Hiroshi Shimizu (1903-1966)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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Hiroshi Shimizu (1903-1966)

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http://akas.imdb.com/name/nm0793646/

Anma to onna (Une femme et ses masseurs) (Hiroshi Shimizu, 1938) :

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Shimizu revient souvent dans les ouvrages de référence sur le cinéma japonais et ces coffrets Shochiku m'offrent là l'opportunité de découvrir un cinéaste important.

Ce premier film, pris au hasard, me confirme que le bonhomme a un style bien particulier. Il use beaucoup du travelling, le découpe parfois. Il cherche dans ses cadres à trouver des angles forts, englobant les lignes verticales du paysage montagneux, des étroites ruelles du village mais aussi celles des chambres des auberges. Les travellings paraissant comme des contre-points mouvants sur les horizontales, accompagnent et cherchent les personnages. La réalisation propose aussi de longs plans fixes, en scène de théâtre, pour y laisser s'exprimer les comédiens.
J'ai envie de conclure, peut-être hâtivement (c'est mon premier film de Shimizu), que Shimizu accorde une énorme attention à embrasser ses personnages dans une réalisation sereine, attendrie et caressante.

En effet, l'autre point fort du film est la profondeur des relations entre les personnages, quand il ne s'agit pas des scènes de comédie. L'humour qui parsème le film est pour moi un brin ennuyeux, grossier et cruel, en complet décalage avec l'affection dont le film fait preuve à leur égard par ailleurs. Dans les scènes plus graves, le personnage de Michiko jouée par la superbe Mieko Takamine apporte une modernité surprenante. Son personnage de femme en fuite, la tête sur les épaules, dans une position au féminisme implicite navigue en eaux troubles, dans une situation affective émouvante, indécise, finement décrite. Shimizu offre un joli portrait de femme dans un ensemble par moments proche de la farce. Il m'apparait en maître funambule sur ce premier film.
Tutut
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1960)

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Pour ceux qui trouveraient les coffrets Shochiku un peu chers, Criterion sortira le premier le 17 Mars pour moins de 50$.
Alligator
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1960)

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Kanzashi (Ornemental hairpin) (Hiroshi Shimizu, 1941) :

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plus de captures
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Deuxième Shimizu pour mézigue et toujours une découverte progressive, un pas à pas curieux, un mouvement très doux tout le long du film, parfois étonnant, me laissant dans une sorte d'expectative et d'autres fois où une forte émotion vient me serrer la gorge, me saisissant tout net.

D'abord je suis étonné de trouver un début identique à Anma to onna (Une femme et ses masseurs). Il avait introduit ce film là par le trajet de deux masseurs aveugles sur une route forestière au bord d'une rivière, les deux masseurs allant travailler dans des auberges auprès des pélerins venus au village pour les thermes. Ici, on a quasiment le même décors. La forêt parait plus dense, le cadre insistant sur la hauteur des fûtaies. Je me demande si ce n'est pas le même village. La rivière est identique.
Certes ce n'est plus un groupe de masseurs qui marchent mais des femmes, sans doute pour certaines des geishas. D'ailleurs l'héroïne principale, jouée par la subtile Kinuyo Tanaka, a fui Tokyo et un homme qui sans doute l'entretenait. N'y voyez pas malice, mais je suppute, car rien de tout cela n'est explicite. On apprend juste qu'elle ne retrouvera sûrement pas son appartement, que l'homme la recherche et a tout cassé chez elle.

Cette assez courte présentation du personnage est vite abandonnée pour se tourner vers la présentation des clients d'une auberge, tous venus passer l'été à se relaxer avant de retourner à Tokyo : un écrivain volontiers râleur mais au fond bienveillant, un jeune couple de mariés dont l'époux demande continuellement l'avis de sa femme au grand dam de l'écrivain, un jeune homme, joué par Chishu Ryu, accompagné de ses neveux. Ce dernier se blesse au pied en marchant sur un peigne d'ornement que la jeune femme avait fait tomber dans le bassin des thermes. C'est en venant présenter ses excuses et en proposant de l'assister tout le long de sa convalescence qu'elle intègre la petite communauté de l'auberge. Elle tombe vite amoureuse du jeune homme mais reste la question de la réciprocité qui donnera sa solution qu'à la toute fin. Evidemment.

