Arthur Hiller (1923-2016)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Arthur Hiller (1923-2016)

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Love Story - 1970

Il est certains classiques qui trainent une réputation souvent injuste mais surtout parfois totalement erronées. Pour beaucoup ne l'ayant pas vu Autant en emporte le vent est un film pour midinettes amatrices de crinolines (alors que ceux qui connaissent ce film plastiquement fulgurant savent qu'il n'en est rien). Il en va de même pour Love Story que la critique française a transformé en mélo tire-larmes à peine digne d'un roman Harlequin. Le découvrir aujourd'hui est d'autant plus surprenant.

Le film de Arthur Hiller est au contraire une histoire d'amour jamais mièvre, toujours juste et bien dans l'air du temps, celui de la libération des mœurs, de la distance prise avec certains parents dont les valeurs ne correspondent plus à celles de leur progéniture (Ray Milland est d'ailleurs profondément touchant dans le rôle du père rejeté par son fils pour lui avoir donné une éducation trop stricte), du rejet de la religion... Des dialogues tout le contraire de niais, souvent même assez crus (toujours pour l'époque, avec notamment le franc-parler de Jenny), des idées de mise en scène et de construction quasiment d'avant-garde et une justesse de ton qui doit aussi beaucoup au couple constitué par les formidables Ryan O'Neal et Ali McGraw.

Rien de trop mélodramatique non plus lorsque l'on apprend la maladie de la jeune femme à 25 minutes de la fin (ce n'est pas un spoiler car on nous l'annonce dès la première phrase)et une dernière partie justement qui poursuit dans la sobriété, n'en faisant jamais trop y compris alors que Ali McGraw vit ses derniers instants ; ça sert évidemment le cœur grâce à l'intelligence du scénario, la pudeur de la mise en scène et le jeu des deux acteurs. Sublime dernier plan tout comme celui qui peu avant suivait en haute contre pongée le couple traverser Central Park sous la neige, étant alors témoin des premiers discrets balbutiements dans la démarche de la morte en sursis. Quant à la musique de Francis Lai, elle n'est pas trop envahissante et son thème principal, il est proposé avec assez de variations musicales et orchestrales pour ne jamais nous lasser.

Très beau film, très belle histoire d'amour, jamais "culcul" comme la critique française s'est longtemps plu à le dire.
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Rick Blaine
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:Love Story - 1970

Il est certains classiques qui trainent une réputation souvent injuste mais surtout parfois totalement erronées. Pour beaucoup ne l'ayant pas vu Autant en emporte le vent est un film pour midinettes amatrices de crinolines (alors que ceux qui connaissent ce film plastiquement fulgurant savent qu'il n'en est rien). Il en va de même pour Love Story que la critique française a transformé en mélo tire-larmes à peine digne d'un roman Harlequin. Le découvrir aujourd'hui est d'autant plus surprenant.
Je l'ai depuis fort longtemps, et j'avoue avoir toujours craint de le visionner à cause de cette réputation. Il faudrait que je le tente du coup.
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Jeremy Fox
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

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Profite en pour découvrir le Fleming : tu risques fort d'être très agréablement surpris. :wink:
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nobody smith
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by nobody smith »

Jeremy Fox wrote:Love Story - 1970

Il est certains classiques qui trainent une réputation souvent injuste mais surtout parfois totalement erronées. Pour beaucoup ne l'ayant pas vu Autant en emporte le vent est un film pour midinettes amatrices de crinolines (alors que ceux qui connaissent ce film plastiquement fulgurant savent qu'il n'en est rien). Il en va de même pour Love Story que la critique française a transformé en mélo tire-larmes à peine digne d'un roman Harlequin. Le découvrir aujourd'hui est d'autant plus surprenant.

Le film de Arthur Hiller est au contraire une histoire d'amour jamais mièvre, toujours juste et bien dans l'air du temps, celui de la libération des mœurs, de la distance prise avec certains parents dont les valeurs ne correspondent plus à celles de leur progéniture (Ray Milland est d'ailleurs profondément touchant dans le rôle du père rejeté par son fils pour lui avoir donné une éducation trop stricte), du rejet de la religion... Des dialogues tout le contraire de niais, souvent même assez crus (toujours pour l'époque, avec notamment le franc-parler de Jenny), des idées de mise en scène et de construction quasiment d'avant-garde et une justesse de ton qui doit aussi beaucoup au couple constitué par les formidables Ryan O'Neal et Ali McGraw.

