Claude Autant-Lara (1901-2000)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

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Occupe-toi d'Amélie (1949)

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Amélie, une cocotte entretenue par Milledieu, se prête à un mariage blanc pour aider Marcel, un ami de son amant, à toucher un héritage. Mais une idylle naît entre les faux mariés.

Chef-œuvre longtemps invisible de la comédie, Occupe-toi d'Amélie est un des films les plus brillants de Claude Autant-Lara qui nous offre là une jubilation de tous les instants. Par la grâce de circonstances particulière et d'un travail collectif fructueux, cette adaptation de Feydeau devient un objet percutant, moderne et inventif tout en respectant parfaitement l'esprit de la pièce. Autant-Lara réalisait là sa troisième et dernière adaptation d'une pièce et travaillait pour la seconde fois avec le scénariste Jean Aurenche après Le Mariage de chiffon (1942) et L'Affaire du courrier de Lyon (1937) pour une sorte d'apothéose pleine de fantaisie. A l'époque, le réalisateur est en difficulté et n'a pas travaillé depuis deux ans suite aux conflits avec son producteur Paul Graetz durant le tournage du sulfureux Le Diable au corps.

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Après un tournage houleux, le producteur s'était totalement désolidarisé d'Autant-Lara lors de la sortie du film et lançant même sur lui la réputation de réalisateur dépensier et incontrôlable. Cela coûtera donc une longue inactivité à Autant-Lara bien décidé à effacer cette image lorsqu'il s'attaque à Occupe-toi d'Amélie. Ainsi sous son aspect léger et virevoltant, le film est une véritable horlogerie suisse à la construction parfaite et d'un rythme aussi trépidant que savamment calculé et sans temps mort. On doit cet équilibre idéal au célèbre duo de scénariste composé par Jean Aurenche et Pierre Bost. La rigueur de Bost marié à la folie douce et talent comique d'Aurenche donne donc un résultat remarquable transcendé par la mise en scène virtuose et le brio narratif d'Autant-Lara.

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L'histoire donne dans la comédie de boulevard dans le style le plus débridée et sautillant qu'on est en droit d'attendre. Amélie, cocotte frivole est insouciante est sollicitée par le meilleur ami (Jean Desailly) de son amant (André Bervil) pour consentir à un faux mariage permettant à ce dernier de toucher un important héritage. Sur ce postulat vont se greffer quiproquos en pagaille et personnages plus azimutés les uns que les autres que ce soit un amant princier grotesque (Grégoire Aslan magnifiquement grotesque et outrancier en prince slave), un oncle belge à l'accent outrancier (Victor Guyau moteur du récit) ou encore Julien Carette (grand fidèle d'Autant-Lara) absolument irrésistible en papa gouailleur d'Amélie. On resterait là dans le vaudeville classique mais l'ensemble s'orne d'une dimension supplémentaire dans le jeu narratif ludique instauré par les auteurs. Le fait d'assister à la représentation d'une pièce est établi d'emblée avec l'ouverture où l'on voit débouler Victor Guyau dans les coulisses, se grimer en oncle belge, travailler son accent et annoncer le ton du show à venir à des amis spectateurs quelque peu collet montés.

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Elevés dans le monde du spectacle (notamment sa mère sociétaire à la Comédie Française), Autant-Lara s'amuse follement dans cette description enjouée de la frénésie des coulisses.Les passages d'un univers à un autre se feront avec une inventivité constante, que ce soit par la nature volontairement factice des décors (l'arrivée de Guyau dans une gare en carton-pâte) ou encore d'ample mouvement de caméra qui laisse soudainement découvrir les rideaux d'un cadre bien réel qui abritait pourtant une salle de théâtre dont on adopte le point de vue des spectateurs. Les transitions folles (l'annonce de l'épidémie à la caserne introduisant le deuxième acte) laissent bientôt place à un ton de plus en plus débridé où au fil de l'avancée du récit, les personnages de la pièce piègent les spectateurs outrés pour les garder jusqu'au bout, ces derniers intervenant même au final dans le récit face à la conduite décidément trop immorale des héros.

