Federico Fellini (1920-1993)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Super Soul
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Super Soul »

Cosmo Vitelli wrote:TUTTO FELLINI ! L’automne à Paris sera fellinien avec une rétrospective intégrale de ses films et des conférences à la Cinémathèque française.
Tous les détails ici : http://www.cinematheque.fr/fr/projectio ... i,236.html
A noter dans le même temps, une exposition consacrée au grand cinéaste italien au Jeu de Paume. Plus d'infos sur le site de la CF dans la semaine.
Je parle pas aux mecs qui ont une scène de chasse sur leur pull
Anorya
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Re: Notez les films | Octobre 2009

Post by Anorya »

La voce della Luna (Fellini - 1990)

J'ai pas envie d'être méchant mais là ça fait mal.
Très très déçu et énervé par ce film. J'ai franchement eu envie à un moment de traverser l'écran façon la rose pourpre du Caire pour chopper Benigni et lui écraser violemment la tête contre le rebord du puits puis récupérer ses lunettes ensanglantés façon Predator de retour hors de l'écran comme un victorieux trophée.
Mais sinon... non. Rien à sauver de ce film où le cinéaste en arrive à faire dire cette autocritique de l'humanité à ses personnages à savoir "qu'on est un peuple de cons".
C'est vraiment moche de finir sur un film qui pue l'aigri à ras-bord sur la société, la télévision, les jeunes, la musique.
Poubelle.

0/6. C'est la première fois que je met cette note mais là, non, je peux pas être indulgent. Surtout envers le cinéaste qui m'a fait découvrir et admirer Marcello Mastroianni. Bref, ça fait mal.
Et qu'on ne me dise pas que la présence de Sim soit un gage de qualité pour les 5 mn qu'il apparaît...
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2009

Post by Anorya »

Juliette des esprits (Fellini - 1965)

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Penchant féminin de 8 1/2, le film semble dédié et conçu tout autour de Giulietta Masina, l'héroïne de La Strada et femme du cinéaste, qu'on avait alors perdu de vu depuis les nuits de Cabiria. Ici, comme dans la Dolce Vita, le récit semble naviguer au grès de nombreuses péripéties dont le fil rouge serait Juliette (le beau livre chez Taschen évoque une intéressante comparaison avec les strips de bande dessinée qui façonnèrent l'imagination et l'admiration de Fellini le cinéaste comme le dessinateur et caricaturiste qu'il fut en évoquant l'idée des pages que l'on tourne, pour sauter d'une histoire à une autre). Après 8 1/2, c'est aussi un monde de rêves et de fantasmes intérieurs qui se déploient à l'écran. Juliette mène une petite vie bourgeoise et apparemment bien ordonnée jusqu'au jour où elle entend son mari prononcer le nom d'une autre femme dans son sommeil. Même si elle en doute, elle commence à comprendre que ce dernier entretient une liaison avec une autre femme. Pour Juliette, l'échappatoire sera dès lors de délier ses liens qui la lient (la morale et les conventions (de religion, de sexe, d'ordre) y jouent un grand rôle, presqu'un traumatisme --l'image de la fillette (Juliette enfant) qui devait jouer une martyre brûlée aux flammes lors de la pièce de théâtre de son école revient constamment--) à son mari et de trouver une nouvelle liberté, accompagnée par les esprits veillant sur elle jusqu'au bout.

Un bon film même si j'aurais espéré l'aimer un peu plus. Il y a toujours quelque chose qui me retient chez Fellini et m'empêche d'adhérer pleinement au film dans ce que j'ai pu voir pour l'instant (exception pour "la dolce vita" et "la strada", fabuleux). 4/6



Il bidone (Fellini - 1955)