Voilà à peu près résumée l'histoire du film et ses enjeux sentimentaux tournent autour de cette idylle naissante qui fait ressentir la profonde dépendance et la faiblesse de cette jeune femme. C'est peu dire qu'on est du coup à mille lieues d'Anma to onna, c'est l'exact contre-pied tout en traitant finalement le même sujet : la naissance de l'amour et les relations de dépendance affective que cela implique. Dans Anma to onna, la jeune femme était totalement indépendante, ici au contraire, elle se retrouve dans une position des plus inconfortables, moins vis à vis de ses sentiments que de la société d'ailleurs.

Quand j'évoquais au début de ma critique de l'étonnement et de l'expectative c'est aussi pour essayer de définir les sentiments qui m'ont traversé presque tout le long du film. Shimizu en effet intègre son sujet central dans une atmosphère très étrange, difficile à traduire. Mais l'on peut souligner tout d'abord un humour très souvent présent, bon enfant, quelques rares fois un peu trop répétitif. Par exemple avec le mari qui ne peut s'empêcher de demander l'opinion de sa femme et qui devant le regard réprobateur de l'écrivain bafouille de vagues excuses penaudes, c'est drôle les deux premières fois mais au bout de la dixième j'avoue une petite lassitude.
Par contre, et c'est largement ce qu'on retient avant toute chose, Shimizu parvient à créer une ambiance très agréable, une convivialité, pleine d'humanité, de sérénité et de simplicité en proposant dans le détail anecdotique ces tranches de vie qui accompagnent le thème principal. Tous ces petits rôles secondaires décorent le récit. Comme de petites lucioles, ils éclairent de leurs diverses lumières colorées la trajectoire de ce couple indécis. Investissant sur des personnages très humains, non dénués de défauts mais toujours proches les uns des autres, le cinéaste donne à son histoire une sorte d'assise, de soutien fondamentalement heureux (dans tous les sens du terme, bonheur et justesse).
Une empathie pour le personnage de Kinuyo Tanaka nait de ce cadre charmant et donne une plus grande ampleur au dénouement, très émouvant.

Sa mise en scène va souvent à l'essentiel : des travellings lents, descriptifs ou d'accompagnement ; l'idée elliptique du journal des enfants ; le rôle que ces enfants joue dans l'expression indirecte du monde des adultes ; les séquences en caméra fixe et plan large englobant une nature généreuse et apaisante. Tout ceci aide à imprimer une cohérence parfaite au récit.

Le rythme est doux, peut-être parfois un peu trop lent même, mais généralement il assure au spectateur un petit voyage d'un peu plus d'une heure au coeur d'un groupe de personnages sympathiques où se jouent des destins auss simples qu'émouvants.
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1960)

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Kaze no naka no kodomo (Children in the wind) (Hiroshi Shimizu, 1937) :

http://alligatographe.blogspot.com/2009 ... odomo.html

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Plus habitué (oh les grands mots : je n'ai vu que deux ou trois films de Shimizu) à suivre des comédies très légèrement dramatiques, j'ai été surpris de découvrir un drame, un vrai, au bord du mélodrame même. Mais Shimizu malgré la gravité de la situation maintient un ton résolumment optimiste. Le mot n'est peut-être pas le mieux choisi. Je ne trouve pas le terme adéquat. Il aborde le drame de cette famille dont le père est soupçonné de détournement et par conqéquent emprisonné, avec une très grande distance apparente, comme à l'accoûtumée. Il se garde bien de scruter les moindres replis du visage : pas de gros plans, au contraire il éloigne sa caméra préférant filmer les êtres dans leur solitude ou regroupés pour affronter les évènements avec solidarité. Mais Shimizu voulant sans doute éviter d'alourdir son propos d'un pathos rédhibitoire, oriente son attention essentiellement sur le regard que porte Sampei le plus jeune des garçons sur le drame familial.

