Federico Fellini (1920-1993)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Jeremy Fox »

Il est désormais possible de retrouver Ginger et Fred sur l'écran qui leur convient le mieux, celui des salles de cinéma grâce à Les Acacias !

La chronique est signée Antoine Royer et la rédac en profite pour vous proposer son top Fellini.
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Jean-Pierre Festina
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Jean-Pierre Festina »

La cité des femmes

Ou le dragueur italien au banc des accusés. Le film est globalement excellent mais souffre de graves longueurs, dans la première partie notamment : celle-ci met en scène la découverte par Snaporaz (le personnage masculin du film, incarné par Mastroianni) d'une maison tenue par des femmes par dizaines et où les rares hommes ne sont que des domestiques. C'était très prometteur comme idée, mais c'est très, très long et on se prend à préférer la drôlerie de Calmos de Bertrand Blier à ce déferlement nauséeux d'hystérie. Et puis des féministes enragées, en ce moment on a les mêmes à la maison : je lance l'idée d'un yaplusdsaumon's cut avec un quart d'heure de moins.
Le film rebondit à partir du moment où Snaporaz trouve momentanément refuge dans la maison d'un Don Juan fabuleusement vulgaire à la Gary Glitter : là, les trouvailles abondent et on retrouve le réalisateur délirant et visionnaire des grands jours. C'est tour à tour hilarant, saisissant, terrifiant, grotesque, etc. Puis le film retombe : les furies surgissent à nouveau et y installent leur loi. Et encore des passages à vide - plus pour longtemps heureusement.
Est-ce exprès ? Fellini nous fait assez généreusement partager ses inquiétudes sur le monde qui s'installe et qui bouscule les traditions pour que l'on se demande si les parties violentes du film, si encombrantes, n'auraient pas en vérité des visées purgatives. Les nerfs du spectateur masculin sont en tout cas mis à rude épreuve ; ceci posé, à titre personnel, je me suis parfois surpris à réfléchir aux propos tenus par les protagonistes féminins du film. Touché !
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Jean-Pierre Festina
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Jean-Pierre Festina »

Ginger et Fred

Un couple de danseurs de claquettes tombé dans l'oubli se réunit sous les caméras de télévision pour un mini-gala de Noël. Vision dérisoire pleine de tendresse et délire tératologique. Fellini filme des espaces étoilés, scintillants et oniriques : ce sont les décors des plateaux de tournages. Derrière, une cour des miracles grouille, hurle, piaffe d'impatience et s'empiffre dans les cantines : ce sont les artistes. Tout autour, des paysages chenus ensevelis sous les sacs poubelle : c'est l'Italie.
Situé entre Freaks et Podium, ce film italien des années 80 au parfum crépusculaire si typique aurait pu n'être qu'une autre satire aux revendications locales (la télé de Berlusconi - ceci posé, la nôtre est-elle meilleure ?) mais la beauté et le grotesque s'y côtoient si intimement que le miracle finit par naître, malgré quelques longueurs - du moins, des passages inconfortables- au début.
Avec un dvd à l'image propre et incluant une VOST, on tenait là un chef-d'oeuvre.
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Jean-Pierre Festina
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Jean-Pierre Festina »

Les nuits de Cabiria

Dans les bas-fonds de Rome, Cabiria est une michetonneuse sentimentale mais qui s'exprime comme une marchande des quatre-saisons.
Chef d'oeuvre quasiment jusqu'à la dernière minute. Le film est un enchaînement parfait de séquences puissantes (la scène d'hypnose de Cabiria est à coup sûr l'une des plus belles du cinéma) mais dont le souvenir a quelque chose de fragile, comme si le tout était inférieur à la somme des parties. Je hasarde une explication qui n'engage que moi : c'est parce qu'il y a un "truc", autrement dit, que le film est soluble dans une Morale. Oh, rien de méchant, d'ailleurs à l'époque du film, le divorce est quasiment consommé entre Fellini et la religion catholique...
C'est d'une Morale d'un autre ordre qu'il s'agit et qui est contenue dans la dernière image : on nous montre le visage de Cabiria sourire sous les larmes (tiiin) en regard-caméra (tin-tsiiiin) car elle a compris qu'elle avait trouvé la Grâce (TIN-TIN-TSIIIN) qui du reste n'a rien à voir avec la religion (tin-tssss). Rossellini plus Bergman multipliés par Chaplin, t'as compris ?
Ah, la Grâce... Un grand thème pour du grand cinéma ! Seulement moi, qu'un réalisateur se pique de mettre en scène la Grâce et j'ai envie d'y claquer le beignet. Au moins, dans la Dolce Vita, quand la Grâce esquisse une apparition, les personnages remettent leurs lunettes noires. Ouf !
Je garde le film, qui reste d'une facture indiscutable (idéal pour un jeune cinéphile), tout en lui préférant les oeuvres ultérieures du réalisateur, infiniment plus paradoxales et libres - même si Juliette des esprits nous fait lui aussi le coup du "chef-d'oeuvre jusqu'à la dernière minute"!