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Odyssée Fellinienne qui poursuit sa route avec ce petit film, drame sur la rédemption, bien ancré dans la trilogie "La strada - Il Bidone - Les nuits de Cabiria" mais injustement écrasé par les deux cités où Giulietta Masina a le premier rôle dès lors qu'ici c'est juste un personnage secondaire.
Le film suit l'histoire de 3 escrocs, arnaqueurs aux prétentions sociales élevées qui dépouillent les plus pauvres à coups de combines variées, uniquement pour eux-même survivre. Mais ce cycle semble sans fin et l'on pourrait craindre que rien ne pourrait changer nos 3 bonhommes, il n'en est rien. Si Roberto reste corrompu jusqu'a la moëlle, "Picasso" (Richard Basehart) et Augusto (Broderick Crawford) ont de plus en plus conscience de leurs actes au fil du film. Le premier parce qu'il agit uniquement par amour pour sa femme et sa fille qu'il ne veut pas perdre et que cette dernière (Giulietta Masina) finit par prendre conscience de ses duperies. Le second, qui fait office de père pour les autres, parce qu'il redécouvre sa fille abandonnée et prend conscience que celui qu'il a floué au fond, c'est bien lui. Les 3 personnages féminins (Iris, compagne de Picasso, la fille de Augusto, l'enfant handicapée) font d'ailleurs office de double négatifs des 3 escrocs et chacune de leurs apparitions sont presque des moments de grâce au sein du film (notamment la fin avec Silviana la jeune fille handicapée qui a la polio. J'ai presque failli pleurer tellement le film sonne juste, que Fellini n'en rajoute pas une couche avec la musique, que les deux acteurs en présence sont clairement très bons). Quand à la fin, un peu brutale, elle reste des plus impressionnantes.
Spoiler (cliquez pour afficher)
D'ailleurs pour reprendre quelqu'un :

"Le calvaire d'Augusto, filmé avec austérité, est celui d'un homme qui crie dans le désert. Impressionné par la force dramatique de la scène, François Truffaut écrit dans son compte rendu du festival de Venise : "Je resterais volontiers des heures à regarder mourir Broderick Crawford."
("Federico Fellini" par Angel Quintana, editions Le Monde/Cahiers du cinéma)
5/6.
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2009

Post by Sybille »

Anorya wrote:Il bidone (Fellini - 1955)
Superbe film c'est sûr, un Fellini que j'aime énormément. Le passage que tu cites avec la jeune malade, notamment lorsqu'ils sont tous les deux assis sur le banc dans la cour, les paroles de la jeune fille, je trouve que c'est crispant au possible (ça donne envie de pleurer, oui :cry: :wink: ).

Ce qui est génial, c'est que le film nous fait prendre en pitié le personnage de Broderick Crawford sans jamais cautionner ses mauvais agissements, sans lui chercher des excuses. Il est comme ça ; après c'est à nous spectateurs de l'accepter, de le comprendre, de l'excuser ou pas, en fonction de notre 'code moral', de notre sensibilité. Lui est désabusé, il a des regrets envers sa fille, mais ça reste une prise de conscience assez limitée et qui en tout cas ne le fait pas changer. Toute la fin est prodigieuse, on se demande vraiment ce qui va se passer, tout est sans cesse remis en question, jusqu'au bout on a du mal à y croire.
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2009

Post by Anorya »

Les nuits de Cabiria (Fellini - 1957)

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" "Les nuits de Cabiria" est l'histoire d'une femme qui veut être aimée. Cabiria (Giulietta Massina) peut être vue comme un personnage lunaire mais, contrairement à Gelsomina, ce n'est pas une victime sans défense. C'est une prostituée qui ne ressent aucune culpabilité et qui entend avoir une vie normale. Dans une des scènes clés du film, elle assiste à un numéro de magie dans un théâtre de variété lorsque le magicien lui demande de venir sur scène et l'hypnotise. Elle raconte alors au public ses désirs de nouvelle vie, son envie de se marier, d'avoir des enfants et une maison. Au réveil, aucun de ses désirs ne se réalise, anéantis par la réalité."
("Federico Fellini" par Angel Quintana, editions Le Monde/Cahiers du cinéma)



Cabiria est un personnage profondément dynamique et enjoué qui avance dans un monde sans amour, un monde corrompu et pétri par le mal mais là encore, comme dans Il Bidone, la force du réalisateur est de ne jamais pointer de morale ni d'accuser ouvertement tel ou tel personnage. Ainsi en est-il d'Oscar, personnage qu'on dirait ému par la révélation de Cabiria lors de la sortie hors du music-hall avec l'hypnotiseur. Pourtant, cet Oscar, aussi timide et réservé soit-il, se révélera un salaud de plus, puisqu'on verra vers la fin qu'il cherchera, comme au début du film, à être avec Cabiria, uniquement pour la voler. Mais un salaud reste un humain à la base et contrairement au début où Cabiria avait presque fini noyée, celui-ci aura de profond remords lors du passage à l'acte et renoncera à tuer la jeune prostituée (on échappe ainsi au sordide que certains cinéastes n'hésitent pas à vouloir nous montrer. Ouf, merci Fellini) avant de s'enfuir avec l'argent.