Rien de trop mélodramatique non plus lorsque l'on apprend la maladie de la jeune femme à 25 minutes de la fin (ce n'est pas un spoiler car on nous l'annonce dès la première phrase)et une dernière partie justement qui poursuit dans la sobriété, n'en faisant jamais trop y compris alors que Ali McGraw vit ses derniers instants ; ça sert évidemment le cœur grâce à l'intelligence du scénario, la pudeur de la mise en scène et le jeu des deux acteurs. Sublime dernier plan tout comme celui qui peu avant suivait en haute contre pongée le couple traverser Central Park sous la neige, étant alors témoin des premiers discrets balbutiements dans la démarche de la morte en sursis. Quant à la musique de Francis Lai, elle n'est pas trop envahissante et son thème principal, il est proposé avec assez de variations musicales et orchestrales pour ne jamais nous lasser.

Très beau film, très belle histoire d'amour, jamais "culcul" comme la critique française s'est longtemps plu à le dire.
Découvert il y a quelques mois et je me retrouve totalement là-dedans. Je m'attendais à un machin complètement daté et neuneu façon Un Amour Infini de Zeffirelli. Et au bout du compte, j'ai été étonné par la justesse du film. Même s'il reste ancré dans son époque, il y a quelque chose de très touchant dans cette description élémentaire du couple (la qualité des deux interprètes y est pour beaucoup je pense).
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by Jeremy Fox »

J'ai été également agréablement surpris par la présence de Tommy Lee Jones dans le rôle d'un colocataire de O'Neal ; je ne pensais pas qu'il avait débuté aussi jeune.
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Rick Blaine
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:Profite en pour découvrir le Fleming : tu risques fort d'être très agréablement surpris. :wink:
Le Fleming je n'ai aucune crainte par contre, juste un problème avec sa durée. :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:
Jeremy Fox wrote:Profite en pour découvrir le Fleming : tu risques fort d'être très agréablement surpris. :wink:
Le Fleming je n'ai aucune crainte par contre, juste un problème avec sa durée. :mrgreen:

Il y a justement une intermission à mi-film si ça peut t'aider à te lancer. Et le film a souvent été diffusé en deux parties à la télévision :wink:
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AtCloseRange
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by AtCloseRange »

C'est pas terrible quand même Love Story. Je dois dire que les 2 comédiens sont globalement imbuvables (et le perso haut en couleur d'Ali McGraw n'aide pas).
Non, ça ne vaut pas tripettes.
Arthur Hiller a fait beaucoup mieux.
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Alexandre Angel
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by Alexandre Angel »

AtCloseRange wrote:C'est pas terrible quand même Love Story. Je dois dire que les 2 comédiens sont globalement imbuvables (et le perso haut en couleur d'Ali McGraw n'aide pas).
Non, ça ne vaut pas tripettes.
Cœur de pierre, va :mrgreen:
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AtCloseRange
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by AtCloseRange »

Alexandre Angel wrote:
AtCloseRange wrote:C'est pas terrible quand même Love Story. Je dois dire que les 2 comédiens sont globalement imbuvables (et le perso haut en couleur d'Ali McGraw n'aide pas).
Non, ça ne vaut pas tripettes.
Cœur de pierre, va :mrgreen:
D'ailleurs, j'étais super content que ça se finisse mal :mrgreen:
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Alexandre Angel
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by Alexandre Angel »

en plus ,tu spoiles :roll:
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Jeremy Fox
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote:en plus ,tu spoiles :roll:

Au cas où ce soit du premier degré (sait-on jamais, certains n'ont pas vu de plus grands classiques que ça :uhuh: ), il n'y a pas de "spoiler" puisque la première scène du film dit que ça se termine par la mort de la jeune fille. Sinon retrouvé un post de Cinephage qui avait fait de Love Story l'un de ses films du mois. Et comme cinephage est loin d'être une midinette, il semble qu'il irait dans mon sens :mrgreen:
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Alexandre Angel
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by Alexandre Angel »

Bon, à part ça, je l'ai jamais vu :fiou: et je fais partie de ceux qui nourrissent un préjugé défavorable vis-à-vis du film, et n'en suis pas fier du coup car c'est mal :mrgreen:
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Profondo Rosso
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

Post by Profondo Rosso »

Hop je remets ça ici

Les Jeux de l'amour et de la guerre (1964)

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Pendant la guerre, le lieutenant Madison et ses amis ont pour talent de trouver tout et n'importe quoi, et donc d'aimer la bonne vie, sans jamais avoir combattu. Débarqué à Londres, l'officier américain tombe amoureux d'une veuve anglaise et se retrouve par hasard charger d'une dangereuse mission.

