Carole Lombard (1908-1942)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Banane
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Carole Lombard (1908-1942)

Post by Banane »

Une de mes actrices favorites, et qui a en plus joué dans ce qui est à mes yeux le meilleur film qui soit : "To be or not to be" de Lubitsch.
Star à la Paramount dans les années 30, elle fut aussi Mme William Powell pour une courte période, puis Mme Clark Gable en 1939, avant sa mort tragique dans un accident d'avion, sur son chant du cygne, le Lubitsch bien sûr.

C'est une des plus brillantes comédiennes du cinéma, elle avait pourtant de la concurrence à l'époque, au début du parlant qui a aussi vu éclore les merveilleuses Claudette Colbert, Irenne Dunne, Jean Arthur, Jean Harlow, Katharine Hepburn, Ginger Rogers, Myrna Loy, Rosalind Russell. Les Julia Roberts et autres Meg Ryan qui ont tenté de faire des films de leur genre n'y sont jamais parvenu (mais il faut bien reconnaître que le genre où les Carole et autres Claudette se sont distinguées, la comédie américaine, screwball ou du remariage, est mort, il n'y a plus le vivier de scénaristes/réalisateurs de génie qui se creusaient la tête pour exploiter à fonds une bonne idée).

Carole Lombard avait une beauté qui se mariait parfaitement avec le style Art-Déco, dans ses photos publicitaires, la Paramount lui faisait prendre des poses à la Dietrich. Mais ce qui faisait son charme, c'est que derrière cette beauté sophistiquée, il y avait un tempérament de bonne copine, un esprit familier. Pour Jean Arthur ce dut sa voix, pour Claudette son visage tout rond et tout mignon, etc. Il parait que Carole était aussi marrante dans la vie qu'à l'écran (par exemple lorsqu'elle tourna avec Hitchcock, elle fit venir une cage avec des vaches sur le plateau, car elle avait entendu dire que le réalisateur considérait les acteurs comme du bétail).

Elle trouva sa vocation lorsqu'elle fut prêtée à la Colombia en 1934 pour tourner "Train de Luxe" 1ère grande comédie de Howard Hawks. Elle y interprétait Mildred Polska/Lily Garland, une actrice de théâtre pygmalionnisée par le cabotin Oscar Jaffe, interprété par John Barrymore, et qui cherche à se défaire de son autorité. Après avoir été quitté, Jaffe ne connait que l'insuccès (par une reprise de Jeanne d'Arc avec une actrice maigrichone et brune, soit tout l'opposé de Lombard), et il tente de la récupérer dans un voyage en train.
Ses autres grandes comédies sont :
- "Hands across the table" de Leisen (1935), très belle comédie romantique où elle interprète une manucure qui cherche un riche mari, tombe sur un fils de, qui s'averre être ruiné ;
- "Mon homme Godfrey" de LaCava (1936), où elle signe le portait définitive de la riche héritiaire écervelée (avace Hepburn dans le film de Hawks), mais démocratique (elle redonne à Godfrey, un clochard, sa dignité) - ce film donnera des succedanés dont "Madame et son clochard" avec Constance Bennett ;
- "La folle Confession" (1937) de Ruggles, où elle joue une meneuse pathologique,
- "Joix matrimoniales" (1941) de Hitchcock ; un Hitch mineur mais sympathique.
Il y a aussi "La joyeuse suicidée" de Wellman (1937) qui est un de ses plus grands succès, mais je trouve ce film très surestimé. L'idée superbe du départ (à savoir la promotion délirante d'une fille atteinte de radiations à travers la presse, le voyeurisme et la crédulité du public, la découverte que c'était une erreur, et le fait que tous les responsables se sentent obligés de continuer la comédie, jusqu'à feindre une mort) n'a pa été exploitée comme il le fallait, c'est typiquement le genre de film loué pour ses bonnes intentions, mais qui ne les réalise pas. Il y avait un fort potentiel de black comedy (que Lubitsch réussira beaucoup mieux dans son chef d'oeuvre) et de satire, qui auraient été mieux exploité par d'autres (pourtant c'est écrit par Hecht). Cependant, Lombard y est parfaite (c'est son seul film en couleur, qui mériterait d'être restauré).

