Le polar français des années 50-60-70

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Supfiction
Howard Hughes
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Toi... le venin (1958)

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Une offre qu'il ne pouvait pas refuser..
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Toi... le venin (1958)
Réalisation : Robert Hossein
Adaptation de Frédéric Dard
Avec : Robert Hossein, Marina Vlady, Odile Versois

Sur une route niçoise, une conductrice à le chevelure blonde invite Pierre Menda à prendre place. L'homme accepte et s'ensuit un moment intime entre eux deux avant que la jeune femme ne le rejette violemment du véhicule. Plus tard, Pierre se met à la recherche de son amante éphémère et découvre deux sœurs presque jumelles dont l'une est paralysée et l'autre nie quitter le domicile en soirée.

On serait tenté de dire à tort que cette réalisation de Robert Hossein a des faux airs de Les félins de René Clément, avec son huit-clos autour d'un personnage masculin pris entre les griffes de deux superbes femmes, mais ce serait une injustice puisque Toi le venin lui est antérieur de six ans.
D'autant plus que la mise en scène est particulièrement soignée, bénéficiant d'une belle photo noir et blanc, d'effets de transition délicats (balayage horizontale façon ..Star Wars, fondue enchaînée au travers d'un disque vinyl...), de plans subjectifs et d'une esthétique héritée du film noir, d'un dénouement ironique à la Hitchcock et d'une musique jazzy utilisée avec parcimonie.
En revanche, on peut légitimement penser à d'autres films américains, comme The Dark Mirror mettant en scène une enquête autour de deux sœurs rivales interprétées par Olivia de Havilland, et pourquoi pas à Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? postérieur au film d'Hossein.
Malheureusement l'intrigue est bien faiblarde (même pas un petit meurtre à l'horizon) et les situations manquent de crédibilité aussi. Si l'argument de départ devait passer dans un roman de gare, il est difficile à l'écran d'avaler que le personnage joué par Robert Hossein n'ai jamais vu ni reconnu ensuite le visage de son amante d'un soir. Tout comme apparait incongru et précipité son amour déclaré pour l'une des deux sœurs. Robert couche avec une femme dans une Cadillac décapotable mais ne voit à aucun moment son visage. Comble de l'incongru, celle-ci le somme, revolver à la main, de déguerpir sitôt la séance de galipettes terminée. Elle manque même de l'écraser (volontairement) en partant.

Davantage qu'un vrai polar, le film est davantage un drame psychologique avec mystère à éclaircir, un whodunit inoffensif et sexy que nous a concocté Robert Hossein à l'occasion d'un tournage en famille puisque Marina Vlady (remarquable) était son épouse et que Odile Versois (la Isabelle de Ferrussac pour qui Cartouche perdait la tête dans le film de de Broca au grand dam de Claudia Cardinale) était l'une des trois sœurs ainées de Marina (les sœurs de Poliakoff étaient filles excusez du peu d'un chanteur d'opéra et d'une danseuse étoile émigrés, et portaient toutes un pseudo en « V » en rappel du V de la victoire de 1945). Robert Hossein et Marina Vlady tourneront encore ensemble un an plus tard dans La sentence de Jean Valère en 1959.


Pour les amateurs de photos :
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Major Tom
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Re: Toi... le venin (1958)

Post by Major Tom »

