Doris Day (1922-2019)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Doris Day

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Le Piment de la vie (The Thrill of it all)

Réalisation : Norman Jewison
Avec Doris Day, James Garner, Arlene Francis, Edward Andrews
Scénario : Carl Reiner
Photographie : Russell Metty (Eastmancolor 1.85)
Musique : Frank De Vol
Une production Universal / Arwin Productions / Ross Hunter Productions
USA – 109 mn -1963


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Grâce à la lubie d’un membre de la famille d’une patiente à son mari, Beverly (Doris Day), la femme d’un brillant obstétricien, devient du jour au lendemain une star de la publicité pour les savons ‘Happy Soap’. Pour cette simple femme au foyer, ce statut de vedette nouvellement acquis va bouleverser les rapports qu’entretient cette dernière avec son époux (James Garner) et ses deux jeunes enfants. En effet si les bambins s’amusent de voir leur mère à la télévision, il n’en est pas de même du médecin qui voit tout ceci d’un assez mauvais œil surtout que, un peu macho sur les bords, il est d’une jalousie maladive et supporte assez mal ses absences à répétition et ses soi-disant frasques…

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Lorsque l’on évoque le nom de Norman Jewison, l’on pense immédiatement à un réalisateur progressiste dont les films les plus importants, quelque en soit le genre, abordent tous plus ou moins en filigrane ou frontalement de graves et sérieuses problématiques sociales ou (et) politiques. Ce sera le cas de Dans la chaleur de la nuit (In the Heat of the Night), F.I.S.T., Rollerball, Justice pour tous (…and Justice for All)… Parmi ses autres titres les plus connus on trouvera évidemment Le Kid de Cincinnati ou encore L’Affaire Thomas Crown, tous deux avec Steve McQueen. Autrement dit, au vu de cette liste de ses oeuvres les plus célèbres, il nous semble ne pas avoir beaucoup d’occasion de pouvoir rire ou se dérider avec ce cinéaste qui n’a certes pas toujours fait preuve ni de subtilité ni de finesse mais dont les meilleurs films s'avèrent être en revanche de franches réussites. Qui aurait alors pu croire qu’il avait commencé sa carrière au cinéma au début des années 60 avec trois comédies totalement fantaisistes dont deux consécutives avec la comédienne la plus ‘bankable’ du moment, à savoir Doris Day ? L’une des deux aura été la dernière collaboration de l’actrice avec Rock Hudson, Ne m'envoyez pas de fleurs (Send Me No Flowers) ; juste avant il aura tourné la comédie familiale qui nous concerne ici.

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Depuis Confidences sur l’oreiller (Pillow Talk) pour lequel elle avait été nominée pour l’Oscar de la meilleure interprète féminine, Doris Day s’était fait, au début des années 60, la spécialiste de la comédie sexy à quiproquos, sorte de vaudevilles cinématographiques. Rock Hudson était alors son partenaire de prédilection mais entre Pillow Talk et le film qui nous intéresse ici, elle avait aussi formé un couple avec non moins que Clark Gable, Jack Lemmon, Richard Widmark, David Niven ou Cary Grant. Pour Le Piment de la vie, c’est au tour de James Garner de tomber dans ses bras. Et la première très bonne surprise vient justement de l’acteur qui venait d’acquérir une certaine célébrité grâce à son rôle du lieutenant Hendley, le chapardeur de La Grande évasion (The Great Escape) de John Sturges, et qui nous étonne ici par son charme fou et sa drôlerie constante. Il forme un couple épatant avec Doris Day, égale à elle-même, toujours aussi pétillante et dynamique, ici de plus très bien mise en valeur par les maquilleurs et costumiers -ce qui ne fut pas toujours le cas durant les 60's-, aussi charmante que sensuelle, sachant à l’occasion se faire volcanique à sa manière unique et inénarrable, parfaitement bien entourée par des seconds rôles talentueux tels Reginald Owen, Zazu Pitts, Arlene Francis ou Edward Andrews.

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Certains ne manqueront pas de relever le caractère sexiste et machiste du script puisque l’époux, s’il a écrit dans un de ses livres que les femmes impérativement devaient s’émanciper en dehors de leurs foyers, il change d’avis du tout au tout le jour où il s'avère que cette déclaration péremptoire va directement le concerner. Effectivement, il voit d’un mauvais œil le fait que sa charmante épouse se lance dans la publicité et ne puisse ainsi plus s’occuper des enfants ni de la maison ; il va alors tout faire pour la ramener derrière les fourneaux et dans la chambre à coucher. Mais qui pourrait croire une seule seconde que des artistes aussi progressistes que l’étaient Norman Jewison et James Garner aient pu vouloir faire passer ce genre de message, vu d’aujourd’hui un peu rétrograde ? On peut se poser la même question quant à Doris Day qui n’en était pas à son premier rôle de femme forte et affranchie et qui durant les ¾ du temps l’incarne encore ici, même si in fine son personnage décide de revenir s’occuper de ses tâches ménagères. Et d'ailleurs, est-ce nécessairement arriéré que de préférer rester femme -ou homme- au foyer plutôt que de travailler ; je suis intimement convaincu que non, chacun s’épanouissant à sa guise. Mais à mon humble avis aussi, les auteurs se moquent et s'amusent de ces situations et de ce machisme ambiant plutôt que prendre leur partie. Quoiqu’il en soit et même si ça avait été le cas, il n’y aurait pas de quoi crier au scandale car tout ceci reste bien gentillet et de plus constamment cocasse. Il se pourrait certes bien qu’à notre époque qui a du mal à faire la part des choses et à les replacer dans le contexte d’une époque donnée, quelques groupes féministes ‘intégristes’ viennent à demander l’interdiction de diffuser un tel film. Mais ne leur donnons pas de mauvaises idées car ce serait d’une idiotie sans nom même si nous n’en sommes plus à une près dans le domaine du moralement ou politiquement correct.

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Outre le couple composé par Doris Day et James Garner et qui fonctionne à merveille, les deux enfants ne sont pas en reste non plus (l'hilarante scène du téléphone au début par exemple ; mais tant d'autres aussi). La petite fille est interprétée par Kym Karath qui sera la craquante petite Gretl dans La Mélodie du bonheur (The Sound of Music) de Robert Wise et que l’on avait déjà vu la même année dans le splendide La Montagne des neuf Spencer (Spencer’s Mountain) de Delmer Daves. Doris Day qui eut son premier enfant à l’âge de 18 ans connait parfaitement bien le rôle de mère ; autant dire qu’elle est parfaitement convaincante dans la peau de son personnage à tel point qu’on croirait que ce sont ses enfants. Le Piment de la vie est un film très sympathique et qui, même s'il ne se hisse pas au niveau des deux premières comédies avec Rock Hudson, n’en demeure pas moins un divertissement plus qu’honnête, une comédie sans prétentions mais réellement très amusante -surtout les séquences se déroulant en famille qui se révèlent être les plus réussies- y compris dans sa gentille satire du monde de la publicité ; il faut dire que Carl Reiner (Les Cadavres ne portent pas de costards) en est le scénariste et que ses cameos dans les différentes scènes des Soap s’avèrent savoureuses, l’idée étant que les auteurs de ces fictions télévisuelles bas de gamme utilisent toujours le même canevas dramatique et les mêmes dialogues quelque soit le genre abordé, film de guerre, mélo ou western. La réaction des enfants qui s’en rendent plus vite compte que les adultes est absolument savoureuse et nous conforte dans l’idée que les auteurs du film se moquent des personnages adultes qu’ils ont inventés sans cautionner leurs comportements.

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Dommage que Doris Day n'ait pas chanté la chanson du générique, que la mise en scène soit si pépère, que le scénario se mette à patiner à mi-parcours et enfin que le film se termine par la seule séquence laborieuse, celle de l'accouchement dans le taxi qui aurait du être le clou du spectacle alors qu'elle l'alourdit au contraire. On pardonnera à Norman Jewison ce petit raté qui clôt cette amusante comédie rocambolesque pleine de gags, de dialogues à double sens et au rythme très soutenu. La comédie des années 60 qui a longtemps été jugée avec mépris, recèle de très nombreuses adorables réussites dont on ne se lasse pas ; The Thrill of it all en fait partie.


