Seijun Suzuki (1923-2017)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by bruce randylan »

Je vois qu'on a le même ressenti.
bruce randylan wrote:La voix sans ombre ( 1958 - 91 min )
Les 20 première minutes sont époustouflantes et renvoient aux meilleur d'Hitchcock ( une femme découvre qu'un collègue de son mari à la même voix qu'un assassin qu'elle avait entendu par hasard 3 ans auparavant ) avec une vrai tension et une ambiance paranoïaque très réussi basé sur quelques touches à la limite du fantastique et un traitement du son presque agressif le ton servi par un Joe Shishido toujours aussi charismatique.
Puis avec un rebondissement autant surprenant que culotté (et que Frieklin n'aurait pas renié), le film glisse vers.... l'ennui ! :?
On abandonne le thriller psychologique pour une banale histoire d'enquête criminel avec problèmes d'alibis, un suspect tout trouvé forcement innocent et une mise en scène faiblarde...
Il faut attendre les 5 dernières minutes pour sentir Suzuki se réveiller derrière sa caméra mais ça ne rattrape pas la tournure idiote du scenario.
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Spike
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by Spike »

1kult wrote:La Voix sans ombre (1958)

Le Suzuki dispo dans le coffret Nikkatsu Diamond Guys (vol. 1) de Arrow est une prod intéressante mais inégale. (...)

Le disque est de bonne qualité, mais les fondus possèdent un effet bizarre avec une barre blanche qui apparaît le temps d'une image.
S'il s'agit d'une barre blanche horizontale qui apparaît (parfois) au sommet et/ou au bas de l'image lors d'un changement de plan/scène, c'est une collure (splice mark).

Étrangement, je n'ai remarqué ce phénomène que sur des films japonais (Ex. DVD français d'Une jeune fille à la dérive, DVD britannique de Super Express 109, DVD japonais de L'Auberge du mal, ...). Le BR britannique d'A Snake of June est également concerné, parait-il.

Je me suis toujours demandé pourquoi les éditeurs ne zoomaient pas légèrement pour faire disparaître ce défaut qui, personnellement, a fortement tendance à me sortir du film. On ne perdrait (quasi-)rien en terme d'image (et, d'ailleurs, je crois que les collures se sont pas visibles en salles, puisque l'image projetée est légèrement "rognée").
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by 1kult »

C'est bien ça ! Etrange...

La Vie d'un tatoué (1965)

La fuite de deux frères que tout oppose (l'un est étudiant romantique, l'autre est un yakuza violent) suite au meurtre accidentel d'un membre des triades. Ils vont tenter de se rendre en Mandchourie, et vont faire escale dans une ville portuaire et travailler dans les mines. Si le récit est certes efficace mais assez classique (Abel et Cain, un peu de romance amoureuse, la tentative de rédemption avant le retour de la vengeance), c'est dans sa mise en scène, d'abord magnifiquement inspirée mais discrète, puis baroques et "suzukiesques" explosant durant dix dernières minutes gradioses en forme de climax, que La vie d'un tatoué fait la différence. Le sens du cadre et du découpage est fabuleux une fois encore, et le ton final rappelle, non pas Kill Bill, mais surtout Why don't you play in Hell. Et à y réfléchir, peut-être que le fils spirituel de Suzuki est à rechercher du côté de Sono Sion, par son goût pour les contre-temps et les couleurs primaires, par son inventivité formelle et ses obsessions de certaines thématiques.