Il est marrant, Toi... le venin. Une histoire à la Hadley Chase et on se sent encore plus dans un film américain, substitution du cadre montmartrois (Du Rififi..., Razzia.., Touchez pas... ou Bob le Flambeur) pour un cadre plus "hollywoodien" via les airs californiens qu'offre la Côte d'Azur, avec stores vénitiens et Cadillac décapotable de rigueur. On dirait presque Le Facteur sonne toujours deux fois avec deux blondes au lieu d'une mais, malgré un début prometteur, la sensualité en moins (en dépit du Code Hays, les Américains savaient faire plus érotique).
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Alors que Pierre (Robert Hossein) déambule un soir sans but le long de la mer, il est accosté par une jeune femme blonde dont il/on ne voit pas le visage, en Cadillac blanche, et qui se propose de le déposer. Il accepte de monter, mais la conductrice s'arrête quelques instants plus tard, se dénude et s'offre à lui. Plus tard, la racoleuse se débarrasse de lui en le menaçant d'une arme, avant qu'il n'ait le temps de voir son visage, et s'enfuit en trombe dans l'obscurité...
C'est sur cette base plutôt surréaliste, mais assez bien rendue je trouve, que démarre Toi... le venin, troisième film réalisé par Robert Hossein et son second adapté de Frédéric Dard. Hélas, je regrette que le film n'arrive finalement pas à garder l'atmosphère irréelle et aguichante des premières minutes, s'enlisant peu à peu dans une banale histoire classique d'un whodunit à trois personnages. On pense certes au futur Les Félins, et même au Jumeau d'Yves Robert pour cette histoire de triolisme avec deux sœurs sur la Méditerranée (même si ça reste très sage chez Hossein). J'aime le cadre balnéaire et estival, cadre torride pour une histoire qui reste malheureusement assez froide et qui, plus elle avance, mois elle ressemble à un polar, Hossein/Dard ne respectant pas la règle du fusil de Tchekhov (ne montrer une arme à feu dans un acte qu'à condition que quelqu'un s'en serve dans les suivants), et tout ça pour se contenter de raconter une histoire où il faudra choisir entre la blonde, ou la blonde (ou aucune). Cependant il y a quelques bonnes répliques, une musique jazz signée de papa Hossein, les comédiens s'en sortent bien, surtout les sœurs Marina Vlady et Odile Versois apportent de la beauté et un peu de mystère, et on reconnaîtra dans un second rôle Héléna Manson en domestique acariâtre (une spécialité chez l'infirmière Corbin du Corbeau de Clouzot qui reprendra le même rôle de grincheuse dans l'hôpital du Locataire de Polanski). Superbe photographie de Robert Juillard, ancien cadreur sur les films de Clouzot (Le Salaire de la peur, Les Diaboliques), et directeur photo de Clément (Jeux interdits), Rossellini (Allemagne année zéro), qui a déjà travaillé avec Hossein sur Pardonnez nos offenses et sera de la partie sur Des femmes disparaissent de Molinaro que j'évoquais précédemment. Il est d'ailleurs intéressant de constater que, si formellement les deux films sont du coup assez proches (notamment dans les ambiances nocturnes marquées), on y retrouve un effet que Juillard semble affectionner, et au fond, propre au film noir (comme les balayages pour faire une ellipse), le fameux split-focus (demi-bonnette) que j'évoquais pour Des femmes disparaissent :
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Des femmes disparaissent (1959) / Toi... le venin (1958)
L'effet permet aussi d'éviter le champ-contrechamp basique et rendre plus énigmatique la relation entre les personnages ; comme ici en les mettant ensemble, tournés du même côté (dans un plan de dos et de face), dans le même cadre avec une étrangeté liée au mélange de flou et de netteté qu'impose le split-focus :
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Bref, au delà de quelques scènes et de petits rebondissements, cela reste au final un film noir qui se laisse agréablement suivre mais demeure anecdotique.
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Major Tom
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Un Témoin dans la ville (1959)

Post by Major Tom »