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Toutes ces idées sont servies par des acteurs au diapason et en particulier une fabuleuse Danielle Darrieux. Charmeuse et pleine d'esprit, elle alterne sophistication et hilarante authenticité (le très naturel "Tu parles" lâché lorsqu'on lui expose une alliance luxueuse est à hurler de rire) avec brio. Belle à croquer dans des robes splendides et vulgaire accentuant ses déhanchés, elle distille même sous le comique une émotion inattendue en un éclair lors du final et sa réaction quand elle découvre qu'elle n'est pas réellement mariée. Le jeu constant entre le vrai et le faux, l'enchevêtrement des récits et des manipulations de chacun est un réjouissement constant notamment la longue scène de mariage qui fait rire aux éclats. Occupe-toi d'Amélie ouvre la voie à une multitude d'exercice plus tardifs du genre, le plus fameux étant La Rose Pourpre du Caire mais on pense même aux délires des ZAZ ou de Mel Brooks tel ce passage où les techniciens de théâtre finissent de préparer le décor sous nos yeux lors de l'entame du second acte avec Darrieux et Desailly dans la chambre.


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Cette réussite totale se verra pourtant cruellement freinée lors de sa sortie. Longtemps tombés en désuétudes, les textes de Feydeau reviendront à la mode grâce au succès d'une reprise du Dindon à la Comédie Française. Les ayants droit de l'auteur négocieront alors un contrat d'exclusivité avec celle-ci, l'adaptation d'Autant-Lara faisant tâche suite à cet accord. Sans réussir à l'interdire ils en limitent alors sa diffusion par un procès et les futurs problèmes de droits (le film est produit par une entité française de la compagnie italienne Lux qui fera faillite au début des 60's) achèveront de le rendre longtemps invisible. Heureusement Feydeau tombé désormais dans le domaine public on peut à nouveau se délecter de ce délicieux moment. 6/6
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Ann Harding
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

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Lettres d'amour (1942, Claude Autant-Lara) avec Odette Joyeux, François Perier, Jean Debucourt, Alerme, Simone Renant et Julien Carette

Une jeune veuve, Zélie Fontaine (O. Joyeux) est maîtresse de poste à Argenson une petite préfecture. Elle sert de 'boîte aux lettres' à son amie Hortense (S. Renant) la femme du préfet. En effet, cette dernière reçoit des lettres d'amour de son amant François (F. Périer) qui travaille dans un ministère à Paris...

Lettres d'amour est le deuxième film d'Odette Joyeux avec Autant-Lara (après Le Mariage de Chiffon) qui sera suivi par les merveilleux Douce (1943) et Sylvie et le fantôme (1945). Cette tétralogie avec Odette Joyeux correspond à la période la plus féconde du réalisateur. Les films se déroulent souvent à la Belle Epoque et offrent à l'actrice des personnages superbement dessinés. Ici, nous sommes sous le Second Empire, elle est une jeune veuve très heureuse du départ de feu son conjoint qui avait certainement un âge très avancé. Etant maîtresse de son destin, elle peut faire enfin ce qui bon lui semble. Son amie d'enfance Hortense, elle fait partie de l'aristocratie locale et se doit de préserver les apparences. Le scénario en profite pour montrer l'opposition entre 'la boutique' (la bourgeoisie fortunée) et 'la société' (les aristocrates). Comme toujours avec Autant-Lara, les acteurs et la caméra se meuvent comme dans une chorégraphie élégante et raffinée. Il n'oublie pas de créer des portraits bien vus des personnages secondaires. Alerme est un aristo prétentieux parfaitement ridicule et Julien Carette est un maître de danse loufoque (Alerme l'appelle constamment M. Liroquois et il corrige: M. Loriquet !). Ces lettres d'amour que conserve Zélie deviendront un sujet de commérages dans toute la ville lorsque le très désagréable Marquis de Longevialle (Alerme) en révèle l'existence. Zélie se tait, ne voulant pas compromettre son amie. Mais, en fait, elle était très heureuse de recevoir ces lettres, même si elles ne lui étaient pas destinées. Son destin va changer quand elle va rencontrer l'auteur des lettres, François (un tout jeune François Périer). Sur ce marivaudage élégant, écrit d'une plume très fine, Autant-Lara réalise un petit chef d'oeuvre d'élégance. On peut que regretter que ce film ainsi que Douce et Sylvie et le fantôme soient toujours indisponibles en DVD. Et, il y a aussi un problème de durée. Il semble que le film ait été coupé par un producteur. J'en ai vu une copie de 90 min alors qu'il semblait durer à l'origine 110 min. J'ignore si il existe toujours une copie complète.
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by daniel gregg »