Personnage principal, c'est ce petit bout d'homme qui parcourt les ruelles rameutant ses copains en imitant le cri de Tarzan pour aller jouer dans les prés et rivières alentours. Avec forte personnalité, il n'hésite pas à se mesurer à son grand frère. Le défi de sumo que propose régulièrement le papa à ses deux garçons est comme un rendez-vous de tendresse. Et quand le père perdu dans ses noires pensées est près de se brûler les doigts avec sa cigarette, le petit lui ôte de la main. Pendant que le père est incarcéré, Sampei est envoyé chez un oncle, loin de sa mère et de son frère. Il y fait les 400 coups afin d'être renvoyé auprès des siens. Il grandit bien plus vite que nature. Dans une scène très belle, il fait la promesse de se tenir à carreau à sa mère.

Ce petit film mérite largement le coup d'oeil. Plus d'une scène sont de grandes valeur, émotionellement comme esthétiquement. Shimizu aime dans un silence très naturaliste filmer ses personnages dans les paysages environnants, les cadrant toutjours à distance, ce qui donne le sentiment au spectateur d'être le témoin, comme assis à la terrasse d'un café, de la déambulation de ces personnages.
C'est pour cette raison que le terme d'optimisme ne me semble pas particulièrement adapté à ce type de cinéma. L'histoire n'est ni optimiste, ni pessimiste, elle est. Elle se contente d'exister, de se dérouler devant nos yeux. L'attention du spectateur et celle du cinéaste se confondent.

La musique très douce, délicatement en retrait, parait venir de très loin,. Comme le bruit du vent dans les hautes fûtaies, on l'entend tout là haut, sans qu"elle ne s'impose et assourdisse. Beaucoup de tendresse jaillit de ce film. Encore un Shimizu qui fait preuve d'une vivifiante humanité et d'une belle intelligence. Par moments, j'ai pensé à la douceur de Mon voisin Totoro. Les évènements coulent. Si japonais.
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1960)

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Mikaheri no tou (Introspection tower) (Hiroshi Shimizu, 1941) :

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... o-tou.html

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Foutre, que voilà un long intermède de terminé! Cela faisait longtemps que je ne m'étais plongé dans le cinéma de Shimizu.

Ce cinéaste, pourtant très intéressant, est peu cité, alors qu'il fait montre d'une belle filmographie qui propose des films d'allure très simple mais qui sont néanmoins bien construits, avec une mise en image très inventive, réfléchie, avec des histoires et des personnages plus complexes qu'ils en ont l'air au premier abord, des films très humanistes, d'un optimisme rarement béât, empreint d'une sorte de mélancolie légère, une filmographie tempérée ai-je envie de dire.

Personnellement, lorsque je l'ai découvert il y a deux ou trois ans, je fus, sinon subjugué, au moins surpris par la majesté mêlée de naturel qui se dégagent de "Anma to onna" (Une femme et ses masseurs), puis dans "Kanzashi" (Ornemental hairpin). Si sur ce "Mikaheri no tou" (Introspection tower) je ne retrouve pas toujours avec autant de force le plaisir et surtout la profondeur scénaristique, je suis cependant à nouveau conquis par le langage formel de Shimizu.

D'entrée de jeu, comme sur "Une femme et ses masseurs", nous entrons dans le récit par un lent travelling. Ici, l'on découvre le directeur d'une maison de correction agricole qui présente son institution à un groupe de visiteurs. Le travelling arrière d'abord dévoile les personnages sur le chemin, aux abords des champs, menant aux bâtisses. Très vite, un travelling latéral, toujours aussi lent et délicat, encadre le groupe d'adultes nous faisant découvrir les activités des enfants dans les ateliers et les champs. Shimizu semble apprécié ce dispositif. Il y revient régulièrement tout le long du film pour accompagner les personnages ou exposer les scènes.

