Jack Lee Thompson (1914-2002)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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AtCloseRange
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by AtCloseRange »

J'en garde un joli souvenir d'enfance (enfin si je ne me trompe pas de film).
Il y a bien à un moment un endroit caché qu'on découvre du soleil ou quelque chose dans cet esprit-là?
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Karras
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Karras »

AtCloseRange wrote:J'en garde un joli souvenir d'enfance (enfin si je ne me trompe pas de film).
Il y a bien à un moment un endroit caché qu'on découvre du soleil ou quelque chose dans cet esprit-là?
Oui c'est dans le dénouement du film, le passage qui donne accès à l'or.
kiemavel
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by kiemavel »

Hallelujah , j'ai enfin vu un film de J. Lee Thompson indiscutablement bon, et même très bon. Certes, il pompe parfois Clouzot (notamment dans une séquence qui détourne royalement la noyade de Vanel dans son cloaque bitumeux .. mais qui rend avec des intérêts, quand même ) ; le film de Thompson étant lui même assez évidemment pompé par les auteurs de Un taxi pour Tobrouk. Le point de départ est le même. Même période de la guerre et même localisation (Libye/Egypte) ; même situation de départ : en fuite pour échapper aux troupes ennemis, un groupe de militaires livrés à eux mêmes est contraint de traverser le désert pour rejoindre une ville encore tenue par leur camp ; avec dans les deux cas, un ennemi intérieur en plus des conditions extrêmes de l'expédition, de l'unique véhicule qui semble près de flancher et de la menace allemande. Avec tout de même une petite différence car les anglais avaient placé une jeune infirmière à bord de l'ambulance qui cherchait à rejoindre Alexandrie. Elle est l'atout charme ; celle à qui on se confesse plus facilement et celle aussi qui entraine une romance ; le seul aspect sans grand intérêt et même peu crédible de cette histoire. Sinon, on est dans le sérieux anglais comme on l'aime … ou pas. Grands acteurs dans la retenue, humour fin, subtilité psychologique et émotions contenues sont de mises là où les français mettront l'accent sur les grandes performances d'acteurs "grandes gueules" bien servis par les bons mots et les intentions évidentes d'un auteur principal à forte personnalité (Audiard). Avec en plus, coté anglais, plus de suspense (tout ce qui touche au personnage interprété par Anthony Quayle) contre plus d'humour (notamment autour du personnage qui tient le même rôle dans Tobrouk). Enfin, on arrive aux mêmes conclusions, mais si les antimilitaristes étaient contents dès le début de la version française de l'histoire, c'est seulement à la fin du film anglais que tout le monde est d'accord et c'est, au bout des épreuves (à peu de choses près, les mêmes d'ailleurs) au cours desquelles le traitre/l'ennemi s'était rendu également indispensable, que les personnages prennent totalement conscience de l'absurdité de la guerre et agissent en conséquence. Remarquable. Un taxi pour Tobrouk - Le désert de la peur (Ice Cold in Alex) : 1-1
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Michel2
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Michel2 »

Je plussoie : Ice Cold In Alex est un excellent film dont la mise en scène fait vraiment ressentir l'hostilité du désert et la lutte permanente des protagonistes contre les éléments. Belle utilisation du noir et blanc aussi, incidemment.

Le film est peu connu de ce côté-ci de la Manche, mais multi-diffusions télévisées aidant, c'est un classique populaire chez nos voisins britons, au même titre que The Dam Busters ou Zoulou.
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by bruce randylan »

Comme vous. L'un de mes chouchous dans les découvertes de ces 5-6 dernières années. :D
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Kevin95
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Kevin95 »

Un taxi pour Tobrouk ne s'inspire pas plutôt du Sahara de Zoltan Korda ? Je pose la question naïvement, je n'ai jamais vu le Thompson.
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kiemavel
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by kiemavel »