Il n'y a pas si longtemps, cette copie de 110 mn devait encore circuler puisque Lourcelles mentionne cette durée.
Tu l'as vu en salle ?
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Ann Harding
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Ann Harding »

daniel gregg wrote:Il n'y a pas si longtemps, cette copie de 110 mn devait encore circuler puisque Lourcelles mentionne cette durée.
Tu l'as vu en salle ?
Je sais que tous les bouquins de ciné mentionnent 110 min. Mais je suis pas sûre qu'il reste une copie complète. J'ai vu une copie VHS.
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cineberry
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by cineberry »

Je me demande qui détient les droits de Lettres d'amour...
Pas de traces dans le registre de la cinématographie et de l'audiovisuel.
Vu le regain d'intérêt pour Autant-Lara, notamment chez Gaumont, on peut espérer qu'un éditeur s'y intéresse.
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Sybille
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Sybille »

J'ai découvert Autant-Lara il y a quelques mois à peine avec Le mariage de Chiffon, que j'avais trouvé délicieux et parfaitement enthousiasmant, malgré un final un peu limite moralement.

Par contre, je viens de voir Douce. C'est un très bon film, très bien réalisé, décoré, interprété, dialogué...
Je l'ai suivi avec plaisir - même si c'est un peu long malgré tout - la plupart du temps.
Mais le final (un peu comme "Chiffon" finalement, je dois avoir du mal avec les fins d'Autant-Lara) m'a beaucoup déstabilisée. Je n'ai pas compris le comportement de Douce dans les dernières minutes, les paroles qu'elle adresse au régisseur, ça ne me semble pas aller avec ses sentiments précédents. Au fond, est-ce un personnage méchant et manipulateur ? Ou quelqu'un de trop jeune, qui passe d'un état à un autre ? Très étrange en tout cas.

Ah, et j'apprécie beaucoup Odette Joyeux. Puisqu'on évoque les actrices naphta françaises dans d'autres topics, je dirai qu'elle fait parti de mes préférées.
Cathy
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Cathy »

Peut-être n'est-ce pas avec les fins des films d'Autant-Lara que tu as du mal mais simplement avec les fins des romans dont sont tirés les films ! Je trouve morale la fin de Chiffon, elle a toujours été amoureuse de cet homme, et à l'époque cela n'avait rien de choquant qu'un mari ait 15-20 ans de plus que son épouse. Quant à Douce, je pense que c'est une jeune femme profondément égoïste ! En tout cas comme toi, j'aime beaucoup ces deux films et Odette Joyeux est une actrice que j'adore. A quand une sortie en DVD de Sylvie et le fantôme et une meilleure édition d'Entrée des Artistes !
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Sybille
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Sybille »

Du mal avec les fins des livres : de manière hypothétique, oui, probablement, mais ça ne change rien à mon ressenti sur les films. Je ne lirai pas les romans, je me base sur les films (qui, donc, sont adaptés des livres), ce qui fait que pour moi ça revient au même.
Bien sûr, ça n'augure en rien de ce que je pourrai penser d'autres fins de films du réalisateur.