Ce n'est pas une marotte insensée du réalisateur. Shimizu, fasciné par l'enfance, son exubérance, son dynamisme, son perpétuel besoin d'action, est peut-être influencé par ce bouillonnement, invité en quelque sorte à filmer le mouvement. Quand les conditions techniques ne permettent plus d'utiliser le travelling, Shimizu contourne le problème avec beaucoup d'ingéniosité et même une caressante grâce. Premier exemple : des enfants se sont évadés et les autres gamins se passent le mot de champs en champs, pour alerter les adultes. Shimizu associe plusieurs plans fixes et laisse les personnages courir vers la caméra,donnant un souffle rafraichissant à toute la séquence. C'est le même procédé qui officie lorsqu'après les travaux de terrassements dans la montagne, de l'eau coule le long de la tranchée que les enfants ont creusé afin d'alimenter leur institution. Shimizu montre les gamins dévalant la pente à la poursuite du ruisseau naissant avec une joie communicative.

D'autre part, toujours attaché à filmer cette enfance dans ces élans naturels, attendrissants ou violents, sa caméra reste attentive aux moindres expressions des gamins. Ce qui fonctionne plutôt bien avec eux est un peu trop démonstratif à mon goût avec les adultes. Mais peut-être que se cache derrière ce léger sentiment de rejet de ma part, le fait que j'adhère difficilement à ce que veut montrer le film. Il se trouve que j'ai fait quelques recherches sur les maisons d'éducation correctionnelle, du temps jadis où j'estois estudiant en Histoire et que je connais bien le fonctionnement réel de ces "bonnes oeuvres". Or, ici Shimizu, avec sa propension coûtumière à aimer parfois aveuglément son prochain, édulcore avec naïveté la réalité de la "rééducation" ou "correction". Certes, la violence entre les enfants n'est pas omise. Celle commise par les adultes ne l'est pas non plus mais elle reflète mal l'intensité des relations adulte/enfant dans ce genre de lieu où l'aliénation pourrit forcément les rapports humains. Beaucoup d'enfants mourraient dans ces camps. Seuls les grands travaux évoquent ces traitements brutaux mais très vite, à la japonaise -c'est mon oeil occidental et simplificateur évidemment qui me fait voir les choses comme ça- on met bien davantage en avant la grandeur et l'importance de l'oeuvre que la maltraitance qui en découle. Le projet collectif est plus important que l'individu.

Et la fin du film très démonstrative fait penser aux films de propagande, l'outrance du simplisme, où tout le monde est heureux, où tous les problèmes du passé sont arasés ou complètement effacés, les larmes aux yeux et la main sur le coeur. Vive la tour d'introspection! Vive le système qui redresse la mauvaise graine récalcitrante! Le bonheur de force est un concept qui passe mal de mon côté. Gerbant. Dommage.
Last edited by Alligator on 23 Jun 12, 09:41, edited 1 time in total.
bruce randylan
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1960)

Post by bruce randylan »

Alligator wrote:Mikaheri no tou (Introspection tower) (Hiroshi Shimizu, 1941) :
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Découvert il y a 15 jours à la MCJP et j'ai bien aimé également malgré quelques réserves sur la fin dont le ridicule et interminable épilogue façon propagande pachydermique qui est indigeste au possible.

Pour le reste, je suis vraiment conquis par la mise en scène de Shimizu qui mélange documentaire et pure mise en scène avec un sens du mouvement et de la profondeur de champ avec un grand talent pour (re)placer l'homme dans la nature pour de très beaux mouvements d'appareils, le tout avec une photographie sublime (mal desservie par une copie 16 mm médiocre).
Un stylisation qui n'entre jamais en contradiction avec l'ambition sociale du propos (très néo-réaliste avant l'heure - c'est souvent le cas avec le Japon), la caméra accompagnant toujours un élan, un état d'esprit ou l'énergie des enfants.