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Le film existe en zone 2 au sein d'une copie de bonne qualité, une fois n'est pas coutume !

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Re: Doris Day

Post by Supfiction »

Le script n’était pas machiste bien au contraire. Quelque fut l’épilogue, ce qui compte ce sont les réparties de Doris Day qui ne font aucun doute sur son féminisme et sa contestation du patriarcat (« what’s mine is mine and what’s yours is ours ? »).
Et pourtant quand on évoque l’actrice il est vite fait un raccourci avec un cinéma hollywoodien dit conservateur d’une époque supposé précédant la révolution des moeurs.
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Jeremy Fox
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Re: Doris Day

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Pousse-toi, chérie (Move Over Darling)

Réalisation : Michael Gordon
Avec Doris Day, James Garner, Polly Bergen, Thelma Ritter
Scénario : Hal Kanter & Jack Sher
Photographie : Daniel L. Fapp (DeLuxe 2.35)
Musique : Lionel Newman
Une production 20th Century Fox / Melcher Arcola Productions
USA – 103 mn -1963


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Nicholas Arden (James Garner) décide de se remarier cinq ans jour pour jour après la disparition de sa femme que l'on croyait noyée suite au crash de son avion dans l'océan. Mais voilà qu’Ellen (Doris Day) ‘refait surface’ le jour de la noce, venant d’être retrouvée sur une île déserte où elle s’était réfugiée avec l’autre unique survivant de l'accident qu’elle s’amusait à appeler Adam (Chuck Connors) ! Ellen va alors se rendre à l’hôtel où les nouveaux jeunes mariés doivent se retrouver, pour empêcher que la nuit de noces soit ‘consommée’ et pour que son époux annonce à sa nouvelle femme (Polly Bergen) qu’elle compte bien reprendre sa place. Une fois ce problème à moitié réglé, ça va être au tour de l’homme d’éprouver une forte jalousie en se mettant à imaginer ce qui a bien pu se passer durant ce long laps de temps entre son épouse et son bellâtre d’Adam !!!

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Le jour même de son second mariage, un homme voit réapparaitre sa première femme qu’il croyait morte noyée suite au crash en pleine mer de l’avion où elle avait pris place voilà cinq ans de ça. Leurs retrouvailles ayant donc lieu comme par hasard le jour de ces nouvelles noces, la ‘ressuscitée’ va tout faire pour récupérer son époux mais avant ça empêcher que ce nouveau mariage ne soit ‘consommé’. Dans le même temps, apprenant que sa première femme a vécu sur une ile déserte pendant ses cinq ans ‘d’absence’ en compagnie d’un autre naufragé, c’est au tour du mari ‘bigame malgré lui’ de se retourner les sangs, s’imaginant tout ce qui a pu se passer sur ce lieu isolé entre les deux rescapés, d’autant que cet homme très viril avait été surnommé Adam… A la lecture de ce pitch, on se rend bien compte que les éléments humoristiques et les quiproquos sont bien en place et que, bien écrit, bien dirigé et bien interprété, ce 'package' cocasse pourrait facilement donner lieu à une comédie de situations vaudevillesques tout à fait réjouissante. Et bien, c’est à peu près le cas !

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Issu d’une famille aisée, Michael Gordon fut d’abord acteur de théâtre avant de passer à la réalisation au début des années 40. D’un tempérament ‘humaniste’, homme cultivé et très sympathique selon les dires, il fit un film sur le problème de l’euthanasie (An Act of Murder), quelques séries noires et enfin une adaptation du Cyrano d’Edmond Rostand avec José Ferrer. Porté sur une des premières listes édictées par le sénateur McCarthy, victime de la chasse aux sorcières, il dut pour cette raison arrêter sa carrière durant presque une décennie entre 1951 et 1959. Cette année là, grâce au producteur Ross Hunter qui l’accueillera au studio Universal après qu’il ait dû faire acte de contrition, ce sera un retour triomphal puisqu’il se fera par l’intermédiaire de l’énorme succès financier -tout comme ce sera le cas pour sa chanson-titre- de Confidences sur l’oreiller (Pillow Talk) avec l’inénarrable et irrésistible duo composé pour la première fois par Rock Hudson et Doris Day. Aucun de ses films suivants ne renouvellera ce niveau de réussite, pas même ce Move Over Darling qui nous concerne ici, toujours avec Doris Day qui a cette fois pour partenaire un James Garner souvent hilarant.

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Si Move Over Darling ne vous dit strictement rien, vous en avez néanmoins très probablement tous entendu parler un jour ou l’autre sans le savoir puisque il s’agit non moins que du projet repris à la suite du film inachevé de George Cukor avec Marilyn Monroe, Something’s got to Give, dans lequel on pouvait voir la comédienne nue au bord d’une piscine ; les amateurs de Doris Day ne pourront que regretter que cette séquence n’ait pas été reprise dans la nouvelle version. Marilyn décédée avant la fin du tournage, ses partenaires Dean Martin et Cyd Charisse refusèrent de poursuivre et le film s’arrêta, les quelques séquences tournées étant devenus cultes et toujours facilement visibles. L’année suivante, le casting fut entièrement revu et le scénario légèrement réécrit pour pouvoir s’adapter au tempérament et au jeu d’actrice de Doris Day, totalement différents de ceux de Marilyn. L’intrigue est lointainement inspirée d’un poème de Lord Tennyson, ‘Enoch Arden’, dans lequel un homme supposé mort revient chez lui quelques années plus tard et constate que son épouse est sur le point de se remarier. Ici, la situation est inversée comme c’était déjà le cas dans Too Many Husbands de Wesley Ruggles avec Jean Arthur, Fred MacMurray et Melvyn Douglas ainsi que dans Mon épouse favorite (My Favorite Wife) avec le trio Cary Grant, Irene Dunne et Randolph Scott.

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Move Over Darling est d’ailleurs le remake de ce film RKO de Garson Kanin. A ce propos il y a un très joli hommage/Private Joke à cette comédie durant celle de Michael Gordon, puisqu’à un moment donné Doris Day évoque ce film pour essayer de faire comprendre sa situation ; et pour cause que ces dernières se ressemblent ! L’actrice est ici peu gâtée par les costumes et les coiffures de l’époque qui ne la mettaient plus guère en valeur ; elle n'est pas non plus gênée de casser son image ‘propre sur elle’ en étant d’abord vêtue en marin avant d’être ‘shampouinée’ sous un lavomatic. Quoiqu'il en soit, toujours aussi énergique tout en sachant parfois se rendre émouvante, elle se démène une fois encore avec son dynamisme habituel –au point d’en faire parfois un peu trop-, interprète la très bonne chanson du générique –coécrite par son fils Tony Melcher- ainsi qu’une charmante berceuse à ses craquants enfants dans le film, et est accompagnée par une tripotée de seconds rôles tous plus drôles et cocasses les uns que les autres, Thelma Ritter et Edgar Buchanan en tête.

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Le réalisateur du désopilant Pillow Talk réussit son remake, nous donnant l’occasion d’éclater de rire à de nombreuses reprises notamment lors des scènes de tribunal avec un inénarrable Edgar Buchanan en juge, celles avec les enfants tirant leur fierté d’être les seuls de l’école à avoir une mère morte noyée, celle du massage tonique que donne à Polly Bergen une Doris Day déguisée en infirmière suédoise, ou encore à l’occasion de la séquence au cours de laquelle James Garner imagine l’idylle édénique entre sa femme et le second naufragé -qui n’est autre qu’un Chuck Connors vraiment très drôle- digne précurseur des meilleurs moments des ZAZ. Mais, après Le Piment de la vie (The Thrill of it All), c’est à nouveau James Garner qui se révèle être la meilleure surprise de ce casting, volant la vedette à ses partenaires par son festival d’irrésistibles mimiques et son don pour la comédie qui nous était encore assez méconnu. En revanche, Polly Bergen s’avère totalement en porte à faux, très peu en phase avec le rythme du film, très en deçà de tous les autres comédiens.