Pour "Chiffon", ce n'est pas la différence d'âge qui m'a fait tiquer. 15, 20 ans, ça pourrait être 30 ou 40, peu importe. Non, c'est le fait qu'en quelque sorte, elle finit par épouser son oncle, que je trouve plus douteux. Je sais que c'est un oncle par alliance, mais elle a vécu presque toute sa vie dans la même maison que lui, ils étaient comme oncle et nièce l'un pour l'autre, donc qu'ils soient mari et femme ensuite, ça m'a un peu choquée. Certes, je fais la part de l'époque... et puis c'est quand même une jolie histoire d'amour malgré tout. :wink:
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Profondo Rosso
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Profondo Rosso »

Sylvie et le Fantôme (1946)

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La jeune Sylvie, vivant dans le château de son père, un baron ruiné, est fascinée par le portrait d'un jeune chasseur qui se fit tuer par amour pour sa grand-mère à l'âge de 20 ans. Ses sentiments vont faire revivre le fantôme du malheureux. Pour ses seize ans, son père engage un jeune homme pour jouer le rôle d'un fantôme. La suite est une série de quiproquos car elle se retrouve alors non pas avec un fantôme mais quatre; l'acteur engagé par son père, Ramure un prisonnier évadé, Frédéric le fils de l'acheteur du tableau et le vrai fantôme1...

Claude Autant-Lara rencontrait un de ses grands succès populaire avec ce charmant et envoutant Sylvie et le Fantôme. Adapté de la pièce éponyme de Alfred Adam, le film se situe à mi-chemin entre la veine du fantastique poétique initiée au début des années 40 par des films comme Les Visiteurs du Soir (1942) et la tonalité romantique et vaudevillesque initiée par Autant-Lara dans Douce (1943), Le Mariage de chiffon (1941) ou plus tard Occupe-toi d'Amélie (1949). Ces deux veines s'entremêlent merveilleusement, cette dimension surnaturelle et romantique incarnée par l'héroïne entraînant toute la suite de réactions en chaîne et quiproquos de l'intrigue et des autres personnages.

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Sylvie (Odette Joyeux actrice fétiche d'Autant-Lara durant les années 40 et avec lequel elle tournera quatre films) est une jeune fille rêveuse plus fascinée par le passé et ses fantômes que le monde qui l'entoure. Elle est ainsi subjuguée par un vestige du vétuste château familial à savoir le portrait d'un jeune chasseur tué pour avoir courtisé sa grand-mère. Le drame revêt une dimension romanesque exaltante pour la jeune fille qui se ressent dès la scène d'ouverture où elle relate les faits à une assemblée conquise par sa passion. Autant-Lara amorce le mystère par petites touches que ce soit par l'obsession du chien pour le tableau où le décor fabuleux du château où la découverte d'un passage secret annonce le côté poreux qui se ressentira par la suite avec le vrai spectre déambulant joyeusement dans tous les recoins.

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Une désillusion va ainsi amener le fantôme du chasseur à réellement se manifester, l'appel de celle qui l'idolâtre étant le plus fort lorsque le Baron en difficulté financière devra vendre le tableau. Le fantôme arbore les traits de Jacques Tati dans un port majestueux et un masque mêlant tendresse et résignation pour celle qu'il ne peut qu'effleurer. Ce romantisme va pourtant prendre une dimension plus concrète avec une suite de rebondissement surprenant. Le Baron regrettant d'avoir vendu le tableau que chérissait sa fille engage pour son anniversaire un acteur qui se fera passer pour le fantôme bercera encore ses illusions pour le soir de ses seize ans. Sauf que rien ne se déroule comme prévu puisque à l'acteur initialement prévu Anicet (Louis Salou), vont se mêler le voleur au cœur tendre Ramure (François Périer) et l'amoureux transi Frédéric (Jean Desailly) sous les draps du faux fantôme.