Le scénario pose lui plus de problème avec un humanisme qui oscille entre une gravité assez réaliste dans le portrait de cette jeunesse en rupture avec leur famille et avec une naïveté un peu plus gênante qui met de côté un certain nombre de problèmes ou de contradictions. On sent cependant que c'est plus le groupe que l'individu qui doit être mis en avant. C'est flagrant à l'image de la dernière partie qui montre les jeunes (pratiquement) se tuer à la tâche pour apporter l'eau dans l'enceinte du foyer. Le travail salvateur, l'unité du groupe, la solidarité, l'effacement de l'individualité pour promouvoir le bien commun... On a vraiment l'impression de quitter (à contre-coeur) la chronique touchante pour virer dans un remake enfantin de our daily breed de King Vidor en beaucoup moins lyrique et inspiré cela dit.
Ce changement brutal d'approche et la réalisation moins inspirée que durant le reste du film me donne à croire que Shimizu s'est vu forcer de promouvoir malgré lui la glorification de ce genre de camp au détriment de l'approche plus naturaliste du début. Après je connais très très mal le cinéaste et je me peux me tromper. En tout cas, je remercie Alligator de m'éclairer sur le fonctionnement réel de ses camps.
Quoiqu'il en soit cette dernière partie se regarde un peu comme une curiosité historique hallucinante en se disant qu'on ne pourrait plus traiter ce sujet de la sorte aujourd'hui (des enfants exploités jusqu'aux évanouissement sans scrupules :shock: ).

Celà dit, je dis du bien des 90 premières minutes mais elles sont loin d'être exsangues de tout défaut avec notamment des scènes très répétitives (combien de fois voit-on des enfants vouloir s'évader dans des tentatives rapidement avortées ?). Mais la sensibilité du cinéaste, la spontanéité des jeunes acteurs (que j'imagine amateurs) et surtout la qualité de la mise en scène en font un film à découvrir mais dont l'idéologie est à prendre avec des pincettes donc.
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1960)

Post by Alligator »

Tiens, ça fait belle lurette que je n'ai pas vu un Shimizu! Ça me donne envie de m'y recoller.

C'est quoi et où la MCJP?
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1960)

Post by bruce randylan »

C'est la Maison de Culture du Japon à Paris qui se trouve près de la Tour Eiffel :wink:
C'est un peu ma 3ème maison (après la cinémathèque :mrgreen: ).

Pour leur 15ème anniversaire, ils vont diffuser 150 films sur plusieurs mois
http://www.mcjp.fr/francais/cinema/pays ... onais-389/

De Shimizu, ils ont aussi Les qua­tre sai­sons des enfants dans cette première partie de cycle.
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1960)

Post by Alligator »

C'est un peu le bordel sur imdb. Pas de traces du "Les qua­tre sai­sons des enfants : le prin­temps et l’été" de 1947 (kodomo no shi­ki ­haru natsu no maki) alors que celui de 1939 y est "Les qua­tre sai­sons des enfants : l’automne et l’hiver" (kodomo no shiki : aki fuyu no maki). J'ai un peu de mal avec les titres français (les dvds qui sont sortis sont en english)... je ne sais pas si je les ai ces deux là. Il va falloir que je farfouille.
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1960)

Post by bruce randylan »

Il est dans le 2eme coffret japonais (non repris chez criterion donc) qu'un ami possède. Ce qui m'arrange puisque je pourrais pas aller aux 2 séances (boulot et festival Paris cinéma)
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1966)

Post by bruce randylan »

Amour Maternel (Bojô - 1950)