Molinaro - Troisième et dernier acte. Après Le Dos au mur et Des femmes disparaissent, je termine mon cycle par mon préféré des trois, celui que je considère comme un des meilleurs polars français, déjà richement analysé par Rick Blaine pour le site... ;)
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  • Image (1959)
À l'aube des années cinquante, un duo d'écrivains entreprend de révolutionner le roman policier en accordant une place importante à la psychologie des personnages. Boileau-Narcejac, alias Pierre Louis Boileau et Pierre Ayraud dit Thomas Narcejac, ont déjà publié de nombreux et passionnants romans, dont deux ont fait l'objet d'adaptations, disons, remarquées au cinéma. Euphémisme. L'une est de Clouzot et s'appelle Les Diaboliques (1955), et l'autre d'Hitchcock, Vertigo d'après D'entre les morts (1958). Bref, déjà en 1959 on n'a plus besoin de les présenter... Pour Molinaro, hélas, les ennuis ne se terminent pas. Comme pour Le Dos au mur, Des femmes disparaissent ne rencontre pas le succès escompté et convainc (injustement) son réalisateur que cette histoire de polar autour de la traite des Blanches n'en valait vraiment pas la peine. Sa carrière aurait pu prendre un tour désastreux s'il n'avait pas rencontré les bons producteurs au moment où il le fallait (François Chavanne pour Le Dos au mur ou la famille Roitfeld pour Des femmes disparaissent). Malgré l'échec commercial de ses deux premiers films, Alain Poiré et Henry Deutschmeister voient en lui un jeune cinéaste talentueux à présent (Poiré, déjà co-producteur du Dos au mur, ne croyait pas en lui à l'époque), le perçoivent comme un jeune Decoin ou Grangier, et lui accordent toute leur confiance pour tourner Un Témoin dans la ville, sur un scénario de Boileau-Narcejac et Gérard Oury...
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Pierre Verdier (Jacques Berthier) assassine sa maîtresse, Jeanne (Françoise Brion) en la jetant d'un train. Bénéficiant d'un non-lieu au bénéfice du doute, il est libéré. Ancelin (Lino Ventura), le mari de Jeanne, ne croit pas une seconde en son innocence, et il est bien décidé à se venger. Il s'introduit chez Verdier pendant son absence, l'attend patiemment et le tue en prenant soin de maquiller le meurtre en suicide. Mais en sortant de chez sa victime, il est aperçu par Lambert (Franco Fabrizzi), radio taxi qu'avait appelé Verdier. Ancelin a le temps de noter le numéro d'immatriculation du taxi, et cherche dorénavant à éliminer ce témoin par tous les moyens...
Sifflement de train, hurlements, meurtre... Le film commence d'emblée par cette scène d'assassinat, nous entraînant immédiatement dans le vif du sujet (et sans laisser de doute possible sur la culpabilité de Verdier, ambiguïté qui aurait pu être possible mais que les scénaristes ont évacué d'emblée). Lino Ventura a été remarqué par la profession dès son premier film (Touchez pas au grisbi), et l'acteur a déjà un certain sens du public... et du scénario. L'acteur est déjà très exigeant, ne laisse passer aucune faiblesse dans un script et peut s'avérer, n'allons pas par quatre chemins, véritablement casse-couilles aux yeux de certains réalisateurs. Il trouve des invraisemblances dans le script écrit par Boileau-Narcejac et Oury, et n'acceptera de tourner qu'une fois celles-ci corrigées. Comme Des femmes disparaissent, l'histoire d'Un Témoin dans la ville se déroule en un laps de temps court (une nuit dans Des femmes disparaissent, deux et éventuellement un bout de journée dans Un Témoin dans la ville), en grande majorité en extérieurs et presque exclusivement de nuit. Aidée par la durée courte du film, l'histoire, riche en rebondissements et séquences inattendues, rendent Un Témoin dans la ville réellement captivant du début à la fin. Aucun dialogue n'est anodin, aucune scène ne sert de remplissage, rien ne dépasse.
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La photographie des films de Molinaro (successivement par Robert Lefebvre et Robert Juillard) a toujours été irréprochable et formellement audacieuse. Mais Molinaro va aller encore plus loin avec Un Témoin dans la ville en empruntant à Melville son fidèle directeur de la photographie, Henri Decaë (qui a fait ses premières armes chez Melville). Sa filmographie est déjà impressionnante : Le Silence de la mer, Les Enfants terribles et Bob le flambeur (Melville), Ascenseur pour l'échafaud et Les Amants (Malle) ou Les Quatre Cents Coups (Truffaut). Le héros interprété par un Lino Ventura exceptionnel, se retrouve à l'instar d'un Johnny McQueen (James Mason dans Odd Man Out) pris dans un étau, au sein d'une ville rendue oppressante, kafkaïenne, cauchemardesque par Molinaro et Decaë, oscillant entre le réalisme poétique et l'expressionnisme flamboyant. À la présentation des personnages (une galerie de seconds rôles dont le quotidien nous est montré), richement documenté, s'ajoutent le sublime noir & blanc et jeu de lumières avec les ombres rampant sur les murs (comme dans le chef-d'œuvre de Carol Reed).
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L'aspect sec et énergique du film attrape immédiatement l'attention du spectateur. Le sens du découpage de Molinaro fera merveille bien entendu, notamment dans la longue et captivante séquence de poursuite finale, mais aussi dans une séquence de filature qui conduira Ancelin jusqu'au cœur du métro parisien à l'heure de pointe, séquence pendant laquelle il hésitera à se débarrasser de son témoin embarrassant. Je revoyais récemment Skyfall sur la BBC, que j'aime beaucoup, mais lorsque 007 se retrouve plongé dans le Tube, on ne ressent jamais l'impression que le méchant réussira à le semer, ni le moindre sentiment de foule oppressante malgré le nombre de figurants. Dans le film de Molinaro en revanche, on a vraiment la sensation qu'Ancelin risque de perdre Lambert de vue à plusieurs reprises, que tout peut arriver et en prime, on étouffe avec lui au milieu des souterrains où il bouscule passager après passager. Je pense sincèrement que cette superbe partie métropolitaine du Témoin dans la ville, rapide, dynamique et véritablement hitchcockienne, devrait être montrée et analysée dans les écoles de cinéma (et de monteurs).
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Et encore une fois, on ne peut pas partir sans citer l'excellente partition jazz qui accompagne le film (la musique est quasiment la seule chose positive que Molinaro sauvegarde dans ses mémoires de ses trois premiers films), ici signée Kenny Dorham, Barney Wilen, Duke Jordan, Paul Rovere et Kenny Clarke. Un Témoin dans la ville complète à merveille un trio de polars à ne pas rater si on aime le genre. Trois premiers films, certes tous des commandes de producteurs qui ne voyaient en Molinaro qu'un "réalisateur de polars", mais tous réalisés très efficacement et qui demeureront, malgré lui, les meilleurs films de leur réalisateur. Le cinéaste a fini par les mésestimer en raison de leur échec commercial et dans ses mémoires déjà laconiques, il parlera de chacun des trois films que sur une page et demie à peine, avec le même enthousiasme qu'un malade énumérant son diagnostic médical. C'est bien dommage, car s'ils resteront en effet relativement méconnus du grand public, malgré la présence de vedettes comme Jeanne Moreau, Gérard Oury, Robert Hossein ou Lino Ventura, ce sont les films qui définissent le mieux son style visuel et le sens du montage rapide du cinéaste : haletant (on ne s'ennuie jamais), bien écrits et dialogués, modernes et toujours subliment photographiés. S'il fera de bons, voire de très bons films (notamment dans le genre comique) par la suite, films qu'il préfèrera d'ailleurs, aucun n'arrivera à la cheville du Dos au mur, Des Femmes disparaissent et surtout Un Témoin dans la ville. Pour conclure sur ce dernier, je citerai Rick Blaine : "peut-être le plus beau représentant du genre tourné par un cinéaste hexagonal (...) et interprété par l'un des acteurs majeurs du cinéma populaire français."
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Re: Le polar français des années 50-60-70