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Trois fantômes et trois tonalités différentes qui relanceront constamment l'action. La plus touchante avec la passion inattendue et résignée de Ramure avec un François Perier particulièrement attachant en gros bourru surpris de voir vaciller ainsi son cœur. La plus romantique et presque niaise avec les envolées exaltée de Frédéric où Jean Desailly représente en quelque sorte l'idéal romantique de ce fantastique poétique qui imprègne le cinéma français tandis que le troisième larron Anicet fait plutôt office de caution comique avec ses manières d'acteur narcissique cabot. A ces trois-là le vrai fantôme tient le rôle d'observateur amusé mais nourrit les même sentiments pour Sylvie et à la maladresse (Ramure) et aux grandes envolées (Frédéric) de ses rivaux du monde des vivants l'exprime lui par sa gestuelle expressive où les talents de mime de Jacques Tati font merveille. Ses mouvements délicats et ses regards possèdent autant de force que les mots, renforcés par des effets spéciaux ajoutant encore à la poésie de l'ensemble.

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Notre fantôme glisse, s'élève et traverse les murs avec une grâce céleste dont Autant-Lara atténue la mièvrerie potentielle par le ton farceur du spectre qui se plaît à tourmenter les personnages les plus outranciers comme la comtesse râleuse incarnée par Claude Marcy. Odette joyeux est confondante de charme et de naïveté, le récit étant en quelque sorte son parcours initiatique ou après s'être plongée dans le passé et ses passions évanouies elle va s'ouvrir à des sentiments plus concrets. Cette alternance entre onirisme et réel s'inscrit ainsi concrètement aussi dans les ruptures de ton du film où les moments sincères (les échanges entre Odette Joyeux et François Perrier sont les plus captivants) alternent avec le vaudeville le plus virevoltant avec quiproquos et courses poursuites en pagaille. Un très beau moment où étrangement l'émotion fonctionne bien plus envers les amoureux éconduits (d'ici ou de l'au-delà) que pour le couple finalement formé lors de la conclusion. La dernière scène est une merveille avec séquence illustrant parfaitement l'enchantement visuel et sentimental que fut ce Sylvie et le Fantôme. 5/6
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Supfiction »

Je n'ai trouvé aucun retour sur le film Le joueur , quelqu'un l'a vu ?

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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Federico »

Supfiction wrote:Je n'ai trouvé aucun retour sur le film Le joueur , quelqu'un l'a vu ?
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Non mais ça peut être une curiosité à découvrir au vu de cet extrait où je me demande si n'apparaît pas une toute jeune Danièle Lebrun (bien que je n'ai trouvé aucune trace de son nom dans la distribution ni de ce titre dans sa filmo)... :?:
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Commissaire Juve
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Commissaire Juve »

Il y a deux trois semaines, je me suis repassé Uranus de Claude Berri...

Cet aprèm, en rejetant un coup d'oeil aux suppléments du BLU de La jument verte, j'ai appris (ou "redécouvert") qu'Autant-Lara avait voulu adapater Uranus avec -- dans le rôle de Léopold (Gérard Depardieu chez Berri) -- Michel Simon !

Il voulait faire quelque chose de bien méchant. Dommage qu'on ait raté ça.
Ah, les cocos !
Je me demande ce que ça aurait donné avec Michel Simon. :mrgreen:
Passez-moi Astyanax, on va filer en douce.
Attendons pas d'avoir les poulets à nos trousses.