Dans l'après-guerre de 1945, une veuve frappée par la pauvreté est obligée de placer séparément ses enfants dans divers membres de sa famille

Les limites du système Shimizu : c'est tellement dédramatisé et elliptique qu'on ne sent absolument pas le drame d'une femme tout de même contrainte de devoir non seulement se débarrasser de ses enfants mais en plus de les séparer. Elle confie ses 2 plus jeunes enfants sans qu'on ressente la moindre chose. Elle se délesterait d'une commode ou un tatami qu'on serait tout aussi ému. La narration va en plus très vite et on n'a vraiment pas le temps de s'attacher aux personnages et à leurs dilemmes.

Ca s'arrange après la première moitié où la mère n'a plus que son garçon à confier mais dont personne ne veut. On se prend doucement d'affection pour ce modeste duo et le film gagne (enfin) un humanisme qui faisait vraiment défaut jusqu'alors. Shimizu prend désormais plus sont temps, faisant vivre les situations et les nouvelles rencontres avant que l'histoire ne prenne une construction symétrique de la première partie.
Mais la fin est une nouvelle fois bien trop précipitée et ne règle vraiment pas tous les problèmes sachant que le contexte social aurait pu être mieux approfondi. Avec ses 80 minutes, le film aurait mérité à être plus long en fait.
J'ai pensé à plusieurs moments à la Mère de Naruse sauf que Amour Maternel est loin d'avoir la même force.

Après, la qualité exécrable de la copie 16 mm diffusée à la MCJP ne donnait pas vraiment l'occasion de s'immerger pleinement dans le film avec un aspect visuel qu'on devine travaillée mais dont il ne reste vraiment pas grand chose. Le film est dans l'ensemble assez statique avec une nouvelle fois un grand soin accordé à la place des personnages dans l'environnement et la nature.
Last edited by bruce randylan on 26 Mar 16, 12:26, edited 1 time in total.
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1966)

Post by bruce randylan »

L'école Shiinomi (1955)

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Désespéré de voir leurs 2 fils atteint de la Polio méprisé par leurs camarades de classe, un couple décide de vendre tout leur bien pour construire un institut spécialisé pour enfants.

Après la tour de l'introspection, les enfants de la ruche ou les 4 saisons des enfants (entre autres), Shimizu se penche à nouveau sur le monde de l'enfance dans ce drame aux allures de documentaire. On image d'ailleurs sans mal que les enfants sont de vrais malades touchés par la maladie et c'est bien ce qui confère une certaine émotion à plusieurs scènes quand ceux-ci parviennent à dépasser leur handicap physiques ou à s'intégrer dans un groupe comme lors du jeu de la locomotive où les bambins circulent dans un train imaginaire qui ne doit laisser personne à l'extérieur, motivant les nouveaux arrivant à l'école à devoir suivre la cadence de la marche.
Dans l'ensemble tout ce qui touche aux enfants et à l'émotion est assez juste : la méchanceté gratuite des marmots "normaux", les traînées dans le sable laissés par enfant boiteux, la solitude et le sentiment d'abandons, la jalousie colérique de ne pas recevoir de lettres de ses parents (contrairement aux reste de la classe), un enfant sous un parapluie trop grand allant à la rencontre du facteur, des mains frêles tentant d'écrire (ou de dessiner) tant bien que mal... Des passages touchants et assez forts mais qui sont presque systématiquement massacrés par une insupportable musique à l'orgue virant allégrement dans le pathos dégoulinant.

Il y a vraiment par moment un véritable chantage affectif sans la moindre finesse qui parasite totalement les bonnes intentions de la démarche documentariste au point de créer l'inverse de l'effet voulu : un manque d'affect envers les personnages. Le pire étant cet enfant malade (le plus à plaindre évidement) qui finira bien-sûr par décéder sans avoir pu voir une dernière fois son papa. :?