Kevin95 wrote:Un taxi pour Tobrouk ne s'inspire pas plutôt du Sahara de Zoltan Korda ? Je pose la question naïvement, je n'ai jamais vu le Thompson.
Ah oui, j'ai oublié Sahara mais ne s'inspire pas plutôt de ..., non. Les scénarios de Alex et de Tobrouk me semblent beaucoup trop proches pour que le second n'ai pas été directement inspiré par le 1er. Après, il est probable que Sahara ai lui aussi inspiré les deux autres. La situation de départ est effectivement la même, y compris pour l'unique véhicule mais assez vite les histoires divergent. Puis à mi chemin, (en tout cas dans mon souvenir), l'armée hétéroclite subissait un siège ; il y avait une bataille et de toute façon, dès le début, on était dans un film de guerre "traditionnel", du genre pétaradant. Par contre, en ce qui concerne le traitement des personnages, il est possible que Tobrouk et Sahara soient plus proches. Dans ces deux là, les affrontements étaient plus couillus que dans le film 100 % angliche. Normal (comme aurait dit Edith). Maintenant, il y a bien quelqu'un qui va trouver trace d'un film ayant inspiré Sahara :wink:
EDIT :
Michel2 wrote:Je plussoie : Ice Cold In Alex est un excellent film dont la mise en scène fait vraiment ressentir l'hostilité du désert et la lutte permanente des protagonistes contre les éléments. Belle utilisation du noir et blanc aussi, incidemment.
Tout ceci est juste. La lutte contre les éléments, c'est même ce qui est au centre du film. C'est beaucoup moins le cas dans Tobrouk dans lequel c'est la lutte des hommes, entre eux, qui me semble au centre. Mais la proximité apparente entre les deux films est tellement grande que j'ai fait le rapprochement.
Le film est peu connu de ce côté-ci de la Manche, mais multi-diffusions télévisées aidant, c'est un classique populaire chez nos voisins britons, au même titre que The Dam Busters ou Zoulou.
Il a tout du grand classique ; aussi en tant que film de guerre rosbeef non saignant (et avec même très peu de coups de feu)
bruce randylan wrote:Comme vous. L'un de mes chouchous dans les découvertes de ces 5-6 dernières années. :D
Ah oui, carrément. Et comme ça vient de quelqu'un qui voit 600 films par an, ça a encore plus de poids.
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Profondo Rosso
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Profondo Rosso »

L'Œil du Malin (1966)

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En Dordogne, la famille de lignée aristocratique des Montfaucon est propriétaire d'une grande exploitation viticole. Mais, depuis des générations, ses descendants mâles semblent être poursuivis par une terrible malédiction. Ils meurent tous de mort violente, pour le bien du village. Catherine de Montfaucon tente de dissuader Philippe, son époux, de perpétuer cette destinée…

L'Œil du Malin est une vraie curiosité méconnue du cinéma fantastique, à la croisée des chemins des mutations du genre. L'épouvante gothique s'orne d'un trouble psychologique au féminin et de l'enfance pervertie des Innocents (1961) de Jack Clayton, et les ambiances païennes et sataniques annoncent autant l'extravagance Hammer des Vierges de Satan de Terence Fisher (1968) que la touche feutrée et inquiétante de Rosemary's Baby de Roman Polanski (1968). Le film adapte le roman Day of the Arrow de Philip Loraine paru en 1964 et connaîtra une production mouvementée. Sidney J. Furie est initialement engagé par le producteur Martin Ransohoff avant d'être évincé pour Michael Anderson qui, malade laissera sa place au touche à tout Jack Lee Thompson. Même jeu de chaise musicale au niveau du casting avec Kim Novak initialement engagée mais contrainte de renoncer à cause d'une chute de cheval, ou selon la rumeur suite à une violente dispute avec Martin Ransohoff supposément trop entichée de la nouvelle venue Sharon Tate qu'il a découverte et lance sur ce premier film. David Niven propose alors sa partenaire de Tables séparées (1958) et Bonjour tristesse (1958), Deborah Kerr avec laquelle l'alchimie fonctionnera à nouveau.