Post by Supfiction »

A toute épreuve

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La bonne Tisane (1958)
Réalisation : Hervé Bromberger
Scénario : Hervé Bromberger, Jacques Sigurd, Louis Duchesne d'après le roman éponyme de John Amila



Le premier plan s'ouvrant sur un Bertrand Blier (Lecomte, truand notoire), visage sombre et de retour au pays après deux ans de cavale à Rio est trompeur. Ses anciens collègue du crime organisé l'ont enterré un peu trop vite et il est bien décidé à le leur faire savoir. Mais dès son arrivée à l'aéroport et les retrouvailles avec sa femme (Madeleine Robinson), le ton tourne rapidement à la comédie. C'est alors un festival de Bertrand Blier auquel on assiste, l'acteur s'en donnant à coeur joie grâce à des répliques gratinées qui font tout l'intéret du film. Pas sûr que c'était bien l'intention de départ de Bromberger, mais le film vire à la parodie. C'est presque du Lautner avant l'heure.

La bonne Tisane est un film hybride et bancale comme s'il était le fruit de la fusion de deux scripts.
Le premier étant un polar lorgnant vers la comédie policière façon Tontons flingueurs.
Le second étant un mauvais épisode de Grey's anatomy avec une Estella Blain aux seins qui pointent dans sa tenue d'infirmière trop serrée, essayant d'échapper aux griffes d'internes vicelards, en particulier de Raymond Pellegrin à qui elle finira par céder. La libération de la femme c'est pour demain.