The Americanization of Emily est une satire des plus réussie et en avance sur son temps en cette année 1964 où les Etats-Unis s'engagent dans la Guerre du Vietnam bientôt fort contestée. Son propos est annonciateur des MASH, Qu'as tu fais à la guerre papa ? ou De l'or pour les brave mais avec une irrévérence se mariant à merveille à la comédie romantique. Le script de Paddy Chayefsky va d'ailleurs dans ce sens antimilitariste par rapport au roman éponyme de William Bradford Huie qui mettait plus en avant le thème de ces femmes anglaise se donnant par nécessité au officier américain de passage, signification du Americanization du titre original. Ce changement ajoute donc littéralement ce questionnement autour de lâcheté pour donner ce ton satirique au film alors que le livre est bien plus sérieux. Le film nous présente un drôle d'officier américain de passage à Londres, le lieutenant Madison (James Garner remplaçant William Holden initialement prévu alors que lui devait jouer le personnage finalement joué par Coburn).

La rigueur, le sens de l'organisation et de l'improvisation, il possède bien toutes ses qualités là mais pas exactement développées sur les champs de bataille. Il a trouvé la planque parfaite à l'abri des tirs en étant l'organisateur des déplacements de l'amiral William Jessup (Melvyn Douglas) pour lequel il pourvoit (ainsi qu'à d'autres gradés) bonne chair, alcool et jolies anglaise peu farouche en échange de quelques cadeaux. Avec son ami Bus (James Coburn) ils mènent ainsi la grande vie et n'ont aucun scrupule à soudoyer la communauté locale pour s'approprier des plaisirs dont le peuple anglais est privé depuis bien longtemps. Une attitude qui révolte Emily (Julie Andrews), la jolie veuve lui servant de chauffeur dans Londres et témoin de tous ses trafics. Contre toute attente, ces deux-là vont pourtant se trouver attiré l'un vers l'autre malgré tout ce qui les oppose. Le scénario tord brillamment les clichés attendus à travers quelques dialogues et situations bien senties. L'américain arrogant se croyant en terrain conquis où qu'il aille est plus fragile et sensible qu'il n'y parait (superbe échange où il éteint le déni de la mère d'Emily) et l'innocente anglaise bien plus sexuée qu'on le pense. C'est même leur défauts respectif qui les lient, Emily étant au départ ravie de tomber dans les bras d'un lâche puisqu'elle elle a perdu mari, frère et père dans le conflit. L'image de l'anglaise droite et vertueuse est autant renforcée que malmené quand on découvrira que Julie Andrews a pour habitude de coucher régulièrement avec des soldats américains de passage.

Nuance pourtant, elle ne le fait pas contrairement à ses amies pour des avantages quelconques mais par pure compassion puisqu'il s'agit d'anciens blessés qu'elle a veillé et qui doivent retourner au front. De même la lâcheté de Madison répond effectivement à une pure couardise mais surtout à un mépris de l'image valeureuse de l'armée dont les vertus (courage, héroïsme, fraternité) alimentent au contraire la boucherie en incitant à s'engager et à perdre la vie pour des motifs dérisoires. Les faits vont bientôt lui donner raisons quand par pur but politique, l'amiral Jessup se met en tête de produire un film filmant les marines le jour du Débarquement afin de maintenir le financement de son corps car le gouvernement n'a plus d'yeux désormais que pour l'aviation. Un concours de circonstances amène notre héros à devoir produire et filmer sur place le fameux film et il va bien sur tout faire pour échapper à cette mission suicide. Le film évite toujours miraculeusement le cynisme grâce à ses ruptures de ton allant du grivois (le running gag de James Coburn surpris dans sa chambre avec une créature topless, les deux caméramans alcoolisés) au romantisme le plus prononcé à travers les scènes tendre entre une Julie Andrews diablement touchante et James Garner pathétique, attachant et finalement très humain dans ses peurs.

Alors que l'on s'attend à un revirement faisant accéder Madison à une prise de conscience et un statut héroïque, le film se moque à nouveau de ce type de cliché en faisant évoluer le personnage rigolard et coureur de Coburn dans cette voie. Le fanatisme du drapeau et la folie qui en découle tourne à l'absurde génial quand les peurs de Madison s'avèrent nettement plus compréhensible. Cela sera l'occasion d'une impressionnante vision du Débarquement (même si ce grand moment est moqué à nouveau avec ce montage alterné où un soldat vomi dans son casque sa cuite de la veille pendant le grand discours galvanisant avant l'assaut), entre stock-shots d'époque et vraies séquences filmées (dont un mouvement de grue vertigineux partant de Coburn et Garner dans leur bateau pour s'élever sur la flotte en pleine mer) où les élans guerriers attendus sont détournés par un Madison plus préoccupé de survivre que de se battre. La conclusion est d'une grande ironie puisque l'héroïsme est détourné et s'avère un mal nécessaire en tant qu'opium du peuple. Les personnalités s'inversent avec une belle tirade finale de Julie Andrews "fière" de la lâcheté de son homme qui lui se découvrent des principes en étant pris pour ce qu'il n'est pas. C'est l'individualité à travers cette lâcheté qui s'exprime, plus fort qu'un patriotisme rassembleur mais illusoire. Un propos risqué et exprimé de la plus belle des manières avec cette romance. Blake Edwards réunira d'ailleurs bien plus tard Julie Andrews et James Garner pour Victor, Victoria avec une égale réussite et irrévérence dans un autre genre. 5/6
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Profondo Rosso
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Re: Arthur Hiller (1923-2016)