En attendant, cette Vie d'un tatoué est une jolie petite réussite, idéal pour aborder l'univers du cinéaste, qui ne sombre pas encore dans la radicalité. Il est (était, vu les côtes actuelles) dispo dans le troisième coffret HK Video consacré au cinéaste. Copie propre, présentation de Saada une fois encore pertinente.
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Jeremy Fox
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by Jeremy Fox »

Shin Cyberlapinou
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by Shin Cyberlapinou »

Le coffret Early years 2 est disponible à 35 dollars (-50% par rapport au tarif Amazon UK) sur Deepdiscount, pour une durée sans doute limitée. Les disques sont normalement zonés A et B, perso j'ai craqué.
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k-chan
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by k-chan »

Shin Cyberlapinou wrote:Le coffret Early years 2 est disponible à 35 dollars (-50% par rapport au tarif Amazon UK) sur Deepdiscount, pour une durée sans doute limitée. Les disques sont normalement zonés A et B, perso j'ai craqué.
Ah ouais ! Tu as déjà commandé sur ce site ? Niveau fdp et douane, ça dit quoi ?
Shin Cyberlapinou
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by Shin Cyberlapinou »

Très sérieux, 7 dollars de fdp pour 2 titres, jamais de douane, c'est mon site de référence pour l'import us.
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k-chan
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by k-chan »

J'ai passé commande, merci pour le tuyau. Avec les fdp j'en ai eu pour 40$, soit 35€ env. :)
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Spike
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by Spike »

J'espère que vous aurez eu plus de chance que moi, parce que Deep Discount a annulé ma commande du 16/04 (stock épuisé). :cry:
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by k-chan »

Spike wrote:J'espère que vous aurez eu plus de chance que moi, parce que Deep Discount a annulé ma commande du 16/04 (stock épuisé). :cry:
Désolé pour toi. J'étais un peu anxieux, mais je viens de recevoir le miens aujourd'hui.
bruce randylan
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by bruce randylan »

The boy who came back (1958)

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Une jeune fille devient bénévole dans un programme pour aider les délinquants juvéniles à rentrer dans le droit chemin à leur sortie de centre de redressement. Sa première mission est d'accompagner Nobuo, toujours provocateur et turbulent mais qui tient à se tenir éloigner de son passé.

Un bon mélange entre drame social, histoire d'amour et polar.
Si la structure du film est très classique avec pas mal de conventions (les anciens gangsters refaisant surface, les passages mélo avec la mer, l'héroïne tombant amoureuse de rebelle qu'elle doit aider) qui mènent à quelques baisses de régime dans sa seconde moitié. Sa durée est d'ailleurs inhabituellement longue d'1h40 pour ce genre de petite production. Cependant le film finit par trouver sa voix avec une écriture est plutôt équilibré dans ses différents registres pour des personnages crédibles et attachants. Cette volonté de ne pas suivre toutes formules permet d'éviter plusieurs facilités et stéréotypes avec notamment une fin qui n'est pas un pur happy end. L’interprétation y est pour beaucoup avec Akira Kobayashi assez fiévreux qui forme un bon duo avec Sachiko Hidari, la bénévole qui finit par mélanger les sentiments qui doivent l'animer (empathie, compréhension et amour). Avec l'ancienne copine de Kobayashi, ça finit par créer un triangle amoureux qui ne manque pas de tension érotique ou de frustration sexuelle.
Seijun Suzuki n'est devenu réalisateur que depuis 2 ans (avec déjà une demi-douzaine de mises en scènes) et il serait naïf de s'attendre à retrouver son futur style à ce stade de sa filmographie. Il n’empêche que le film ne manque pas d'allure, avec quelques moments inspirés et d'une vraie invention visuelle comme un combat sous la pluie, violent et intense à la Aldrich. La première demi-heure est très enlevée aussi avec beaucoup d'efficacité dans sa présentation des personnages, ses ellipses et accélérations. Toute la partie dans le boîte de nuit où Hidari finit saoule est rondement menée avec une ambiance jazz électrique. Rien à redire aussi sur la qualité impeccable de la photographie au noir et blanc tranchée
Et mine de rien, on trouve à quelques rares occasions un travelling ou un cadrage qui annonce les excentricités formelles à venir comme un curieux mouvement de caméra qui vient recadrer des paires de jambes d'inconnues.
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by bruce randylan »

The Wind-of-Youth Group Crosses the Mountain Pass (1961)

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Un étudiant adepte des voyages croise la route d'une troupe de magiciens itinérants qui peinent à mobiliser des spectateurs alors que les strip-teases et les revues sont à la mode.

