sujet initial :fiou:
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Watkinssien
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Re: La Horde sauvage (Sam Peckinpah 1969)

Post by Watkinssien »

Et pour revenir encore plus au topic original, je suis toujours autant impressionné par ce chef-d'oeuvre de Peckinpah.

Une mise en scène percutante, un regard féroce sur l'absurdité de la violence, une réflexion prenante sur la trahison, nombre d'éléments qui confinent à la réussite du film, porté par d'excellents comédiens (William Holden en tête).
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Desertfox
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Desertfox »

Un de mes westerns préféres avec une mise en scène et un montage très nerveux et éblouissants, ce qui fait q'on a pas l'impression que Peckinpah dans les scènes de carnage (au début et à la fin surtout) fait dans la surenchère, j'ai encore du mal à croire que ce film date de 1968 !
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Droudrou »

Je viens de revoir La Horde Sauvage et avoue m'être délecté avec cette nouvelle visitation.
Ainsi que chacun le sait, à l'origine, le film représentait une durée nettement plus importante que celle que nous connaissons. Le montage qui nous est proposé, tel quel se tient. Il y a quelques scènes choc qui nous tiennent en haleine et démontrent la maîtrise du réalisateur.
Mais, quand on regarde calmement le film, que l'on prend son temps pour le regarder, on s'aperçoit que dans l'action il existe quelques élipses et qu'en fait, ce sont celles-ci qui ont été laissées de côté au montage final et qui nous expliqueraient d'autant certaines situations qui nous sont présentées brut de brut. Je penserai fort que c'est effectivement le problème "durée du film" qui a influencé les choix mais je pense, surtout à la lumière de réalisations diverses présentées au format director's cut et ajoutant parfois entre une demi-heure et plus à la version de base qui nous a été donnée en pâture (je citerai le film de Wolfgang Petersen "Troie" ou de Ridley Scott "Kingdom of Heaven" ou et surtout le film de Cimino "Heaven's Gate") qu'une réédition complète serait très acceptable : elle ne supprimerait rien à cette violence à laquelle nous participons malgré nous, mais elle nous expliquerait beaucoup mieux cette évolution, cette progression vers la scène finale.
D'autre part, ce que j'ai noté, hors les gamins dans l'expression de leur violence, hors ces braves gens qui défilent pour bien nous faire sentir que l'alcool est contraire aux lois de Dieu (!!!) ce sont ces scènes de rire, de fou rire qui ponctuent l'action : les héros (!!!) défient la mort et renforcent une remarque que j'avais faite hors DVD Classik à propos de ces chants mexicains dont il aurait fallu avoir une traduction au bas de l'écran.
Ce qui est dingue dans ce film c'est qu'on assiste aux funérailles de ses "héros" vivants...
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by someone1600 »

Il existe un director's cut pour ce film je crois... :?
Droudrou
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Droudrou »

Oui ! Mais ce director's cut provient de toutes les coupes que Peckinpah a réalisé lui-même sur son film ! C'est cela qui est terrible ! Et c'est cela qui est d'autant usant quand on sait comment certaines oeuvres majeures ont pu être mutilées pour des considérations véritablement superficielles !
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by someone1600 »

Un director's cut qui est composé de cuts du réalisateur... et bien...

C'est navrant alors... :(
Nestor Almendros
Déçu
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Re: La Horde Sauvage (Sam Peckinpah - 1969)

Post by Nestor Almendros »

Revu hier. Pas forcément une idée très judicieuse puisque le Peckinpah s'est télescopé avec le dernier Tarantino (qui me trotte encore dans la tête, c'est rare) mais le plaisir de la découverte était quand même là.

SPOILERS
Je ne me rappelais pas à quel point LA HORDE SAUVAGE était un film désabusé. C'est un film très pessimiste sur une société où les valeurs morales se confondent, où le Bien et le Mal ne sont plus clairement séparés, chacuns de leurs côtés. Ainsi, les deux groupes (menés par Robert Ryan et William Holden) censés personnaliser la justice et l'ordre, pour l'un, le chaos et l'immoralité, pour l'autre, offrent en fait des profils beaucoup plus nuancés où ces valeurs opposées cohabitent. Ainsi, parmi les justiciers, on trouve des voleurs de basse condition (ce duo miteux qui n'éprouve aucun scrupules à vider sans hésitation les poches des morts). Ou, parmi le groupe de bandits, se cachent en fait des hommes aux valeurs morales beaucoup plus honorables. Holden déplore, sans le dire, une société nostalgique où les hommes étaient soudés et partagaient des qualités viriles et humaines qui se sont peu à peu perdues. Car, aujourd'hui, tous roulent aveuglément pour l'argent qui compte davantage que l'esprit d'équipe, la solidarité du groupe. Mis à part quelques personnages qui ont su garder ces valeurs (Borgnine, Holden, Ryan, O'Brien), les autres ne pensent qu'à l'orgie, à la boisson, aux pièces d'or, à l'individualisme. C'est globalement la même chose dans les deux groupes: celui de Ryan est encore plus instable (Ryan qui, lui-même, agacé par son équipe, aimerait mieux retrouver ceux qu'il poursuit, car sachant leur valeur humaine) et son commanditaire n'inspire vraiment pas le respect.

Il y a ce regard constamment observateur de William Holden sur ce qui l'entoure, un regard chargé de regrets, de nostalgie, de consternation. Il y a beaucoup de plans sur des enfants car Holden regrette ce temps d'insouciance où tout était encore possible. Aujourd'hui il est enfermé dans une carrière de hors la loi qu'il s'est choisie, il subit une vie solitaire où l'amour se monnaye uniquement, où il se sent seul face à un monde opportuniste et décadent (le pouvoir pour le pouvoir avec le général mexicain qui prend le contrôle de la région pour finalement s'ennivrer pendant des orgies).
Mais Peckinpah en rajoute sur ces plans d'enfants: avec notamment l'introduction où les enfants rient du scorpion qui se fait dévorer par les fourmis (ou cet enfant soldat, à la fin, qui participe à la mort d'Holden), le réalisateur nous rappelle que l'être humain, finalement, est lui-même porteur de cette violence, d'une décadence qui, dès le plus jeune âge, ne cherche qu'à éclore: l'équilibre moral de l'homme est très fragile car il peut facilement succomber à ces pulsions tentatrices intérieures.
Des deux groupes, c'est clairement vers celui d'Holden que l'empathie du spectateur se porte, l'autre étant relégué à quelques apparitions où seul Robert Ryan montre un intérêt. Peckinpah se désolidarise des autorités officielles, montre les connivences amorales du pouvoir (le général mexicain ou le politique allemand).