Carole a aussi interprété des rôles plus graves (c'est le tournant qu'elle a voulu prendre à la fin des années 30) : 2 tearjeker de Cromwell ("In name Lonely" et "Made for each other"), "Swing high, swing low" de Leisen.

Enfin, elle a terminé sa carrière sur son meilleur film et son meilleur rôle : Maria Tura dans "To be or not to be" (1942), une actrice polonaise frivole et qui s'improvise resistante. Aaah ces merveilleux sous-entendus dans ses dialogues avec Stack ou l'acteur qui joue le dangereux Silesky, ou ses échanges plein de finesse avec Jack Benny. Ce personnage d'épouse infidèle aurait pu ne pas être sympatique, mais comme le dit Domarchi à propos du personnage féminin de "Design for Living" : quoi de plus normal qu'une femme ait 2 amants ? Surtout si elle est aussi brillante et séduisante qu'elle. D'ailleurs, sa performance dans ce film me fait penser qu'elle aurait été parfaite dans les rôles de Miriam Hopkins dans "Design for living" et "Trouble in Paradise" de Lubitsch.

Banane
julien
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Post by julien »

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Voici sa tête, peinte à l'acrylique. Pour des raisons inconnues, l'artiste à préférer garder l'anonymat.
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Watkinssien
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Post by Watkinssien »

Très grande comédienne, intellligente et culottée.

Dans Joies matrimoniales d'Alfred Hitchcock, la légende dit que Lombard avait elle-même dirigé le cinéaste pour sa traditionnelle apparition.

Mais elle restera à jamais Maria Tura dans le chef-d'oeuvre de Lubitsch To be or not to be (1942), son rôle d'apothéose.
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Supfiction
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Post by Supfiction »

Je l'ai vraiment découverte dans "Mon homme Godfrey" où elle est très drôle bien que souvent à la limite (on est en plein Screwball).

Son duo avec William powell fonctionne à merveille.

Personnellement je n'avais pas accroché à To be or not to be et pourtant je suis fan de Lubitsch. Il faut que je le revoie mais je trouvait les situations trop absurdes.

Avez-vous le coffret Glamour Collection sortie il y a quelques mois ?
Je ne l'ai pas vu entièrement, mais de ce que j'en ai vu ce ne sont pas ses meilleurs.Image
"Train de Luxe" est très bien en revanche mais disponible sans sous-titres français malheureusement.

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http://images.amazon.com/images/P/B0007 ... 94815_.jpg
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Watkinssien
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Post by Watkinssien »

supfiction wrote:
Personnellement je n'avais pas accroché à To be or not to be et pourtant je suis fan de Lubitsch. Il faut que je le revoie mais je trouvait les situations trop absurdes.
C'est justement cela qui est génial dans ce film. Et puis l'absurdité chez Lubitsch est toujours synonyme de quelque chose.
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Supfiction
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Post by Supfiction »

Watkinssien wrote:
supfiction wrote:
Personnellement je n'avais pas accroché à To be or not to be et pourtant je suis fan de Lubitsch. Il faut que je le revoie mais je trouvait les situations trop absurdes.
C'est justement cela qui est génial dans ce film. Et puis l'absurdité chez Lubitsch est toujours synonyme de quelque chose.

C'est vrai. Mais autant j'adore la scene du demi-pyjama dans La huitieme femme de barbe-bleue, autant là (est-ce à cause du sujet?) je n'avais que moyennement accroché. Mais je vais m'y remettre dès que possible sur mon edition dvd au rabais.
Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

Je connais davantage Lombard de réputation. J'ai vu TO BE OR NOT TO BE à l'époque de sa diffusion sur Arte, je ne m'en rappelle plus. En revanche j'ai le souvenir d'un documentaire, une biographie d'acteur, probablement celle sur Clark Gable en bonus du collector 4dvd d'AUTANT EN EMPORTE LE VENT, où on peut la voir dans des images d'actualités aux bras de son homme. Elle m'a paru divinement belle, gracieuse, avec énormément de classe (pas étonnant qu'on lui fasse faire des photos à la Dietrich). Le commentaire du docu disait également qu'elle était simple et très amusante, très familière (tu as peut-être trouvé le mot juste). Apprendre son accident tragique m'avait bien peiné sur le coup...