Mon Dieu, c'est-il possible ! Enfin voilà un homme !
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cineberry
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by cineberry »

Commissaire Juve wrote:Cet aprèm, en rejetant un coup d’œil aux suppléments du BLU de La jument verte, j'ai appris (ou "redécouvert") qu'Autant-Lara avait voulu adapter Uranus avec -- dans le rôle de Léopold (Gérard Depardieu chez Berri) -- Michel Simon !
Cela me conforte dans l'idée que Depardieu est l'héritier cinématographique de Michel Simon. Outre leur physique et leur talent hors-normes, ils ont aussi en commun d'avoir interprété le personnage de Boudu...
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Profondo Rosso
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Profondo Rosso »

Le Diable au corps (1947)

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Pendant la Première Guerre mondiale, une jeune fiancée, aide-soignante dans un hôpital militaire, prend pour amant un lycéen, trop jeune pour rejoindre l'armée.

Claude Autant-Lara réalise un des films les plus scandaleux de l'après-guerre avec cette adaptation du roman éponyme de Raymond Radiguet, provoquant un tollé équivalent à celui de l'ouvrage lors de sa parution en 1923. Le film comme le livre paraissent à deux moments clés de la société française ce qui explique leur impact. Le tout jeune Raymond Radiguet, s'inspirant de l'aventure qu'il eut à 14 ans avec sa voisine dont le mari était mobilisé rédigea ainsi Le Diable au corps dans un style rageur et direct que sa mort prématurée entourera d'un certain mythe de la jeunesse. Le scandale naîtra bien sûr de la relation adultère du récit mais aussi du contexte où cette faute apparait comme non seulement immorale mais antipatriotique et irrespectueuse envers les poilus ayant abandonnés le foyer pour défendre la nation. C'est face à un même état d'esprit que se confrontera Autant-Lara avec son adaptation tournée en 1946 et qui ne doit son existence qu'à l'accord entre Micheline Presle (la grande star française de l'époque depuis le départ aux Etats-Unis de Michelle Morgan et la carrière momentanément interrompue de Danielle Darrieux) et le producteur Paul Graetz qui lui laissait libre choix dans ses projets futurs ainsi que de ses réalisateurs et partenaires. C'est donc elle qui ira chercher Claude Autant-Lara, précisément le plus à même de respecter la nature sulfureuse du roman et elle aussi qui insistera pour le choix de Gérard Philippe (qui refusera d'abord car s'estimant trop vieux avant de revoir sa position, défié par Autant-Lara) en héros adolescent après avoir été épatée par une de ses performances au théâtre.

Dans ce cadre d'après-guerre le film représente autant une provocation pour les adultes qu'une illustration de la soif de liberté de la jeunesse d'alors. Une jeunesse en partie volée par les années d'Occupation et prête à se déchaîner et profiter de cette liberté retrouvée, faisant des héros du film leur symbole. François (Gérard Philippe) est un lycéen de 17 ans qui va s'éprendre de Marthe (Micheline Presle) une jeune aide-soignante dans l'hôpital militaire avoisinant son école. Les deux personnages représentent une population traitée comme quantité négligeable et dont on ne soucis guère alors des états d'âmes, la jeunesse et les femmes. Dès la première rencontre Marthe étroitement surveillée par sa mère ne semble ainsi guère avoir plus d'autonomie que l'encore mineur François. La fougue de ce dernier l'émeut pourtant et leurs échanges entre tendresse et dispute, déclarations enflammées et doute constant sur les sentiments de l'autre seront toujours passionnés et conflictuels. Le désir ardent de François s'exprime ainsi par sa nature impulsive quand Marthe plus réfléchie procède à un abandon plus subtil, plus beau et douloureux à se manifester. Ces natures opposées amèneront alors une première rupture qui annonce la seconde plus dramatique et toujours due à l'immaturité de François. Gérard Philippe est parfait en homme enfant irrésolu découvrant l'ivresse des sens et dont l'amour s'exprimera toujours de la mauvaise façon. Les scènes de tendresse avec Marthe relève toujours par leurs dispositions d'une dimension maternelle où François fait souvent office d'enfant geignard et capricieux réclamant des preuves d'affection. Le héros de guerre, l'homme, le vrai est toujours pour Marthe son époux mobilisé et malheureusement pour elle celui qu'elle aime n'est encore qu'un adolescent peu sûr de lui sous ses airs bravache – soulignée par cette réplique lourde sens vers la fin « Pourquoi n’es-tu un homme que quand tu me tiens dans tes bras ? » -. Le manque de courage de François s'illustrera cruellement lors de divers moment clés où il se dérobera alors qu'il doit prendre ses responsabilités. Ce sera ces sueurs froides quand il pense avoir affaire à l'époux trompé, le final dans le café où il ne sait que faire et un soldat/adulte prendra les choses en main pour Marthe malade et bien sûr l’instant charnière où sur un caprice il ne rejoindra pas Marthe sur le quai où elle l'attend à la tombée de la nuit. Autant-Lara (accompagné de Jean Aurenche et Pierre Bost au scénario et dialogue) n'accable pourtant pas son héros, c'est cette société oppressante qui demande aussi sans doute trop et trop vite à cette jeunesse ayant osé défier l'autorité. François se perdra à ne pas assumer jusqu'au bout sa rébellion et Marthe au contraire par son refus d'entrer dans le rang, l'incapacité à quitter son aimé dans le final pouvant presque être vu comme une sorte de suicide.