L'Œil du Malin n'égale les films précédemment évoqués à cause d'une narration parfois poussive et surtout de l'absence de vertige et d'incertitudes qu'ils provoquaient. Jack Lee Thompson dévoile ici ses cartes trop vite, sans laisser le malaise plus insidieusement s'installer. Par contre il excelle à instaurer une ambiance inquiétante. La forme parvient à mélanger cette veine gothique et psychologique à une esthétique psyché typique de ce milieu des années 60. Dès l'ouverture un montage syncopé distille des bribes des moments les plus inquiétants à venir, et si ces images nous semblent nébuleuses elles contribuent à poser un climat malsain. Ainsi la réception mondaine de Philippe (David Niven) et Catherine (Deborah Kerr) tout en exposant leur tendresse réciproque et bonheur, semble déjà comme en sursis par ses petites touches furtives. Le départ de Philippe pour son domaine d'exploitation viticole semble marqué du sceau de la malédiction tant par le jeu fébrile de David Niven que par les ténèbres qu'associe Thompson à cette perspective par une imagerie pesante qui écrase le personnage d'une responsabilité plus profonde. Le rapport dominant/dominé inversé entre le châtelain et les villageois se ressent par l'entité inquisitrice qu'ils semblent constamment incarner face au seul Philippe durant plusieurs séquences (l'arrivée au village en voiture ou la rencontre avec les ouvriers agricoles). Ce sentiment est encore plus fort face au figure d'autorité civile et/ou morale notamment le très inquiétant pasteur incarné par Donald Pleasence, mais aussi les symboles de charme juvénile et démoniaque de la fratrie jouée par David Hemmings et Sharon Tate. Leurs traits pâles et blond sont exacerbés par la photo diaphane d’Erwin Hillier mais également contrebalancé par leurs tenues sombres qui les font ainsi osciller entre anges et démons. Tous deux véhiculent d'ailleurs la dimension sexuelle vénéneuse du récit, Sharon Tate s'offrant une étonnante scène de délectation SM et Hemmings entretenant une complicité suspecte avec David Niven (l'interprétation la plus tordue se prêtant bien à la "pénétration" et soumission finale, gros plan sur la pointe de la flèche inclus)

Avec l'arrivée de Deborah Kerr ce malaise se ressent d'autant plus visuellement. La modernité et le classicisme gothique s'entrecroise de façon originale, notamment dans les extérieurs français qui change un peu de l'imagerie anglo-saxonne du genre (tournage dans le château de Hautefort en Dordogne). Les cadrages alambiqués, les contre-plongées déroutantes et le montage psyché (entre flash-forward et association d'idée) posent donc cette approche moderne où l'on pense justement au Sydney J. Furie de Ipcress, danger immédiat (1965) dans une veine plus fantastique. Les intérieurs (tournés en Angleterre aux studios d'Elstree) perpétuent ce décorum médiéval gothique, Thompson se plaisant à perdre Deborah Kerr dans l'immensité de décors stylisés où se plait à l'oppresser dans des environnements exigus où la raison vacillante aidant, les ténèbres dessinent des silhouettes indicibles et malveillantes. Le réalisateur distille un malaise certains dans plusieurs morceaux de bravoure flamboyant que ce soit une messe noire nocturne, une séquence d'hypnose "vertigineuse" ou une scène de cauchemar opiacée fort inquiétante. Ce qui empêche le film de complètement décoller réside dans le scénario poussif qui ne sait quoi faire de Deborah Kerr. La féminité et/ou maternité viciée, l'ambiguïté entre réalité et folie qui faisaient la force des Innocents sont absents ici où Deborah Kerr se contente d'être l'épouse apeurée, la victime fuyante et impuissante. Reste donc une belle réussite plastique et atmosphérique qui maintient sa tension jusqu'à une belle conclusion qui poursuit la malédiction. 4,5/6
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Profondo Rosso
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Profondo Rosso »

Sinon vu comme ce pauvre Jack Lee Thompson prend cher dans les pages précédentes du topic :mrgreen: je remets là quelques avis sur sa période british des années 50 où il fut très intéressant

No Trees in the Street de Jack Lee Thomson (1959)