La dernière séquence lorsque Blier est à l'hopital permet de fusionner les deux histoires mais tourne au grand guignol lorsque Blier, increvable
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(il était laissé pour mort peu de temps avant),
tente de s'échapper et
tire sur tout ce qui bouge dans la cour de l'hopital. Cette fin des années 50 constitue probablement un tournant dans la carrière de Bernard Blier qui altèrne dès lors rôles dramatiques et rôles semi ou totalement parodiques. Dans le genre, Madeleine Robinson ne se débrouille pas mal non plus. Bref c'est uniquement un film de numéros d'acteurs et à vrai dire on ne s'ennuie jamais.

A noter une apparition de deux secondes, le temps d'une porte qui s'entrouvre, de Stéphane Audran sur les genoux du médecin lubrique Jacques Fabbri (célèbre Schulmeister, l'espion de l'empereur).

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Commissaire Juve
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Re: Le polar français des années 50-60-70

Post by Commissaire Juve »

No offence, mais... on raconte les films de A à Z, maintenant ? :o

Faudrait peut-être utiliser la balise spoiler :wink: .
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Re: Le polar français des années 50-60-70

Post by Supfiction »

Commissaire Juve wrote:No offence, mais... on raconte les films de A à Z, maintenant ? :o

Faudrait peut-être utiliser la balise spoiler :wink: .
La bonne tisane n'étant pas vraiment un film à suspense (contrairement à Toi le venin dont j'ai parlé précédemment), je n'ai pas pensé un instant à mettre des balises.
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Mais rassure toi, je n'ai pas gaché grand chose à priori car on se doute bien quand Blier se fait tirer dessus durant le premier tiers du film qu'il va bien finir par se relever.
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Re: Le polar français des années 50-60-70

Post by cinephage »

Etant bien compris que tu ne trouves pas qu'il y aie de suspense, la courtoisie prévaut toujours, qui exige qu'on écoute ce qui nous est demandé. Pour certains, la découverte de l'histoire, même cousue de fil blanc, participe du plaisir du film, tout le monde ne fonctionne pas de la même manière.
Merci, donc, de mettre des balises spoilers dans les deux posts.
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Major Tom
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Re: Le polar français des années 50-60-70

Post by Major Tom »

Commissaire Juve wrote:No offence, mais... on raconte les films de A à Z, maintenant ? :o
Ah merci, je n'osais plus intervenir, forcément. :oops:
Par ailleurs, ce serait bien pour les posts où il a y plus de photos que de texte de mettre les images en spoilers aussi, ça n'aide vraiment pas pour la lisibilité... ;)
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Re: Le polar français des années 50-60-70

Post by Supfiction »

J'ai ajouté des balises, désolé Commissaire pour le léger spoil donc.
Major Tom wrote:
Commissaire Juve wrote:No offence, mais... on raconte les films de A à Z, maintenant ? :o
Ah merci, je n'osais plus intervenir, forcément. :oops:
Par ailleurs, ce serait bien pour les posts où il a y plus de photos que de texte de mettre les images en spoilers aussi, ça n'aide vraiment pas pour la lisibilité... ;)
Toi.. le venin. Quatre ou cinq messages sans sarcasme de ta part, on a vécu un moment d'Histoire là !
Last edited by Supfiction on 12 Feb 16, 17:33, edited 1 time in total.
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Re: Le polar français des années 50-60-70

Post by cinephage »

Merci pour les balises. :)
Sur la forme, chacun est libre de présenter ses textes comme il l'entend. Certains préfèrent les pavés denses, d'autres privilégient les images, d'autres encore tentent l'équilibre au plus juste...
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Qui ? (1970)

Post by Major Tom »