Pour ce film, Fellini et Pasolini, à l'aide pour le scénario, n'hésitèrent pas à enquêter dans les bas-fonds de Rome parmi les prostituées et l'on sent une certaine touche Pasolinienne dans le traitement de la langue et l'argot employé par les prostituées. C'est aussi un film qui, après Il Bidone, remet une nouvelle fois en cause la religion, plus précisément à travers la manière dont l'église l'emploie à l'heure actuelle. Ainsi, si les 3 arnaqueurs (bidonneurs) du film précédents se déguisaient en prêtres pour flouer les paysans les plus pauvres, ici l'on assiste à une procession religieuse finalement vécue comme un simple rituel au grand désespoir de Cabiria, la seule à sans doute encore avoir véritablement la foi et espérer changer sa vie. Avec ce film, les autorités religieuses commencent à lâcher Fellini dont elles pouvaient encore (comme nombre de films italiens de l'époque) financer les oeuvres auparavant, sentant le cinéaste critiquer de plus en plus ouvertement le rôle de l'église et ses méthodes, s'apparentant plus à un spectacle son et lumière pour rameuter à elle de plus en plus de fidèles. Et ça se vérifiera effectivement dans La Dolce Vita juste après où dans l'ouverture du film, on hésite pas a transporter la statue du Christ en hélicoptère ! :mrgreen:

Grand film. 6/6.
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Anorya »

Je profite du topic Fellini pour faire un copier-collé de ma chronique d'Amarcord. :o


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Le mot en lui-même est un néologisme de Fellini griffonné à la hâte sur une serviette de restaurant, qui évoque l'expression "Io mi Ricordo", Je me souviens. Et effectivement, Amarcord, tout comme Fellini Roma (1972) est un film de souvenirs mais à la différence de ce dernier qui oscillait entre passé des années 30/40 et la capitale italienne des années 70 (avec la superbe séquence finale des bikers dans la nuit noire), Amarcord est tout entièrement tourné vers un kaléïdoscope de souvenirs des années 30 dans la petite ville de Rimini, la ville natale du réalisateur qui n'hésite pas pour le coup à reconstruire des parties en studio afin que cela soit conforme au plus près avec ses souvenirs d'enfance.


"Une chose est sûre : je ne viens jamais volontiers à Rimini. Je le dis très sincèrement. C'est comme un blocage. J'y ai encore de la famille : ma mère, ma soeur. Peur de mes sentiments ? C'est plutôt que j'ai l'impression que chaque retour est le ressassement satisfait et masochiste de mes souvenirs : une opération spectaculaire, littéraire. Bien sûr ça a son charme. Un charme somnolent. Et trouble. Le fait que je ne parviens pas à considérer Rimini avec objectivité. Ce n'est qu'une dimension de ma mémoire. D'ailleurs, chaque fois que je suis à Rimini je suis pris à parti par des fantasmes que je croyais rangés, classés une fois pour toutes."
"Federico Fellini" par Angel Quintana, éditions Le Monde/Cahiers du cinéma.


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a/ Petites plaisanteries de l'enfance...

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b/... Et coups tordus à chaque fois. :mrgreen:

Pour se faire, il va travailler en étroite collaboration avec Tonino Guerra, scénariste et poète ayant déjà beaucoup travaillé dans les années 60 avec Antonioni ou Francesco Rosi (et plus tard Tarkovski en 1983 pour "Nostalgia"). Mais le cinéaste va aussi beaucoup puiser dans ses souvenirs du passé, ce qu'amorçait déjà Fellini-Roma où le jeune garçon pouvait se voir comme un alter-égo du cinéaste arrivant à la capitale, souvenirs qu'il va projeter et sur la ville et ses protagonistes et le personnage du jeune Titta qui n'est ici plus l'alter-égo du cinéaste mais l'évocation d'un camarade de classe avec qui il fit les 400 coups, Luigi Banzi.

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c/ La statue et ses fesses généreuses.

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d/ La chevauchée des Walkyries... Euh des bicyclettes. :o

Amarcord est la chronique d'une année (du printemps à l'hiver avec le vol des aigrettes --ou vesses de loup-- qui marquent à chaque fois le renouveau du cycle, ouverture comme fermeture du film) d'une petite ville des années 30 en plein fascisme. On suit progressivement un jeune garçon, Titta, les membres de sa famille (son petit frère, son père aux idéaux différents, son grand-père obsédé sexuel, son oncle frimeur et fasciste, un autre oncle (Téo) enfermé en hôpital psychiatrique, sa mère très possessive), une foule de personnages bigarrés et haut en couleurs (un avocat s'improvisant narrateur, la "gradisca" --bombe sexuelle de la ville, la buraliste à la poitrine généreuse...) et surtout ses copains avec leurs jeux et blagues (images a/ et b/)...