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No Trees in the Street est un saisissant polar social signé par un Jack Lee Thompson habitué à explorer les bas-fonds durant sa remarquable première partie de carrière avec des réussite comme Yield to the Night (1956) ou Les Yeux du témoin (1959). Le film adapte la pièce de théâtre éponyme de Ted Willis (jouée en 1948) qui en signe également le scénario. Willis en plus de ses multiples talents et d'une écriture frénétique (dramaturge, scénariste et écrivain, il figure au livre Guiness des records comme un des auteurs les plus prolifiques de la télévision, auquel s'ajoute 34 pièces et 39 scénarios de films) est aussi connu pour sa profonde sensibilité de gauche qui lui vaudra d'être secrétaire de la Young Communist League puis un des membres les plus actifs du Parti Travailliste. On ne s'étonnera donc pas du propos profondément engagé de No Trees in the Street dont la noirceur prolonge des tentatives hollywoodiennes comme Primrose Path (1940) et anticipe un Affreux sales et méchants (1976) avec une même vision glauque des bas-fonds et un semblables regard désabusé et monstrueux sur la cellule familiale.

Dans le Londres d'avant-guerre, toute la fange, la misère et la criminalité semble s'être concentrée dans le quartier de Kennedy Street. Hetty (Sylvia Syms) est une jeune femme cherchant à quitter le quartier et échapper à sa condition mais qui y est enchaînée malgré elle. Son frère Tommy (Melvyn Hayes) est au bord de la délinquance tandis que sa mère (Joan Miller) la pousse dans les bras du parrain local Wilkie (Herbert Lom) fou de désir pour elle. Jack Lee Thomson dresse un portrait sordide des lieux et de ses mœurs, la caméra arpentant les ruelles crasseuse où défilent enfants en guenilles, explore les immeubles et appartements insalubres -c'est d'autant plus impressionnant que tout est filmé en studio - mais surtout la débauche de ses habitants. Entre le père aveugle et impuissant face à la dérive de sa famille, la mère oubliant ses soucis en beuverie quotidienne et le frère sur la corde raide, le tableau est saisissant. Lorsque Tommy est entraîné par Wilkie vers un hold-up avorté, la face sombre de celui-ci se révèle et les maigres espoirs d'Hetty de le ramener dans le droit chemin. Melvyn Hayes en post adolescent chétif semble écrasé à la fois par un déterminisme social inéluctable qu'il ressent physiquement à travers la brutalité de sa mère et l'intimidation de Wilkie. La voie criminelle et particulièrement le moment où il entrera en possession d'une arme révèle son caractère faible et inconsistant à travers le sentiment de toute puissance qu'il ressent alors. Se battre pour s'en sortir semble un combat vain et inutile qu'Hetty va bientôt abandonner pour céder à la facilité. La dimension théâtrale ressurgit dans la manière dont cet appartement semble concentrer l'horizon limité des personnages que Jack Lee Thompson resserre par sa mise en scène. Lors de la scène clé où elle arrête de lutter, la voix enjôleuse et hypocrite de sa mère et les effets de l'alcool isolent Hetty (Sylvia Syms plus poignante que jamais), l'exiguïté de l'appartement devenant une prison mentale où Thompson se fige sur son visage désormais sans expression.

Ce côté étouffant se traduit également par la photographie stylisée de Gilbert Taylor dont les jeux d'ombres semblent également emprisonner les protagonistes, notamment la scène de vol nocturne. Le scénario ose des moments très dérangeants avec la démence de Tommy arme au poing et une scène de simili viol assez glaçante. Une des forces du film est de ne pas avoir de véritables méchants, c'est la spirale de la misère passée ou présente qui aura fait des personnages ce qu'ils sont. La mère indigne jouée par Joan Miller pense réellement rendre l'existence de sa famille meilleure en "vendant" sa fille, son milieu ne l'a pas accoutumée à d'autre manière de s'en sortir et le final où tout s'écroule n'en sera que plus douloureux. Même le caïd qu'incarne Herbert Lom cède à sa passion réelle pour Hetty, qui l'empêche de commettre l'irréparable lors d'une scène clé mais amène à manipuler tous son entourage pour arriver à ses fins. Quand à Tommy c'est un faible soumis à sa frustration et malgré ses exactions la figure la plus innocente du film. Les barres d'immeuble sociaux anonymes de l'Angleterre 60's, le passage de la guerre ayant détruit la Kennedy Street qu'on aperçoit dans l'épilogue figure autant l'espoir (symbolisé par les arbres ayant enfin leur place dans le quartier en allusion au titre du film) que d'autres lendemain qui déchantent pour les démunis. Ce croisement du kitchen sink drama et du polar constitue en tout cas une vraie belle réussite méconnue. 5/6

Yield to the Night de Jack Lee Thompson (1956)

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Mary Price Hilton (Diana Dors) attend son exécution dans le couloir de la mort. Alors qu’elle espère toujours un report de dernière minute, elle n’arrive pas à regretter son geste, un crime de vengeance.