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Les amateurs de finesse, d’élégance et de bons mots ne seront certainement pas à la fête d'autant que certaines séquences s'avèrent laborieuses ; les autres ne recherchant qu’à passer deux heures à rire et sourire devant une joyeuse folie ambiante, des situations cocasses, boulevardières et gentiment grivoises devraient pouvoir y trouver leur compte tout en sachant que cette comédie ne saurait égaler certaines autres que Doris Day a précédemment tourné pour la Universal, celles avec Rock Hudson notamment. L’actrice étant toujours une valeur sûre, le film sera cependant l’un des plus gros succès de l’année 1964, la Fox, au bord de la faillite après le catastrophique échec du Cléopâtre de Mankiewicz, pouvant ainsi survivre grâce en partie à cette comédie de Michael Gordon.

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Le film n'existe qu'en zone 1 avec VF mais sans stf. Copie moyenne.

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Jeremy Fox
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Re: Doris Day

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Ne m'envoyez pas de fleurs (Send me no Flowers)

Réalisation : Norman Jewison
Avec Doris Day, Rock Hudson, Tony Randall, Paul Lynde
Scénario : Julius J. Epstein
Photographie : Daniel L. Fapp (Technicolor 1.85)
Musique : Frank De Vol
Une production Universal
USA – 100 mn -1964


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George Kimball (Rock Hudson) est hypocondriaque ; lors d’une de ses innombrables visites à son médecin généraliste (Edward Andrews) il surprend une conversation entre ce dernier et son cardiologue et pense avoir compris -mal à propos- qu'il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. Son but va désormais consister à trouver à son épouse Judy (Doris Day) un honorable futur mari de remplacement sans rien lui avouer ni de son futur décès ni de son idée saugrenue. Il va demander à Arnold Nash (Tony Randall), son meilleur ami et voisin, de lui venir en aide ; leur choix va se porter sur Bert Power (Clint Walker), un ex petit ami à Judy devenu riche magnat du pétrole. Le fait de faciliter ainsi leurs retrouvailles va mettre la puce à l’oreille de Judy qui pense que son mari agit ainsi pour cacher sa propre infidélité…

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"Jamais deux sans trois" est une expression qui ne fonctionne pas à tous les coups et notamment dans le domaine cinématographique. En effet, après deux très belles réussites de la comédie américaine (Confidences sur l’oreiller - Pillow Talk de Michael Gordon et Un Pyjama pour deux - Lover come back de Delbert Mann), ce troisième et dernier film du célèbre duo Doris Day/Rock Hudson s'avère une sacrée déception surtout que l'idée de départ laissait envisager les quiproquos les plus drôles qui soient. Il s’agit de l’adaptation d’un vaudeville de Broadway écrit par le duo Carroll Moore et Norman Barasch qui fut interprété sur scène à la fin des années 60 par le couple David Wayne et Nancy Olson. Le scénario narre les mésaventures cocasses d’un hypocondriaque qui, croyant avoir appris qu’il ne lui restait que quelques jours à vivre, décide de préparer son propre enterrement ainsi et surtout de trouver un mari de remplacement à son épouse adorée ; un époux qui devra être un homme parfait digne de la jeune femme.

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L'histoire est certes amusante et voir Rock Hudson avec une tête à la Droopy tout le long du film vaut déjà largement le déplacement même s'il s’était avéré bien plus convaincant en mufle séducteur tel qu'il les jouait dans les deux opus précédents. Car contrairement à ces derniers basés tous deux sur des postulats de départ très ressemblants et des schémas similaires -un coureur de jupons prenant une autre identité pour faire tomber dans ses bras une femme célibataire (et fière de l’être) qui le déteste- ici le couple est marié et confortablement installé. C’est un tout jeune Norman Jewison qui s’y colle et l’on a du mal à s’imaginer qu’il s’agisse du même homme qui tournera plus tard des films aussi sérieux que Dans la chaleur de la nuit (In the Heat of the Night), F.I.S.T., Rollerball, Justice pour tous (…and Justice for All), Le Kid de Cincinnati ou encore L’Affaire Thomas Crown. Il avait néanmoins avant ça réalisé une comédie très amusante déjà avec Doris Day, Le Piment de la vie (The Thrill of it all), dans lequel James Garner était le partenaire de l’actrice.

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Bien moins réussie se révèle donc être Ne m’envoyez pas des fleurs qui débute cependant par une très sympathique chanson de générique écrite par Burt Bacharach et interprétée par Doris Day. Nous trouvons quand même également deux ou trois séquences franchement hilarantes (le testament enregistré, la découverte par le futur 'mourant' de la nouvelle sensibilité qu'il éprouve vis à vis des choses les plus inanimées, la tentative par Doris Day de réchauffer les ardeurs de son mari pour au final, par vengeance, le laisser choir au moment de passer à l'acte...) et le panel de seconds rôles de cette comédie vaut aussi le détour, que ce soit Paul Lynde dans le rôle d’un concessionnaire de cimetière enthousiaste à l’idée de voir ses futurs clients entrer dans sa boutique, Hal March dans celui d’un avocat spécialisé dans les divorces et qui ne perd aucune occasion de profiter de la nouvelle solitude de ses clientes, ou encore Edward Andrews dans celui du médecin généraliste qui pense que tous les spécialistes sont des fumistes. Heureusement qu’ils sont de la partie car que ce soit Tony Randall ou Doris Day, ils auront rarement été aussi pénibles. Beaucoup de paramètres qui auraient pu nous faire penser qu'ils pourraient faire aboutir à une comédie hilarante mais l'ensemble n'est pas aidé ni par une mise en scène qui ne fait pas dans la dentelle (elle se révèle même souvent assez laide dans ses effets), ni par la musique pachydermique de Frank De Vol.

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Ce troisième et dernier volet de l’informelle trilogie Day/Hudson est réputé pour être le moins bon et je le confirme à l'occasion de cette chronique. Avec un peu d’indulgence et de patience on pourrait dire qu’on ne s'y ennuie pas franchement mais nous ne nous surprenons pas souvent non plus à rire aux éclats et c'est bien dommage. Une comédie ratée et qui n’arrive jamais vraiment à décoller faute à un scénario poussif, à un rythme laborieux et à des comédiens en roue libre qui surjouent presque constamment pour tenter de donner du tonus à l’ensemble. Doris Day disait justement que cette fois la vedette principale était uniquement Rock Hudson et il est vrai que son personnage est beaucoup plus mis en avant que celui de son épouse. Mais le comédien n’aimait pas du tout le film et on peut le comprendre, lui qui jouera dans de très nombreuses bien meilleures comédies durant cette même décennie, outre les deux précédentes avec Doris Day les délicieuses Le Sport favori de l’homme (Man's Favorite Sport) de Howard Hawks ou encore Le Rendez-vous de septembre (Come September) de Robert Mulligan.


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Le film existe en zone 2 avec VF et VOST. Copie pas bien fameuse.

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Re: Doris Day

Post by Max Schreck »

Jeremy Fox wrote: Si Move Over Darling ne vous dit strictement rien, vous en avez néanmoins très probablement tous entendu parler un jour ou l’autre sans le savoir puisque il s’agit non moins que du projet repris à la suite du film inachevé de George Cukor avec Marilyn Monroe, Something’s got to Give, dans lequel on pouvait voir la comédienne nue au bord d’une piscine ; les amateurs de Doris Day ne pourront que regretter que cette séquence n’ait pas été reprise dans la nouvelle version.
Naughty boy.
Et je me disais bien que cette histoire me rappelait quelque chose. Du peu qu'on en devinait, le script de la version Cukor paraissait bien tordu et on ne saura jamais si ça aurait donné un bon film.
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Re: Doris Day

Post by Supfiction »

Ce que j’en disais à l’époque :
Supfiction wrote:Image
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8ème film de Doris visionné hier dans une copie médiocre sans sous-titres.
Move over Darling :
Une femme rentre chez elle après avoir été déclarée disparue depuis 5 ans. Son mari s'est remarié le jour même. Elle s'approche de ses enfants au bord de la piscine mais ceux-ci bien sûr ne la reconnaissent pas...
ça vous dit quelque-chose (non, pas La cuisine au beurre) ?
Je n'avais rien lu sur le film jusqu'à ce que je découvre la scène de la piscine. Là j'ai eu un flash. :shock: Les admirateurs de Marilyn comme moi, verront ce que je veux dire.
Something's Got to Give fut abandonné puis repris et confié à un tout nouveau casting beaucoup moins prestigieux.
Ainsi lors des premières scènes de Doris Day dans Move over Darling, on ne peut s'empêcher de penser à Marilyn et cela trouble beaucoup, Doris Day apparaissant comme une remplaçante.
Mais plus le film avance plus l'énergie et le charme de Doris Day emporte le morceau et on en vient à se demander comment Marilyn Monroe aurait bien pu jouer ces scènes tant elles semblent faites pour Doris Day! De fait, on se dit que le film n'aurait pas pu être tel-quel avec Marilyn. Quel homme aurait pu la repousser pour une autre plus d'une minute ? .. ce rôle en tous cas aurait été aux antipodes de tout ce que Marilyn avait fait jusque là. Un vrai ratage ou une nouvelle carrière.