Une libre variation de la danseuse d'Izu pour un film de jeunesse assez inoffensif même si on peut y voir peut-être une dimension autobiographique et/ou personnelle où de modestes artisans s'apprêtent à devoir tourner la page d'un style de divertissement dépassé par les nouvelles envies du public et les désirs des producteurs. A moins que j'extrapole (politique des auteurs, tout ça) puisque le scénario est très relâché, n'arrive pas à construire des relations digne de ce nom entre les personnages et coche un certains nombres de cahier des charges : quelques caméos pour des numéros de remplissage, les fêtes folkloriques, un fourre-tout entre romance, yakuza, humour, jeunesse...
Pour l'un de ses premiers films en couleurs, on a plutôt l'impression que Suzuki s'est justement concentré sur le travail chromatique qui est très agréable et chatoyant pour les yeux. Il se permet même l'un des premiers virages pop de sa carrière quand un adversaire jette 3 liquides colorés sur le héros et que des filtres défilent en même temps. A part quelques ellipses fugaces et quelques travellings en caméra subjective, le reste du film est plutôt sage, avec une réalisation assez statique qui manque de rythme, bien que le découpage essaie d'éviter les facilités du champ-contre champ. Il y a même quelques ruptures intéressantes dans les variations de cadres (la fille du magicien écoutant le pari derrière un paravent). Et de manière générale, le scope est bien exploité.

Malgré ce côté décousu et le manque de rigueur, ça se laisse regarder pour le dépaysement des fêtes locales, quelques séquences amusantes et une dernière demi-heure plus tenue avec une représentation finale sympathique. Mais ça s'adresse peut-être plus aux amateurs et curieux du cinéma japonais que les fan de Seijun Suzuki.

Dispo dans le premier volume des Early Seijun Suzuki, le master Arrow est correct sans être renversant avec une définition douce, plusieurs points, quelques déchirures, un peu de bruit et des rouges qui bavent. Largement regardable quand même et je ne pense pas qu'on trouve mieux un jour.
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bruce randylan
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by bruce randylan »

Fin du premier coffret des Early Suzuki made in Arrow

Teenage Yakuza (1962)

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Dans une ville de province en plein essor, deux amis ne supportent pas l'intrusion de yakuzas dans leur commerce familiaux. Il s'en suit une bagarre où l'un d'eux est blessé à la jambe tandis que le second devient la coqueluche de la ville pour tenir en respect les petites frappes.

A l'instar des deux précédents titres évoqués, ce n'est pas à un chef d’œuvre ressuscité mais un chouette divertissement populaire à l'adresse d'un public adolescent. Il soigne ici tout particulièrement son cinémascope pour de nombreux cadrages travaillés utilisant les lignes horizontales pour élargir davantage son format. Sans être ostentatoire ni démonstratif, Suzuki en profite pour bien capter les mutations de cette petite ville en pleine transformation : les nombreux passages de camions dans la rue, les lotissements en construction, les passages d'ouvriers au premier plans ou encore les clubs de jazz bondés. Cela lui permet aussi de soigner régulièrement la profondeur de champ pour simplifier son découpage et privilégier la tension grâce à l'architecture.
De cette manière il met en avant les personnages dans un scénario mieux construit que ce que j'attendais avec cet adolescent face à des yakuzas arrogants et, plus pernicieux, face aux mentalités conservatrices d'une population moins moderne que le nouveau confort auxquelles ils accèdent. La dramaturgie fonctionne plutôt bien avec des séquences touchantes (la relation avec sa mère ; le "sacrifice" face à son ancien copain) et des enjeux prenants mais qui restent toujours à l’échelle humaine de ce village se transformant en ville.
Et puis, il y a tout de même quelques touches plus excentriques qui peuvent annoncer le Suzuki à venir. Outre ce rapport original à l'architecture, il y a ce jeune voyou qui porte une fausse moustache qu'il enlève avant de se battre (on imaginerait bien Joe Shishido juvénile dans le rôle) ou la manière de ridiculiser en quelques secondes le policier perdu dans ses couches via un montage percutant quand il faut l'être.