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e/ Passage à confess' et masturbation collective.

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f/ La vaine rêverie de Ciccio.

...Tout comme leurs fantasmes et leur obsession des femmes (c/, d/, e/). Il faut dire que dans l'univers cloisonné et oppressant d'une petite ville sous contrôle fasciste avec surveillance tant de certaines personnes comme de l'église n'offre pas beaucoup d'échappatoire à ces vies mornes d'adolescents guettant avidemment et rêvant de nombreuses femmes pour s'échapper. Tout y passe d'ailleurs, venant d'eux comme des différents personnages, séquences d'onanisme collectif (e), légendes rapportées (d'où vient le surnom de la "gradisca", la séquence façon "contes des milles et une nuits"...) rêve de mariage (f) en pleine célébration fasciste.


Ces derniers sont parfois tournés en ridicule d'ailleurs. Non pas que Fellini propose une quelconque critique de ces années-là mais bien parce que le souvenir travaillé est celui d'un adolescent qui n'a que faire de tout ça, plus préoccupé par les femmes et qui, comme si Fellini lui-même se souvenait et de fait, grossissait le trait (Fellini a été dessinateur et caricaturiste d'ailleurs) en ramenant tout sur la pellicule, exacerbe ces hommes et femmes dans un creset étrange et non dénué d'humour. Il faut d'ailleurs voir la tête de Mussolini en fleurs bénir l'union en rêve du jeune Ciccio avec Aldina ou bien ce fasciste qui, lors de la procession parle face caméra et annonce son admiration du duce en disant en des termes... "élogieux" dira-t-on (g/ seconde image) ! D'ailleurs pour prendre à parti le spectateur mais aussi travailler un certain recul (bénéfique sur cette période troublée), le réalisateur et sa caméra n'hésitent pas à faire intervenir des gens pour parler en face du spectateur, le plus naturellement du monde, comme si, au délà de l'écran, certains savaient que "ce n'est qu'un film, ce monde des années 30 n'est pas si réel". Ainsi en est-il de l'avocat narrateur et pontifiant (qui se fait ridiculiser ou que la caméra abandonne volontiers dès qu'il radote et se perd dans les détails), comme de Biscein, l'idiot rigolo de la ville, ou cette anonyme qui, sortant d'un film de Fred Astair, nous déclare le plus normalement du monde ce qu'elle en a pensé ! (g/ première image)
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g/ Prise à parti du spectateur par un peu n'importe qui. :mrgreen:

Mais Amarcord n'est pas qu'une vaste rigolade, c'est surtout un portrait (grossi et esquissé certes) de tout une petite ville qui propose parfois de belles échappées poétiques, que ce soit un évenement collectif (tout le monde part en bateau --sauf les profs qui, sûrs de leur savoir, préfèrent rester à terre et sortir un télescope pour tenter de voir le navire de loin !-- pour pouvoir apercevoir, même frôler, ne serait-ce que quelques instants, le paquebot "Le Grand Rex") ou quelque chose de plus intime (la silhouette de la Gradisca aperçue de loin au détour des grandes allées de neige, le paon domestiqué du comte qui sort sous la neige...) avec des moments plus mélancoliques. Ainsi au milieu du récit, la séquence de l'oncle Téo s'étire volontairement, devient hypnotique, de même que celle de la traversée de la mer pour apercevoir le navire symbole de l'illusion fasciste. Fellini nous place dans une attente volontaire, comme les personnages, à l'attente d'un évenement tout simple qui en devient presqu'ici l'évenement de toute une vie.

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h/ Poésie de l'instant (1) : Le grand Rex.

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i/ Poésie de l'instant (2) : L'hiver.

Amarcord est d'ailleurs un film-évenement, presqu'un film fleuve. Et quand le film se termine, on se surprend à se dire "quoi, déjà ?" et être déçu de quitter si tôt tous ces personnages virulents. Le film dure près de 2h mais on en reprendrait bien une heure de plus. L'oscar reçu en 1974 du meilleur film étranger est complètement justifié par cette chronique drôle et touchante. Un film qui respire comme la vie, un film immense.

6/6.