Pour en avoir le coeur net, je viens de regarder dans la foulée Something's Got to Give, enfin ce qui existe. Même histoire mais interprêtation radicalement differente, tant de Marilyn que de Dino, donnant au film un côté beaucoup plus glamour que screwball.

Le plus flagrant est la scène de l'infirmière suédoise ! Visiblement Doris et Marilyn n'ont pas la même vision de la suédoise. Celle de Doris étant vraisemblablement bien plus proche de la réalité, accent à l'appui, alors que Marilyn interprète la suédoise fantasmée sortie directement d'une pub Dunlopilo :roll: (ou d'une imitation de Greta Garbo, au choix).


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On peut donc dire que Something's Got to Give et Move over Darling sont deux films différents, au regard de leurs interprètes. George Cukor, avant de virer Marilyn, trouvait d'ailleurs que le film déviait trop du film original (Mon épouse favorite). Et il avait surement raison sur ce point. En ce sens Move over Darling est sans doute beaucoup plus proche de My favorite wife que ne l'aurait été Something's Got to Give.. avec Marilyn, tout prenant un sens different :oops:

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Move over Darling est donc un film très agréable en dépit d'un casting revu à la baisse (seule rescapée, Thelma Ritter). James Garner est loin d'avoir le charme de Dean Martin mais néanmoins il se débrouille assez bien et évite d'en faire trop. En revanche le rôle de la nouvelle épouse est très faiblard. Il fallait bien Cyd Charisse, magnifique, face à Marilyn. Mais là en face de Doris, l'actrice ne tient pas la comparaison.

Move over Darling est au final une bonne comédie "conjugale" qui semble avoir été écrite pour Doris !
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Re: Doris Day

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Ne pas déranger (Do not Disturb)

Réalisation : Ralph Levy
Avec Doris Day, Rod Taylor, Hermione Baddeley, Sergio Fantoni
Scénario : Milt Rosen & Richard L. Breen
Photographie : Leon Shamroy (DeLuxe 2.35)
Musique : Lionel Newman
Un film produit par Martin Melcher & Aaron Rosenberg pour la 20th Century Fox
USA – 100 mn -1965


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Pour le travail de Mike (Rod Taylor), patron d'une manufacture de laine, un couple de riches américains vient habiter dans un appartement en plein centre de Londres. Janet (Doris Day), pensant faire plaisir à son époux, achète sans le lui dire une maison à la campagne dans le Kent. Les trajets lui faisant perdre du temps, Mike préfère alors parfois rester dormir en ville. Janet imaginant qu’il a une liaison avec sa secrétaire suite aux dires de sa propriétaire qui les a vu ensemble au restaurant, décide pour le ramener au foyer de le rendre jaloux en lui faisant croire qu’elle a un amant en la personne d’un antiquaire qui l’emmène même faire des emplettes à Paris. On imagine aisément les quiproquos qui vont s’ensuivre…

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Une intrigue vaudevillesque traditionnelle qui aurait pu donner lieu à une comédie très amusante comme de nombreuses précédemment tournées par l'actrice depuis quelques années (Confidences sur l’Oreiller - Pillow Talk ; Un Pyjama pour deux - Lover Come Back ; Ne Mangez pas les Marguerites - Please don’t Eat the Daisies…) sauf que Do not Disturb confirme au contraire le déclin qualitatif de sa filmographie après le déjà moyen Ne m’envoyez pas de Fleurs (Send me no Flowers) de Norman Jewison. A l’actif de la star féminine encore la mieux payée de l’époque, il est bon de savoir que Doris Day n’était pas dupe de la médiocrité de sa fin de carrière cinématographique, l’avouant même très clairement dans son autobiographie parue en 1975 : elle écrivait alors que, concernant Do not Disturb, il s’agissait d’un de ses films qu’elle ne voulait pas forcément faire au vu du faible potentiel détecté mais qu’elle était obligé d’accepter contractuellement ‘faute’ à son manager de mari Martin Melcher qui signait pour elle sans rien lui dire. Malgré son manque d’enthousiasme pour différents projets, elle fera toujours preuve d’un formidable professionnalisme, se donnant à fond même pour les scénarios qui ne lui inspiraient que moyennement comme c'était en l’occurrence le cas.

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Ralph Levy -qui n’aura durant toute sa carrière réalisé que deux films pour le cinéma, tournant sinon exclusivement pour le petit écran- est un metteur en scène sans idées, sans aucun sens du timing et incapable de diriger ses comédiens qui sont ici presque tous en roue libre, la plupart du temps bien trop livrés à eux-mêmes ; il s'agit avant tout d'un 'One Woman Show' Doris Day, la comédienne cabotinant comme ce n'est pas permis, nous livrant un véritable festival de grimaces et mimiques diverses, le summum étant atteint lors de la trop longue séquence d’ébriété qui en devient presque gênante. Ceux qui découvriraient la fabuleuse actrice/chanteuse avec ce film auraient peu de chance d'apprécier ni son talent, ni son charme même s’il leur faudrait se rendre à nouveau à l’évidence quant à son étonnant abattage : son dynamisme est une fois encore de la partie et parvient à faire sortir des tréfonds cette comédie lourde et poussive qui sans elle aurait été quasiment irregardable si ce n'est pour son kitsch absolu ; en effet la reconstitution parisienne à mi parcours pourrait faire passer celle d'Un Américain à Paris de Vincente Minnelli pour du réalisme documentaire !!! Il faut dire que la direction artistique n’a pas été très inspirée sur le coup mais qu'à postériori ça en devient amusant.

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Malgré de plaisantes prestations de Hermione Baddeley et de Regnald Gardiner pour sa dernière apparition à l’écran, on ne peut pas dire que quelconque second rôle ait été vraiment marquant ; il en va de même pour le nouveau partenaire de Doris Day puisque Rod Taylor a du mal à convaincre et qu'il ne parvient pas à prouver ici qu’il pourrait posséder un talent comique égal à celui d'un Rock Hudson, d’un Cary Grant ou d’un James Garner. Il faut dire que les comédiens ne sont guère aidés par un scénario et des dialogues médiocres –n’est pas Stanley Shapiro qui veut- qui ne nous auront laissé qu’une amusante première demi-heure ayant d'ailleurs beaucoup de points communs avec le très sympathique Ne mangez pas les marguerites de Charles Walters. Nous aurons souri avec l’arrivée impromptue de quelques animaux peu communs dans la villa du couple et surtout grâce à une excellente scène de ménage entre Rod Taylor et Doris Day, cette dernière prouvant être parfaitement rodée pour ce genre de séquences. A partir du moment ou Doris Day et le fadasse Sergio Fantoni se rendent à Paris, la comédie burlesque sombre dans un vaudeville essoufflé, peu drôle ni captivant, et surtout sans rythme.

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On retiendra aussi quand même un générique cartoon pas désagréable accompagné par la chanson titre par Doris herself, un gag déjà vu par ailleurs dans Move Over Darling mais qui fait toujours son effet, le private joke sur le fait de demander au personnage principal si elle connait ou non Rock Hudson et Cary Grant, ou encore des portraits parodiques assez drôle des citoyens anglais. On aura certes souri à plusieurs reprises mais l’ensemble nous aura néanmoins paru bien laborieux, se trainant lamentablement et brassant beaucoup de vent. Il faut bien l’avouer, les meilleures films de Doris Day sont désormais loin derrière ; on se souviendra cependant longtemps de son apparition en robe orange lamée et dos nus lors de la séquence de réception sur la fin. Bref, à mon humble avis, on peut passer sans problèmes sur ce film anodin ; des comédies américaines plus drôles et plus réussies, on en trouve à la pelle !