Au final, on sort plus agacé qu'ému. :cry:


Pour rester sur Shimizu, petit mot sur l'excellent Japanese girls at the harbor (1933) disponible dans un coffret Eclipse en Z1. C'est un mélodrame un brin moralisateur mais dont la réalisation est fabuleuse, à renfort de de mouvement de caméra virtuoses, d'une sens magnifique du cadre et surtout d'un admirable travail sur l'épure sans pour autant tomber dans le hiératisme austère qui me touche autrement plus que celui de Dreyer par exemple à la même époque..
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1966)

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Toujours à la MCJP

L'histoire de Jiro (1955)
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Jiro est un petit garçon qui a été placé par sa famille chez une nourrice. Après plusieurs années, ses parents le reprennent à la maison mais Jiro peine à s'intégrer dans ce nouvel environnement.

Encore une semi-déception venant de Shimizu :?

Le problème ne vient pas de la réalisation (irréprochable en tant que tel) ou de la direction d'acteurs admirable, avec une nouvelle fois des enfants d'une justesse stupéfiante, y compris dans des émotions plus compliquées et délicates.
Non, le problème vient du scénario qui multiplie les péripéties les plus arbitraires possibles et sans la moindre explication. Pourquoi Jiro a été placé ? Pourquoi ces parents le reprennent ? Pourquoi leur entreprise fait faillite ? Pourquoi la mère tombe malade ? etc...
Cela nous est jeté en pâture sans préambule ni préparation. C'est comme ça, un point c'est tout.
Il est dès lors impossible de s'attacher ou de s'émouvoir aux drames que traversent les personnages puisqu'on ne ressent jamais leur quotidien ni sans pouvoir saisir une quelconque évolution psychologique. C'est peut-être une volonté d'épure ou de nous glisser dans la peau de Jiro pas assez grand pour saisir le monde qui l'entoure mais j'ai du mal à y croire puisque le scénario est loin d'être uniquement focalisé sur lui par exemple.

Ca donne 105 minutes de quasi immédiate passivité ne permettant même pas pas de profiter des qualités d'interprétations. Il y a tout de même 2-3 séquences sortant un peu du lot (dont un combat d'écolier au bord de l'eau) et, récompense in-extremis, une dernière séquence qui parvient enfin à nous toucher
Spoiler (cliquez pour afficher)
lorsque que Jiro se met à appeler la nouvelle femme de son père "maman" créant ainsi, et sans vraiment s'en rendre compte, une douce et fébrile euphorie chez la personne concernée.
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1966)

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Mr thank you de Hiroshi Shimizu (1936)
magobei wrote:Arigato-san (Hiroshi Shimizu, 1936)

Un petit bijou ce film. Arigato-san ("Mr. Thank You" en anglais), c'est le chauffeur d'un bus qui relie la campagne reculée d'Izu à Tokyo. Dans le bus, parmi une galerie de personnages truculents, une jeune fille, prostrée, rejoint la capitale où elle a été vendue comme prostituée. Du coup, le film jongle entre un ton léger, primesautier, émaillé par les retentissants "Arigato" que lance le chauffeur en dépassant les piétons, et une tonalité plus sombre, tragique. Tour de force, Shimizu réussit à faire d'un simple voyage en bus (le film est court, 76 minutes) une expérience poignante, livrant en même temps une radiographie d'un pays frappé par la Dépression.

Moment fort et significatif, un passage met en scène un groupe de travailleurs coréens, minorité qui avait rarement droit de cité (surtout dans le Japon militariste) au cinéma. Et ailleurs non plus.

8/10
On ne peut plus d'accord avec tout ça !
Rarement vu alterner légèreté et gravité avec autant de dignité et de retenue.
Forcément prétendant au titre de film du mois !
Je sens que je vais me régaler avec tous les titres de Shimizu dispos sur Youtube... :D
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Jeremy Fox
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Re: Hiroshi Shimizu (1903-1966)

Post by Jeremy Fox »

Vous me tentez bien avec ce cinéaste.