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Marina (Romy Schneider) marche avec son amant (Gabriele Tinti) sur un chemin boueux.
Marina : « Tu m'emmerdes.
- Tu deviendrais vulgaire maintenant ?
- D'être avec toi ça rend vulgaire. Je te hais. Tu es laid, commun, tu me dégoûtes.
- Et quoi encore ?
- Pas très doué au lit. Vrai mâle blanc.
»
Le type la gifle brutalement, sort son flingue et tire un coup de feu en l'air, puis la traîne jusqu'à sa voiture. Démarrage en trombe, on fonce vers les falaises surplombant l'océan. Générique sur "Full Speed", tuerie psychédélique du génial Claude Bolling...
Voici non pas les premières minutes du film, mais ses trente premières secondes qui filent à cent à l'heure. Le texte, du pur Paul Gégauff. J'ai déjà évoqué le scénariste au début du topic, mais il faut reconnaître que sans lui et son sens du dialogue, le film serait nettement moins intéressant. Polar français ou giallo finistérien, Qui ? (1970) de Léonard Keigel est un curieux film, sympathique mais pas indispensable, avec trop peu de rebondissements, mais duquel se dégage un certain charme 70's, et des références à Plein Soleil auquel on pensera inévitablement (les deux stars du film ont même joué dedans). Le film a été un échec à sa sortie, assez logiquement, malgré son casting séduisant. Romy, la même année que Max et les ferrailleurs, est juste sublime, on a d'ailleurs droit à une scène de baignoire. L'excellent Maurice Ronet étant un de mes acteurs préférés, je ne serai pas objectif. Et Gabriele Tinti (neveu de Don Salluste dans La Folie des grandeurs), mutique et inquiétant, notamment dans une étrange scène de traque à l'intérieur des Galeries Lafayette évoquée précédemment par kevin95 (avec le bon vieux slogan « À tout instant, il se passe quelque chose aux Galeries Lafayette... » qu'on entendra aussi dans Peur sur la ville de Verneuil). Ça se laisse suivre agréablement d'autant qu'il ne dure qu'une heure et quart...
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Petite sélection de photos en vrac :
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Les Seins de glace (1974) / Mort d'un pourri (1977)

Post by Major Tom »