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Le film est sorti en zone 1 dans un DVD avec sous titres français. Copie plutôt pas trop mal.

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Re: Doris Day

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Max Schreck
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Re: Doris Day

Post by Max Schreck »

J'apprends en lisant (l'excellent) Telegraph avenue de Michael Chabon l'existence de l'expression "Doris Day Spot" pour parler d'une place de parking miraculeusement bien située et disponible. C'est certes une convention cinématographique que les personnages aient rarement à tourner dans le quartier avant de pouvoir se garer, mais je trouve ça amusant que Day y soit associée.
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Jeremy Fox
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Re: Doris Day

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35
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La Blonde défie le FBI (The Glass Bottom Boat)

Réalisation : Frank Tashlin
Avec Doris Day, Rod Taylor, Arthur Godfrey, John McGiver
Scénario : Everet Freeman
Photographie : Leon Shamroy (Metrocolor 2.35)
Musique : Frank DeVol
Un film produit par Martin Melcher & Everett Freeman pour la MGM
USA – 105 mn -1966


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La semaine, Jennifer Nelson (Doris Day) travaille dans un grand laboratoire de recherche spatiale pas loin de Los Angeles ; le Week-end, elle se déguise en sirène pour amuser les touristes ayant pris place dans le ‘Glass Bottom Boat’ de son père au large des îles Catalina. Sa queue va se prendre dans l’hameçon d’un riche pêcheur exerçant son loisir à bord de son yacht. Quelle n’est pas sa surprise lors qu’un peu plus tard elle se rend compte que cet homme qu’elle a malmené n’est autre que Bruce Templeton (Rod Taylor), le PDG de la société où elle est employée. Bruce tombe sous le charme de la jeune femme et, apprenant sa passion pour l’écriture, lui propose de se charger de sa biographie, lui qui vient d’inventer une nouvelle fusée révolutionnaire. Seulement les proches du grand patron ainsi que des hommes suspicieux de la CIA sont persuadés que Jennifer est une infiltrée, espionne pour Moscou. Les quiproquos vont bien évidemment s’enchainer…

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L’on sait parfaitement bien que la réception et l’appréciation de telle ou telle forme d’humour est une des choses les plus subjectives qui soit. Chacun ne pouvant être réceptif à toutes sortes de gags ou situations comiques et même si je reconnais volontiers au cinéaste bien des qualités surtout dans ses œuvres des années 50, la flatteuse réputation de Frank Tashlin en France m’a pourtant toujours laissé assez dubitatif, trouvant non seulement la plupart de ses films souvent pas très drôles, mais également -et même parmi les plus réputés- mal rythmés et totalement médiocres dans leurs mises en scène.

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Cartooniste pour la Warner (sur Bugs Bunny entre autres) aux côtés de Tex Avery, Chuck Jones ou Bob Clampett, puis gagman pour Bob Hope ou Red Skelton, Frank Tashlin vint tout naturellement à la mise en scène, entama une fructueuse collaboration avec Jerry Lewis et son style fut admiré par certains intellectuels français, Jean-Luc Godard ayant été son défenseur le plus fervent. Il faut reconnaitre que le réalisateur osa les gags les plus culottés et extravagants, utilisa le Technicolor le plus 'jouissivement' kitsch et écrivit des scénarios parmi les plus fous et débridés qui se virent à l'époque au cinéma ; ainsi fut-il en quelque sorte le précurseur des rois de la parodie outrancière, les Mel Brooks ou ZAZ (les créateurs des séries Y-a-t’il... un pilote ou un flic), même si sa filmographie fut finalement pour le moins très inégale, la plupart de ses dernières réalisations se révélant même calamiteuses. La Blonde défie le FBI est là pour nous le prouver, Tashlin pouvant se ‘targuer’ d’avoir réalisé le plus mauvais film avec Doris Day, comédienne qui mettra fin à sa carrière cinématographique peu de temps après, la plupart de ce qu’elle tourna durant cette période lui ayant été imposé par son producteur et époux malgré ses grandes réticences à l’encontre de la bêtise des scénarios. Et elle n'avait pas forcément tort !

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Le postulat de départ de The Glass Bottom Boat –titre incompréhensible puisqu'il ne concerne que les 5 premières minutes du film ; le français l'étant tout autant puisqu'en fait de FBI il s'agit de la CIA)-, aussi idiot soit-il, laissait pourtant présager une parodie jubilatoire des films d’espionnage qui pullulaient à l’époque ou tout du moins une comédie totalement déjantée avec ses protagonistes tous plus crétins les uns que les autres. Elle l’est certes dans ses situations mais le tout est si paresseusement écrit et mis en scène que le temps semble très long à son visionnage. Certes quelques gags surnagent ici et là mais au milieu d’un ensemble souvent plus que laborieux et à vrai dire totalement indigeste ! Ce qui n’empêcha pas le film d’être l’un des trois plus gros hits de la Metro Goldwin Mayer en cette année 1966 ; il faut dire que son casting était assez bien fourni en guise d’acteurs comiques, de Dom DeLuise à Paul Lynde, de Edward Andrews à George Tobias… jusqu’à l’aspirateur fou... qui se révèle vite fatiguant : "les plaisanteries les plus courtes"...

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On sera néanmoins reconnaissant à Doris Day d’avoir joué le jeu à fond, arrivant à rendre quelques situations assez amusantes grâce à son dynamisme, mais le couple qu’elle forme pour la deuxième fois avec Rod Taylor ne fonctionne à nouveau absolument pas. On appréciera également quelques Private Jokes (l’apparition de Robert ‘Napoleon Solo’ Vaughn ; la reprise par Doris Day de la fameuse chanson ‘Que sera sera’, la réutilisation du couple infernal de Ma sorcière bien aimé interprété par Alice Pierce et George Tobias…) ; pour le reste, le film s’avère se trainer lamentablement, être plus stupide que drôle et être aussi mou dans son rythme que plat dans son esthétique… et pour tout dire plus que pénible à l’image de la musique de Frank De Vol. Nous sommes loin des grands splasticks auquel le film aurait voulu sans cesse faire référence, le tout tombant souvent à plat. Caprice, le film suivant qu’il tournera à nouveau avec Doris Day, sera un peu plus réussi, abordant lui aussi l'espionnage mais sur un ton plus apaisé. Nous en reparlerons très vite !

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Le film existe en zone 2 notamment au sein du coffret métal Doris Day. Très belle copie, VF et VOST

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Re: Doris Day

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36
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Opération Caprice (Caprice)

Réalisation : Frank Tashlin
Avec Doris Day, Richard Harris, Ray Walston, Jack Krueschen
Scénario : John Kohn & Frank Tashlin
Photographie : Leon Shamroy (Deluxe 2.35)
Musique : Frank De Vol
Un film produit par Martin Melcher & Aaron Rosenberg pour la 20th Century Fox
USA – 97 mn -1966


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Pat Fowler (Doris Day) travaille en tant qu’espionne pour Sir Jason Fox (Edward Mulhare), le manager d’une grosse entreprise de cosmétique. Pour qu’elle puisse s’infiltrer au sein de la plus grosse compagnie concurrente dont un ingénieur semble avoir trouvé la formule miracle pour un spray qui empêcherait que les cheveux se mouillent dans l'eau (sic!), on fait croire à son arrestation pour avoir trahi son patron en vendant quelques secrets industriels. Dans le même temps, Pat cherche à découvrir l’identité de l’assassin de son père qui était lui-même agent secret. Impliqué aussi dans cette affaire, l’agent double Christopher White (Richard Harris) qui tente de séduire la jolie espionne…

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Une course poursuite à la recherche d’une formule secrète censée mettre en production un spray qui empêcherait que les cheveux se mouillent dans l'eau ! Si nous ne connaissions pas Frank Tashlin, à la simple lecture de ce pitch nous aurions néanmoins compris d’emblée que nous nous trouvions devant un pastiche. Et effectivement, il s’agit d’une histoire expressément abracadabrante et embrouillée pour une parodie de film d'espionnage à la James Bond ma foi plutôt plaisante : des innombrables points communs avec les 007 des sixties, l’on peut noter l'aspect plastique, les décors intérieurs et extérieurs -entre autres le jet privé du PDG ; les montagnes enneigées...-, la photo, les costumes flashy, le background pop-art, les starlettes finement vêtues et la belle partition de Frank de Vol louchant avec un certain talent vers John Barry à qui il rend par la même occasion un bel hommage.