Trop souvent réduite à son sex-appeal ravageur qui en faisait le pendant anglais de Marilyn Monroe, Diana Dors prouva pourtant plus d'une fois son réel talent dramatique comme dans le film noir The Unholy Wife (1957) ou ce Yield to the Night. Elle y retrouve Jack Lee Thompson qui l'avait déjà dirigé à deux reprises dans The Weak and the Wicked (1954) et An Alligator Named Daisy (1955). Yield to the Night adapte le roman éponyme de Joan Henry (déjà adaptée justement par Jack Lee Thomson et Diana Dors avec The Weak and the Wicked) paru en 1954 mais le film eu un écho particulier tant sa trame se rapprochait d'un fait divers récent. En 1955, la star des nuits londonienne Ruth Ellis tua son amant par balles son amant David Blakely avant de se rendre à la police et après jugement elle fut la dernière femme condamnée à mort en Angleterre après une longue controverse médiatique.

On peut penser au départ voir dans Yield to the Night un plaidoyer contre la peine de mort et équivalent au beau film de Robert Wise Je veux vivre (1958). Rien de tout cela en fait mais plutôt un superbe portrait de femme. Le film s'ouvre sur séquence brutale où l'on découvre Mary Price Hilton (Diana Dors) arpenter la ville d'un pas déterminé jusqu'à arriver devant une maison où elle guette la sortie d'une femme qu'elle va abattre froidement de plusieurs coup de feu rageur. Jusque-là réduite à une simple silhouette, la caméra daigne enfin nous révéler son visage arborant les traits magnifiques de Diane Dors cependant altéré par un regard de démente. Nous retrouverons notre meurtrière quelques mois plus tard, en prison et en attente de sa date d'exécution ou de possible grâce. Toute la tension du film repose sur cette échéance et le récit se partage entre cette attente angoissée et un récit en flashback où le découvre les circonstances qui ont conduit Mary au crime. La première rencontre avec l'homme qui causera sa perte est déjà placée sous un jour un jour funeste, puisqu'il se rend à la boutique de luxe où elle travaille afin d'acheter un parfum pour une autre. Tombée folle amoureuse de ce Jim (Michael Craig) elle va quitter son mari pour vivre pleinement cette passion. Pourtant celle qui se sera placée entre dès le premier jour ne cesse de hanter Jim qui malmène Mary tout comme il l'est lui-même par Lucy, l'amante richissime qui l'éconduit. On assiste ainsi à un triangle amoureux tragique où l'obsession amoureuse est décalée. Un terrible rebondissement attisera une haine meurtrière chez Mary qui va donc froidement tuer sa rivale et en payer le prix.

Après avoir montré les tourments de cette passion amoureuse et son issue tragique, on s'attardera donc sur le quotidien de la prison. Jack Lee Thomson filme la répétition de ce quotidien où en isolement, Mary voit défiler les journées au fil de ses repas, promenades et visites de sa famille. Ces angoisses et sa peur de mourir constituent également une monotonie glaçante entre ces crises de colère et les pas de la directrice approchant sa cellule pour possiblement lui donner la décision fébrilement attendue. Jack Lee Thomson fait de la cellule un véritable espace mental dont chaque recoin est désormais connu par cœur par Mary, et notamment cette porte sans poignée menant à la pièce où elle sera peut être exécutée. Diane Dors offre une prestation puissante, les scènes en flashback offrant d'elle l'image sexy et glamour que l'on connaît mais dans une veine plus trouble tandis que les scènes en prison constituent une vraie mise à nu. Presque sans maquillage (où alors forcé pour l'enlaidir), son visage alterne les attitudes mornes, absentes et résignée avec la pure démence où en nage elle hurle au monde sa peur de mourir. Cette rage ne semble pas pouvoir trouver d'apaisement, cet amour passionnel encore vivace ne lui faisant pas regretter son geste. Ni la douleur de ses proches, ni les visiteurs bienveillants, ni la gardienne avec laquelle elle se liera (excellente Yvonne Mitchell) et pas même la religion ne sauront donner un semblant de paix intérieur âme tourmentée. Cette approche donne donc au film un aspect à la fois froid et clinique face à l'issue inéluctable mais aussi profondément mélodramatique grâce à la prestation habitée de Diane Dors pour laquelle on éprouve malgré tout de la compassion. La conclusion est à l'image de ce double langage, la répétitivité et l'aspect mécanique n'étouffant pas l'émotion qui nous gagne durant les dernières images implacables. 5/6