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Même s'il a réalisé quelques films noirs dans les années 60, Lautner se fait surtout connaître pour ses comédies ou parodies de polar, dont l'apogée sera Les Tontons flingueurs. Dans les années 70, le cinéaste reviendra à ce genre, et signe de grands succès populaires (Laisse aller c'est une valse, Il était une fois un flic, Pas de problème ! ou Flic ou voyou) mais qui n'atteignent jamais le niveau des Tontons. Le cinéaste semble à chaque fois se lancer sur un sujet de départ qui lui plaît et qui est une promesse à de beaux décors (souvent sur la Méditerranée) et de bonnes scènes de poilade et de camaraderie communicatives, mais sans jamais réfléchir à l'avance sur comment se termine l'histoire. Impression confirmée par Veber dans ses mémoires (le scénariste racontait comment il était arrivé en urgence sur Pas de problème ! pendant le tournage de ce film qu'il ne connaissait pas, et pour en écrire ou plutôt "improviser" sa fin... la veille de son tournage !) Les dernières parties de ses films s'avèrent automatiquement très décevantes. Ce genre de choses semble moins probable dans le cadre du polar, où la fin se doit d'être écrite à l'avance. On peut toujours être déçu de la résolution, mais elle est rarement improvisée (à moins de s'appeler Polanski). Il est donc plus intéressant de s'intéresser aux films de Lautner des 70's, où le cinéaste ne tourne pas le genre en dérision, et où il semble plus à l'aise...
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François Rollin (Claude Brasseur), écrivain un peu paumé et en manque d'inspiration, se balade sur une plage d'une Côte d'Azur hivernale et pluvieuse et fait la connaissance de la mystérieuse Peggy (Mireille Darc) qui ressemble au personnage de son roman. Sa rencontre le mènera à croiser Marc Rilson (Alain Delon), riche avocat qui joue au billard (scène récurrente dans le cinéma de Delon depuis au moins Le Cercle rouge). Cela conduit à une scène surréaliste où le frère de l'avocat apprend à Rollin que Marc est épris de Peggy, devant Jacqueline, la femme alcoolique de Marc (Nicoletta Machiavelli, déjà épouse de Delon dans Big Guns) qui jette son verre au sol. Marc a un chauffeur qui lui sert aussi de gorille, et compte sur Albert le domestique (Michel Peyrelon) pour surveiller Peggy chez elle. Bref Rollin se rend compte qu'il a mis les pieds dans une drôle d'intrigue, et nous aussi. Les Seins de glace arrive après une série de comédies souvent sympathiques, mais ici Lautner se débarrasse de ses tics parfois embarrassants, comme les accélérés et le montage surdécoupé des scènes de cascade dont il raffole, et sa mise en scène devient plus posée, au service d'une histoire au suspens très bien entretenu, dans un climat de grisaille qui convient parfaitement à l'atmosphère du film. Une des qualités de ce film qui aurait pu être totalement cafardeux et dramatique, vient du choix de contrebalancer en faisant du personnage principal, interprété par l'excellent Claude Brasseur, un type sympa, décontracté et déconneur en toute circonstance. Du diptyque de polars lautnériens des années 70, j'ai une préférence pour celui-ci.
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Bien sûr, superbe musique mélancolique de Philippe Sarde :
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Paris, cinq heures du matin, un saxo ténor retentit... Xav (Alain Delon) ne trouve pas le sommeil. Sa petite amie Françoise (Mireille Darc) non plus, lorsque l'ami de Xav, le député Philippe Dubaye (Maurice Ronet) débarque pour lui annoncer qu'il a tué Serrano, collègue du Palais Bourbon. Xav décide évidemment de l'aider, ce qui le conduit à entrer en possession d'un dossier hautement dangereux pour lui. Courtisé ou menacé, Xav se retrouve coincé entre politiciens véreux et tueurs à sa poursuite... En adaptant le roman Mort d'un pourri de Jean Laborde (alias Raf Vallet), Audiard, qui a écrit seul le scénario riche et complexe, aborde un ton nettement plus sombre dans sa filmographie (il vient de perdre un de ses fils), tristesse qui se ressentira sûrement plus encore dans les films suivants qu'il écrira et mis en scène par Claude Miller (Garde à vue bien sûr, mais surtout Mortelle randonnée où il est question de l'absence d'un enfant). Il y a un côté "crise de la cinquantaine" assez intéressant dans Mort d'un pourri, où les personnages semblent blasés, désabusés ou portés sur la boisson, sans oublier les références au passé, un passé où Xav et Philippe étaient soldats sûrement pendant la guerre d'Algérie, avec également Kébir (Abder El Kebir) probable ancien harki. Cela n'est jamais dit mais intelligemment suggéré, notamment via des photos (probablement des photos de tournage où Ronet et Delon apparaissaient ensemble, tels que Les Centurions ou La Piscine). Le regard ténébreux d'Alain Delon, la beauté transalpine d'Ornella Muti, la sobriété du toujours excellent Maurice Ronet, et une galerie de personnages solidement incarnés par une pléiade de grands seconds rôles de l'époque : Bouise, Audran, Darc, Aumont, Guimoar, Ceccaldi, ainsi que quelques apparitions du toujours inquiétant Klaus Kinski, fidèle à lui-même mais à mon avis sous-employé, devraient suffire à mettre l'eau à la bouche. Pour le reste, Julien Léonard a largement tout dit dans une chronique pour le site.

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Même si j'ai des réserves sur la dernière partie où je trouve que le rythme ralentit un peu, Mort d'un pourri est un beau chant du cygne du film noir à la française tel qu'on le connaissait, magnifiée par Philippe Sarde aux commandes de la bande sonore, accompagné non moins de Stan Getz (ça ne se loupe pas) :
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Re: Qui ? (1970)

Post by Commissaire Juve »

Major Tom wrote:
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Dites-le avec des images :mrgreen: . La BA (attention, quelque chose me dit qu'elle spoile) :
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... Depuis que je l'ai vue, je n'ai plus tellement envie de voir le film.
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Re: Qui ? (1970)

Post by Major Tom »

Commissaire Juve wrote:La BA (attention, quelque chose me dit qu'elle spoile)
J'ai beau connaître le film, je n'ai rien compris à cette B.A.
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mannhunter
Laspalès
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Re: Les Seins de glace (1974) / Mort d'un pourri (1977)

Post by mannhunter »

Major Tom wrote:
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ici Lautner se débarrasse de ses tics parfois embarrassants, comme les accélérés et le montage surdécoupé des scènes de cascade dont il raffoler
Qui sait, il a peut-être inspiré un autre George :mrgreen: ...j'ai un bon souvenir de ce Lautner-là, j'aimerais bien le revoir, est-il sorti en dvd (ou Blu Ray, soyons fous!)? :P