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Contrairement au fastidieux et ennuyeux La Blonde défie le FBI (The Glass Bottom Boat) que Frank tashlin avait réalisé l’année précédente avec le duo Doris Day/Rod Taylor, le ton de Opération Caprice est beaucoup plus apaisé et ne lorgne pas constamment vers le ‘burlesque cartoonesque'. Le film s’avère au contraire être une comédie d'espionnage parfois romantique, l’humour et un 'certain' sérieux n’arrêtant pas de se succéder. Alors si évidemment les auteurs semblent ne pas toujours savoir sur quel pied danser, au vu de la calamiteuse réputation du film, de son éreintement par la critique de l’époque et du mépris que lui portent les deux comédiens principaux n’ayant pas hésité tous deux à dire l’avoir détesté, nous pouvions très logiquement nous attendre au pire. Au final, sans évidemment qu’il ne casse trois pattes à un canard, le film de Tashlin m'aura agréablement surpris.

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On ne rit certes quasiment jamais à gorge déployée mais certaines séquences se révèlent néanmoins assez drôles : celle de la tentative de 'coupage' d'une mèche de cheveu qui met Doris Day dans une situation très délicate, suspendue au-dessus du vide ; celle hilarante du restaurant avec les micros cachés dans le sucre, notre espionne préférée l’ayant remarqué et faisant expressément grincer les oreilles de ceux qui l’ont mis sur écoute en se délectant à faire divers bruits insupportables comme le ‘croquage’ de chips, le pétillement d’un cachet effervescent… ; la scène au cinéma avec Michael J. Pollard dans une salle projetant… Caprice avec Doris Day et Richard Harris… Certaines séquences d'action comme celles à ski sont plutôt bien menées, les extérieurs et le format scope sont bien utilisés et certaines idées vraiment bien trouvées. Quant à Richard Harris, il se révèle ma foi fort drôle et forme avec Doris Day un couple qui fonctionne pas mal du tout. Si tous deux n’apprécièrent pas du tout le résultat, ils s’entendirent à merveille sur le tournage et l’acteur se plaisait à dire par la suite qu’il avait plus appris sur la comédie avec Doris Day que durant ses quatre années passées à la Royal Academy ("I learned more about comedy from Doris Day, than four years at the Royal Academy").

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Avec une voix plus grave qu'à l'accoutumé et un jeu d’une rare sobriété dans le domaine de la comédie, l'actrice de 42 ans s'en sort relativement bien dans ce registre inhabituel d'autant que, une fois n’est pas coutume, elle est superbement mise en valeur par le coiffeur, le maquilleur et surtout le costumier Ray Aghayan qui s'en est donné à cœur joie, la garde-robe qu’il lui a confectionné étant absolument sublime, le chef opérateur en jouant avec grand talent, l’aspect plastique du film étant d’ailleurs assez recherché comme aussi par exemple dans la séquence de tournage d’un spot publicitaire au cours de laquelle les décors et costumes sont tous en noir et blanc. Même pour ceux qui pourraient trouver le film idiot, il leur faut donc savoir qu’il s’agit d’un véritable régal pour les yeux, bien plus que recherché dans le domaine du design que The Glass Bottom Boat.

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Pour le reste, pas grand-chose à en dire ; ça reste assez banal, inutilement compliqué et moins réussi que les tentatives similaires de Stanley Donen au début des 60’s (Arabesque ou Charade) mais néanmoins relativement agréable à suivre. Contrairement à la presse, le film a bien fonctionné sur les fans qui n'ont pas été aussi déçus. Pour compléter ce court avis et pour avoir une autre description de ce à quoi ressemble le film, voici ce qu’en écrivait George Morris dans son livre sur la comédienne : “Caprice is a grotesque exaggeration of her mid-sixties image. She lowers the newspaper she is reading to reveal a platinum-haired mannequin with enormous dark glasses where her eyes should be. She is a walking advertisement for vinyl in her black and white chequered coat, gold dress and hat. Day’s wax-like makeup completes the image of an artifact exhumed for public display. The actress has never had a role that required so much physical exertion. She falls out of a balcony of a movie theater, dangles from precipices, slides down mountain sides and is repeatedly shot at during an excitingly filmed ski chase.” Enfin pour l’anecdote, il est bon de savoir que ce fut le dernier film tourné en cinémascope.

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Le film est sorti en zone 1 au sein d'une somptueuse copie avec VF mais malheureusement sans sous titres français


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Re: Doris Day

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37
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Le Ranch de l’injustice (The Ballad of Josie - 1966) de Andrew V. McLaglen
UNIVERSAL


Avec Doris Day, Peter Graves, George Kennedy, Andy Devine
Scénario : Harold Swanton
Musique : Frank De Vol
Photographie : Milton R. Krasner (Technicolor 2.35)
Un film produit par Norman McDonnell pour la Universal
USA – 102 mn -1967


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1890. Josie Minick (Doris Day) vient de tuer accidentellement son mari rentré chez lui ivre mort. La jeune femme passe en procès ; elle évite l'emprisonnement mais à son grand désespoir l’on prend la décision de mettre son fils âgé de 8 ans en tutelle chez son grand-père paternel. Arch Ogden (George Kennedy), l’éleveur qui fut le juré le plus acharné à vouloir mettre Josie en prison, veut se racheter en lui proposant d’acheter le lopin de terre dont elle vient d’hériter et sur lequel se trouve un ranch abandonné. Josie refuse et pense même habiter en ces lieux. Finalement découragé par tout le travail à accomplir, elle préfère revenir en ville trouver un emploi. Ses différents essais ne sont guère concluants et elle a désormais pour idée de faire de l’élevage de mouton sans l’aide d’aucun homme ; ce qui bien évidemment met le feu aux poudres dans une région qui ne jure que par les bovins. Arch se prépare à combattre la femme qui s’avère aussi têtue que lui. Elle va recevoir de l’aide de Jason Meredith (Peter Graves) qui n’est pas insensible aux charmes de la jolie veuve. Vient se greffer sur cette guerre des éleveurs une volonté de la part du Wyoming d’intégrer les États-Unis ; ce qui ne pourra pas se faire sans le vote des femmes qu’il va falloir se mettre dans la poche. Le combat de Josie vient bouleverser tous ces plans…

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The Ballad of Josie -totalement méconnu en notre contrée- est le cinquième western de Andrew V. McLaglen, le précédent étant Rancho Bravo (The Rare Breed), marivaudage laborieux avec James Stewart et Maureen O’Hara et premier ratage du cinéaste dans le genre après nous avoir offert de prometteurs Gun the Man Down, Le Grand McLintock (McLintock!) et surtout le très beau et très fordien Shenandoah (Les Prairies de l’honneur). Avec The Ballad of Josie, on arrive à trois westerns humoristiques sur cinq, seul McLintock! réussissant ce difficile mélange comédie et western grâce notamment à un scénariste beaucoup plus chevronné que les deux suivants -issus de la TV-, l’immense James Edward Grant, éternel complice de John Wayne. Concernant le film dont il est question ici, le Duke avait d’ailleurs été pressenti pour donner la réplique à Doris Day qui arrivait alors sans encore le savoir à la fin de sa carrière cinématographique, seuls deux autres longs métrages allant suivre. Malheureusement -et pour nous spectateurs aussi- la rencontre ne s’est pas faite malgré une forte envie de part et d’autre.