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Derrière cette facette dramatique, Autant-Lara ose le vertige des sens le plus prononcé pour exprimer cette passion inconditionnelle. On pense bien sûr à cette magnifique scène au crescendo érotique irrépressible où Marthe frictionne François dans son lit. La censure ne permettant pas de montrer l'étreinte attendue, un travelling traversera l'arrière du lit, laissant leur corps à l'état d'ombre tamisées enlacées pour s'arrêter sur un feu de cheminée se ranimant soudain pour signifier la consommation de leur amour. A chaque fois pourtant le jugement moral et les regards inquisiteurs viendront atténuer la portée de leur bonheur, que ce soit l'arrivée de la mère au matin après leur première nuit, les voisins malveillants les observant durant la ballade en barque. Tout cela semble être voué à être éphémère, l'ironie voulant que leur romance s'épanouisse une fois Marthe mariée et donc plus libre d'aller et venir. L'aspect fondamental de ce contrepoint est le rapport à la guerre. Le monde étant en pause à cause du conflit permet au couple de se rapprocher et l'armistice signifiera un retour à la normale et à la prison des conventions. On est marqué par cette Marseillaise sonnant comme une marche funèbre dans la scène du café, le visage défait de Marthe et François s'opposant à la liesse les entourant. Un effet encore renforcé par la terrible scène finale où un François brisé observe les célébrations de la paix, symbole du triomphe du collectif sur les destins individuels. . Le film remportera un succès à l'échelle de son scandale et sera fustigé par l'opinion bien-pensante y voyant l'exaltation de l'adultère et l'ode à l'antimilitarisme. L'un des faits marquant sera notamment le départ de l'ambassadeur de France en cours de projection durant le festival de Bruxelles où Gérard Philippe recevra le prix d'interprétation masculine (qui lancera sa grande carrière de jeune premier). Un des grands films d’Autant-Lara, toujours aussi inspiré pour bousculer les conventions de l’époque. 5/6
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Commissaire Juve
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Re: Claude Autant-Lara (1901-2000)

Post by Commissaire Juve »

Profondo Rosso wrote:Gérard Philippe est parfait en homme enfant irrésolu découvrant l'ivresse des sens et dont l'amour s'exprimera toujours de la mauvaise façon.
Je n'ai jamais autant haï un personnage de film.

Comme le verbe "haïr" est sans doute trop fort... disons que j'ai eu envie de lui casser la gueule du début jusqu'à la fin ! Et c'est pour ça que ce film-là ne fait pas partie de ma collec.
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