'Commence à devenir dur pour le film du mois. :| :lol:
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Anorya »

J'en profite pour recopier mon avis sur Casanova ici-même et signaler sur mon blog un petit sondage sur Fellini pour les intéressés.
Il y a juste 2,3 oublis dans la liste dont Les feux du music-hall ou Le cheik blanc parce que je considère (sans doute un peu trop arbitrairement, désolé) que le style de Fellini n'arrive qu'avec les vitelloni.
Merci de voter si vous le pouvez. ;)





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Casanova (Federico Fellini - 1976)

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Illustration de Manara à son vieil et regretté ami Fellini.

Après Amarcord, on revient sur un film difficile consacré au libertin à travers la vision personnelle de Fellini sur le personnage. 'Paraît que Fellini n'aimait pas Casanova qu'il appelait le stronzo, le couillon. Ou pour reprendre clairement les termes du réalisateur au journaliste Costanzo Costantini ("Conversations avec Fellini" - 1995, editions Denoël), Casanova est "un grand personnage en cire plein de sperme avec les yeux d'un masturbateur" (*). Au moins comme ça, on est fixés. Il faut dire que le réalisateur n'est clairement pas tendre avec le personnage qu'il réduit logiquement à une machine de sexe, un homme-objet, un automate-godillot qui dès lors qu'il tente d'afficher d'autres prétentions que celles, sexuelles, à laquelle on le contraint, est immédiatement l'objet de moquerie ou d'oubli. Pourtant, au délà de l'animal à performance parfois goguenard ou vantard perce sous la carapace une réelle sensibilité (il faut voir quand, ému par Henriette, le personnage s'isole pour pleurer dans les buissons, comprenant sa chance d'être avec une femme qui n'est dès lors plus seulement un corps à ses yeux mais aussi un esprit, une âme). Casanova aimerait se prouver qu'il n'est pas que bon à forniquer. Malheuresement, le moindre moment où il peut le faire lui est repris juste après : sa Henriette disparaît après un court moment de bonheur, l'ambassadeur n'a que cure de ses talents intellectuels et même sa mère se contrefout de lui. Finalement, appuyé par l'immense prestation de Donald Sutherland (méconnaissable et transfiguré :shock: ), le film est surtout, au délà du sexe, le portrait d'un homme seul, un automate de copulation au devenir machine, qui deviendra réellement une mécanique au creux des bras d'une petite ballerine dans une Venise glacée de mort sur une des plus belles partitions de Nino Rota. Un film difficile donc mais qui mérite d'être vu. 4/6.


(*) repris du "Federico Fellini" de Chris Wiegand, editions Taschen.
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Roy Neary »

Aujourd'hui sur DVDClassik, vous pouvez trouver la chronique de Il bidone. :D

:arrow: Il bidone
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Anorya »

Roy Neary wrote:Aujourd'hui sur DVDClassik, vous pouvez trouver la chronique de Il bidone. :D

:arrow: Il bidone
Très grand film. :D
Une chronique de Juliette des esprits de prévu aussi ? :wink:
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Jeremy Fox »

Anorya wrote:
Roy Neary wrote:Aujourd'hui sur DVDClassik, vous pouvez trouver la chronique de Il bidone. :D

:arrow: Il bidone
Très grand film. :D
Une chronique de Juliette des esprits de prévu aussi ? :wink:
Pas dans l'immédiat mais certainement avant la fin de l'année :wink:
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Demi-Lune »

La Strada (1954)
Toute première incursion dans l'oeuvre de Fellini, et je dois dire que c'est plutôt positif. Anorya parlera sans doute mieux du film que moi, je dirai donc simplement que c'est une oeuvre superbe et jamais ennuyeuse, une peinture bouleversante de l'Italie des itinérants et des déshérités à la Hector Malot, sublimée par un noir et blanc de toute beauté et une partition délicate de Rota. Et pourtant, mon jugement, au cours du film, était plutôt sévère : je commençais sérieusement à être fatigué de la moue sans cesse pleurnicharde de Giulietta Massina. Mais il y a ces dix dernières minutes, proprement déchirantes... je me dis que ce n'est pas possible, que Zampano va comprendre sa bassesse et aller se faire pardonner devant sa fidèle partenaire qu'il aura retrouvée. Eh bien non ! La sécheresse de cette ultime image, montrant Anthony Quinn en pleurs sur la plage, m'a atteint au coeur et a effacé d'une traite tout le scepticisme que j'avais quant à l'interprétation de Massina. Très beau film, qui aurait fait un bon candidat au titre du mois si les Kurosawa ne trustaient pas les hauts du podium.
5/6
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Anorya »