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someone1600
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Post by someone1600 »

Une actrice que j'aime beaucoup. Génial dans To be or not to be et My man Godfrey. Je l'ai beaucoup aimé aussi dans Mr and Mrs Smith de Hitchcock, film qui m'a fait beaucoup rire.

Je possede le coffret Glamour, mais je n'aiqu'un seul film de regarder pour l'instant. :wink:
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Supfiction
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Post by Supfiction »

Pour le plaisir....

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Supfiction
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Post by Supfiction »

Et une Pub marrante :

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joe-ernst
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Post by joe-ernst »

J'ai beaucoup aimé My Man Godfrey (qui reste mon préféré) et Nothing Sacred. Bien aimé aussi Hands Across the Table. En revanche j'ai trouvé Mr. and Mrs. Smith d'un poussif, malgré les efforts quasi désespérés de Lombard et de Montgomery pour mettre un peu de vie dans ce mauvais scénario. Quant à To Be Or No To Be, va falloir que je le revoie pour savoir si ma première impression se confirme...
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We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars. Oscar Wilde.
L'hyperréalisme à la Kechiche, ce n'est pas du tout mon truc. Alain Guiraudie
Banane
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Post by Banane »

supfiction wrote:
Watkinssien wrote:
C'est justement cela qui est génial dans ce film. Et puis l'absurdité chez Lubitsch est toujours synonyme de quelque chose.
C'est vrai. Mais autant j'adore la scene du demi-pyjama dans La huitieme femme de barbe-bleue, autant là (est-ce à cause du sujet?) je n'avais que moyennement accroché. Mais je vais m'y remettre dès que possible sur mon edition dvd au rabais.
J'espère que c'est pas l'éternel "Est-ce moral de faire rire du nazisme" qui t'a géné ? Faut vraiment que tu le revois. Moi plus je le regarde, plus je suis ébahie par l'incroyable densité du propos. Ce film brasse des tas de thèmes, mais c'est merveilleusement combiné.
Et "l'absurdité" dont du parles, c'est justement la théâtralité (monstrueuse) des nazis qui est remise en scène et retournée contre eux, par un autre cabotin.
C'est un film d'une audace incroyable, mais qui est aussi touchant et humain que "The shop around the corner".
La scène du pyjama de la "8ème femme de Barbe-Bleue" est surtout l'une des plus ingénieuses façon de mettre en scène un boy-meets-girl de toute l'histoire de la screwball comedy. Mais il n'y a pas cet exercice de corde raide vertigineux que Tura ou l'acteur qui fait le faux-Hitler qui jouent leur vie et leur rôle en même temps. C'est pas Shakespeare qui a dit que le monde est une gigantesque scène ?
Cathy
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Post by Cathy »

No man of her own

Cette comédie américaine ne vaut que par la rencontre entre Carole Lombard et Clark Gable, leur seul et unique film ensemble. Le film hésite sans cesse entre deux genres, la comédie romantique et le film plus noir. Un joueur escroc s'éprend d'une jeune provinciale et l'épouse, celle-ci découvre sa véritable personnalité.
Bref une relative déception, si ce n'est l'audace de l'époque de voir Carole Lombard en soutien gorge et culotte. Pas vraiment drôle, pas vraiment noir, simplement l'histoire d'une rencontre qui restera dans les annales des grandes rencontres des monstres d'Hollywood !


My man Godfrey diffusé sur Ciné-Classics

Ce film est une comédie typiquement américaine des années 30-40. On y retrouve avec plaisir Carole Lombard en jeune fille riche désoeuvrée dont le seul intérêt est Godfrey un clochard qu'elle trouve lors d'un rallye. Les personnages sont particulièrement savoureux notamment Misha Auer en Carlo, le joueur de pianiste protégé qui ne sait jouer qu'"Ochy Chornie" (les yeux noirs), la mère complètement loufoque. Eugène Pallette prête une nouvelle fois sa silhouette bonhomme au personnage du chef de famille dépassé par les frasques de sa famille. Et naturellement William Powell en Godfrey, quittant l'univers des Nick Carter pour camper un majordome comme il faut. Outre la comédie, il y a quand même un affrontement entre la richesse qui dépense son argent de manière ridicule, et les clochards vivant dans une sorte de décharge.