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A la place de John Wayne, un Peter Graves -le Jim Phelps de la série Mission impossible- finalement très convaincant, tout comme George Kennedy qui interprète l’autre personnage masculin principal. C’est d’ailleurs grâce aux comédiens qui l’ont entourés sur le plateau que Doris Day gardera un très bon souvenir du tournage, elle qui n’était pas du tout enchantée de faire ce film mais qui accepta de s'y engager pour son époux et producteur Martin Melcher qui avait estimé que ce serait bien pour sa carrière et qui avait déjà signé le contrat. Comme à son habitude, elle entrera dans le rôle avec un grand professionnalisme même s’il lui manque cette étincelle qui faisait tout le sel de sa prestation inoubliable de Calamity Jane (La Belle du Far-West) quatorze ans plus tôt. Dans ce western humoristique elle tenait déjà le rôle d’une femme forte et indépendante dans l’Ouest sauvage. En 1958, George Marshall réalisait un western rythmé, détendu et plein de fantaisie avec pour toile de fond la guerre entre éleveurs d’ovins et de bovins, le très sympathique La Vallée de la poudre (The Sheepman) avec Glenn Ford et Shirley MacLaine. Le Ranch de l’injustice reprend un peu de ces deux films, mélange de western féministe –avec cette femme indépendante décidant de prendre en charge son destin sans quelconque aide masculine- et d’intrigue sur fond de discordes entre éleveurs de boeufs et de moutons. Sauf que contrairement au premier il ne s’agit cette fois pas d’un western musical -faute de goût et déception au bout du compte pour les fans, même la chanson-titre du générique n’est pas interprétée par Doris Day mais par Ronnie Dante- et qu’à l’inverse du second, l’ensemble se révèle plus laborieux que savoureux.

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Certes, Le Grand McLintock n’était pas d'une grande subtilité, et pourtant il se suivait avec un constant sourire aux lèvres tellement l’entourage de John Wayne et l'équipe dans son ensemble paraissaient s'être pris au jeu, les acteurs semblant s'être amusés comme des petits fous, leur bonne humeur s'étant avéré vite communicative. Quant au cinéaste, il filmait le tout avec efficacité et vitalité. Ce n’était plus du tout le cas concernant Rancho Bravo, le divertissement ne se révélant plus vraiment amusant mais au contraire assez sinistre ; si The Ballad of Josie l’est un peu moins c’est surtout grâce à un casting de premier ordre. Mais là -McLintock!- où l'on s’amusait, emportés par la vitalité de l’ensemble, on se prend au contraire ici à trouver le temps long faute à un scénario guère captivant -l’auteur n’ayant quasiment travaillé que pour la télévision, le format court étant certainement plus compatible avec ses possibilités- et à une mise en scène assez indigente excepté à deux trois occasions au cours desquelles McLaglen retrouve le lyrisme qui prévalait souvent dans Shenandoah et notamment lorsqu’il se met à filmer en extérieurs dans les paysages vallonnés et verdoyants où va se dérouler le conflit entre les deux éleveurs que sont George Kennedy et Doris Day.

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On peut également trouver un certain intérêt dans la sous intrigue politique qui narre la tentative de l’état du Wyoming d’intégrer les USA ainsi que par son côté western féministe défendant les droits de la femme, même si la dernière image vient brutalement balayer ces bonnes intentions, Josie jetant ses jeans dans le feu de cheminée comme pour dire qu’une femme devrait se trouver un époux, rester derrière ses fourneaux et ne pas se mêler du travail des hommes. Autre côté sympathique du film outre ses comédiens –en plus des trois têtes d'affiche on a le plaisir de retrouver non moins que des dizaines de 'célèbres' seconds rôles tels Andy Devine pour sa dernière apparition à l’écran, mais aussi William Talman, David Hartman, Elizabeth Fraser, Paul Fix, Don Stroud, Harry Carey Jr- le fait qu’il n’y ait aucun mort hormis le mari volage au tout début (une mort très ‘splastickienne’ d’ailleurs) ni quasiment aucune violence, le personnage de Josie préférant arrêter le combat lorsqu'elle s'aperçoit qu'il pourrait causer morts, destructions et empêchement pour le Wyoming de faire partie des États-Unis.

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Un western gentillet et très anachronique en ce début d’année 1967 -il n’est d’ailleurs sorti qu’en double-programme avec La Symphonie des héros (Counterpoint) de Ralph Nelson-, aux effets comiques un peu lourds et ne bénéficiant pas d’un scénario spécialement passionnant malgré quelques bonnes idées et intentions. ‘Le cul entre deux chaises’, ayant du mal à louvoyer entre burlesque et grand sérieux, The Ballad of Josie est un film très bancal qui, même s’il pourra faire passer un agréable moment grâce aux acteurs et à de beaux paysages, s’avère objectivement bien médiocre. Doris Day le décrivait d’ailleurs de la sorte : "Nothing more than a second-rate television western that required me to get up at four-thirty every morning."

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Le film est trouvable en zone 2 en Angleterre ; copie correcte mais pas de stf ni de VF.

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Re: Doris Day

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Que faisiez-vous quand les lumières se sont éteintes ? - Where Were You When the Lights Went Out? (1968) de Hy Averback
MGM



Celui-ci, j'ai bien peur de ne jamais le voir mais je lui garde une place au chaud au cas ou... ce qui nous amènera directement très prochainement au dernier film de la comédienne dans le courant de ce mois.
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Re: Doris Day

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Il y a un homme dans le lit de maman (With Six you get Eggroll)

Réalisation : Howard Morris
Avec Doris Day, Brian Keith, Barbara Hershey, Pat Carroll
Scénario : Gwen Bagni, Paul Dubov, Harvey Bullock, R.S. Allen
Photographie : Harry Stradling Jr., Ellsworth Fredericks (Deluxe 2.35)
Musique : Robert Merseyank
Un film produit par Martin Melcher & Aaron Rosenberg pour la 20th Century Fox
USA – 92 mn -1968


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Abby (Doris Day) est une jeune veuve, la quarantaine et trois enfants. Elle a repris l'entreprise de son mari et ne voit pas le temps passer. Sa sœur la pousse cependant à rencontrer d'autres hommes pour refaire sa vie. C'est ainsi qu'elle organise une soirée chez Abby où elle invite Jake (Brian Keith), ayant lui aussi perdu sa compagne et qui a fini d'élever sa grande fille d'une vingtaine d'années (Barbara Hershey). Les deux âmes perdues finissent par se plaire et passer devant monsieur le maire loin de leurs familles respectives afin de ne pas leur donner le choix, chacun des aînés voyant d'un mauvais œil ce remariage. Il va néanmoins falloir vivre avec cette famille recomposée dont le nombre de membres s'élève désormais à six ; ce qui ne va pas s'avérer toujours facile, le choix de la maison à garder étant déjà source de conflits...

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A 46 ans, Doris Day ne savait pas qu'en tournant cette comédie familiale louchant beaucoup sur le jubilatoire Ne Mangez pas des marguerites( Don't Eat the Daisies), elle mettrait un terme à sa carrière cinématographique. Cette année 1968 allait aussi être celle du décès de son époux Martin Melcher qui il faut bien le dire est le seul responsable des choix calamiteux de certains des derniers films tournés par sa femme qui par contrat fût obligée de les accepter malgré son manque de conviction -voire son mépris- pour certains des scénarios proposés dont ceux totalement idiots de Do not Disturb, The Glass Bottom Boat ou encore parait-il celui de son avant dernier, invisible en France depuis des décennies, Que faisiez-vous quand les lumières se sont éteintes ? (Where Were You When the Lights Went Out?) d'un certain de Hy Averback dont l'occasion ne m'a pas été donné de le découvrir. Après la mort de son compagnon qui a quand même dilapidé une bonne partie de la fortune du couple, Doris Day continuera néanmoins sa fulgurante carrière mais cette fois à la télévision avec le Doris Day Show, véritable phénomène aux USA. On peut dire que sa vie privée dans l'ensemble assez malheureuse aura été rattrapée par un succès constant dans sa vie professionnelle aussi bien en tant que chanteuse que comédienne, pouvant ainsi sans problème prendre sa retraite à 50 ans après avoir donné du plaisir à un immense panel de fans.