Les yeux du témoin (Tiger Bay) de Jack Lee Thompson (1959)

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Gillie, une fillette de 12 ans, a vu le jeune marin polonais Korchinsky abattre sa petite amie avec un révolver. Gillie lui subtilise l'arme, mais lorsque la police la découvre en possession du révolver, elle invente des histoires, car des liens particuliers se sont tissés entre elle et le meurtrier...

Une très belle découverte que ce déroutant mélange de thriller et de récit initiatique sur l'enfance. Le film marque la première apparition à l'écran de la jeune Hayley Mills, fille de l'acteur John Mills (également là dansle rôle de l'inspecteur de police) dont l'impressionnante performance lui vaudra une pluie de récompense et d'être l'enfant star des productions Disney du début 60's.

Tout le film est affaire de dualité, entre ombre et lumière, innocence et manipulation, attachement et rejet. Le jeune et avenant marin polonais Korchinsky revenu de mer découvre que sa fiancée l'a trompée et est entretenue par un autre homme, et face au violent rejet qu'elle lui oppose la tue dans un moment d'égarement. La jeune Gillie (Hayley Mills) témoin de la scène va parvenir suite à un concours de circonstance à s'emparer de l'arme du crime un revolver et une poursuite va alors s'engager. Le film prend alors un tour étonnant puisque passé quelques haletantes séquences à suspense le scénario cesse soudain d'opposer poursuivant et poursuivie pour les rapprocher. Des signes avant-coureurs nous auront montrés que les deux personnages incarnent finalement deux solitudes qui ne pouvait que se reconnaître. Elevé sans passion par sa tante, Gillie est une fillette livrée à elle même cachant son mal être et le rejet des autres dans une exubérance et une mythomanie mettant à rude épreuve son entourage. Quant à Korchinsky, il a vécu toute sa vie en mer et quant son seul rattachement à la terre et une vie normale le trahit cruellement, c'est un véritable déchirement.

Le ton du film oscille ainsi constamment entre la dureté du récit policier et une certaine candeur dans la relation entre ses deux personnages. Jack Lee Thomson alterne visuellement une authenticité qui annonce le "free cinéma" des 60's avec son Cardiff portuaire et cosmopolite, une stylisation typiquement "film noir" lors des séquences nocturnes où la ville prend un tour oppressant dans les yeux de la fillette (et l'esprit agité de Korchinsky) et un naturalisme tout en douceur lors de tout les échanges entre Gillie et Korchinsky. Toutes ses facettes peuvent même s'entrecroiser comme lors de ce moment ambigu (qui se renouvellera lors de la conclusion) où Korchinsky a l'occasion de se débarrasser radicalement de cette gamine gênante mais ne peut s'y résoudre. Horst Buchholz en écorché vif trop nerveux mais au coeur tendre est épatant de bout en bout et Haley Mills en petite teigne est parfaite et déploie un registre impressionnant pour son jeune âge dans un récit aussi sombre. Jack Lee Thomson envisageait d'ailleurs au départ le rôle pour un petit garçon avant d'être soufflé par les capacités de Hayley Mills.