Curieusement, j'ai vu le film hier aussi mais j'étais un peu trop fatigué pour en parler (il est plus facile de célébrer les louanges de ce génie du Z qu'est Bruno Mattéï que de parler plus sérieusement d'une grande oeuvre il est vrai). Je te rejoins totalement (sauf pour la moue boudeuse de Gelsomina/Giulietta Massina qui ne m'a nullement ennuyée au vu de la psychologie du personnage, adolescente finie un peu simple d'esprit, figure de candeur et d'innocence face à la dérision et l'esprit (le personnage du fou) et la force brute (Zampatto)) et je tiens même à rajouter que c'est l'un des Fellini les plus étouffants pour moi dans ses films, plus spécialement sa "trilogie de la rédemption" avec il bidone et Les nuits de Cabiria. Le film est d'ailleurs plus court que les deux autres, plus concis et précis et j'ai trouvé que Fellini s'autorisait moins de moments de poésie (propres à laisser respirer le spectateur --comme le moment où Gelsomina cueille des fleurs ou quand elle va rendre visite à un enfant malade) que par la suite; mais ça ne change en rien que c'est un grand film.
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Anorya »

Huit et demi (Fellini - 1963)

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Pour reprendre Anna Karina dans Pierrot le fou, "J'sais pas quoi faire... Qu'est-ce que je peux faire..."
Bon ben... J'sais pas quoi dire... qu'est-ce que je peux dire ?
8 et demi laisse exsangue. On a l'impression d'avoir vu tous les films de Fellini en un avec à la sortie de la salle (je suis content d'avoir pu le voir hier sur grand écran à la cinémathèque française) des images qui nous hantent irrémédiablement. Film sur le cinéma, film de cinéma, film de questionnement sur le cinéma, questions sur un homme censé faire du cinéma (on ne verra jamais Guido Anselmi --Marcello Mastroianni-- tenir une caméra en fin de compte), mais surtout à son rapport à la vie (ses parents dont son père disparu), ses songes, ses rêves, ses espoirs déçus, les femmes, son enfance... Somme de plusieurs vies, le film se suit comme un rêve élégant, enchaînant des séquences de toutes beautés (l'ouverture dans le tunnel puis le vol de Guido, la première apparition de Claudia Cardinale, la danse de la Sagraghina, la scène du harem --avec toutes les femmes croisées et connues depuis l'enfance !--, la "danse de réconciliation" entre l'épouse et la maîtresse, le magicien télépathe et son associée...) avec un fond mêlant comique et tragique (ce sont surtout les rêves qui apportent une réconciliation avec un monde réel qui semble inquiétant), le tout dans une maîtrise totale. Immense film. Et un ex-aequo avec Melville pour mon film du mois donc.

7/6.
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Amarcord
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Amarcord »

1. Amarcord
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3. Satyricon
4. La Dolce vita
5. Juliette des Esprits
...Impossible de ne pas citer aussi Fellini Roma et E la nave va...
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Amarcord »

Anorya wrote:et j'ai trouvé que Fellini s'autorisait moins de moments de poésie (propres à laisser respirer le spectateur --comme le moment où Gelsomina cueille des fleurs ou quand elle va rendre visite à un enfant malade) que par la suite
...Sans doute est-ce dû (notamment) au contexte "historique" : La Strada, premier des 3 films de la supposée "trilogie de la rédemption" (qu'à titre personnel, j'ai plutôt tendance à réfuter) souffre encore de certaines boursouflures héritées du néo-réalisme (bien plus, étrangement --et c'est un paradoxe--, que I Vitelloni, qui lui est pourtant antérieur, et donc encore plus proche du néo-réalisme). Il me semble que Fellini ne s'affranchira réellement de tout cet héritage qu'à partir de La Dolce vita (ne fût-ce que par la "forme" de ce film-monstre).
A titre personnel, La Strada est l'un des films de Fellini qui me parlent le moins... Il semble quasiment intouchable, alors que je le trouve plutôt surestimé... Dans la même période (c'est-à-dire la période "pré-Dolce vita"), je lui préfère largement I Vitelloni, Il Bidone, ou Les Nuits de Cabiria. Mais cela fait déjà une bonne dizaine d'années que je n'ai plus revu La Strada (qui me semblait déjà, à l'époque, avoir vieilli plutôt mal)... Peut-être ai-je besoin d'une séance de rattrapage ?
[Dick Laurent is dead.]