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Après une suite de films très moyens, pour la plupart des comédies dont plusieurs pastiches de films d'espionnage, Doris Day revient avec With Six you get Eggroll -titre un peu mystérieux repris d'une phrase prononcée par l'un des enfants durant un repas au restaurant- à la comédie familiale, domaine dans lequel l'actrice a toujours excellé, s'y étant déjà illustrée à quelques reprises avec le talent, le dynamisme et la fougue qu'on lui connaît, la meilleure et plus célèbre étant le film de Charles Walters cité en début de chronique avec David Niven comme partenaire masculin principal. Et il n'est pas déplaisant de constater que la comédie de Howard Morris bien qu'assez banale permet à l'actrice de finir sa carrière sur un film tout à fait agréable à défaut d'égaler loin s'en faut les plus grandes réussites dans le genre de la comédie de situations. With Six you get Eggroll narre une histoire d'amour entre un homme et une femme ayant dépassé la quarantaine, désormais seuls mais avec déjà chacun des enfants petits et grands ; les aînés ayant du mal à supporter cette nouvelle situation, la cohabitation sera au départ très difficile mais évidemment, comme dans toute bonne comédie familiale hollywoodienne 'qui se respecte, tout se terminera pour le mieux...

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Une comédie romantique et familiale qui a déjà comme premier atout de nous faire découvrir dans le rôle de la fille possessive de Brian Keith une toute jeune et charmante Barbara Hershey pour sa première apparition au cinéma alors qu'elle n'avait que 20 ans. De plus, alors que Brian Keith est à l'opposé des partenaires de l'actrice ayant composés avec elle des duos souvent irrésistibles (Rock Hudson, Cary Grant, James Garner...), il s'avère tout à fait convaincant, le couple qu'il forme avec Doris Day fonctionnant à merveille, son physique de gros nounours changeant agréablement de l'élégance et de la classe des acteurs précités. Pour l'anecdote, le père de l'acteur, Robert Keith, avait été le partenaire de Doris Day dans le magnifique Young at Heart (Un amour pas comme les autres) de Gordon Douglas. Une comédie qui ne manque pas de faire rire (les deux jeunes enfants -Jimmy Bracken et Richard Steele- sont irrésistibles de 'monstruosité') mais qui n'en oublie pas pour autant l'émotion à travers les situations parfois difficiles provoquées par cette famille recomposée dont les aînés n'arrivent pas à s'entendre, n'ayant pas supporté cette nouvelle organisation familiale, éprouvant chacun du ressentiment envers leurs parents.

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Dommage qu'après plus d''une heure de comédie familiale bon enfant, amusante et sacrément plaisante, les auteurs se sentent obligé de faire sombrer le dernier quart d'heure dans la gaudriole pataude, le réalisateur se révélant parfois assez pachydermique dans sa mise en scène, certains effets s’avérant aujourd'hui très datés (la séquence du mariage par exemple), le rythme s'emballant on ne sait trop pourquoi, le résultat n'étant pas des plus heureux. Mais avant ça nous aurons pu rire du personnage d'obsédée sexuelle interprété par inénarrable Pat Carroll ou encore de celui maladivement jaloux du patron de Fast Food interprété par George Carlin ; sans évidemment oublier la principale intéressée, Doris Day encore en très grande forme. Pours sa dernière apparition sur grand écran, elle force une nouvelle fois la sympathie par son entrain, son charme, sa bonne humeur et et son sourire d'autant plus qu'après Caprice de Frank Tashlin elle est ici superbement mise en valeur par le costumier, le coiffeur et le maquilleur, ce qui n'avait pas toujours été le cas. Et puis ce film finit d’entériner le fait que peu d'autres comédiennes savent être d'un tel naturel et d'une telle vraisemblance face à des enfants.

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La filmographie de Doris Day aura bien évidemment été très inégale mais dans l'ensemble sacrément agréable à suivre et à visionner. Nous retiendrons donc surtout ses premières comédies musicales pour la Warner signées Michael Curtiz (les plus belles étant Romance on the High Seas et I'll See you in my Dreams), le déchirant Young at Heart de Gordon Douglas où elle avait pour partenaire Frank Sinatra, le cultissime et génial The Man who Knew too Much d'Alfred Hitchcock, le jubilatoire Pajama Game de Stanley Donen ainsi enfin que toute une série de comédies parmi les meilleures des années 50/60 : Teacher's Pet de George Seaton ; It Happened to Jane de Richard Quine ; Pillow Talk de Michael Gordon ; Don't Eat the Daisies de Charles Walters ; ainsi enfin que Lover come Back de Delbert Mann. Si le reste est plus aisément oubliable, on trouvera néanmoins dans une grande majorité des autres titres de quoi largement se divertir.

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Le film existe en zone 2 en Angleterre avec vostf et belle copie.

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Re: Doris Day

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Voilà que j'en ai terminé de cette intégrale et en voici le résumé ; en principe, je ne vous embêterais plus avec l'actrice :mrgreen:



1- Romance on the High Seas - Romance à Rio (1948) de Michael Curtiz WARNER 7/10


2- My Dream is yours - Il y a de l'amour dans l'air (1949) de Michael Curtiz WARNER 6.5/10


3- It's a Great Feeling - Les Travailleurs du chapeau de David Butler (1949) WARNER 6.5/10


4- Young Man with a Horn - La Femme aux chimères (1950) de Michael Curtiz WARNER 5.5/10


5- Tea for Two - No, no, Nanette de David Butler (1950) WARNER 6.5/10


6- West Point Story - Les Cadets de West Point de Roy Del Ruth (1950) WARNER 6/10


7- Storm Warning de Stuart Heisler (1951) WARNER 6/10


8- Lullaby of Broadway - Escale à Broadway (1951) de David Butler WARNER 6/10


9- On Moonlight bay - Le Bal du printemps (1951) de Roy Del Ruth WARNER 5.5/10


10- I'll See you in my Dreams - la Femme de mes rêves (1951) de Michael Curtiz WARNER 7/10


11- Starlift(1951) de Roy del Ruth WARNER 6/10


12- The Winning Team (1952) de Lewis Seiler WARNER 5/10


13- April in Paris (1952) de David Butler WARNER 5/10


14- By the Light of the Silvery Moon (1953) de David Butler WARNER 4.5/10


15 - Calamity Jane (1953) de David Butler WARNER 6/10


16- Lucky Me (1954) de Jack Donohue WARNER 5/10


17- Young at Heart (1954) de Gordon Douglas WARNER 7.5/10


18- Love me or Leave me (1955) de Charles Vidor MGM 6.5/10


19- The Man who Knew too much (1956) de Alfred Hitchcock UNIVERSAL 8.5/10


20- Julie (1956) de Andrew L. Stone MGM 4/10


21- Pajama Game (1957) de Stanley Donen WARNER 7.5/10


22- The Tunnel of Love (1958) de Gene Kelly MGM 3.5/10


23- Teacher's Pet (1958) de George Seaton PARAMOUNT 7/10


24- It Happened to Jane (1959) de Richard Quine COLUMBIA 7.5/10


25- Pillow Talk (1959) de Michael Gordon UNIVERSAL 7/10


26- Don't Eat the Daisies (1960) de Charles Walters MGM 7/10


27- Midnight Lace (1960) de David Miller UNIVERSAL 4.5/10


28- Lover Come Back (1961) de Delbert Mann UNIVERSAL 7/10


29 - That Touch of Mink (1962) de Delbert Mann UNIVERSAL 6/10


30 - Billy Rose's Jumbo (1962) de Charles Walters MGM 4.5/10


31 - The Thrill of it all (1963) de Norman Jewison UNIVERSAL 6/10


32- Move over Darling (1963) de Michael Gordon 20TH CENTURY FOX 6/10


33- Send me no Flowers (1964) de Norman Jewison UNIVERSAL 3.5/10


34- Do not Disturb (1965) de Ralph Levy 20TH CENTURY FOX 4/10


35- The Glass Bottom Boat (1966) de Frank Tashlin MGM 2/10


36- Caprice (1966) de Frank Tashlin 20TH CENTUR FOX 5.5/10


37 - The Ballad of Josie (1967) de Andrew V. McLaglen UNIVERSAL 4.5/10


39 - With Six you Get Eggroll (1968) de Howard Morris 20TH CENTURY FOX 6/10