Edit : comme je commence à en avoir vu pas mal (il me manque Le sheik blanc, L'amour à la ville, Les clowns, bloc-note d'une réalisation et La voce della luna, qui ne sont pas facilement trouvables en dvd), voici mon top :

Chefs d'oeuvre
Amarcord
La dolce vita
Roma

Excellents
Satyricon
Boccace 70
Cabiria moins les dernières secondes
Juliette moins les dernières secondes
Huit et demie (peu de souvenirs, mais c'était consistant)
Ginger et Fred
Intervista
Vitelloni

Très bons
Casanova
La cité des femmes
Bidone

Bons
Toby Dammit
Les feux du music-hall
Répétition d'orchestre
La strada
Et vogue le navire
Last edited by Jean-Pierre Festina on 12 May 20, 14:06, edited 1 time in total.
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Père Jules
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Père Jules »

Il te manque Et vogue le navire aussi ;)
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Jean-Pierre Festina
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Jean-Pierre Festina »

Père Jules wrote:Il te manque Et vogue le navire aussi ;)
Rajouté, merci ! Mais faut voir où :mrgreen:

edit : j'en profite pour ajouter ici mon avis sur Juliette des esprits que j'avais d'abord placé, un peu par bravade, dans le topic dédié à la Comédie Italienne.
Juliette des esprits -Fellini. Comédie à l'italienne, pas uniquement bien sûr mais un peu quand même, car il y a chez Fellini des moments de drôlerie intense, tant dans les dialogues (la séance de spiritisme) que dans certaines séquences qui composent des tableaux irréels et complètement extravagants. Que la libido seule soit à l'origine d'une telle composition constitue à mon sens le ressort d'un certain comique de situation qui sous-tend une bonne partie de l'oeuvre de Fellini.
En un mot comme en cent, c'est splendide de bout en bout... A l'exception des dernières secondes qui placent le film sous les plus strictes conventions psychanalytiques : ici, c'est la résolution du conflit entre sexe et religion dans la tête du personnage principal. Passons sur le goût de déjà-vu, mais c'est un peu le cheveu de la patronne au milieu des pâtes aux truffes. Si le scénario est signé Freud, quel intérêt ? Un artiste ne se doit-il pas de créer sa propre morale et refuser de se laisser dicter celle des écoles de pensée, les mieux intentionnées soient-elles ? Quel dommage... des couleurs aussi sublimes !
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Jeremy Fox
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Jeremy Fox »

Federico Fellini aurait eu cent ans cette année. C’est la raison pour laquelle le 42e CINEMED (Festival Cinéma Méditerranéen) de Montpellier, qui s’ouvre ce week-end et se terminera le 24 octobre, a décidé d’inclure dans son programme une rétrospective du cinéaste(tous restaurés en 4K). Ce centenaire est pour Frédéric Abert Levy l’occasion de rencontrer le réalisateur Nicolas Boukhrief qui raconte dans l’entretien qui suit comment la découverte de 8½ dans les années soixante-dix fut pour le tout jeune garçon qu’il était encore un véritable éblouissement.
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Bonner »

julien wrote: 1 Feb 11, 16:44 Et la séance de cinéma aussi. Formidable séquence de drôlerie. Je trouve en plus que Fellini est très à l'aise dans le court métrage. Toby Dammitt était très réussit lui aussi. Certains de ses longs métrage on parfois tendance à être un peu trop étirés et boursouflés. Personnellement, si j'avais fait le montage de La Dolce Vita, j'aurais au moins sucré une bonne heure.
La Dolce Vita c'est sans fin. Au moins si le film s etait terminé avec la scène dramatique du double meurtre et du suicide ça aurait pu donner une consistance au reste. Mais non, on a droit à une nouvelle rasade de ces pauvres enfants riches sans intérêt dont Mastroianni tient le crachoir....
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Frances »

https://www.franceculture.fr/emission ... melancolie

À l’occasion de la sortie de I vitelloni et Des nuits de Cabiria chez Tamasa.
"Il faut vouloir saisir plus qu'on ne peut étreindre." Robert Browning.
" - De mon temps, on pouvait cracher où on voulait. On n'avait pas encore inventé les microbes." Goupi
Mains Rouges.

Mes films du mois :
Spoiler (cliquez pour afficher)
Jan 21 : Cousin Jules
Fev 21 : Midnight special
Mar 21 : Nanouk l'esquimau
Avr 21 : Garden of stones
Mai 21 : Fellini Roma
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Jeremy Fox
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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by Jeremy Fox »

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Re: Federico Fellini (1920-1993)

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Re: Federico Fellini (1920-1993)

Post by shubby »

Le seul Fellini jamais vu (la honte m'accable).

La scène de l'escalier est magistralement shootée. La héroïne monte les marches, mais on a l'impression qu'elle les descend tant elle est pressée d'arriver là-haut. La désillusion n'en est que plus grande une fois sur place. Douche froide. La descente qui suit est si pesante qu'on dirait à cet endroit qu'elle les monte, les marches. Une leçon.