Les repères sont si perturbés que le personnage le plus droit et équilibré du film en deviendrait presque antipathique avec l'inspecteur de police joué par John Mills traquant le coupable sans relâche. sa pugnacité sans faille est d'ailleurs l'occasion de vingt dernière minutes soufflante de suspense en pleine mer où Jack Lee Thomson (qui signe là un de ses tous meilleurs films) déploie des trésors d'inventions pour faire grimper la tension. Si (forcément) la morale est sauve au final, le film nous aura brillamment emmené tout du long dans des émotions inattendues. 5/6
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Jeremy Fox
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Jeremy Fox »

Profondo Rosso wrote:Sinon vu comme ce pauvre Jack Lee Thompson prend cher dans les pages précédentes du topic :mrgreen:

Et encore ; j'aurais déjà écrit sur le forum à l'époque où j'ai découvert Eye of the Devil, je me souviens que je lui avais mis un petit 0/10 :mrgreen:
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Commissaire Juve
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Commissaire Juve »

De lui, j'ai :

Peine capitale / Yield to the night (1956)
Les Yeux du témoin / Tiger Bay (1959)
Madame Croque-maris (1964)
Monsieur Saint-Ives (1976)

A part le dernier -- sympa, au demeurant -- qui ressemble à un épisode de Columbo... tout ça me va très bien.

Je pensais en avoir davantage, mais non (en fait, je lui prêtais des films réalisés par Martin Ritt ! :oops: )
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Jeremy Fox »

Commissaire Juve wrote:
Je pensais en avoir davantage, mais non (en fait, je lui prêtais des films réalisés par Martin Ritt ! :oops: )
Qu'a fait Martin Ritt pour mériter ça ?! :mrgreen:
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Alexandre Angel »

Commissaire Juve wrote: Je pensais en avoir davantage, mais non (en fait, je lui prêtais des films réalisés par Martin Ritt ! )
...porte quoi!! :shock: :mrgreen:
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Commissaire Juve »

Commissaire Juve wrote:...
Les Yeux du témoin / Tiger Bay (1959)...
Et puisqu'on en parle : voilà un film qui mériterait une édition en BLU (avec des sous-titres pas trop gros et un interligne bien serré).

Mais... l'imagination est au pouvoir !
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Profondo Rosso
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Re: Jack Lee Thompson (1914-2002)

Post by Profondo Rosso »

Woman on a dressing gown (1957)

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Après vingt ans de vie commune, Amy et Jim Preston sont au bord de la rupture. Jim ne supporte plus l'insouciance de sa femme, et prend une maîtresse.

Une carrière d'habile mais impersonnel faiseur hollywoodien dans les 60's (Les Canons de Navarone (1961), Les Nerfs à vif (1962), Tarass Boulba (1962)) puis de piteux yes-man d'un Charles Bronson sur le déclin dans les 80's aura fait oublier les brillants débuts de Jack Lee Thomson au sein du cinéma anglais des années 50. Durant cette période le réalisateur signe une série de mélodrames sociaux progressistes dont le l'un des fils rouge serait l'interrogation sur la condition féminine. The Weak and the Wicked (1954) dépeignait ainsi le quotidien de détenues, Yield to the Night (1956) creusait le même sillon en dépeignant le destin d'une condamnée à mort (les deux films tant notamment interprétés par Diane Dors) tandis que No Trees in the Street (1958) s'attardait sur l'avant, cette fange et ces tentations qui pourraient conduire l'héroïne à se perdre. Woman on a dressing gown délaisse les jeunes filles perdues pour s'attarder sur la torpeur du couple.