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L'Hopital (1971)

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Le film nous montre la vie dans un CHU de Manhattan et s'attache au Dr Bock (George C. Scott), le directeur médical, dont la vie est devenue un chaos : sa femme l'a quitté, ses enfants ne lui parlent pas et le CHU qui lui était si cher est en train de partir en morceaux. Avec tout cela le CHU voit un certain nombre de morts étranges, aussi bien parmi les médecins que parmi le personnel de l'hôpital, et tout cela finit par conduire le Dr Bock au bord de folie.

Arthur Hiller et le dramaturge Paddy Chayefsky se retrouvaient quelques années après leur géniale farce anti militariste Les Jeux de l'amour et de la guerre (1964) avec ce tout aussi caustique The Hospital. Le film s'inscrit également dans un forme de trilogie satirique pour Paddy Chayefsky (ici producteur en plus de signer le scénario) avec Les Jeux de l'amour et de la guerre donc et aussi le bien acide Network (1976). Après l'armée et avant la télévision, c'est donc l'institution hospitalière qui est passée là au vitriol avec cette description haute en couleur du CHU de Manhattan. La scène d'ouverture donne le ton avec la voix off ironique de Chayefsky qui accompagne l'aussi risible que tragique concours de circonstance qui va faire mourir un patient fraîchement admis et démontrer d'emblée l'anarchie et l'incompétence régnant au sein de l'hôpital. C'est dans ce cadre que se morfond le Dr Bock (George C. Scott), séparé de sa femme, alcoolique et dépressif tendance suicidaire. La seule branche à laquelle il semble encore pouvoir se raccrocher est son métier mais là aussi on déchante rapidement à travers les dysfonctionnements de l'établissement qui vont finir par mener à la mort mystérieuse de certains médecin et chercheurs. On est ici dans une sorte de Catch 22 médical où l'absurde, la comédie et le vrai malaise s'alterne et où l'on rit jaune devant les situations rocambolesque.

Patients opérés par erreur et sortant plus atteint qu'ils ne sont arrivés, chirurgiens cyniques uniquement motivé par l'appât du gain, coucherie entre médecins et infirmière au détriment des malades, frénésie administrative, la charge est féroce et toujours dans un humour à froid qui laisse dans l'expectative. Plus globalement, l'hôpital semble être une sorte d'antichambre des maux de cette société puisque en réponse à l'institution médicale déréglée les autres idéaux d'alors s'avèrent tout aussi défaillants tels ces gauchistes fanatiques (aux revendications légitimes mais au discours schématiques) manifestant à l'extérieur en fil rouge et la conclusion mettra en boite aussi une forme d'idéalisme hippie recelant de dangereux illuminés. Tout comme dans Les Jeux de l'amour et de la guerre , l'espoir vient de l'éveil et la prise de conscience de l'individu. Apathique face à l'enfer qui se déchaîne autour de lui, Bock assiste impuissant aux dérives de son service se réfugiant dans la bouteille et proche de céder à ses velléités suicidaires. Le salut viendra de la rencontre avec la charmante Barbara (Diana Rigg), jeune femme à l'esprit libre également revenue de tout et ouverte sur le monde. George C. Scott confère son intensité et humanité coutumière avec ce formidable personnage brisé et habite certaines séquences avec une puissance rare comme ce moment cathartique où il s'ouvre à Diana Rigg sur son mal être dans un incroyable monologue filmé au cordeau par Hiller. Diana Rigg fausse insouciante et vraie lucide est parfaite également, sa sérénité répondant idéalement au bouillonnement constant de Scott.

La galerie de seconds rôles s'en donne à cœur joie également et on retiendra un odieux Richard A. Dysart en chirurgien businessman et Donald Harron hilarant en patient assistant médusé au délire ambiant. L'anarchie va crescendo avec un sacré chaos final où le script ne cède pourtant pas au fatalisme attendu pour de nouveau faire confiance aux hommes de devoir capable de redresser la tête dans l'adversité. L'individualisme et la liberté de pensée comme forme de salut pour la collectivité, on retrouve là les partis pris de Chayefsky déjà présente dans Les Jeux de l'amour et de la guerre . Si l'entité est viciée, il y demeurera toujours des hommes de valeur affrontant l'adversité. 5/6