Les 71 minutes passent comme une lettre à la poste. :)
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by The Eye Of Doom »

La barriere de chair
La on touche a un truc vraiment borderline.
Le film est d’une noirceur extreme dans ce qu’il decrit:
Monde de ruines, post apocalyptique
Jeunes femmes dont la procession du corp ne vaux pas plus qu’une livre de barbaque
Nihilisme et regression général : les filles vivent dans une grotte comme des bêtes.
Corruption généralisée: les mafieux main dans la main avec l’occupant américain.
Violences sexuelles et physiques: le supplice des filles qui trahissent.
Soldats démobilisés dont personnes ne veux car ils ont perdus la guerre sans meme y mourir.
Suicide de la religion


On touche le fond dans ce film jusqueboutiste.
Avec quelques scenes particulierement fortes :
Les bastonnades et le vache notamment

La forme est souvent incroyable, avec ces robes au couleurs primaires sur le gris des ruines, ou les envolées lyriques.

Le film est malheureusement pas complètement réussi : trop long, un peu répétitif,
en fait son « argument » est un peu léger et les coup de gueule /coup de poing/fulgurances ne suffissent pas toujours à emporter l’intérêt du spectateur.

Il faut dire aussi que j’ai vu l’ancien dvd dont l’image est pas toujours top.
Le bluray doit avoir une autre gueule.
bruce randylan
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Re: Seijun Suzuki (1923-2017)

Post by bruce randylan »

Age of nudity (1959)

ImageImage

Avec à peine 54 minutes au compteur, cette œuvre de jeunesse du Seijun Suzuki s'inscrit dans le mouvement du Sun tribe, ces films sur une jeunesse turbulente entre motos, rock et délinquance. De ce point de vue, le film possède une indéniable vitalité qui explose dès les premières minutes avec son montage rapide et heurté ou sa caméra embarquée et nerveuse au milieu des rodéos motorisées qui font peu de cas des passants.
Formellement et techniquement, Suzuki fait preuve d'une réelle modernité dans son approche du tournage en extérieur, des compositions en scope, agrémenté de quelques effets de montages percutant et des idées de cadrages audacieuses. On regrette quelques transparences trop voyantes lors des séquences à moto qui casse la volonté du cinéaste à nous immerger au cœur des virées, avec de réelles sensations de vitesse et de risques.

Toutefois le film possède un gros défaut : on ne sait pas vraiment ce que ça raconte. Les protagonistes sont balancées sans contexte, la narration a l'air totalement improvisée et sans fil conducteur entre passages obligés (cahier des charges Sun tribe) et des incartades moralisatrices et maladroites au travers de la conclusion ou des personnages féminins très mal intégrées au reste des scénettes. On peut en dire tout autant du "grand frère" mêlé à des gangs ou du personnage du vieux "sage" qui vit à proximité des enfants. Toutes les 10 minutes, l'histoire part dans une direction différente, laissant des sous-intrigues sur le bord de la route ou irrésolues.
Age of nudity est à ce titre une œuvre schizophrène, sans doute tournée en quelques jours, dans la précipitation pour répondre à un engouement sans que personne ne supervise vraiment le projet (rien que le titre très opportuniste ne reflète pas son esprit).
Reste qu'on sent un évident plaisir de tourner, comme si sa dimension grisante et insolente était sa seul mécanique et raison d'être. Sa très courte durée permet d'ailleurs d'éviter de se poser trop de questions. Ca demeure tout de même frustrant tant le film possède de sujets à explorer qui ne sont évoquer qu'au détour de quelques plans ou poignées de secondes : éducation, inégalité sociale, urbanisme, jeunesse désœuvrée, orphelins de la guerre livrés à eux-mêmes, émergence de la culture du loisir de masse...
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Pour les curieux
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