Le mariage d'Amy (Yvonne Mitchell) et Jim Preston (Anthony Quayle) s'enlise ainsi après vingt ans de vie commune. Cela ne se ressentira pas par le conflit mais par la médiocrité ambiante visible dès la scène d'ouverture. Le domicile familial apparait ainsi désordonné, comme un reflet de l'apparence négligée d'Amy arborant coiffure hirsute et robe de chambre informe (d'où le titre du film) à longueur de journée. Amy apparait comme une sorte de femme-enfant distraite et plus préoccupée par ses émissions de musiques classiques à la radio plutôt que la tenue de son foyer. Jack Lee Thomson n'accable pas son héroïne et fait au contraire de ce désordre une sorte de manifestation inconsciente du mal-être d'Amy qui s'oublie dans une dévotion aussi inconditionnelle que maladroite envers son mari et son fils Brian (Andrew Ray). Ainsi si l'entrée en matière pourrait sembler machiste à dépeindre cette maîtresse de maison indigne, l'attitude désinvolte de Jim soumettant tacitement son épouse (pour son petit-déjeuner, pour lui recoudre un bouton de chemise) alors qu'il se rend au travail donne une perspective de la situation. Si Amy est dans le déni, Jim n'est que trop conscient de la médiocrité de son existence et trouvera refuge dans les bras de Georgie (Sylvia Syms), sa secrétaire plus jeune et follement amoureuse de lui. De plus en plus pressé par Georgie de divorcer, Jim va longuement hésiter et sa prise de décision va causer le chaos.

Le scénario de Ted Lewis (qui transposait là au cinéma son script initialement tourné pour la télévision l'année précédente) se situe durant cette journée où les masques tombent et l'équilibre habituel vacille. Jack Lee Thomson film le foyer comme une prison à travers différentes idées formelles. Les barres du montant du lit conjugal semble comme former des barreaux par es cadrages choisis, le capharnaüm ambiant donne un sentiment d'encombrement permanent et claustrophobe et surtout la dévotion empressée d'Amy rend l'atmosphère étouffante pour Jim jamais dans les bonnes conditions pour faire son aveu fatal. La scène où il se résigne à le faire témoigne de ces choix esthétiques de Jack Lee Thomson, Jim étant filmé assis et de dos pour signifier sa lâcheté et la douleur de l'aveu (lâché dans un soupir) tandis qu'Amy une nouvelle fois s'agitait en tous sens et déblatérant à tout va comme pour combler le vide - comme pour l'empêcher inconsciemment de prononcer ces mots douloureux pour elle. Le parallèle entre l'élégance, la beauté et l'éducation de Georgie offre un parallèle cruel à Amy, l'amour sincère de chacune tirant le héros vers le haut ou vers le bas, vers un futur heureux et libéré ou vers un présent sinistre chargé de responsabilité. Yvonne Mitchell se met à nu comme rarement, l'extrême sensibilité de son personnage surmontant tout ce qu'il pourrait avoir de caricatural. Aucune humiliation ne lui sera épargné, son allure quelconque étant encore plus abîmée une fois la béquille de son couple menacé dans une scène sa seule réponse sera de se faire belle et d'arranger son appartement. Les éléments se liguent contre elle comme une fatalité à sa médiocrité (la pluie gâchant sa coiffure, une table fragile gâchant ses velléités d'ordre) et la font sombrer dans un profond désespoir. Anthony Quayle est remarquable aussi en homme déchiré dans ses aspirations et Sylvia Syms rend très touchante aussi cette jeune femme tiraillée entre culpabilité et amour.

Jack Lee Thompson évite le piège du théâtre filmé malgré une intrigue se déroulant pour l'essentiel dans un appartement exigu et explore si bien sa problématique qu'aucune solution n'apparait réellement juste. Si la conclusion paraitra sans doute très moralisatrice, le propos est plus subtil puisque laissant apparaître comme partagées les raisons du délitement du couple. En apparence la responsabilité incombe à la négligence d'Amy mais plus concrètement c'est l'effacement de Jim qui aura causé cette lente déchéance. Le film offre un beau portrait de la famille anglaise traditionnelle d'alors, où le non-dit domine dans les maux/mots qui s'ignorent que dans la chaleur timidement retrouvée de la scène finale. Dès lors impossible de réellement savoir si l'on a assisté à un happy-end et si les choses pourraient réellement aller mieux pour les protagonistes. Le film rencontrera un grand succès et sera auréolé de nombreuses récompenses (meilleur film et Ourse d'argent de la meilleur actrice pour Yvonne Mitchell au Festival de Berlin, un Golden Globe du meilleur film en 1958) et est considéré par la critique anglaise à la fois comme précurseur du kitchen sink drama et une sorte de pendant réaliste et plus cru du Désert Rouge (1964) d'Antonioni. 5/6