Par contre, je ne sais pas ce qui est passé par la tête de l'UCLA qui a restauré le film et l'a transformé en cinémascope :shock: :evil: ! De plus il a traité les images de telle manière qu'on n'a plus l'impression d'être dans les années 30-40 mais plus dans les années 50 ! Je ne comprends pas comment on peut trahir un film ainsi ! Généralement le recadrage passe plutôt par du pan et scan, c'est bien la première fois que je vois un film plein écran diffusé en cinémascope :evil: !
Cathy
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Carole Lombard (1908-1942)

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Man of the World (1931) - Richard Wallace

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Un ancien journaliste américain vit à Paris depuis quatre ans. Pour subvenir à ses besoins, il escroque les riches américains en "interdisant" la publication d'articles sur leurs écarts de la vie parisienne contre compensation financière.

Franchement le film est assez inintéressant, nous sommes dans cette époque où le Code Hayes n'est pas totalement en vigueur, donc la débauche est évoquée, la complice du héros évoque même sa liaison passée avec lui. Mais tout cela reste fort politiquement correct et assez ennuyeux. Demeure le casting qui réunit William Powell qui a cet air ambigu qui le fait passer de l'escroc à l'honnête homme en un clin d'oeil et Carole Lombard très glamour en jeune femme de bonne famille. L'évocation de Paris est encore une de ces visions à l'américaine avec le restaurant "Papa Jules", ses nappes à carreaux, sa soupe à l'oignon, le Perrier, l'accent également quelques vues du Paris à l'américaine avec champ de courses, vue de la Seine, avec Notre Dame en fond, etc mais tout cela sans le charme d'autres films contemporains qui évoquent eux aussi la Capitale française à force de clichés. Evidemment nous restons dans une histoire américaine où tous les personnages sont américains, excepté serveur, conducteur de taxi ou policier. L'histoire d'escroquerie est trop banale et prévisible dès la première image pour convaincre. Film qui se laisse voir toutefois, mais sans réel enthousiasme.
Cathy
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Re: Carole Lombard (1908-1942)

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We're not dressing (1934) - Norman Taurog

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Une jeune femme fait une croisière en compagnie de sa meilleure amie, de son oncle et de ses deux prétendants, deux princes. Elle remarque un marin sur le bateau. Le bateau fait naufrage, les survivants se retrouvent sur une ile qu'ils pensent déserte.

Norman Taurog avec ce film oscille entre la screwball comedy, la comédie loufoque et la comédie musicale. Rien que dans le premier quart d'heure, il ne doit pas y avoir moins de quatre chansons. La comédie est lourde, ridicule, assez vulgaire, les personnages secondaires sont exaspérants, Ethel Merman ou Leon Errol en sont les plus parfaits exemples, et puis il y a le duo soit disant comique formé par le couple Gracie Allen/George Burns. Il est évident qu'ici nous sommes plus dans le non sens absolu que dans le lourdingue des personnages récurrents des comédies de l'époque. Les chansons ne sont guère inoubliables, et le running gag avec Droopy l'ours est fatigant. Alors que sauver de ce film pas grand chose, Carole Lombard est horriblement vulgaire au début du film avant de devenir plus intéressante quand elle arrive sur l'ile et devenir un véritable personnage de Screwball. Bing Crosby peut roucouler à tout va et faire étalage de sa voix, mais les chansons manquent d'entrain, et le couple qu'il forme avec l'actrice ne fonctionne pas plus que cela.
Second film du coffret consacré à Carole Lombard, et seconde déception, même s'il est évident que ce style de coffret paramount/universal est souvent constitué de ces petits films de série, destinés plus à distraire le spectateur qu'à faire oeuvre cinématographique réelle.